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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 06:49
Prise de bec – Michèle Freud
 
 
 
 
 
« Dites donc les mecs, lance le chef de bande, vous êtes timbrés ou quoi ? Arrêtez votre tohu-bohu, on ne nous a pas demandé d’ambiancer la rue. Reluquez plutôt la gueuse ! Oh c’te touche ! Un vrai bâton de chaise ! Et sa bouille ? On dirait une pomme blette. Même si j’avais faim, j’en ferais pas mon repas. Et avec ça, fichue comme l’as de pic. Elle a l’air aussi à l’aise dans sa robe informe qu’un poisson dans un litre de porto ! Mais pour l’instant, je suis en train de me cailler le mou pour savoir si elle est vivante : elle est plantée là comme un piquet, toute raide. Mais v ‘là qu’elle ouvre sa gobeuse ».
 
« Vous les p’tits rigolos, les hurluberlus, vous vous croyez fortiches à dégoiser ainsi sur mon compte. Vous débloquez le gars, vous dévissez du cabochon. Mais toutes vos fariboles, vos boniments à la graisse d’oie, vos dingueries et vos guignolades, je me les balance par dessus l’épaule et je m’en bats la paupière. Vous vous prenez pour des durs, pour les balèzes du quartier, mais vous manquez de moelle, de jus. Par contre, des hannetons dans votre soupente, vous en avez à tire-larigot. Et puis, vous vous êtes déjà regardés ? Faites-donc fonctionner vos mirettes. Vous vous imaginez élancés comme un cyprès alors que vous avez le pétrousquin tout près du gazon, autrement dit, vous êtes bas du pont arrière. Je vous vois mal danser la girandole. Cela vous épate, ça vous en fiche plein les lanternes que ce mot là sorte de ma goule. Forcément, votre niveau intellectuel est nettement inférieur à celui de la mer. Vous ne pensez qu’à la gonflette de vos bras, tans que vos neurones se la coulent douce. Vous savez quoi ? Vous allez devenir des ramollis de la rotonde. Mais un cerveau, ça se muscle, bande de crétins indécrottables ! Moi, j’ai mon Petit Robert que j’aime à la folie. Avec lui, chaque soir, je m’enivre, je m’enlumine, je m’empolissonne, je m’ensniffe, je m’engouffre dans les mots, histoire de m’allumer les méninges. Un coup de lumière, t’y vois plus clair et ça change tout. Ah les mots ! Les mots crémeux, beurrés, fondants ou craquants sous la dent, les mots précieux et rares, tarabiscotés et tortueux, pittoresques et loufoques. Et que dire des mots endimanchés dans leur robe de bal, des mots si doux et si beaux qu’on leur voudrait des joues pour les embrasser ? Et puis, avez-vous déjà écouté la petite musique des mots ? Mais elle vous chavire, vous met sens dessus-dessous, vous donne la chair de poule, elle peut même vous faire gicler dans les étoiles, elle pourrait, j’en suis sûre, réenchanter le monde ! Tiens, tiens, c’est une petite lueur que j’aperçois dans vos yeux de merlans frits. Par hasard, commencerais-je à vous chambouler le palpitant ? Mais enfoncez-vous ça dans votre calebasse : pas question de vous fréquenter, les gars. J’aurais trop peur que vous effarouchiez mon pote-en-ciel. Et maintenant, tirez-vous de là, allez traîner vos grolles ailleurs, sinon ça va bouillir. J’ai en réserve un ouf énorme qui ne demande qu’à sortir de ma goule. Et quand ça va se produire, il va jaillir comme un boulet. Faites gaffe à votre théière, les mectons, une théière, c’est si délicat…
 
©Michèle Freud



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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 06:50
Filou le clochard – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Pour sûr qu’il était mal fagoté dans son costar fripé. Mais avec sa belle gueule d’amour et son langage fleuri, il plaisait aux dames de la haute. Pensez donc, on l’avait invité, lui Filou le clochard, à un mariage, un grand, un chic, un sélecte et en plus, on l’avait accueilli comme un prince.
 
