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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 07:30
Jour d’étain – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Jour d’étain,
Ciel pleureur,
Il fait froid,
Il fait laid.
 
Au pays de l’absence
Sur les terres bruineuses,
Feuillages dégouttelants,
Inondation douce des pluies
Et dévalent les nuages tombants en cendre.
 
©Béatrice Pailler




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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 07:36
Au-delà – Béatrice Pailler
 
 
 
 
 
« Nous y sommes, à l’heure dite point de repentir »
 
Telle une bête aux abois, dans un va-et-vient incessant, il longe la baie vitrée. L’horloge rythme l’espace. Il s’arrête et contemple, au cercueil des heures, le manège du jeu éternel. Il respire puissamment, se retourne et, d’un geste vif, arrache le rideau.
 
Au-delà de la vitre, comme une gifle, un ciel immense, cerné de gris, se jette à lui. Des déferlantes cotonneuses, boursoufflées de nuit se coursent, luttent et s’entredévorent. C’est un ciel sans borne qui impose sa loi et qui vient impérieux se frotter au ventre de la terre. La lumière est encore incertaine, mais l’on devine, à perte de vue, la nappe fleurie d’une pâture, un verger noueux, aux arbres tordus, croulant sous la floraison et, sautant la clôture, la prairie enfin libre qui s’échappe vers l’horizon. Vaste mer verdoyante, elle vient s’échouer sur l’écueil sombre d’une forêt de grands arbres, ce remparts de lances aigües où s‘empale la nue.
 
Au plus loin de la nuit, dans la mouvance des cieux, tout va très vite. Les nuages rosissant accueillent en leur sein l’aube mûrissante. Au filtre des futaies, l’astre s’élève, vermeil. Des vagues successives de lueurs se déversent. Incendiant les lieux d’un flot rougeoyant, elles frappent, cramoisies, l’homme qui s’enflamme. Le soleil, couronne ses tempes d’or et de sang. Alors seulement, pour le veilleur perdu dans l’au-delà de lui-même, l’apaisement vient tel un baume, dans la lumière consolante.
 
©Béatrice Pailler
 
 
 
 
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 07:45
Terril – Béatrice Pailler
 
 
 
 
 
Un appel tremble, un cri, faible et, dans le soir, sous la platitude des cieux, ce puits de chagrin, l’horizon, navré, s’éteint.
Devant la lune plénière, dans le vallonnement adouci des wagons dispersés, l’ancienne plaine de triage moutonne mollement. Aux flancs des ferrailles fossiles, croissent des lumières folles. Dans le désordre des mâchefers et des terres corrompues, une végétation brouillonne cherche sa voie. Au sol durci, des feux éphémères, mouillés de cendre, fouillent une terre de roche où naviguent serpentelets de goudrons et cordons de brumes lourds de scories. Une odeur de minerais flotte, le souvenir des houilles-mortes.
Dans la presque pénombre, le fraîchissement des pluies peuple la solitude où, inlassablement, conversent vent et feuillage où, parmi les herbes, dans l’étalage des verdures, niche l’averse. De loin en loin, troublant l’errance, un tertre grandissant marque la nuit. Montagne ? Volcan ? Le cône minier soulève son corps.
Montagne-terril, au pays minier se lève l’appel, mémoire des hommes.
 
©Béatrice Pailler
Revue Traversées
N°79 Mars 2016




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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 07:44
Octobre en Avesnois - Béatrice Pailler
 
 
 
 
Octobre, les feuillages s’enflamment. Ruisselures, étincelles crépitent, frôlent les nues. Échappées des forges de l’automne, des broderies d’orfroi courent au ciel, elles sont de cuivre fondu. De loin en loin, parmi les verdures assombries, des oriflammes d’or roussi s’avivent noyés d’humide grisaille. Dans l’écrin trouble des houles enherbées, sous le camail cendreux des cieux, la Sambre se plisse de pluie et aux berges cages, les écluses serties de bruine scintillent.
Chienne ou louve, l’heure métisse, maîtresse du canal, se mire dans l’onde. Les rousseurs végétales et les berges s’estompent dans la torpeur froide des vapeurs automnales. Le ciel larmoie, un oculus rouge tache le rideau des brumes. Et au miroir des pluies, la Sambre, anguille dormante sous le voile d’étain, guette le couchant.
Octobre en Avesnois, ici, au banquet des forêts de l’ombre, l’automne festoie, et sur le canal cendré, dans la déchirure de ses eaux, une veine flamboie.
 
 
©Béatrice Pailler
Revue Traversées
N°79 Mars 2016
 
 
 
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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 07:47
Lunaison – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Folles en tunique de peau,
Les nonnes ânonnantes prient.
Et
L’abbesse,
Corps rompu,
Insane
Sur son âne
S’ébat
Et corrompue,
Vole
Éperdue
Au sabbat,
Où le Diable cornu
L’abaisse,
La blesse,
De sa corne nue.
Ainsi,
Aux fléaux des ténèbres,
Les nonnes ânonnantes crient.
Et
Au cœur des champs
Où pullulent les chancres,
Le chœur des chantres
Hululent ses chants,
Pour les nonnes appendues
Qui gigotent suspendues,
D’une gigue idiote, bien pendue.
Trottent,
Dansent,
Se frottent la panse.
Et
Le Diable rit de cette folle diablerie.
 
