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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 06:33
Une perle dans une décharge – Michèle Freud
 
 
 
C’est une gigantesque friche, recouverte de déchets de toutes sortes, qui forment d’énormes monticules, des ravins, des gorges, leu de travail insalubre de centaines d’enfants d’Asie, qui cherchent dans ce chaos surréaliste, cauchemardesque, nauséabond, de quoi survivre. Ils fouillent, exposés aux polluants, aux produits toxiques, aux fumées asphyxiantes de petits feux qui brûlent en permanence, essayant de récupérer des plastiques, du fer, des métaux précieux, du verre, des papiers, des cartons et même des quignons de pain dur.
 
Gosses les plus pauvres parmi les pauvres, crasseux, en haillons, ne mangeant pas à leur faim, n’allant pas à l’école, ils vivent comme des rats dans les entrailles d’une décharge…
 
Un jour, une petite fille, en fouillant dans cet océan de détritus, trouva, ô miracle, un livre ! Un livre, certes abîmé, sali mais un livre, avec des pages remplies de belles lettres et d’images de toutes les couleurs. Depuis son plus jeune âge, elle rêvait d’aller à l’école pour apprendre à lire. Un rêve malingre qui vivotait car elle le pensait irréalisable. Mais ce rêve, même timide, était comme un soleil. Sans perdre de temps, elle s’assoit sur un vieux bidon pour le feuilleter, sa joie est trop forte, elle ne peut pas attendre. Il y a des oiseaux et des ruisseaux qui chantent en elle, son corps se réchauffe. En tournant, en touchant les pages de ce livre, elle se sent vivante. Toutes ces images et ces dessins sont pour elle une île avec ses palmiers, ses cocotiers, ses oiseaux exotiques, la mer toute bleue et ses voiliers blancs. Elle a quitté la décharge, elle rêve, peut-être d’un pays où les enfants peuvent vivre simplement leur vie d’enfant…
 
C’est sans doute le rêve de tous ces enfants qui vivent dans les camps de réfugiés, dans les villes en guerre, de tous ces enfants qui sont bafoués, méprisés, abandonnés, handicapés, mal aimés.
 
Un rêve, c’est une force, un trésor, une richesse et en brisant un rêve, nous mutilons une âme…
 
©Michèle Freud
 
 
 
 
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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 06:37
Chant d’amour – Michèle Freud
Photo J.Dornac©
 
 
 
 
 
Notre colline, au printemps, a bien des richesses à offrir. Elle est la vie, la beauté, la poésie, le rêve, avec ses petits jardins d’orchidées pourpres ou de cerises aux pétales délicieusement froissées, ses coulées d’aphyllantes, ses coronilles qui aspergent la terrasse de leur parfum volé aux anges, ses tapis de pois de senteur et de fleurs de lin, ses cascades de liserons qui carillonnent à tout vent la magnificence du monde. Quel somptueux cadeau que ce débordement de rose, de blanc, de vert, de bleu, d’or et de mauve ! Tout est harmonie et douceur, comme peint avec les innombrables ressources d’une palette magique. Telle une abeille, je butine, je frissonne de joie. Dans l’univers des fleurs sauvages, je sens vibrer en moi l’immensité de la vie universelle.
 
Aujourd’hui, je prendrai peut-être mon repas près des bonnes têtes ébouriffées des scabieuses. Je me contenterai d’une gorgée d’air, d’un bol de lumière, d’un peu de suc de la terre, de la splendeur des plantes et du chant des oiseaux. Et surtout que le temps se fasse lent pour que dure la magie de l’heure. Et si je l’invitais à venir prendre un café, peut-être suspendrait-il son vol, le temps d’un sourire à tous mes amis, le temps de donner à la jolie coccinelle qui vient de se poser sur ma main, de prendre son envol et de n’être plus qu’un point rouge dans l’azur…
 
Je crois que je viens d’apprivoiser le temps !
 
