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10 juin 2022 5 10 /06 /juin /2022 06:20


 

 

Ses moustaches en gerbe d’avoine, étirées en un malicieux sourire, annonçaient une journée de bonté tel le vent qui caresse les blés.
 
Il portait une chemise aux couleurs de l’été, un pantalon de grosse toile grise et un chapeau à larges bords planté de biais sur des cheveux blancs frisés.
 
Ses yeux de lac bleu s’émerveillaient à la rencontre de la silhouette musicale d’un peuplier.
 
Il aimait ces journées passées avec des amis ancrés depuis des générations dans ce pays où rudesse et douceur se conjuguent.
 
Il s’engageait sans retenue avec talent et imagination pour maintenir la vie dans la joie, fier d’appartenir à cette Auvergne fraternelle.
 
Au fond d’un vallon ou sur une éminence, le Haut-Livradois lui chantait sa romance.
 
Sa grande fierté, il l’a tenait de sa connaissance des arbres.
 
Son ancêtre, scieur de long, lui avait confié ses secrets.
 
Il distinguait du premier coup d’œil le bourgeon-feuille du bourgeon-fruit.
 
Sur sa montagne granitique, par les prés, les champs et les bois, il s’en allait à la rencontre des merisier, sorbier, alisier, sapin pectiné et sapinière à myrtilles.
 
Sur chaque arbre, il sentait palpiter l’aubier sous l’écorce. Ses mains rugueuses s’attardait le long du tronc pour échanger une confidence.
 
Il disait souvent que les arbres étaient des amis fidèles, des compagnons de vie pour ne jamais être seul.
 
Le parfum du genêt et de la fougère embaumait ce monde vivant.
 
Sur le chemin du retour, il croisait le paon du jour s’accordant une halte sur la scabieuse pour lire le passage du vent.
 
Tandis que là-haut, sur les Hautes Chaumes, le traquet motteux coulait des jours heureux sur son éboulis de pierres.

 

©Roland Souchon    

www.rolandsouchon.com      
 
 
 
 
 
 

 

 
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4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 07:38


De la source à l’estuaire
coule la Seine transparente de lumière
Fille de l’onde tu t’éveilles
le gris-bleu sur les paupières
Nymphe tu redessines les berges
quand l’échappée devient belle
Danse nef de Lutèce
dans les bras de Sequana.

 

 

Née des larmes d’une nymphe poursuivie par un satyre, Sequana* , fleuve d’histoire, de légendes et de poésie, coule depuis ses sources jusqu’à l’estuaire

 

Demi-vêtue quand vient le printemps, tu franchis ponts et passerelles.


Avec un brin d’audace et le mépris du danger, tu nargues parfois le merle siffleur et les moineaux de Paris.


Arrivée à la passerelle Simone de Beauvoir, tu deviens chef-d’œuvre raffiné portant sur les plats de ta reliure les gemmes, l’or et l’argent.


Au couchant, ta tranche s’orne de garance laissant par instant fleurir la dorure ciselée d’une fibule.


Habillée de bon vélin, tu vogues vers la pointe de l’île Saint-Louis.


Le croisement d’un regard, un frisson qui court sur la berge ; ainsi passe ta beauté, chatoyante dans ses éclats fugitifs.


De remous en remous, telle une fille sauvage, tu files au Pont de Sully.


A l’approche du Pont Marie, tu resterais bien dans la douceur bleue d’une Madone, mais il te faut saluer la gloire hautaine des grandes et nobles familles.


Vêtue de soie, tu fais un pas de danse au Pont d’Arcole.


Emplie de volupté au parfum délicat, tu laisses éclater ta joie.


Tu presses le pas pour arriver à l’heure au Marché aux fleurs.


En tablier bleu, le jardinier a cueilli pour toi, Sequana, jonquilles et tulipes multicolores.
Tu glisses la mieux épanouie dans ton livre d’heures.

Au Pont au Change, tu es éblouie par la Sainte-Chapelle, merveille de l’art gothique.


Tu empruntes un cheval de fiacre pour traverser l’île de la Cité et rejoindre les bouquinistes quai des Grands Augustins.


Le temps d’un soupir, tu croises les belles dames qui se poudrent aux miroirs chez Lapérouse. Vite lasse des plaisanteries salées et des propos musqués, tu retrouves le Pont Neuf.

