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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 07:49
YING – SHAH – Claude Gauthier
 
Ce texte est très long, mais de grâce, prenez le temps de le lire il est d’une très grande qualité et profondeur de pensée… Jean Dornac
 
 
Ce récit d’Orient, relate les déboires
D’une intrépide bru, dont l’époux timoré
Subissait les dictats, coutumiers et notoires,
D’une mère à l’allant un rien immodéré…
 
 
Ainsi commence le conte. Lorsque Pu Songling auteur de contes fantastiques présentés sous le titre de « contes du Pavillon des loisirs », avoue ne pas avoir le talent d’un Gan Bao ayant vécu un demi-millénaire avant lui, c’est implicitement qu’il prouve l’heureuse persistance de l’écriture, buvant aux bassins de l’imaginaire. Présente depuis toujours dans nos cultures elle ne saurait être considérée comme un procédé narratif dépassé, à n’aborder dorénavant qu’avec un rien de commisération. Une présumée évolution des moeurs en en ayant balayé le genre. Admettons-le ! Mais pour quelle fin ?
 
Or, ni le temps ni les neuves formes n’y ont jamais rien changé. En bref, retenons que le conte est le meilleur des pédagogues pour atteindre en soi notre âme d’enfant, dont l’émerveillement rendra la leçon irrévocablement éducatrice. Au point que notre ratio tellement susceptible par nature, l’acceptera avec une amabilité non feinte. C’est là un moyen original de communication, unique parce qu’irremplaçable. Contre toute attente, les moeurs les mieux structurées, acceptent l’apport du conte comme un procédé formatif fondamental dont son économie vis-à-vis de la forme académique, nous affranchit alors d’un certain pédantisme qui se croit obligé. En somme, pareille Materia touche à l’essence même de notre nature, tellement nos sens s’ouvrent à lui sans détours.
 
Ce qu’est la nature humaine, chacun le sachant par l’expérience de soi, c’est le naturel de cette forme narrative qui permet d’y atteindre aisément. Nous convenons d’abord de leur évidence dramatique, à partir de quoi leurs conclusions pratiques s’imposeront pour vérités définitives ; leur cheminement historiel ayant apporté concomitamment leurs preuves intrinsèques. Hélas, il s’en fait par la suite, rarement une application personnelle, n’ayant pas suffisamment compris que nous venons de consommer sur le dos de notre propre histoire. Le fabuliste Louis-Marc Claude à propos du conte résume fort bien la chose : « chacun croit le lisant qu’il parle du voisin »…voire : « … l’on en croit la morale en réponse aux voisins ».
Pour exemple, les dissensions permanentes qui agitent le genre humain. De sorte que le conte achevé pose pour question : combien s’emploient, en fin de (u) … compte, à s’amender ? Laissons aller notre quatrain. L’Asie a répondu déjà :
 
 
Jong Tô, conteur habile à l’aimable cithare,
Recueille chez K’iu Yuan aux célestes métiers,
Maintes paroles d’or et de musique en pare
Délicat créateur, ses forts féconds psautiers.
 
Quand récités plus tard, sous les clartés lunaires
Au pied du Pic Sacré, de leurs jeux immortels
Les sages en diront les chants visionnaires,
Dont la mémoire exulte en nous les livrant. Tels !
 
 
* * *
YING – SHAH
 
 
 
 
Ying Shah, c'était son nom. Elle souffrait, otage
De quelque virago, mère de son époux,

Furia vengeresse aux basques du ménage,

Dont morbide chaque aube en aggravait le pouls.
Au point que la victime à force, se redresse
Pour un projet fatal.
 
« Ce sera sans remord
Qu’ulcérée il me faut au bout de ma détresse
Aller m’en affranchir, pour gage de sa mort ! ».
 
Ainsi soudainement, depuis trop longtemps, lâche,
Le souffre-douleur va, que soulève un dégoût,
Mettre un terme au péril à force qu’on le fâche,

Et pour unique fois porter le dernier coup.
 