Mais ce qui l’intéressait, c’était la bectance, la savoureuse, toute en finesse, en légèreté, celle qui vous fait saliver à grandes eaux, qui vous fait frétiller la langue et crépiter les papilles, celle qui vous met des arcs-en-ciel dans l’estom’ et vous glisse dans le réservoir à sensations des titillements paradisiaques, en un mot, celle qui rend la vie précieuse et attirante et cette vie-là, quand l’occase de présente, il faut la saisir à bras le corps et lui dire des mots d’amour.
 
Filou jubilait, il se fendait le moutardier, il affichait sa binette des grands jours car il allait pouvoir s’empiffrer et dans de la vaisselle de porcelaine bien reluisante de propreté, à croire que le soleil y avait pieuté toute une nuit tandis que la lune fricotait avec les étoiles. Ce n’était pas tous les jours qu’il se remplissait la marmite à ras bord. Et, à coup sûr, il ramènerait dans sa cambuse quelques ragotons de luxe avec en prime une poire pour la soif.
 
A mordre dans ce fruit avec tout le jus qui vous dégouline sur les babines et vous arrose abondamment le petit canal : voilà une coulée divine qui élargit considérablement le tableau des réjouissances.
 
Filou était donc à la fête, assis entre deux demoiselles d’honneur bien décidées à le faire causer. Certes, in ne donnait pas dans le transcendantal, mais il avait un de ces bagoûts à vous chamboter la cervelle. Mais, lui ne visait qu’une chose : se graisser le toboggan. Donc pas question de jacter pour l’instant. C’est qu’il y en avait de la marchandise dans les plats et si bien déguisée qu’il fallait se triturer la coloquinte pour deviner ce qui se tramait sous le masque. Heureusement qu’il y avait le menu et quel menu ! Un poème à lui tout seul, écrit avec de belles lettres dorées et tout plein de fioritures. Et le clochard lut, les papilles déjà émoustillées, la ribambelle de mets qui allaient bientôt illuminer son palais. Certes, la poésie n’était pas son pain quotidien, mais quand il la vit si chouettement fringuée, son palpitant se mit à recevoir des giclées musicales à faire danser le pape et les nonnettes. Filou a relu une fois, deux fois, trois fois le menu : les invités, eux, n’en finissaient pas de papoter : et je te jabote et je te jaspine et je te grillonne et je te lantiponne.
 
Mais depuis le temps qu’il affûtait ses meules, son estomac criait famine. Alors, il s’est penché vers sa voisine et lui a murmuré en pleurnichant : « C’est pas le tout, mais quand est-ce qu’on mange ? »
 
©Michèle Freud



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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:41
Les galéjades de Fernand – Michèle Freud
 
 
 
 
 
 
« Fernand, tu es complètement azimuté, tu as les méninges qui déménagent car tu nous prends vraiment pour des attardés du bulbe. On sait que tu es fier d’avoir une imagination beaucoup plus fertile qu’une poêle à frire. N’empêche que tu n’as pas inventé le cachou rond… De toute façon, il ne faut jamais pousser mémère dans les orties. Cette fois-ci, tu dépasses largement les bornes. Entre ce que tu nous racontes et la réalité, il y a un gouffre, que dis-je, un océan et tu le franchis allègrement avec ton enthousiasme débordant de tous tes replis grassouillets. Tu crois nous épater, nous appâter, nous happer avec tes vantardises, tes ruses si grosses qu’elles nous cachent le soleil. Mais tu as tout faux, Fernand, tu te mets le doigt dans l’œil jusqu’à l’épaule, car ce que tu nous jettes en pleine tronche, on s’en tamponne le péroné, on s’en vaseline le coccyx et même, on s’en bassine la malle arrière ! Mais nous ne voulons plus être pris pour des gobeurs de grenouilles. Il est grand temps de changer de microsillon, le tien doit dater de Vercingétorix.
 
En tout cas, pour l’heure, ferme ta gloutonne et fais le mort car avec tes mots criards qui se bousculent au portillon, tu nous calcites les portugaises, tu nous brindilles le carafon. Tu peux être sûr que si tu avalais ta langue ou que tu allais te faire cuire des tortillas chez les indiens, on goûterait au nirvana.
 