Et comme pour m’approuver, la mésange se met à zinzinuler…
 
©Michèle Freud



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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 06:31
La roue – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Il était une fois une roue, une vieille roue solitaire, qui dévalait à toute allure un petit chemin de terre. Heureusement qu’en fait de vélo, elle en connaissait un rayon ! Sans perdre les pédales, elle évita toutes les ornières, les petites et les grosses bosses, les rochers traîtres, les coups bas des cailloux pointus. Mais la roue n’en finissait pas de rouler en grinçant des dents, et les folles avoines s’agitaient pour se moquer d’elle : « Eh petite reine, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es toute tordue, tes rayons sont fracassés, et sans l’ombre d’un doute, tu me sembles crevée. Il est grand temps de prendre ta retraite ! »
 
Comme elles étaient cruelles ces herbes folles ! Que savaient-elles de sa vie ? Elle avait tant roulé sa bosse, sous le soleil et sous la pluie, dans la neige et dans le vent… Elle était bien courageuse, jamais à plat, jamais crevée. Elle en a connu des chemins et des routes. Elle était heureuse alors, elle rayonnait de bonheur. Il y a seulement un instant, elle savourait l’ivresse de la descente sur une petite route de montagne. Et puis, il y eut cet accident provoqué par un chauffard inconscient. Après ce choc terrible, son compagnon fut projeté en l’air comme un fétu de paille. Le vélo n’était plus qu’un amas de ferrailles. Une roue attirée par la pente quitta le lieu du drame. C’est elle que les herbes folles saluèrent avec cruauté. Pourquoi percer de flèches un cœur endolori ? La pauvre roue, blessée à mort, n’aspirait plus qu’au repos, rêvait d’un coin discret pour y finir ses jours. Soudain, son rêve devint réalité : en bas du sentier sur lequel elle rebondissait, une prairie l’accueillit avec douceur. Et la vieille roue, au milieu de ce champ fleuri semblait une couronne tressée de boutons d’or…
 
©Michèle Freud




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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 06:32
La petite joie – Michèle Freud
 
 
 
 
 
C’était une petite joie qui voltigeait dans l’air tel un papillon.
 
Dans les rues, les gens marchaient, moroses, les yeux baissés. Seul un poète, un peu baladin, un peu clown, aperçut la petite joie. Il la trouva belle, habillée de rires, d’enthousiasme et de rêves et il tendit les mains pour l’accueillir. Il sentit alors sur sa peau, la petite joie frémir comme un être vivant. Le poète la contempla avec tant d’amour que subitement, il lui poussa des ailes. Il ne marchait plus, il dansait, il volait. Ô sublime légèreté, précieuse apesanteur !
 
« Regardez-moi » criait-il, je coquerelle, je valserine. Cette joie, je voudrais la partager avec vous mes amis les passants, avec vous les oiseaux, les arbres et les coccinelles, avec toi le hanneton tout craquelant et cliquetant, avec toi le chat qui ronronne sur le banc et toi le vent tripotant les herbes et frisottant le ruisseau et vous tous les rayons de soleil qui tombez en pluie d’étincelles.
 
Ecoutons le poète qui nous dit : « La vie peut être une histoire pleine d’aventures, de couleurs, de chansons. Elle crée à chaque instant de la poésie. Alors ouvrez les fenêtres de votre cœur pour y voir plus clair, pour y voir plus loin et partez cueillir les bourgeons de l’aurore…
 
©Michèle Freud




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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 06:49
Prise de bec – Michèle Freud
 
 
 
 
 
« Dites donc les mecs, lance le chef de bande, vous êtes timbrés ou quoi ? Arrêtez votre tohu-bohu, on ne nous a pas demandé d’ambiancer la rue. Reluquez plutôt la gueuse ! Oh c’te touche ! Un vrai bâton de chaise ! Et sa bouille ? On dirait une pomme blette. Même si j’avais faim, j’en ferais pas mon repas. Et avec ça, fichue comme l’as de pic. Elle a l’air aussi à l’aise dans sa robe informe qu’un poisson dans un litre de porto ! Mais pour l’instant, je suis en train de me cailler le mou pour savoir si elle est vivante : elle est plantée là comme un piquet, toute raide. Mais v ‘là qu’elle ouvre sa gobeuse ».
 