Ying Shah, se porte alors chez un anachorète,
Célèbre thaumaturge en procédés expert

Qu’il entre dans son jeu, puisqu’elle se sent prête
A frapper qui la frappe et perdre qui la perd.
Elle va, souffle court, raide demanderesse,
Gravissant la montagne et ses rudes degrés
Inépuisable tant l’acharnement la presse.
 
L’Ermitage est atteint. Les cèdres au plus près,
Bercent comme à l’envi l’océan des nuages,

Et que porte l’azur dans ses bras transparents.
Là, d’inspirés jardins pleins d’odeurs, de ramages,
Enseignent le bonheur dignes et déférents.
Faut-il y consentir, car l’hôte en sa retraite

Peut d’âmes réprouver quelques desseins méchants ;
Et dont le sain répons pour le cœur en défaite

Le gardera du pire. Ô, l’asile avéré,

Où cueillant le Credo d’un sage cénobite,

L’esprit balbutiant en l’étrange séjour,

Récupère un signal ; qu’enfin le déshabite
L’épouvante de maux, par les moyens d’un tour !
 
L'homme en silence écoute. Or sa face mystique
Ne frémit pas d'un trait, quand le mortel besoin
Sur ces lèvres d'enfant les brûle, pathétique.

Il semble l'ignorer, les yeux perdus au loin,
Harcelé comme il l’est par l’amère pauvrette.
C’est alors que surgit, témoin des maux d’en bas
Leurs écumes qu’il fuit, le vol d’une mouette :
Subtile se gardant de menaçants trépas.
 
 
Le porte un arc-en-ciel libéré des abysses,
Comme aux jours du Déluge. Il berne les néants,
Y brasse ses couleurs en longs rubans complices,
Engendré selon Jah aux séjours des vivants.
 
Il la regarde enfin, lui livre sans ambages :
 
« Ce violent désir qu’enfle le désespoir,

Dénature ton cœur, alimente des rages

Promptes à s’enflammer. Je sens ne pas pouvoir
Détourner tes esprits de cette forfaiture.

Tu veux pour exorcisme un moyen radical,

Dont les effets seront de la pire facture !

Folle enfant t’en prévient mon art zodiacal !
Envisage plutôt l’option qui tempère,

Cette femme a des torts... sans remèdes, crois-tu ?
Se ressaisir vaut mieux quand l’âme désespère ;
Reprends-toi, négocie et vise moins tortu ».
 
Ying Shah se tait. Le sage en sent la réticence,
L’exaspéré vouloir de frapper méchamment,
Dont l’exécrable humeur fonde une pestilence :
Abattre la marâtre à force de tourment.
L’érudit sait, quand une oreille fait la morte
L’inutile besoin de la vouloir forcer ;
D’en conjurer l’emploi sachant en quelque sorte,
Que le moindre conseil ne peut que l’agacer.
 
L'homme cède. Il lui montre entre ses mains chenues,
Une coupe d'albâtre au couvercle d'argent :
 
« Tu masseras sa nuque et ses reins, paumes nues,
Ses hanches et son dos. C'est un terrible onguent !
Pour que son âme entière, enfin accaparée

Se livre assez, feins de l’aimer, écoute-la,
Apprends, selon ce plan, dès qu'elle s'est livrée,
Les merveilleux vaisseaux ».
 
L’homme ainsi lui parla.
Crispée Ying Shah saisit la mixture tragique,
Mais avant de sortir, lui revient la raison :
 
« Ce serpent que je tiens... »
 
« Tremble, qu'il ne te pique !
Aveuglément mortel, en oignant ce poison
Ne t’atteindrait-il pas ? ».