Comme il serait divinement chouette alors, le silence, à siroter, à suçoter lentement avec gourmandise ! Sais-tu qu’il est devenu une denrée rare ? Bâfrer du silence, quel luxe ! Il faut dire qu’il en a ras la timbale d’être piétiné, houspillé, mutilé, chassé à coups de fusil, de tronçonneuse, de motos, de quad, de débroussailleuse, de bulldozer, d’hélicoptère, de transistors. Il en a tellement pris sur la patate, son cœur bat si fort à gros bouillons, qu’il n’en peut plus, le pauvre ! C’est la galère de toujours décamper. Mais il tient à bichonner son rêve, un rêve aussi beau qu’une jonquille au printemps : découvrir un petit coin de paradis, où sortiraient de terre, comme des fleurs, des pancartes avec ces mots : « Touche pas à mon silence ! »
 
Mais toi, le Fernand, on dirait qu’il te fait peur, te terrorise. Tu te goures dans les grandes largeurs, le silence n’est pas un monstre, au contraire. Avec lui, tu respires un bon coup, tu ouvres tes ailerons, ton imagination fait des galipettes. C’est pourquoi, il faut le défendre le silence, il faut le protéger comme un trésor, tu entends, Fernand, il faut le protéger comme un trésor…
 
©Michèle Freud



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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 07:48
Coup de gueule – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Depuis quelque temps, elle avait les nerfs en pelote et elle finit par se tricoter une belle colère.
 
« Ecoute-moi bien, Jules, j’en ai ras la marmite de ta trogne de momie. Tu passes ton temps à regarder la télé, tu ne me vois même plus. Tu veux que je te dise : avec toi, c’est l’hiver en toute saison. Non seulement rien ne trotte dans ta mansarde mais tu ne sais même plus te fendre la poire comme un cachalot. On ne peut pas dire que tu as un tigre dans le moteur, seulement un petit ver, pas vigousse pour deux sous et à peine luisant.
 
Pendant que du matin au soir, tu pantoufles dans ton fauteuil, les yeux rivés sur un écran, moi, je meurs, oui je meurs… de faim, pas de pain, non, mais de grands espaces, d’imprévus, d’insolite, de mystère, d’estradinaires, et cette faim-là, t’es pas cap’ de l’apaiser.
 
Je voudrais tant atteindre la maison de l’ivresse, pas avec des cataractes de beaujolpif mais en sortant du quotidien. Et toi, m’as-tu déjà proposé d’aller bivouaquer sur une étoile filante, pêcher le saumon en Alaska ? M’as-tu déjà propulsé sur ton balai dans les jardins de Babylone ? As-tu inventé pour moi un élixir à grimper aux rideaux ? Bien sûr que non, tu ne connais que la routine. Et tordre le cou à cette coriace, c’est aussi difficile pour toi que de gravir l’Everest en tongues. Tu sais, dans la vie, il faut s’en trimbaler dans sa caboche, il faut en avoir dans sa boîte à idées. Mais toi, tu t’en tartines les coquillettes. Tu es devenu un constipé des méninges, un engourdi du cervelet.
 
Mais l’heure du réveil a sonné : ébroue-toi, secoue-toi, bouge, sois intrépide, audacieux, farfelutise-toi, deviens clown. Et puis, jardine dans ton cœur qui, j’en suis sûre, est resté tendre. Il serait même délicieux en vinaigrette ! Cela te fait rire, tes yeux brillent, ta mine s’éclaire ! Embrasse-moi. Oh, regarde, un cyclamen fleurit entre nos mains ! Allez, viens déguster une bonne tartine d’amour et de soleil. Viens, bousculine-moi et faisons de notre vie une fête quotidienne.
 
©Michèle Freud



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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 07:40
La lumière bleue – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Le soleil disparaissait derrière la montagne. C’est n’était pas encore l’obscurité mais la nuit ne tarderait pas à se poser sur le hameau couché sur un piton rocheux.
 