 

Dans le bruyant concert des mouettes en exil, tu observes le perpétuel va-et-vient d’une foule sentimentale.


Tu caresses des yeux le Vert-Galant en son logis de verdure.


Là, sûre de toi, tu deviens Sirène aux écailles brodées.


Sous le pinceau de Paul Signac, tu arrives au Pont des Arts où le peintre néo-impressionniste fait, par ses harmonies et arrangements rythmiques, palpiter ton cœur.


Entre le musée du Louvre et l’Institut de France, tu apparais naïade aux yeux verts.


Insouciante, tu as la grâce dansante d’une indomptée.


A peine sortie d’un songe, tu portes une jonchée de roses aux Immortels de l’Académie.

 

Tu rêves des sources déjà lointaines qui, goutte à goutte, ruissellent jusqu’à Lutèce :
Sequana !
Sequana !


Avec les nouvelles clartés printanières, de légères demoiselles te contemplent de la balustrade des Tuileries.

 

Belle et scintillante dans ta nudité, tu fais une révérence au Pont Royal.


Jolie frimousse,
tu chantes au gai matin
sans t’inquiéter du lendemain.

 

Au Pont de la Concorde, tu dresses ta nappe de lumière, et les peupliers bruissent sur tes berges familières.


Seul, un anneau de fer attend le lourd chaland en provenance de l’estuaire.

 

Passent les jours, les semaines et se termine ta longue promenade : sept cent soixante seize kilomètres et six cents mètres je crois.


Mais ta curiosité demeure lorsque, de ta rive gauche, tu aperçois Honfleur, cité des peintres qu’il serait trop long de citer : Boudin, Daubigny, Jongking, Marquet, Seurat, Luce et bien d’autres.


Tu nous offres une dernière image avec une peinture de Félix Vallotton qui, depuis la Côte de Grâce, exécuta, en 1910, une huile sur toile : Vue d’Honfleur matin d’été.


La Seine déroule son ruban d’argent, ravie d’épouser l’immensité intime de l’estuaire.

 

VISUEL : Figuration de la Seine. Bas-relief de Jean Goujon, conçu à l’origine pour la fontaine des Innocents à Paris, et conservé aujourd’hui par le musée du Louvre.

 

©Roland Souchon    
février 2022
 
 
 
 

 
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30 mars 2022 3 30 /03 /mars /2022 06:59


 

 

 
Sur le disque dansait La Manon de Massenet, un amour de la peinture et de la volupté.
 
Tout autour des hanches de La Danseuse indienne de van Dongen, les couleurs tournaient, tournaient : Sublime patine fauve qui garde le chef-d’œuvre de vieillir.
 
Le soir descendait, vermeil comme un ciel étrusque.
 
Il me semblait entendre sa voix aux accents incandescents.
 
Tandis que l’heure mystérieuse se drapait d’une tunique pourpre, elle apparut dans un vêtement de soie écarlate, ajouré aux vingt-deux endroits du corps où la chair est vulnérable.
 
Au miroir de la lune, elle s’offrait telle la page fleurie d’un conte d’Orient.
 
                                                                                       

©Roland Souchon  
 février 2022

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 07:53
Mad woman - Chaïme Soutine - 1920


En ces temps si singuliers où la tourmente s’invite au printemps, Roméo et Juliette pourront-ils s’aimer sur la musique de Sergueï Prokofiev?
 
                                                              
Poudrée, fardée, lèvres cerclées d’un rouge coquelicot, juchée sur de longues jambes enroulées de bas pour un mardi-gras, elle déambule quai Voltaire.
Le regard haut perché, à quoi peut donc bien penser cette cigogne élancée toute de rouge vêtue.
 
Son goût immodéré pour les arts la conduit à la galerie des Petits Pas, sanctuaire des poètes de la peinture.
Elle s’arrête longuement devant La Folle, une toile de Chaïm Soutine, peinte vers 1921.
Dans ce portrait saisissant, le regard est celui d’une victime sans défense, vouée à un inexorable destin.
Sa robe rouge et son chapeau vert soulignent l’intensité expressive, délire pictural profondément ancré dans les sentiments.
Le pinceau du peintre est celui d’un forcené qui a connu les tourments et la souffrance.
A travers cette œuvre, toute la peinture de Soutine pourrait tenir dans ce vers de Baudelaire :
  « Je sais que la douleur est la noblesse unique…»
 
Toute pétrie du cri de Chaïm Soutine, la femme en rouge quitte la galerie.
Elle chemine le long du quai de Conti.
Ses pensées sont ailleurs ; elles s’en vont vers l’Ukraine, terre qui rougeoie sous les feux de la haine.
Elle se rappelle les sonorités du poète russe Mandelstan :
« … De ce monde confus de cendres et de flammes
       J’ose en tremblant franchir la brume et les confins
       Et respirer les fleurs immortelles d’une âme,
      Ces poèmes éclos en des enfers humains. »
 
Au Pont-Neuf, la Seine déroule son ruban jaune et bleu, couleurs d’un peuple opprimé.
 