« Vous les p’tits rigolos, les hurluberlus, vous vous croyez fortiches à dégoiser ainsi sur mon compte. Vous débloquez le gars, vous dévissez du cabochon. Mais toutes vos fariboles, vos boniments à la graisse d’oie, vos dingueries et vos guignolades, je me les balance par dessus l’épaule et je m’en bats la paupière. Vous vous prenez pour des durs, pour les balèzes du quartier, mais vous manquez de moelle, de jus. Par contre, des hannetons dans votre soupente, vous en avez à tire-larigot. Et puis, vous vous êtes déjà regardés ? Faites-donc fonctionner vos mirettes. Vous vous imaginez élancés comme un cyprès alors que vous avez le pétrousquin tout près du gazon, autrement dit, vous êtes bas du pont arrière. Je vous vois mal danser la girandole. Cela vous épate, ça vous en fiche plein les lanternes que ce mot là sorte de ma goule. Forcément, votre niveau intellectuel est nettement inférieur à celui de la mer. Vous ne pensez qu’à la gonflette de vos bras, tans que vos neurones se la coulent douce. Vous savez quoi ? Vous allez devenir des ramollis de la rotonde. Mais un cerveau, ça se muscle, bande de crétins indécrottables ! Moi, j’ai mon Petit Robert que j’aime à la folie. Avec lui, chaque soir, je m’enivre, je m’enlumine, je m’empolissonne, je m’ensniffe, je m’engouffre dans les mots, histoire de m’allumer les méninges. Un coup de lumière, t’y vois plus clair et ça change tout. Ah les mots ! Les mots crémeux, beurrés, fondants ou craquants sous la dent, les mots précieux et rares, tarabiscotés et tortueux, pittoresques et loufoques. Et que dire des mots endimanchés dans leur robe de bal, des mots si doux et si beaux qu’on leur voudrait des joues pour les embrasser ? Et puis, avez-vous déjà écouté la petite musique des mots ? Mais elle vous chavire, vous met sens dessus-dessous, vous donne la chair de poule, elle peut même vous faire gicler dans les étoiles, elle pourrait, j’en suis sûre, réenchanter le monde ! Tiens, tiens, c’est une petite lueur que j’aperçois dans vos yeux de merlans frits. Par hasard, commencerais-je à vous chambouler le palpitant ? Mais enfoncez-vous ça dans votre calebasse : pas question de vous fréquenter, les gars. J’aurais trop peur que vous effarouchiez mon pote-en-ciel. Et maintenant, tirez-vous de là, allez traîner vos grolles ailleurs, sinon ça va bouillir. J’ai en réserve un ouf énorme qui ne demande qu’à sortir de ma goule. Et quand ça va se produire, il va jaillir comme un boulet. Faites gaffe à votre théière, les mectons, une théière, c’est si délicat…
 
©Michèle Freud



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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 06:50
Filou le clochard – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Pour sûr qu’il était mal fagoté dans son costar fripé. Mais avec sa belle gueule d’amour et son langage fleuri, il plaisait aux dames de la haute. Pensez donc, on l’avait invité, lui Filou le clochard, à un mariage, un grand, un chic, un sélecte et en plus, on l’avait accueilli comme un prince.
 
Mais ce qui l’intéressait, c’était la bectance, la savoureuse, toute en finesse, en légèreté, celle qui vous fait saliver à grandes eaux, qui vous fait frétiller la langue et crépiter les papilles, celle qui vous met des arcs-en-ciel dans l’estom’ et vous glisse dans le réservoir à sensations des titillements paradisiaques, en un mot, celle qui rend la vie précieuse et attirante et cette vie-là, quand l’occase de présente, il faut la saisir à bras le corps et lui dire des mots d’amour.
 