Marie avait passé l’après-midi dans le flamboiement des couleurs d’automne. Sur le chemin du retour, elle hésita soudain à rentrer chez elle : une intuition fulgurante venait de la traverser. Elle pressentait qu’il allait se produire quelque chose d’exceptionnel, du jamais vu. Et elle attendit, toute excitée, au pied d’un vieux chêne. Brusquement, le ciel s’anima comme si, derrière la voûte céleste, un magicien allumait des lampes gigantesques. Et fait extraordinaire, de ces projecteurs géants, se mirent à jaillir des faisceaux de lumière bleue. Oui, la lumière était bleue, d’un ravissant bleu myosotis. Marie n’en revenait pas mais elle ne perdit pas de temps à se poser des questions sur ce phénomène incroyable, elle l’accueillait, avidement, de tout son être. Le cœur palpitant d’émotions, elle regarda ces draperies lumineuses qui se mouvaient avec légèreté. Elle était belle, la Marie, toute barbouillée de joie, d’émerveillement, de gratitude. Et malgré son grand âge, elle se mit à danser dans cette floraison d’aurores boréales, dans cette atmosphère immatérielle, cette ambiance de rêve et de douceur. Elle était Alice au pays des Merveilles. Elle se sentait euphorique comme si elle avait bu une coupe de Champagne, un vin vendangé par les anges dans les vignes célestes. Un vin vleu ! Lui revinrent alors en mémoire quelques vers d’un poème de Robert Desnos : « Une fourmi de dix huit mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas, ça n’existe pas. Et pourquoi pas ? »
 
Malicieusement, avec ses propres mots, Marie à murmuré : « Un vin bleu qui tombe du ciel, avec un délicieux goût de miel, ça n’existe pas, ça n’existe pas. Mais ça peut exister, n’est-ce pas ? »
 
Et puis, ragaillardie, le dos bien droit, les jambes souples, elle prit le chemin de sa maison tandis que la lumière bleue disparaissait pour faire place à la nuit…
 
©Michèle Freud
 
 


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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 07:46
Mon homme – Michèle Freud
« Le buveur d’absinthe », Viktor Oliva
 
 
 
 
 
« Faut que je vous dise, mon homme, il perd la boule, il a comme une écrevisse dans la tourte. Non seulement, il n’en fout pas la rame, mais très souvent, il est saoul comme une tique. Sa maxime préférée, je vais vous la cracher : « Dans le doute, absinthe-toi ! »
Et, à longueur de journées, mon homme, il s’absinthe…
 
Et qui est-ce qui fait bouillir la marmite ? C’est Mézigue ! Mais vu le peu de fric que je ramène, je suis toujours dans la dèche. Et quand ce pochard en déroute me refile quelques tunes, c’est de la roupie de sansonnet !
 
Comment ai-je pu l’avoir dans la peau, ce mec à la manque, avec ses petits yeux en trou de pipe, ses rouflaquettes poussives et ses rares plants de cresson sur le caillou ? Et ses gueulantes ? Parlons-en de ses gueulantes à réveiller les macchabées : elles m’aplatissent comme une punaise, me coupent la chique, me cauchemardent.
 
Je pourrais lui balancer : « Embaluchonne tout ton Saint Frusquin et débarrasse-moi le plancher. Tu n’es qu’un emplâtré, une chiffe, un empaillé. Je ne peux plus te voir en peinture et en plus tu me fous le bourdon. Je pourris aussi me tirer. Mais pour aller où ? Au paradouze ? Oui, c’est ça, au paradouze. Parfois c’est drôlement bon de se monter le bourrichon ou comme chantait ma petite mère poule : « C’est du nanan de se monter le vert en fleurs ! » C’est-y pas bien jacté, ça ? Mais il ne faut quand même pas trop halluciner. Je sens bien que toute ma carcasse bat de l’aile. Mais qui voudrait m’allonger toute une flopée d’achetoirs pour une grosse révision de toute la mécanique ?
Ah quelle chienne de vie, sans la moindre loupiote dans la ligne de mire !
 
Pour sûr qu’un jour, quand je serai trop dans la limonade, quand j’en aurai ma claque de cet arsouille toujours en rogne, je me ferai sauter le caisson, oui je le jure, je me ferai sauter le caisson…
 
Mais qu’est-ce que je raconte ? Je ne vais quand même pas me flinguer pour un mec ! Redresse-toi, la grande, prends un marteau et fracasse tes chaînes. Et maintenant, respire un bon coup. Respire le bon air de la liberté !
 