Sous l’aile d’un songe, peintres et poètes jettent leurs dernières forces pour offrir les flammes vives de leurs cœurs.
Le chant d’Orphée suffira-t-il ?
Le rouge vermillon de Soutine fera-t-il taire le feu d’un féroce dictateur ?
 
La femme en rouge a disparu.
 
Seule demeure l’espérance.
                                                                                                          

©Roland Souchon  

vendredi onze mars 2022

 

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10 février 2022 4 10 /02 /février /2022 07:32


 
 


Rescapés d’une époque révolue, presque chimérique, où allons-nous ?
 
Quelle farce nous fait-on croire aujourd’hui avec ce passe-partout et ces moult doses d’un venin dont on ne saura la véritable histoire seulement dans dix ans.
 
A entendre tous ces donneurs de leçons, nous n’aurions même plus le droit de « voir sous les jupes des filles ».
 
Quelle chance d’échapper à ce foutoir alors que, derrière le verrou, murmure un frou-frou, un bijou d’amour.
 
Avec les premières lueurs de l’an neuf, je veux m’enfuir vers l’ailleurs, retrouver les promesses de l’aube, la grâce des matins vêtus de bleu.
 
Pas de lyrisme larmoyant, mais simplement recevoir le jour qui se lève comme un sourire :
             Espérer, s’étonner, s’émerveiller, inaugurer sans cesse les lendemains
                Chercher la lumière partout où l’ombre surgit
                     Raconter le mystère des choses inutiles
                          Vivre avec ma Muse une aventure où les rêves les plus fous voyageront sur un cahier ou sur une toile
                              Avoir foi en la poésie, celle qui ouvre la porte d’un lever de soleil où s’embrasseront couleurs et lumières.
 
Oui, accueillir ces premières lueurs telle une offrande, et les heures se peupleront d’abeilles sur des prairies en fleurs.


©Roland Souchon  
janvier 2022

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3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 05:56
Jour d’hiver de Pierre Bonnard


 


Le jour se levait, blanc comme un jeune sein qu’on dévoile.
 
L’aube naissait pour s’émerveiller et saluer la beauté partout où elle apparaissait.
Les heures s’habillaient de nouvelles clartés. oudré de givre, un poirier insufflait sa joie vibrante.
Une blanche houppelande offrait un monde caché, calfeutré où palpitait une constellation bleutée.
Sertie de frimas, l’allée du jardin brodait son feston qui ondoyait avec le ballet des flocons de neige.
Cette journée se révélait féminine, blanche ombrelle à la fraîcheur duvetée.
 
Au salon, la fenêtre semblait tapissée d’un conte où le temps n’avait plus de prise.
Près de la commode, dans le chatoiement d’une blanche étoffe, se tenait une Muse d’une discrète élégance.
J’effleurais sa nuque d’ivoire de mes lèvres éblouies.
Je devinais le reflet irisé de son sourire.
Elle se retourna en inclinant ses paupières de satin blanc.
 
Grâce et tendresse s’unirent sur les trois voyelles du oui
.

©Roland Souchon  

  le vingt et un décembre 2021
 
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2 décembre 2021 4 02 /12 /décembre /2021 05:34
Terre d’andésite et d’améthyste

 

 

Là-haut, sur cette , s’envolent feuilles jaunes et feuilles brunes, manuscrits de l’automne
 
Au coude du chemin, un lièvre bondit, emportant la sérénade de l’aquilon
 
Le souffle chaud des biches allume les yeux du silence, et le mystère glisse vers demain
 
Le chagrin des labours s’est vêtu de bure, et le brame du cerf dégrafe la robe des brumes
 
Le fil garance du roncier coud le gilet de novembre
 
L’assaut fripon des fins de nuit arrête toute inflorescence, sauf pour un bouton d’églantier qui, à la faveur d’un repli ensoleillé, vient s’épanouir dans la bonté de ce chemin oublié.
 