Filou jubilait, il se fendait le moutardier, il affichait sa binette des grands jours car il allait pouvoir s’empiffrer et dans de la vaisselle de porcelaine bien reluisante de propreté, à croire que le soleil y avait pieuté toute une nuit tandis que la lune fricotait avec les étoiles. Ce n’était pas tous les jours qu’il se remplissait la marmite à ras bord. Et, à coup sûr, il ramènerait dans sa cambuse quelques ragotons de luxe avec en prime une poire pour la soif.
 
A mordre dans ce fruit avec tout le jus qui vous dégouline sur les babines et vous arrose abondamment le petit canal : voilà une coulée divine qui élargit considérablement le tableau des réjouissances.
 
Filou était donc à la fête, assis entre deux demoiselles d’honneur bien décidées à le faire causer. Certes, in ne donnait pas dans le transcendantal, mais il avait un de ces bagoûts à vous chamboter la cervelle. Mais, lui ne visait qu’une chose : se graisser le toboggan. Donc pas question de jacter pour l’instant. C’est qu’il y en avait de la marchandise dans les plats et si bien déguisée qu’il fallait se triturer la coloquinte pour deviner ce qui se tramait sous le masque. Heureusement qu’il y avait le menu et quel menu ! Un poème à lui tout seul, écrit avec de belles lettres dorées et tout plein de fioritures. Et le clochard lut, les papilles déjà émoustillées, la ribambelle de mets qui allaient bientôt illuminer son palais. Certes, la poésie n’était pas son pain quotidien, mais quand il la vit si chouettement fringuée, son palpitant se mit à recevoir des giclées musicales à faire danser le pape et les nonnettes. Filou a relu une fois, deux fois, trois fois le menu : les invités, eux, n’en finissaient pas de papoter : et je te jabote et je te jaspine et je te grillonne et je te lantiponne.
 
Mais depuis le temps qu’il affûtait ses meules, son estomac criait famine. Alors, il s’est penché vers sa voisine et lui a murmuré en pleurnichant : « C’est pas le tout, mais quand est-ce qu’on mange ? »
 
©Michèle Freud



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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:41
Les galéjades de Fernand – Michèle Freud
 
 
 
 
 
 
« Fernand, tu es complètement azimuté, tu as les méninges qui déménagent car tu nous prends vraiment pour des attardés du bulbe. On sait que tu es fier d’avoir une imagination beaucoup plus fertile qu’une poêle à frire. N’empêche que tu n’as pas inventé le cachou rond… De toute façon, il ne faut jamais pousser mémère dans les orties. Cette fois-ci, tu dépasses largement les bornes. Entre ce que tu nous racontes et la réalité, il y a un gouffre, que dis-je, un océan et tu le franchis allègrement avec ton enthousiasme débordant de tous tes replis grassouillets. Tu crois nous épater, nous appâter, nous happer avec tes vantardises, tes ruses si grosses qu’elles nous cachent le soleil. Mais tu as tout faux, Fernand, tu te mets le doigt dans l’œil jusqu’à l’épaule, car ce que tu nous jettes en pleine tronche, on s’en tamponne le péroné, on s’en vaseline le coccyx et même, on s’en bassine la malle arrière ! Mais nous ne voulons plus être pris pour des gobeurs de grenouilles. Il est grand temps de changer de microsillon, le tien doit dater de Vercingétorix.
 
En tout cas, pour l’heure, ferme ta gloutonne et fais le mort car avec tes mots criards qui se bousculent au portillon, tu nous calcites les portugaises, tu nous brindilles le carafon. Tu peux être sûr que si tu avalais ta langue ou que tu allais te faire cuire des tortillas chez les indiens, on goûterait au nirvana.
 