©Michèle Freud
 
 


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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 07:38
Trois petites notes de lumière – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Lumière ! Je m’attarde autour de ce mot, je le prononce, je le chuchote, je le chante, je le danse : c’est si léger, si aérien, comme une cascade de poudre d’or. Et puis, joyeusement, je me lave avec cette lumière, douce, onctueuse, jusqu’à ce que je sente naître au plus profond de mon cœur, une lueur, une lumerette, une lumerotte
Je voudrais vous l’offrir, amis de la poésie…
 
Au petit matin, la lumière se posa doucement sur une écorce d’eucalyptus. Elle s’y attarda pour faire chanter les rouges, les jaunes et les verts : elle était comme une caresse, un baiser. Et puis, la lumière s’enroula amoureusement autour du tronc et grimpa lentement jusqu’à la cime.
Alors l’arbre tout entier devint lumière !
 
Dès qu’elle se réveille, vite, elle se lève, ouvre les persiennes, les fenêtres et devant les grands arbres majestueux, devant une abondance de fleurs sauvages, elle respire amplement, se frotte avec volupté aux premiers rayons du soleil, n’en perd par une miette, car il lui faut, chaque jour, sa ration de lumière, pour que sa journée ressemble à une route fleurie.
Oh, cette lumière, elle la boit, s’en nourrit, s’en enveloppe. Elle la sent rayonner, palpiter dans tout son être. Son cœur bat tout doux, léger comme un oiseau. Soudain, elle prend son envol, laissant derrière elle, un sentier lumineux, comme une poussière d’étoiles…
 
©Michèle Freud

 
 


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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 07:55
Le vin clairet de l’aventure – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Fanette a mis dans son sac à dos, du pain, du fromage, des fruits secs et une chanson à boire, à boire le vin clairet et requinquant de l’aventure, un vin qui pétille et fouette l’imagination, un vin suave et gouleyant qui vous fait dire : « C’est extraordinaire de se sentir vivre, de s’abandonner à la vie… » Et puis elle a chaussé ses gros souliers, elle a mis son vieux chapeau de paille et elle est sortie, le cœur en fête. Le soleil dansait sur une sonate de printemps, il dansait avec le vent, un vent ivre d’avoir goûté aux sucs des fleurs, un vent qui sentait bon le genêt, la menthe et la reine des prés, un vent qui avait le vin gai et sifflotait une rengaine.
 
Elle a suivi un sentier, tissé de feuilles, de mousse et de lichen. Le silence n’était rompu que par le chant des oiseaux et le clapotis d’un ruisseau où se goinfraient des libellules, tout près d’un minuscule marché de fleurs sauvages. Elle marchait lentement, prenait le temps d’écouter la fête secrète, de s’émerveiller d’un papillon aux couleurs vives, d’une écorce, d’une corolle. Toutes ces beautés entraient en elle pour la fleurir de l’intérieur. « S’émerveiller disait-elle, c’est se mettre en état de création, c’est revenir au premier matin du monde… »
 
Soudain, une cigogne noire surgit d’un buisson et d’un air guindé, demanda l’heure. La tête à peine tourneboulée par cette apparition insolite, elle répondit du tac au tac : « Il est l’heure de danser la passacaille ! »
« Alors, dansons, dit l’échassier ! »
 
La Fanette rayonnait, buvait à petites lampées le vin doux de l’instant présent et savourait l’ivresse des hauteurs du vivre…
 
©Michèle Freud


 

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 07:48
Le chasseur d’idées noires – Michèle Freud
 
 
 
 
Seize heures sonnent au clocher de l’église qui veille sur le cimetière d’un petit village de Provence. Comme chaque jour à la même heure, René, qui porte bien ses quatre-vingt-cinq ans, est assis sur le seuil de sa maison, une vieille bastide aux fenêtres enluminées de géraniums. Il traverse les années, avec l’intime conviction, que celle qui allait suivre serait encore meilleure. Surtout ne pas perdre une miette du pain de l’existence, ne rien gaspiller du temps offert ; quand la base du sablier s’alourdit de jour en jour, chaque grain de sable a son importance.
 