©Roland Souchon - Morpho  
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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 06:40

          Sur les sables ondoyants respire l’estran

Les yeux aigues-marines, une Muse redessine la vague et s’habille d’écume de jade.
 
 Emeraude, la mer reste sauvage, libre ; son cœur bat sur la jeunesse du monde.
 
°    °   °
 
                                        
 
L’antique cité d’Aleth s’éveille.
Il flotte dans l’air un je-ne-sais-quoi de grâce, de joie de vivre à deux pas de la Tour Solidor.
L’aube grandit, ouvre la ligne d’horizon, et apparaît, sertie d’émeraude *, la cité corsaire :
                                 Vaisseau de pierre aux voiles légendaires
                                      Tu rêves de gréer vers la haute mer
                                            Ton clocher est l’amer
                                                   Gardien des libertés vers des lointains imaginaires
 
Loin des obligations du monde, avec pour seul bagage le rêve et l’émotion, le regard plonge dans les abysses bleutés :
                                     République d’armateurs aux parfums des cinq continents
                                              Saint-Malo tu es aujourd’hui perle d’émeraude
                                                        Sertie du flot qui berce nos rêves
 
A la faveur des alizés  arrive une Muse.
Si la mythologie grecque a eu Borée, Zéphyr, Notos et Euros, l’alizé, vent de lumière et de clarté, a une force onirique venue d’un ailleurs , un souffle de liberté.
Avec l’alizé fusent les couleurs : bleu tendre ou profond, turquoise, rose et vert émeraude.
Le ciel et la mer s’unissent pour un moment de lumières :
                                        Terre d’émeraude
                                              Aux embruns couleur de nacre
                                                      A l’ombre des brises-lames
                                                              Glisse le parfum du grand large
 
Dans l’imaginaire éolien, la Muse revient.
Au chant de la vague, tu te métamorphoses en Vénus de Giorgione, nymphe du Titien, Madone du Parmesan, Olympia de Manet, Baigneuse d’Ingres.
Aux marées d’équinoxe, tu deviens irréelle, Ménade pompéienne.
Au jusant, tu sèmes des petits cailloux blancs, et te voilà en Impératrice Théodora de Ravenne.
Quand souffle le vent de galerne, ta robe s’habille d’élégance telle une cariatide de l’Erechthéion au Parthénon d’Athènes.
Lorsque la vague frisée d’écume arrive du fort de la Conchée, tu accompagnes les Oréades chères à Bouguereau.
Si, roulé depuis l’île de Cézembre, un galet échoue sur la plage de Saint-Malo, tu te révèles légendaire Vénus de Lespugne.
 
Des quatre points cardinaux arrive un vent d’aventure, un vent de limite du monde :
 
     Ô Muse, tu es mélodie sur une palette émeraude
     Ô Muse, tu nous invites à prendre le temps, à écouter la musique du vent, à suivre la course des nuages
     Ô Muse, pour toi j’ai cueilli le liseron des sables au cœur d’étamines jaunes
     Ô Muse-émeraude, ta harpe éolienne m’a laissé un poudroiement de parfum sucré d’îles lointaines.
 
                                                                                                                                                          
Le vert émeraude : cette couleur devient presque d’une importance égale aux couleurs primaires que sont le bleu, le rouge et le jaune. C’est un vert légèrement bleuté qui, combiné avec les jaune, cobalt et outremer, fait merveille. Avec lui, les nuances sont infinies pour obtenir une grande luminosité.
Quant à la Côte d’Emeraude, elle part de la Pointe du Grouin à Cancale vers Saint-Malo, Dinard, Saint-Lunaire, Saint-Briac-sur-mer, Saint-Jacut-de-la-mer, Saint-Cast- Le Guildo, le Cap Fréhel et enfin  Sables-d’Or-les Pins. Puis elle donne la main à Erquy qui marque le début de la Côte de Penthièvre.

 


©Roland Souchon - Morpho  

septembre 2021

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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 06:33

Original d’un des 35 volumes de l’Encyclopédie de Denis Diderot, la plus importante entreprise éditoriale du XVIIIème siècle par la somme des connaissances qu’elle contient.


A lire sans faute : Diderot, le génie débraillé de Sophie Chauveau.
 