Comme il serait divinement chouette alors, le silence, à siroter, à suçoter lentement avec gourmandise ! Sais-tu qu’il est devenu une denrée rare ? Bâfrer du silence, quel luxe ! Il faut dire qu’il en a ras la timbale d’être piétiné, houspillé, mutilé, chassé à coups de fusil, de tronçonneuse, de motos, de quad, de débroussailleuse, de bulldozer, d’hélicoptère, de transistors. Il en a tellement pris sur la patate, son cœur bat si fort à gros bouillons, qu’il n’en peut plus, le pauvre ! C’est la galère de toujours décamper. Mais il tient à bichonner son rêve, un rêve aussi beau qu’une jonquille au printemps : découvrir un petit coin de paradis, où sortiraient de terre, comme des fleurs, des pancartes avec ces mots : « Touche pas à mon silence ! »
 
Mais toi, le Fernand, on dirait qu’il te fait peur, te terrorise. Tu te goures dans les grandes largeurs, le silence n’est pas un monstre, au contraire. Avec lui, tu respires un bon coup, tu ouvres tes ailerons, ton imagination fait des galipettes. C’est pourquoi, il faut le défendre le silence, il faut le protéger comme un trésor, tu entends, Fernand, il faut le protéger comme un trésor…
 
©Michèle Freud



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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 07:48
Coup de gueule – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Depuis quelque temps, elle avait les nerfs en pelote et elle finit par se tricoter une belle colère.
 
« Ecoute-moi bien, Jules, j’en ai ras la marmite de ta trogne de momie. Tu passes ton temps à regarder la télé, tu ne me vois même plus. Tu veux que je te dise : avec toi, c’est l’hiver en toute saison. Non seulement rien ne trotte dans ta mansarde mais tu ne sais même plus te fendre la poire comme un cachalot. On ne peut pas dire que tu as un tigre dans le moteur, seulement un petit ver, pas vigousse pour deux sous et à peine luisant.
 
Pendant que du matin au soir, tu pantoufles dans ton fauteuil, les yeux rivés sur un écran, moi, je meurs, oui je meurs… de faim, pas de pain, non, mais de grands espaces, d’imprévus, d’insolite, de mystère, d’estradinaires, et cette faim-là, t’es pas cap’ de l’apaiser.
 
Je voudrais tant atteindre la maison de l’ivresse, pas avec des cataractes de beaujolpif mais en sortant du quotidien. Et toi, m’as-tu déjà proposé d’aller bivouaquer sur une étoile filante, pêcher le saumon en Alaska ? M’as-tu déjà propulsé sur ton balai dans les jardins de Babylone ? As-tu inventé pour moi un élixir à grimper aux rideaux ? Bien sûr que non, tu ne connais que la routine. Et tordre le cou à cette coriace, c’est aussi difficile pour toi que de gravir l’Everest en tongues. Tu sais, dans la vie, il faut s’en trimbaler dans sa caboche, il faut en avoir dans sa boîte à idées. Mais toi, tu t’en tartines les coquillettes. Tu es devenu un constipé des méninges, un engourdi du cervelet.
 
Mais l’heure du réveil a sonné : ébroue-toi, secoue-toi, bouge, sois intrépide, audacieux, farfelutise-toi, deviens clown. Et puis, jardine dans ton cœur qui, j’en suis sûre, est resté tendre. Il serait même délicieux en vinaigrette ! Cela te fait rire, tes yeux brillent, ta mine s’éclaire ! Embrasse-moi. Oh, regarde, un cyclamen fleurit entre nos mains ! Allez, viens déguster une bonne tartine d’amour et de soleil. Viens, bousculine-moi et faisons de notre vie une fête quotidienne.
 
©Michèle Freud



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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 07:40
La lumière bleue – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Le soleil disparaissait derrière la montagne. C’est n’était pas encore l’obscurité mais la nuit ne tarderait pas à se poser sur le hameau couché sur un piton rocheux.
 