 
La fille lui reproche :
 
« Vous réprouvez mon geste, et pourtant vous voilà
Me condamnant pas moins ! »
 
 
« Toujours cette anicroche !
Ce que je vois ici, souvent je l’ai vu là !
Tout fauteur de délits a souci de lui-même,
Quand ses préparatifs propices à la mort,
Ajustés contre autrui pour une geste extrême,
Non sans effrois mollit quant à son propre sort.
Assez de discours vains, pour t’avoir reconnue,
Incapable à ce jour de te débarrasser
De ce projet pervers. Puisse-tu l’âme nue
Revenir sur tes vœux, juste avant que d’oser ;
Prends donc cette liqueur en guise d'antidote,
Elle est ta garantie où force le trépas ! ».
 
Déjà l'instigatrice à son souci dévote,
Abandonne les lieux. Elle hâte le pas,
Retrouve sa demeure, en son âme trafique
Des mimes d’empathie. Rôle amer, malaisé !
 
« N’est-ce justice enfin que ce destin tragique
Je m’en veuille affranchie ? Ô toi, martyrisé !
 
Voyez ! La bru propose à la mère surprise,
Souffreteuse souvent de calmer sa douleur,
D’en éteindre les feux à force d'entreprise ;
Et l’épouse du fils se mue en oiseleur.
Dès lors, à corps perdu qu’encourage l’audace,
Elle aide à ses couchers, l’accueille en son matin,
Rien ne lui fait défaut, présence jamais lasse,

A ce point qu’anobli s’infléchit leur destin.
 

 

Ying Shah revient en grâce. Lors, l'âpre belle-mère
L’inscrit indispensable arbitre de ses jours,
Chairs et âmes vont mieux, son bel art persévère,
Elle devient experte. Au point que sans détours
Non plus d’économie, il y va d’un miracle !
A ce luxe d'égards, l’aïeule ouvre son cœur.
 
Purgé, le pavillon revient de sa débâcle,
Chacune fait de l’autre intangible, une sœur.
L’époux que l’ambiance à coup sûr émerveille
S’étonne, mais se garde en marge des enjeux,
D’y regarder de près. Tout simplement, il veille
A ce que rien ne perce à nouveau de fâcheux.
 
Alors que dans le clan fleurit la connivence

Ying Shah, s’émeut soudain. Elle garde à l'esprit
Ses objectifs retors gagés contre l’offense :

Le poison va son train ! Pour sûr, elle nourrit
Une indicible horreur désormais, quand funeste
Son maléfique ouvrage ouvre sur un tombeau.
Car chemine en le corps de l’aînée une peste,
Dont la malignité s’enfonce sous la peau.
 
Elle espace dès lors les actes de massage,
Astucieuse tarde, en réduit le devoir,

Se donne pour primeur les tâches de ménage,
Sauf à renouveler qu’elle n’ose entrevoir,
 
 
La reprise de soins. Aussi :
« Jusqu’où la lèse,
Et pousse le poison appliqué librement ;
L’effet dévastateur, à quand - aux dieux ne plaise –
Les stigmates premiers d’un morbide tourment ? ».
 
« Ma fille et tu le sais, tes soins que j'apprécie,

Me font défaut depuis ces quelques derniers jours,
Mon âme tout entière en l'attente, te prie...

Prends subtils, tes onguents... je quitte mes atours... »
 
« Un regrettable ennui, selon l’apothicaire !
Les chaloupes du fleuve ont eu quelque avatar,
Et les simples cueillis sur la Montagne Claire,
Rentreront m’a-t-il dit, avec quelque retard !
 
« Demain ? Rassure-moi !»

 
« Je cours aux officines
Ô Mère, assurément. Dès l’aurore j’irai,
Et le soir à coup sûr, j’aurai vos médecines ».
 
« Puisse-tu mon enfant, par le Ciel dire vrai ! ».
 
Evidemment Ying Shah n’a qu’un désir en tête,
Celui de quémander par le même chemin –
Salvateur cette fois - où vit l’anachorète,
Qu’elle obtienne de lui l’antidote au venin.
Elle a fait le serment, autre que lettre morte,
Qu’il ne subsiste rien de son affreux penser,
Manière de sauver sa proie en quelque sorte :
 
« J'abattrai ce fatum, il le faut devancer ! ».
 
