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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 06:32
Forêt d’Afrique

 

 
 
 
Aux cimes des futaies de la nef séculière
Eclaboussées de chant, écrasées de lumière
Le soleil dompté pénètre l’intimité secrète
Des frondaisons à la luxuriance verte.
 
Festons et dentelles nervurées
Couronnes de lierre ciselées
Sont vitrail de jade clair opalescent
Où pullulent les ombres feux follets verdoyants.
 
Genèse profane auréolé de vertes lueurs
Les juvéniles parures se perlent d’une chaude sueur.
 
A l’unisson des anges de leurs voix frémissantes sauvages,
Des antiennes et répons du noble ramage,
Sous le dais frémissant de la voute feuillus
Rameaux et jeunes pousses s’entrelacent émus.
 
Alliance printanière baignée de brume sucrée
Où sève et miellat poissent l’air ensoleillé.
 
©Béatrice Pailler



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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 06:33
Carlo Marochetti : Tombe de la Princesse Elizabeth

 

 

 

 
Calme et sereine comme une icône fragile, paupières closent
Lèvres scellées sans un souffle, saintement elle repose.
 
Viel ivoire ciselé, elle a la pâleur tranquille d’un gisant.
Et la rivière, ce précieux lamé, cette mortelle parure
Dépose à son cou un  ruban chatoyant rehaussé de verdure.
Là, sous l’éclat de la lune, la lame d’argent perce son sein nimbé de blanc.
 
Elle s’étiole et se fane troublée par la caresse lunaire
Qui lentement lui tisse un vaporeux voile funéraire.
 
Abandonnée aux tourbillons rapaces qui frôlent ta hanche enfantine
Petite te voilà prisonnière, la hart au col de ce lacet de glace,
De ce nœud fluide coulant, de cette froide étole qui t’enlace
Voici qu’au plus près de ton corps coule roule et lascive s’enroule l’onde serpentine.
 
Sous le lourd catafalque de son riche vêtement couronné du lin de sa chevelure éparse
Evitant les berges fuyantes aux roselières griffues, majestueuse elle passe.
 
Dans les plis et replis de ta jupe voile sombre déployée en corolle froissée
Remous et tourbillons s’agitent, se pressent le long de tes cuisses
Et dans leur hâte déchirent meurtrissent cette chaire, cette peau, ce frêle lys
Mais voilà que l’Eau vive envieuse avec force, avec audace, te vole au courant dévoyé.
 
Alors, parmi les algues baignées et bercées toute entière à son plaisir, elle te couche 
Là parmi les lueurs vertes de l’absolu silence du royaume oublié, elle te touche.
 
©Béatrice Pailler



 
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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 06:51
blog.ac-versailles.fr/lettresdarts/index.php/picturesShow/368977

 

 

Tangue, tangue le rafiot, forte houle au creux de l’eau.
Vogue la vague, jamais ne chavire, saute, tressaute le navire.
 
Dans l’entrepont enténébré s’amoncellent les remugles, soufrés des vieux pets, aigres, piquants de chou, d’oignon. Parmi les ombres rampantes, à la lumière chiche des brandons, dans cette fournaise de la coquerie enfumée, l’homme de l’art, luisant de gras, aux fourneaux rageusement attise les braises. Maître-coq, ta gueule d’enfer aux poils roussis, cuite et recuite, se chauffe rougissante aux culs des poêlons.
 
Vogue la vague, jamais ne chavire, saute, tressaute le navire.
Roulent, déboulent, s’agitent les flots, fessent les flancs du bateau.
 
Ce diable d’homme contrefait, aux jambes arquées, tout couturé, tout tailladé, au gré du roulis, d’un bord à l’autre, glisse, sautille et s’arc-boute, bancal, au plancher mal équarri. Des creux, des bosses, il faut que ça bouge, il faut que ça danse et au fond des marmites malmenées, chante le bouilli. Pourvoyeur de vivre, il sait que belle provende donne bonne pitance, leste le ventre et réjouit l’affamé.
 
Roulent, déboulent, s’agitent les flots, fessent les flancs du bateau.
Festons d’écume au faîte des vagues et les lames de mer mugissent, divaguent.
 
Surtout, ne jamais oublier les tristes jours sans graisse, ni gruau, jours infâmes faits de suif et de sciures mêlés. Il a connu les voyages hasardeux, les traversées malheureuses, au manger médiocre vite épuisé, vite gâté. Il a vu des hommes, épaves en sursis, ronger cordages ou voilures et des harnais finissant au pot alimenter le brouet. Mais ce soir, le rata est solide et avec une pleine ventrée de ce ragoût épicé, le matelot repu aura la panse bien calée.
 