Marie avait passé l’après-midi dans le flamboiement des couleurs d’automne. Sur le chemin du retour, elle hésita soudain à rentrer chez elle : une intuition fulgurante venait de la traverser. Elle pressentait qu’il allait se produire quelque chose d’exceptionnel, du jamais vu. Et elle attendit, toute excitée, au pied d’un vieux chêne. Brusquement, le ciel s’anima comme si, derrière la voûte céleste, un magicien allumait des lampes gigantesques. Et fait extraordinaire, de ces projecteurs géants, se mirent à jaillir des faisceaux de lumière bleue. Oui, la lumière était bleue, d’un ravissant bleu myosotis. Marie n’en revenait pas mais elle ne perdit pas de temps à se poser des questions sur ce phénomène incroyable, elle l’accueillait, avidement, de tout son être. Le cœur palpitant d’émotions, elle regarda ces draperies lumineuses qui se mouvaient avec légèreté. Elle était belle, la Marie, toute barbouillée de joie, d’émerveillement, de gratitude. Et malgré son grand âge, elle se mit à danser dans cette floraison d’aurores boréales, dans cette atmosphère immatérielle, cette ambiance de rêve et de douceur. Elle était Alice au pays des Merveilles. Elle se sentait euphorique comme si elle avait bu une coupe de Champagne, un vin vendangé par les anges dans les vignes célestes. Un vin vleu ! Lui revinrent alors en mémoire quelques vers d’un poème de Robert Desnos : « Une fourmi de dix huit mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas, ça n’existe pas. Et pourquoi pas ? »
 
Malicieusement, avec ses propres mots, Marie à murmuré : « Un vin bleu qui tombe du ciel, avec un délicieux goût de miel, ça n’existe pas, ça n’existe pas. Mais ça peut exister, n’est-ce pas ? »
 
Et puis, ragaillardie, le dos bien droit, les jambes souples, elle prit le chemin de sa maison tandis que la lumière bleue disparaissait pour faire place à la nuit…
 
©Michèle Freud
 
 


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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 07:46
Mon homme – Michèle Freud
« Le buveur d’absinthe », Viktor Oliva
 
 
 
 
 
« Faut que je vous dise, mon homme, il perd la boule, il a comme une écrevisse dans la tourte. Non seulement, il n’en fout pas la rame, mais très souvent, il est saoul comme une tique. Sa maxime préférée, je vais vous la cracher : « Dans le doute, absinthe-toi ! »
Et, à longueur de journées, mon homme, il s’absinthe…
 
Et qui est-ce qui fait bouillir la marmite ? C’est Mézigue ! Mais vu le peu de fric que je ramène, je suis toujours dans la dèche. Et quand ce pochard en déroute me refile quelques tunes, c’est de la roupie de sansonnet !
 
Comment ai-je pu l’avoir dans la peau, ce mec à la manque, avec ses petits yeux en trou de pipe, ses rouflaquettes poussives et ses rares plants de cresson sur le caillou ? Et ses gueulantes ? Parlons-en de ses gueulantes à réveiller les macchabées : elles m’aplatissent comme une punaise, me coupent la chique, me cauchemardent.
 
Je pourrais lui balancer : « Embaluchonne tout ton Saint Frusquin et débarrasse-moi le plancher. Tu n’es qu’un emplâtré, une chiffe, un empaillé. Je ne peux plus te voir en peinture et en plus tu me fous le bourdon. Je pourris aussi me tirer. Mais pour aller où ? Au paradouze ? Oui, c’est ça, au paradouze. Parfois c’est drôlement bon de se monter le bourrichon ou comme chantait ma petite mère poule : « C’est du nanan de se monter le vert en fleurs ! » C’est-y pas bien jacté, ça ? Mais il ne faut quand même pas trop halluciner. Je sens bien que toute ma carcasse bat de l’aile. Mais qui voudrait m’allonger toute une flopée d’achetoirs pour une grosse révision de toute la mécanique ?
Ah quelle chienne de vie, sans la moindre loupiote dans la ligne de mire !
 
Pour sûr qu’un jour, quand je serai trop dans la limonade, quand j’en aurai ma claque de cet arsouille toujours en rogne, je me ferai sauter le caisson, oui je le jure, je me ferai sauter le caisson…
 
Mais qu’est-ce que je raconte ? Je ne vais quand même pas me flinguer pour un mec ! Redresse-toi, la grande, prends un marteau et fracasse tes chaînes. Et maintenant, respire un bon coup. Respire le bon air de la liberté !
 
©Michèle Freud
 
 


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