Tôt matin elle va, comme à marche forcée,
L’angoisse l’accompagne et qu’attise l’effort,
Pour retrouver enfin, au bout de sa visée
Le salvateur parvis. Le thaumaturge dort.
 
« Attendre est impossible... il ne se peut... j'appelle ! ».
 
Elle bat le chambranle et fait vibrer le gong,
Un vol de cygnes blancs s'éloigne à tire-d'aile.
 
« Seigneur ! Pour mon secours, je demande pardon !
Souvenez-vous de moi, de la terrible astreinte
Imposée à ma mère à la vouloir meurtrir !
Aujourd’hui du poison, en déliez l’étreinte
Et son spectre sournois, qu’elle n’aille en mourir !

 
L'autre, immense, est debout. Dans l'air vibrant qu'il hume,
Il compte les sanglots de l'enfant sur le seuil.

 
 
« Puis-je rendre à l'oiseau qui la perdit, sa plume,
Les épaves au port déchirés par l'écueil ?
 
« Ce que la main lia, la main peut le défaire
Maître, en neutralisant les effets de ce mal !

Et si rien ne peut plus jamais nous en abstraire
J’irai boire à dessein quelque filtre fatal ! ».
 
Le sage se retient et remise la foudre

D’une juste semonce. Il s’interdit l’excès,

Dont tout amer vengeur choisissant d’en découdre,
Se prive rarement des griffes d’un procès.

Le poids de son silence, il en connaît les normes,
Son éminent pouvoir aux abysses des cœurs,

Y reprend les aplombs, en dégauchit les formes,
Morbides les dénonce et fait que les humeurs,

Se retrouvent cadrés. Assez de zizanie

Être calme est la clé ! La meilleure leçon
 
Est qu’une conscience enfin s’ouvre à la vie

En accepte le droit et cède à la façon

Dont la Vérité signe unique sa réponse.

Quel est l’état, la part de qui, de quoi, comment
Des choses, de leur fin que la sagesse annonce
Et que l’aveugle ego quoi qu’il en pense, ment.
 
« Allons ressaisis-toi, n'ajoute à la traîtrise,
Tel autre projet fou de t’aller supprimer,

Mais plutôt considère, en quoi notre entreprise
Assura votre gain ! Ayant pu sublimer –
Mobile à part - l’amour d’une mère qui t’agrée,
Feignant de te céder un maléfique agent,
J’en tournai la fragrance et mis dans sa livrée
Qu’il ne soit à la fin qu’un séducteur onguent.
Quant à mon antidote, euphorique breuvage,
Il te rendit habile en multiples faveurs ;
Nos contraires n’avaient pour promesses en gage,
Qu’une pure alchimie. Et vous devîntes sœurs !
Prisonnière au début d'une injuste souffrance,

Ta haine relayant la vindicte et son lot,
Je fis que mon astuce usât de bienveillance
Etouffant vos brandons, comme on noie un brûlot.
Femme debout ! En paix, retourne à ta famille,
Ajoute à ce qui manque, et freine les excès,

Tout comme cette mère a retrouvé sa fille,
D'autres vous imitant, atteindront au succès ! ».
 
Le doux sage l’invite. Il monte au belvédère,
Où grave et généreux l’Universel s’étend.
 
« Viens donc ! Regarde au loin les portes du Mystère,
L’homme ce forcené toujours impénitent,

En disloque les huis, ravage la nature

Pire, la sienne propre à force de combats ;
Au point que sa survie annonce une gageure :
Retrouver quelque Eden, dessous tant de gravats !
 
 
Prends conscience, admets et lucide énumère,

Ici, là, comme ailleurs, la chute de naos,

Quand ta vile corvée, elle aussi délétère,

Participe non moins d’un infernal chaos.