Festons d’écume au faîte des vagues et les lames de mer mugissent, divaguent.
Tangue, tangue le rafiot, forte houle au creux de l’eau.
 
Sur son visage lunaire embué de sueur, sa lippe épaisse s’éclaire d’un sourire édenté. Hilare, sa bouche torse dévore sa face camuse. Ici, il ordonne et prélève sa dîme, un peu de ci, un peu de ça, le regrat du carré. Cuisinier cambusier, envié, craint, il est le maître de l’office où tonne son rire d’arquebuse. Il sait que demain foisonne de souvenirs, d’aventures non vécues. Sa fortune, il ira la cueillir, de la pointe d’un harpon, au plus loin de la terre. Pour lui, vagabond des mers, le retour est impossible. Il sait qu’un jour, sous le vaste horizon crêté de vent, l’océan lui offrira le repos d’une couche, douce d’écume, blanche de sel.
 
©Béatrice Pailler
 
2015- Recueil « L’heure métisse » - Prix Jean Giono 2015 de la Société des Poètes Français




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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 06:28
Ruisselle la mélodie de pluie. – Béatrice Pailler
 
 
 
 
 
Sur l’étang
Happé par les brumes,
Les roselières égrènent le clapot de l’eau.
Chantent les odeurs.
L’averse myriadaire scintille.
 
Caressante coulée de cristal par l’onde bue, elle sombre.
 
©Béatrice Pailler
 
 
 
 
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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 06:39
Printemps sauvageon – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Printemps sauvageon, l’infini est pour toi une source où boire le ciel, une crèche où croquer le soleil. Et l’infini si vaste, impossible à connaître, tu le veux de chair et de sève, comblé de ton être, mais tout ton corps n’y peut suffire. Le monde fini est bien assez grand, il est à toi comme tu es à lui. Le marais fuyant, battu d’un vol farouche, est un autre toi-même. La dune herbée, mamelons doux, flancs sablés, est ce double que tu vénère. Bel enfant, fruit androgyne de la genèse, donne à chacun ta juvénile verdeur, laisse couler sur la terre le lait de ta mère.
Va, en semeur répandre l’incendie.
Va, l’arbre attend, tel un candélabre, ta flamme et le pré, ton pas, foulant, brûlant, le chaume d’hiver.
 
©Béatrice Pailler
Recueil « Sacre » 2016
Revue Les Amis de Thalie
Hors Série Hiver 2016 « Les feuilles du temps »
 
 


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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 05:36
Cantique nuptial – Béatrice Pailler
 
 
 
 
 
Cantique nuptial
Des maillets
Sonnant
Sur la pierre.
Dans le resplendissement
Elle était
Ce plain-chant du vertige
L’épousée
Vêtue de blanc chair.
Puis l’âge est venu
N’offrant à ses flancs
Que le voile des veuves
Le fleuve des peines
Avec ses larmes en vestige
Pluies mariales
Aux veines des pierres.
 
©Béatrice Pailler
Recueil « Pierres »

 
 


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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 06:43
« Les feuilles du temps », Béatrice Pailler
Photo J.Dornac©
 
 
 
Pays tout à la fois sombre et pâle qui tarde à renaître, pays d’arrière-pluie au printemps hésitant. Des monceaux légers de feuilles passées tels des essaims comblent les sentiers. Les dentelles nervurées coagulent en nids, guêpiers où le temps s’enlise. L’hiver toujours loge au ras des terres.
 
Pourtant, aux rives des feuillages, les fanions clairs des cimes s’échevellent ; résilles ouvertes aux entrelacs aquarellés, mais déjà, repris par la brume, l’horizon se glace.
Pourtant, aux talus des nuages, une tache solaire grandit ; ombre juvénile, comme un souvenir de chaleur revenue, mais déjà, repris par la brume, l’horizon s’efface.
 
Pays de mauvais temps où la glaise scelle le pas d’un poids séculaire, pays de marne au chant de silence. Mais déjà, reprises par la vie, les boues verdissent nourries de brume. Le printemps toujours germe au ras des terres.
 