René éprouve un inexprimable bien être à rester assis dans la lumière mauve d’une glycine. Il a dans les mains une pomme, d’un jaune aussi éclatant que celui du soleil. Il  la regarde avec gourmandise, caresse sa peau satinée. Ses papilles excitées, déjà s’émoustillent. Puis René prend son couteau , coupe le fruit en deux et c’est toujours avec le même plaisir qu’il découvre l’étoile à cinq branches qui apparaît telle une fleur, au centre de la pomme. Il mord alors goulûment dans la chair pulpeuse : un jus sucré et parfumé inonde son palais. Quelle jubilation, quelle jouissance ! Après cette dégustation revigorante, ce pur moment de bonheur, « l’homme au cœur d’or » va rendre visite à son ami Jean, à demi paralysé à la suite d’un accident de voiture. René mérite bien son surnom car il est toujours prêt à rendre service, à donner de son temps, à dire les paroles qui réconfortent, qui consolent, qui encouragent. Et quand une personne rumine des idées noires, il l’invite dans son antre, son jardin des merveilles, un espace de rêves ou brillent des centaines de pierres précieuses dont la beauté à elle seule est une thérapie car elles savent émouvoir nos yeux, nos sentiments et tant de choses se cachent parfois dans un caillou. C’est pour les personnes déprimées, une parenthèse magique où elles se sentent soudain plus légères comme si elles allaient s’envoler pour quelque voyage extraordinaire. Quand la douleur s’estompe, c’est comme une éclaircie, une embellie, c’est prendre une douche de lumière.
 
René est heureux dans sont village, petit coin de nature encore illuminé de silence et il sera heureux tant que ses jambes le porteront vers les autres, tant qu’il pourra semer de la joie autour de lui car, même à son âge, il ne veut pas se replier, il désire toujours déployer ses ailes pour mieux goûter à la vie tout simplement...
 
©Michèle Freud



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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 08:16
Derrière la porte – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Dans un vieux village, je pris plaisir à photographier quelques vieilles portes. Devant l’une d’elles, je m’attardais, sans savoir pourquoi. Était-ce parce qu’elle me semblait triste, abandonnée ? En vérité, son bois rugueux et presque épineux n’invitait guère à la caresse. Et pourtant, avec amitié, avec tendresse, je posai la main sur cette porte qui, depuis des années peut-être, n’attirait plus le regard. Par ce geste tout simple, j’ai senti sous mes doigts, des vibrations, comme si le bois revivait. Je me suis alors adossée contre lui, pour lui insuffler des forces vives. Mais que se passait-il ? Je me sentais tomber à la renverse : la porte était en train de s’ouvrir !
 
Vite je me redressais, me retournai : devant moi, un grand rideau d’herbes sèches, brillantes et dorées, paraissait sommeiller. Je fis quelques pas, bien hésitants, comme si je craignais de pénétrer dans un lieu interdit ou maudit. Aussitôt, la porte se referma derrière moi…
Tout de suite, je fus frappée par le silence, un silence qui était comme suspendu, endormi.
 
En un éclair, je réalisai, avec une joie frissonnante, que je me trouvais dans un domaine enchanté. A cette découverte insolite, des ondes douces et soyeuses se mirent à vibrer dans tout mon être. Après quelques minutes d’immobilité, je commençai de marcher à travers une végétation exubérante, délirante et j’arrivai à une charmille qui avait perdu toute sa beauté d’antan et n’offrait plus qu’une carcasse rouillée. Sous cette triste tonnelle, un vieux banc rongé par la mousse et les lichens, accueillait deux grosses têtes ébouriffées de dahlias. S’écrivit alors devant moi une touchante histoire d’amitié entre ces fleurs et ce vieux banc. J’étais si émue que je m’assis et je caressai les pétales flétris et le bois tout vermoulu. Aussitôt, comme par magie, j’entendis des murmures, des frôlements et des crissements, des froissements, des bourdonnements et des chants d’oiseaux heureux. Le jardin endormi se réveillait. Il avait suffit d’un regard, d’un geste, d’une caresse pour recréer la vie.
 
Le cœur plein d’enthousiasme, je m’efforçai de tracer un sentier à travers un enchevêtrement de lianes, jusqu’à un bassin rempli d’eau. Des bulles explosaient, glissaient, dansaient. C’était la fie dans tous ses éclats.
 
J’aurais voulu prolonger mon voyage dans le domaine enchanté, dans cet espace hors du temps. J’aurais voulu découvrir d’autres trésors, mais… des liens très forts me retenaient de l’autre côté du miroir.
 
Reviendrai-je dans ce lieu magique ? il ne tenait qu’à moi de pousser la porte encore une fois…
 
©Michèle Freud 

 
 
 
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