Depuis toujours hélas, les postures de l’Homme,
Contestables lui sont coûteuses par excès,
Méprisant les leçons dont il se moque en somme...
A quand, quelque authentique et pérenne progrès ?
 
Dans l’heure qui suivit au long de sa descente,

Ying Shah, cœur, âme ouverts dans leurs replis mortels,
Ramène du Haut-Lieu, dont neuve elle s’absente,

De quoi recomposer des séjours éternels.

Lui, prenant à témoins et le temps, et l'espace :
 
« Lorsque l’Homme éperdu, pour jamais harassé
Enfin, prendra sur lui les enjeux de sa Race,

Il se reconnaîtra dans Qui l’aura pensé ».
 
©claude gauthier
 


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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 07:46
Si – Claude Gauthier
 
 
 
 
Si le plus beau poème est pour qu’un jour l’écrive :
Quelle en est la retraite, où se tient-il caché,
Le cœur doit-il se plaindre à tout le moins fâché,
Se réjouir plutôt, qu’on n’en sache la rive… ?
 
Si le sort jusqu’ici, cachotier nous en prive,
Le monde d’Apollon n’en paraît pas gâché,
Tant l’attente lui garde autre que remâché
De le savoir intact au temps qu’il nous arrive… ?
 
D’ailleurs, dès que rendu par le milieu du gué
De mon sonnet qui court, qui de vous intrigué
Pourrait y reconnaître en l’instant, le prodige…
 
Evidemment personne ; et je ne m’en plains pas,
Préférant à tout prendre honorer bien, vous dis-je,
Sa voix d’ailleurs venue… et qui me tend les bras.
 
©Claude Gauthier
 




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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 07:52
Je cherche un homme – Claude Gauthier
 
 
 
 
Diogène dixit. Parmi princes, monarques,
Puissants tant, que la pierre en a gardé les marques,
Prestigieux ainsi que le fut Pharaon,
Sage à ce point qu’on dit, de lui « c’est Salomon »,
Ou maître conquérant de l’ample Babylone,
Du décret de Cyrus que la Liberté tonne,
Alexandre en sa main carde espaces et temps,
Jusqu’à César qui plie à lui les continents !
 
Pourquoi leur disputer ces jeux vains, inutiles,
Jalouser leur narcose aux fins toujours futiles ?
 
Je cherche un homme et pas, du genre trublion :
Qui sache de son soc… tracer un vrai sillon !
 
©Claude Gauthier
 



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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 07:45
Le mime – Claude Gauthier
 
 
 
 
Le mime est là. Plus rien ne bouge…
Il s’est figé, juste le temps
Autour de son si gros nez rouge,
De s’apprêter. Soudain les vents,
 
Du songe bleu qui le transporte,
Soufflent de-ci, de-là, partout,
L’épure et chimérique et forte
De ses secrets, mis bout-à-bout !
 
Dans les geysers de son silence,
D’un geste sûr il nous saisit,
Nous enveloppe et nous balance,
Sur les manèges qu’il brandit !
 
A qui regarde, il lui suggère
Dans chaque mot qu’il ne dit pas,
Que la vie a pour passagère
La folie et ses branle-bas !
 
Surprends nos cœurs Mime qui danse
En silence avec tes discours
Et thaumaturge – ultime chance –
Nous guéris aux jeux de tes tours !
 
© Claude Gauthier



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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 06:45
L’apprentissage – Claude Gauthier
 
 
 
Musicien appliqué son souvenir me touche,
Quand devant mon grand-père, une flûte à la bouche
Debout, tempe battante au bout de ma candeur,
Il me disait Mozart qu’il connaissait par cœur…
Lors, il suivait ma lèvre hésitante et peu sûre,
Attentif mes efforts, en jaugeait la lecture ;
Puis noueuses ses mains, aidant mes jeunes doigts,
Fort précieusement en tirait leurs alois
Les modelant, subtil, quoique faibles encore,
A fermer tout à tour les trous du buis sonore.
 