©Béatrice Pailler
Recueil « Sacre » 2016
Revue Les Amis de Thalie
Hors Série Hiver 2016 « Les feuilles du temps »
 
 
 


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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 06:40
La Revenante – Béatrice Pailler
 
 
 
 
 
Au jour finissant, quand le réel, superbe d’indigence, se drape des grisailles du doute, je sais, un répit, prémices aux vacillements, je sais, l’heure métisse.
La pièce, sous un dais de poutre, semble comme écrasée. Évidée au fil du temps, il ne reste plus, entre croisée et cheminée, que l’écueil vieillissant d’un fauteuil de cuir. Des nuages en taille-douce s’illustrent aux carreaux des fenêtres où quelques gouttes pluvieuses paressent. Un rideau d’ailes bruineuses, traverse les nuées. Les étourneaux sont en campagne et le ciel est un étang. Il y a peu de lumière et, derrière la vitre, le paysage est un lavis où les ombres invitent au repli. Appendue aux murs, l’aune souple des tentures vient border la pierre. Pareilles aux paroles murmurées à l’orée de la nuit, les tapisseries frémissent. C’est une oscillation lente, le bercement d’une nacelle dans la lumière déclinante. Il faut attendre encore et prendre place, parmi les souvenirs, au corps du fauteuil de cuir. Il faut attendre et prendre place devant ces hautes lisses qui parlent de jadis. Il faut attendre, l’heure métisse.
Fatiguée des lisières de nuit, elle viendra faire litière aux berceaux des toiles tissées. Hors des sables du temps, de ses remous, paysages et couleurs s’émerveillent. L’onde éblouie ruisselle et la nature ivre s’ensoleille. Voici qu’aux labours des flots, la houle nourrit l’océan. Là-bas, aux ventres des mers, des hommes audacieux harponnent le destin. Et sous l’iris mauve, pailleté d’or, d’une lune fauve, le marin espère la terre : des îles peignées de vent, aux vertes frondaisons, aux grenades offertes.
Fils de trame, fils de chaîne, sur le tableau de toile, les fantoches jouent la farce du monde. Attendris ou surpris, des visages crient. Soldats, filles connues, comédiens se ruent aux côtés des diables et des spectres. Ici, le Silence aime la Vie qui pendue au cou du Trépas se voit déjà pantelante, morte, dans ses bras. Passe le temps, l’histoire change. Et telles des feuilles, déçues au glas qui sonne, radieuses au vent de l’automne, serments et promesses s’envolent. Et puis, dessous la lunaison, au corps du théâtre tissé, la vie reflue. Alors, les tentures scellées de lune, histoires tues, fables cousues, pendent inertes.
Certains soirs esseulés, sous la paupière du ciel, dans ce cocon de cendres où les rouges noircissent, j’ai vu, la revenante des lisières de nuit, j’ai vu, l’heure métisse.
 
©Béatrice Pailler/2015
Prologue du recueil « L’heure métisse »
Prix Jean Giono 2015 de la Société des Poètes Français
 
 
 
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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 07:30
Jour d’étain – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Jour d’étain,
Ciel pleureur,
Il fait froid,
Il fait laid.
 
Au pays de l’absence
Sur les terres bruineuses,
Feuillages dégouttelants,
Inondation douce des pluies
Et dévalent les nuages tombants en cendre.
 
©Béatrice Pailler




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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 07:36
Au-delà – Béatrice Pailler
 
 
 
 
 
« Nous y sommes, à l’heure dite point de repentir »
 
Telle une bête aux abois, dans un va-et-vient incessant, il longe la baie vitrée. L’horloge rythme l’espace. Il s’arrête et contemple, au cercueil des heures, le manège du jeu éternel. Il respire puissamment, se retourne et, d’un geste vif, arrache le rideau.
 
Au-delà de la vitre, comme une gifle, un ciel immense, cerné de gris, se jette à lui. Des déferlantes cotonneuses, boursoufflées de nuit se coursent, luttent et s’entredévorent. C’est un ciel sans borne qui impose sa loi et qui vient impérieux se frotter au ventre de la terre. La lumière est encore incertaine, mais l’on devine, à perte de vue, la nappe fleurie d’une pâture, un verger noueux, aux arbres tordus, croulant sous la floraison et, sautant la clôture, la prairie enfin libre qui s’échappe vers l’horizon. Vaste mer verdoyante, elle vient s’échouer sur l’écueil sombre d’une forêt de grands arbres, ce remparts de lances aigües où s‘empale la nue.
 
Au plus loin de la nuit, dans la mouvance des cieux, tout va très vite. Les nuages rosissant accueillent en leur sein l’aube mûrissante. Au filtre des futaies, l’astre s’élève, vermeil. Des vagues successives de lueurs se déversent. Incendiant les lieux d’un flot rougeoyant, elles frappent, cramoisies, l’homme qui s’enflamme. Le soleil, couronne ses tempes d’or et de sang. Alors seulement, pour le veilleur perdu dans l’au-delà de lui-même, l’apaisement vient tel un baume, dans la lumière consolante.
 
©Béatrice Pailler
 
 
 
 
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