LANGRES, ville de l’Esprit des Lumières
                            

 

D’un escarpement rocheux où ruisselle l’eau, une grue cendrée s’élève vers les grands ciels de la Haute-Marne.

De corps, d’esprit, de cœur et d’âme, ce pays des sources exhale un bouquet de saveurs.
 
Gorge jaune et pétales carmins, un « sabot de Vénus », la plus mythique des orchidées signale la source de la Marne à Balesmes, située à 419 mètres d’altitude, sous le plateau de Langres.

C‘est en ces lieux habités d’une nature rebelle que naissent le fleuve la Seine et la rivière la Marne.

La Marne et la Seine prennent leur source tout près l’une de l’autre, et la Marne rejoint la Seine à Charenton-le-Pont dans le Val-de-Marne, département de la confluence. Restons en compagnie de Matrona, déesse de la rivière Marne.

La rivière Marne, affluent de la rive droite du fleuve Seine, est longue de 525 kilomètres et traverse sept départements (Haute-Marne, Meuse, Marne, Aisne, Seine et Marne et Val-de-Marne).

Je vous promets, suivre la Marne est un voyage hors du temps.

Cheminer le long de la rivière, c’est rendre visite à des personnages historiques, littéraires et artistiques.
 
Nous voici donc à Langres*, cité perchée, cernée de remparts avec un chemin de ronde ponctué de douze tours.

C’est dans cette ville des Lumières qu’est né, le 5 octobre 1713, Denis Diderot, un des plus grands penseurs du 18ème siècle. Libertin, homme d’intelligence, de malice et de brio. Imaginez la belle Sophie Volland à la balustrade d’une maison Renaissance.

Vif et naturel est le style de Diderot que nous emportons un peu plus loin en remontant la Marne jusqu’à Chaumont, Préfecture de la Haute-Marne.
 
Emblème de la ville, un viaduc composé de 52 arches domine la vallée de la Marne.

Chaumont se dresse sur un éperon rocheux-calcaire.

Dans cet écrin de pierre, des maisons à tourelles en encorbellement engagées en saillie au-dessus des portes d’entrée signent ce patrimoine architectural singulier.

Chœur, nef, transept, absidioles, voûtes sur croisée d’ogives* : chacun de ces mots nous conduit à la basilique Saint-Jean-Baptiste qui, à elle seule, mérite le détour.

Avec les sculptures de Bouchardon, c’est la mise au tombeau en pierre sculptée, composée de onze personnages grandeur nature en pierre polychrome, qui impressionne dans une chapelle en contrebas. Ces sculptures de l’école troyenne sont saisissantes, exprimant l’étendue des sentiments humains, de l’amour maternel attendri jusqu’à la profonde affliction de Marie-Madeleine, les bras croisés sur la poitrine.
 
Les berges ensauvagées de la Marne guident nos pas jusqu’à Bologne où, au détour d’un bosquet, un vieux tracteur bruni de rouille abrite une colonie d’orties.

Que dirait-il aujourd’hui des grandes plaines céréalières bordées de forêts où le brame du cerf va bientôt se faire entendre ?

Chemin faisant, près de la rivière, une ruine résiste au temps, vestige d’une halte de marinier. Ces choses devenues inutiles dégagent parfois une beauté insaisissable se créant et se recréant à chaque instant.

Il faut aimer ces paradis fugaces où l’émerveillement vient par surprise.

La chute mauve du jour nous invite à rejoindre Joinville.
 
Le moment tant attendu arrive.
Dominant la Marne, cette petite cité de caractère de la Champagne méridionale est marquée par la Renaissance, notamment avec le château du Grand Jardin construit par Claude de Lorraine, premier duc de Guise. Le jardin qui a donné son nom au château évoque le paradis perdu. Il est orné de 500 pieds de buis, de broderies où couleurs et senteurs invitent à une promenade romantique.

L’après-midi s’écoule en visitant l’historial de l’Auditoire fondé par Antoinette de Lorraine au 16ème siècle quand une voix nous invite à poursuivre notre chemin jusqu’à l’église Notre-Dame de Joinville, témoignage du gothique du début du 13ème siècle.

Une lueur éclaire une chapelle où figure une châsse en orfèvrerie abritant la ceinture de Joseph, seule relique du père de Jésus conservée en France.