Un gai petit putto, le port délicieux
Sur un guéridon proche et l’air facétieux,
Mimait mon enseignant simulant quelques notes,
Qu’il comptait, j’en suis sûr, de manières dévotes ;
Et quand enfin je sus enlever un refrain,
Déliré-je disant qu’il me tendit la main ?
Nous étions tous ensemble en quête de bonheur
Et nous flattant l’oreille et répétant par cœur,
Chaque note son mot pour étourdir notre âme !
 
Dans un rêve de nuit, agaçant mon calame
Je vis, éberlué, traversant le salon
L’angelot. Pour m’enjoindre : « Ecris, fils d’Apollon » !
Et par enchantement me venait l’écriture,
De ces paroles dont la mystique mouture
Ravit, puisque puisée au plus profond de soi.
Je les dis à l’aïeul, soulevé par l’émoi
Il notait chaque mot et non moins chaque phrase,
Alchimique nectar dont la coupe était rase.
Ainsi ce qu’un vieil homme fondait pour l’avenir,
Léguait à son enfant autre qu’un souvenir :
Une sorte de pacte où Sa Flûte Enchantée,
M’en servait la légende en tous points racontée.
Grand-père disparu, je ne fus jamais seul,
Notre commun livret récusant son linceul.
Ainsi, note après note à l’envi le mystère
Redira, soins jaloux, tout cet alphabétaire
De séjours délicats libres de tout souci,
Dont le seul mot de passe ouvre encor sur « Merci » !
 
Je voulais notre opus pour le moins prophétique,
Que demeurât de nous l’honneur d’un viatique :
Et qu’un passant suggère un arc et ses lauriers…
Qu’il en orne la crypte où dorment nos cahiers.
 
©Claude Gauthier
 
 
 
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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 07:34
Quand aux bords de la rivière - Claude Gauthier
 
 
Quand aux bords de la rivière
Je te vis, pâle rêvant,
Dans mon cœur comme un levant,
L’éclaira de sa lumière.
 
Lors, je fis ce que savais,
Au juste bien peu de chose,
Icelle chiche qu’on ose,
Comme ose un fichu niais.
 
D’un galet le passe-passe,
Giflant l’onde à tout hasard
Me valut, tendre un regard,
Après cent de guerre lasse.
 
Après mille vint le soir,
Tel un dais sur lit de sable,
Dont l’amour toujours aimable,
Fut de la nuit l’ostensoir.
 
©Claude Gauthier  

 


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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 09:00
LE  FOL  ÂNE  ET  L’HERBE  FOLLE – Claude Gauthier
 
 
 
 
Souvent les vœux par trop crédules,
Conduisent nos destins vers des maux majuscules,
 Et le plus sûr talent, fût-il de Léonard,
 N’en saura conjurer l’insigne canular.
Réfléchissons d’abord, pour un meilleur office !
                                                                                        
Un âne fort nanti que taraude un caprice,
 Oublieux de son près, tend un nez frémissant
  Vers les hauts d’un clocher. Puissant
Est son désir, farouche son envie                    
D’y tondre - eh, la fourbe folie -                                                 
Trois brins d’herbes venus sous l’ardoise du toit !
Il en rêve, il s’obstine et ne mange et ne boit                               
Que par mesure extrême.
 Il n’est qu’une langueur, tout lui semble carême
Et son maître à la fin engrange de l’humeur :
 - Il me faut à Martin rendre  son goût de vivre… !
                                                                                                                