 
©Béatrice Pailler
« Mon Grand DADA »
Revue SOUFFLES Les écrivains Méditerranéens
N° 252-253 « Mon Grand DADA » Aout 2016
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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 07:45
DADA-démiurge – Béatrice Pailler
Paul Delvaux
 
 
Dandy dantesque en damas de daim, dans la dé-cadence des día-logues, DADA déshabille demain, délivre des donneurs à dire ; déchire, dévore, digère, défèque, les doctes dogmes des dogues donneurs d’ordres.
Ainsi, DADA-Durgā, dévêtue, déploie ses dunes de désirs devant DADA-dents-dures qui aux doutes du destin, déboute dieu.
Alors, derviche déculotté, DADA débonde dard durci aux décolletés des duègnes, aux déduits des donzelles.
Et DADA-démiurge en dentelles diurnes darde déviant et danse, danse dans le déni des déités, le dédain des diktats et danse, danse aux déserts déso-pilés, dédales du désastre.
 
©Béatrice Pailler
Revue SOUFFLES Les écrivains Méditerranéens
N° 252-253 « Mon Grand DADA » Août 2016
 
 
 
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 08:15
Eden - Béatrice Pailler

Edvard Munch

 

 

 

Dis-moi

Qui es-tu ?

                                                         

Mais le ver tueur au cœur de fiel si charmant.

 

Alors

Qui hais-tu ?

                                              

Ce vertueux chœur du ciel qui charme et ment.

 

©Béatrice Pailler  



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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 06:47
Élévation – Béatrice Pailler
©Paul Delvaux
 
 
 
Là, où l’éther se mêle
Au cœur saint de l’amante nue,
L’âme hante la nue,
Vole, lutte, éternelle
Au sein du chœur des volutes.
 
©Béatrice Pailler



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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 06:47
Repos – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Les pures larmes à l’amant dédié,
Doucement savourées sous l’amandier,
Sont épures de l’âme
Qui alitée et allaitée, de lait pur,
De douce amande salutaire,
Peut enfin s’avouer solitaire.
 
©Béatrice Pailler




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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 06:39
Jadis un ailleurs - Béatrice Pailler
Préface de Michel Bénard
 
 
« .../...de sa voix s’exalte le cantique halluciné des vapeurs opiacées. »
BP.
 
Une écriture est née ! Le décor est planté, il ne nous reste plus qu’à nous laisser emporter pour nous perdre dans les méandres de ses énigmes.
 
Béatrice Pailler a le don des visionnaires, elle perçoit l’envers du miroir, traverse son tain et anticipe les aurores boréales. Elle porte sur le monde cette vision singulière et personnelle toute festonnée de nuances poétiques. Le langage est riche, les images sont fertiles, elles enfantent des univers d’entre deux où l’on discerne tout juste la part du réel ou celle du rêve.
 
«../..à cette heure, mon corps murmure les chants des anciens temps. »
 
Son encre est toute de miel et de douceur liquoreuse. Elle ponctue le temps plaintif, violent, béni ou silencieux.
Notre poétesse s’exprime dans un vocabulaire qui convie à l’étonnement, au ravissement. Son chant littéraire l’extirpe de la réclusion. Elle nous suggère un voyage entre le rythme de la vie et les respirations de la mythologie, un embarquement vers Cythère où nous descellons quelques fragments d’amour aux frôlements érotiques, mais où la morsure n’est jamais très éloignée.
 
« A toi, je laisse, au creux d’une main, l’irritante brûlure de mon sein.../...la morsure de ma toison. Et sur ta langue où s’enracine la fièvre, je dépose la sève de mes baisers, l’amère salive, souillure de mes poisons. »
 
L’écriture ciselée avec préciosité, de richesses filigranées et d’orfèvreries inusitées s’impose à nous et bouscule nos fondements.
 
Il arrive à Béatrice Pailler de se faire l’archéologue de la vérité et n’hésite pas pour cela à fouiller dans les cendres funéraires. François Villon ne lui serait-il pas soudain revenu du mont des gibets dans un tournoiement de bacchantes aux parfums soufrés de Walpurgis ?
 
« Et la lune noire, lune du désespoir, seul au ciel luit. »
 
L’écriture procède d’un rythme parfois tellement réaliste qu’il pourrait nous donner le mal de mer.
 
« Tangue, tangue le rafiot, forte houle au creux de l’eau. »
 
De temps à autre nous croisons sur notre chemin de poésie quelques émanations baudelairiennes. Béatrice Pailler sait égrener avec bonheur ça et là des soupçons d’images romantiques, réalistes, oniriques, érotiques tout juste voilées au travers de formules soignées, denses, serties d’un langage des plus raffinés.
 
Malicieuse, elle joue de l’éblouissement des saisons, des futaies corsetées, des dentelles de pluie, des ramures ébouriffées, elle détourne l’ordre du temps. Elle façonne son verbe par des expressions singulières et des formules personnalisées qui ne peuvent pas être lues de manière linéaire, mais plutôt de façon binaire, voire ternaire. Les cadences se heurtent, s’opposent, de délicates frondaisons s’entrechoquent avec les pierres et les gouffres béants.
 
Oui une écriture est née ! Il ne lui reste plus qu’à trouver la voie de sa révélation. Etrange, vous n’allez pas me croire ? Je me suis même surpris à penser, que c’est aussi beau que du Rimbaud !
 
Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.

Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.
Jadis un ailleurs - Béatrice Pailler
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