Cette ceinture a été ramenée de terre sainte lors de la 7ème croisade en 1248 par Jean, sire de Joinville, fidèle compagnon du roi Saint Louis. Elle a été sauvé du pillage pendant la Révolution française.

C’est une ceinture vêtue d’ocre qui semble se dérouler sans fin, long ruban de lumière ourlé de foi et d’amour.

Tissu humble, d’une beauté simple, un peu austère, empli d’harmonie dans ses courbes où les fils se croisent, s’entrecroisent comme les lignes d’une vie.

Scintillant parfois sous l’aile d’un ange, cette ceinture nous plonge dans une béatitude inexplicable.

Croire, ne pas croire, peu importe, nous demeurons dans une muette admiration.

A travers les vitraux, la lumière vient, s’en va, revient pour se parer d’une dentelle de rosaces. Une beauté constellée, lente palpitation d’une ineffable douceur.

Puis, un rai de lumière descend d’une croisée d’ogives, reflet d’un monde transfiguré par un acte d’amour tel un rêve peuplé d’hommes et de femmes qui ne connaîtront plus la haine.
 
Cette ceinture a-t-elle guidé la main des Guise qui jouèrent un grand rôle dans l’histoire du royaume de France ?

Le petit fils Henri, chef charismatique pendant les guerres de religion fera trembler le pouvoir royal. Son assassinat à Blois en 1588 mettra un terme à l’épopée extraordinaire des seigneurs de Joinville.
 
Arrivés au Poncelot, petit pont de pierre du 16ème siècle, un osiériculteur vannier au travail nous renvoie l’image des bords de Marne où poussent aulne, peuplier, saule marsault et osier pour tresser paniers et corbeilles.

De Balesmes à Charenton-le-Pont, partout la Marne nous a invité à découvrir les grands ciels où se mirent la beauté dans le cœur des hommes.

* Langres vient du nom de la tribu des Lingons, Lingonenses, baptisée ainsi par Jules César. Lingonenses a donné, par déformation, Langres qui se trouvait à la croisée de grandes voies de communications construites par les Romains. C’est ici la ligne de partage des eaux. Le tunnel de Balesmes fait passer le canal de la vallée de la Marne (versant de l’Océan) dans la vallée de la Vingeanne, affluent de la Saône (versant de la Méditerranée)
 
* L’architecture gothique – la voûte d’ogives : L’ogive est la nervure d’une voûte gothique ; la voûte d’ogives est constituée de deux ogives qui se recoupent à la clef de voûte. C’est une innovation capitale des architectes du 12ème siècle ; l’ensemble du bâtiment gagnait alors en poids et en élasticité.


©Roland Souchon
 août 202I
Morpho et sa Muse


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16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 06:29
Photo : Ramin Rahmani Nejad Asil


 

à toutes celles qui ne respirent plus et que nous continuons à aimer

Des oiseaux brodés s’embrassent sur le couvre-lit lorsqu’elle apparaît.
Sa présence me transporte en Iran, près du bassin de la mosquée rose de Chiraz où les nymphes s’ouvrent et se referment en corolles odorantes.
Avec la grâce d’un battement d’ailes de colibri, un soupçon de lumière se pose sur ses paupières aux reflets céruléens.
Ses grands yeux fixent la patine d’un luth d’où s’échappe la danse du soleil.
 
Aussitôt, elle se met à chanter.
Sa voix est un souffle ardent comme la poussière rouge d’un vent de sable.
Me vient l’image d’un caravansérail : cette étape des routes caravanières reliant le golfe Persique et la Méditerranée, cette oasis où défilent chameaux chargés de soieries, d’épices avec femmes et hommes en quête de bruissements de palmes et du ruissellement de l’eau.
 
D’accords en arpèges, les rimes vont de l’ombre à la lumière. Sa voix cristalline brode la parure du ciel et, tel un papillon, rejoint le croissant de lune.
 
La lueur fauve des braises pousse un dernier soupir quand retentit un ghazel de Hafiz* :
 
     « … Ô ma rose,
                   J’ai vu dans les plis de ta robe
                            le vent qui renverse,
                                    et ce n’est pas sans raison… »
 
                                                                                                   

Morpho, 2021

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*
Né à Chiraz (Iran) au quatorzième siècle, Hafiz est le plus grand poète lyrique persan.
       Son œuvre tient en un recueil de divân (vers) qui comporte 500 ghazels (poèmes).

 
        
         

 

 

 

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