Un jour, plus ou moins ivre,
 Il encorde le cou du rétif animal,
Monte à la cloche et non sans mal,
 S’armant d’une poulie, enlève                    
Avec des ho, des hisse et vous soulève,
 Entre nuages, sol, l’indocile bourrin !
 Pour atteindre au lupin,
 Il se distend l’échine autant que l’homme peste ;
 Le quadrupède alors, flaire son pain céleste.
 Il la sent, s’enhardit, à ce point l’imprudent                                     
Qu’il atteint à la chose, hélas ! Car saisissant la touffe,
 A ce moment précis, notre fol âne étouffe !
Plus tard, le franc crétin d’aller nous raisonner :
- Ainsi voulut le Ciel, de me l’empoisonner !
                                                                         
Tels sont  les sots complices,
Qui ne sauront jamais borner, ni mœurs, ni vices,
 Non sans en rejeter le plus clair de leurs torts,
Sur un tel et consorts. 
 
© Claude Gauthier

 


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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 07:45
L’ÂNE BRAVO, VU OUTRE-RHIN – Claude Gauthier
 
 
 
Concernant le bonnet, celui-là du dit Âne,
Le procès malheureux que la France lui fait,
Calibrant son symbole à hauteur d’un forfait :
Eh, la sotte critique à l’humeur charlatane.
 
Pour sûr, fallacieuse à l’endroit du tout-Âne,
Que par chez nous l’on gâche - amateurs en tôt-fait –
C’est ignorance aidant, le dire contrefait,
Et prendre un escarpin pour vile, une tatane.
 
C’est d’outre-Rhin pourtant que nous vient cette toque,
Qui n’assimile en rien, ce chef – qu’ici l’on moque –
Aux cancres, dont est loin notre ami le Baudet !
 
Remarquable, la bête inspire en Germanie,
Son humeur et ses dons… que le crâne bonnet
L’impubère coiffant, lui cède son génie !                    
 
© Claude Gauthier

 
 
 
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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 07:54
L’ÂNE VU, HELAS DE France – Claude Gauthier
Les « Têtes d’ânes », œuvre de Bachir Hadji - © Photo J. Dornac
 
 
 
Pourquoi cet infondé, trivial argument,
Critique saugrenue au détriment de l’Âne,
Non sans qu’en maints livrets même illustres, l’on glane
L’humiliant affront d’un indigne ornement ?
 
Son injuste bonnet, couronne faussement
Cancres, sots et consorts ; et sous les préaux plane
De quoi sur lui pointer, épitaphe atellane,
Tel avis fort fâcheux d’un borné jugement.
 
Le doit-on à certains d’aisance cavalière,
Chevaucheurs de purs-sangs portant haut la crinière,
Qu’inspirent seuls le stick, les éperons, l’orgueil ?
 
Alors que l’Âne est sûr et de mœurs fort jolies,
Intelligent, sans biais, salubre en son accueil :
Le sain répétiteur d’insignes embellies !   
 
© Claude Gauthier   
 
 

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 07:18
A la femme noire – De Claude Gauthier
© Marie-Guillhemine Benoist

 
 
Sombre beauté !
Ton visage retient, Femme,
Les mystères de l'ombre et de la nuit, 
Les chauds envoûtements. Fleur noire
Qu'un indistinct désir
Venu du fond des âges,
S'est épris à tisser
Dans d'obscures nuances :
Belle es-tu !
La plus belle sans doute. Où donc est Cléopâtre ?
Mes yeux te cherchent, mon regard
T'interroge et les clartés surfaites
Dont il se repaissait
Jusqu'alors, fuient.
Reste ! Ne bouge pas ! Permets
Que je scrute l'aplat de ta teinte profonde,
Le calme enfermement qui verse dans ta peau,
L'énigme souveraine, 
Par excellence sombre. Oui,
Ta face est une épure
Et son pouvoir sur moi,
Fait le partage
Magique, ensorceleur
De tes formes saisies.
Au nom de ta couleur, de ses charmes secrets
J'adule un rêve et ton absence feinte
Verse, aux choses de l'Amour -
Goûts mêlés qu'en mon exode de vie,
Je glane pour mon cœur -
De tes beautés, l'aura mélanésienne.
 
© Claude Gauthier



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  • Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...
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