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18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 07:47
Références de la photo (cf dossier joint) et du texte : Mystères de cathédrale, texte de Claude Luezior, photos de Jacques Thévoz, BCU Fribourg, 4e trim. 2016

 

 

 

 

Juste au coin du narthex, un pieux bénitier. Autour de lui, le geste est souvent machinal, bâclé, sans souvenir précis des temps heureux : l’eau du baptême est à presque cent mètres de là. Certains se signent, pressés, comme pour pointer à l’horodateur du Seigneur. D’autres ont la lenteur de l’arthrose, humectant leurs phalanges de presque ressuscités.
S’avance la bigote à la peau parcheminée : marathonienne de la rédemption, elle hydrate les flétrissures de son cœur en vue de la dernière ligne droite. Juste derrière, les doigts légers d’une fleur de pavé. Selon les Évangiles, cette Marie-Madeleine coiffera l’athlète des ave à la porte du Seigneur.
Quelques enfants de chœur bousculent de leurs rires la bien-pensante. Plus loin, des canailles bâclent une génuflexion, tandis que des traîne-crasse envisagent une ablution. Et puis, un fada : d’après la légende, les fées, qu’on appelle dans le sud fadarelles, échangent parfois leur descendance dans le berceau des humains. Consolation des affligés, le simple d'esprit sera tantôt prince du royaume.
Suit la main droite du besogneux, trempant ses cals jusqu’à la paume et celle, un peu raide, du colonel qui hésite entre signe de croix et salut. Depuis l’ébrasement du porche, un martyr surveille le geste sévère de l’instituteur, égalitaire du gauchiste en goguette, opportuniste du politicien dont le menton tutoie les étoiles, niais de la cancanière en mal de calomnie.
On y voit aussi les ongles vernis de la précieuse qui, pour peu, déposerait une goutte sacrée sur son cou, tel un parfum. Et cette jeune-fille presque vierge, presque transparente, effleurant les satins de son amant.
En miroir, des doigts froissant à peine la surface de l'eau sacrée, comme pour ne pas déranger le Très-Haut : arachnéennes caresses d’une religieuse déjà en extase.
Pour clore cette humanité défilante, une troupe de dubitatifs, tièdes et païens de toute obédience évitant comme des chats maigres la sainte source et préférant passer à gué le seuil de l’Eden.
Self-service d’eaux lustrales, le bénitier a bien du mérite. Mirage d’anachorètes ou puits artésien pour âmes en rémission, on le retrouvera au tourniquet du Jardin premier.
 
©Claude Luezior
 



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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 07:48
Silhouette...

 

 
 
 
 
sur ta silhouette
si finement grainée
j’effleure
la gourmandise
que seuls
nos désirs comprennent
 
à portée de souffle
te voilà captive
bouquet de flammes
dans mes bras
où se calcinent
tes boisseaux du plaisir
 
nonchalance
des caresses
qui fleuronnent
au creux d’ombres
quand j’apprivoise
l’attente
 
j’oscille
entre tes lèvres
que j’esquisse
et ta crypte
où s’abandonnent
d’inépuisables ferments
 
déposer sur ta peau
l’encre de mes averses
en contrebande
vendanger
au seuil d’un sourire
ton âme clandestine 
 
©Claude Luezior
 
Extrait du recueil « Prêtresse » aux éditions L’Harmattan




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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 06:56
Corsaire armement, huile, 50 x 60 cm, de Jean-Pierre MOULIN

 

 

 

 

jusqu'à l'escale
que déjà bariolent
mes crayons de bonheur
 
jusqu'à l'île vive
où flottent, indociles
les parfums d'un caprice
 
jusqu'au fluide insensé
qui prend source
à l'entaille de tes chairs
 
jusqu'aux plages lascives
où s'abandonnent les algues
en intimes mêlées
 
jusqu'à ton guet-apens
pour pirate enivré
et sa carte du Tendre
 
jusqu'à ta morsure
infiniment fatale
sur la grève d'un désir
 
jusqu'à ton envol
entre les abîmes
de tes cruelles falaises
 
je divague sans cap
en cette barrière de corail
où s'aiguisent les squales

 
©Claude Luezior
 
 
 
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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 06:39
Göran Strand : Un arc-blanc lunaire dans une aurore boréale

 
 
 
 
le cambouis de la nuit à fini de
couler dans mes artères
 
entre chien et loup s’allongent les
ultimes rapines du noir
 
dans ses brumes en charpie, le jour
ébroue ses victoires premières
 
ton sourire s’amarre à mon regard
 
au bouquet des sens respirent des
fumets d’aube
 
le bruissement des couleurs est à
marée haute
 
tutoyer la lumière
 
 
©Claude Luezior
 
Extrait du recueil « Prêtresse » aux éditions L’Harmattan




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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 04:15
Photo Claude Luezior©

 

 
quelque part né de rien
sur un océan léthargique
filleul borgne
enroulant ses vents
autour de son œil unique
le cyclone émiette les îles
 
pirate des Caraïbes
il répand son carnage
et mâche de sa spirale
ces terres de jade
où cohabitaient
en images d'Eden
miroir turquoise
et palmiers frileux
 
de ses rafales fétides
l'ouragan broie
souille et pille
ce monde originel
où gisent désormais
les déchirures
d'un festin sanglant
 
houle, rage et tourments
démembrent le littoral
quand s'amoncellent
toitures crevées
tôles, ferrailles
et détritus du vulnérable
 
exsangues, hommes et bêtes
divaguent sans eau vive
ni grammaire d'un espoir
 
là-bas, dans l'azimut
se rassemble déjà
la prochaine charge
contre les tropiques  
 
©Claude Luezior
 
 
 
 
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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 06:44
Photos © Claude Luezior

 

 

 

 

et quand le soleil
donnera ses derniers reflets
en virile présence
 
et quand ses rayons exsangues
étreindront pour toujours
les flots qui trébuchent
 
et quand ces teintes engourdies
seront l'étrange sépulcre
affrontant sa nuit plénière

 
et quand la barque de Charon
ou toute amère consœur
pillera nos rétines ultimes
 
et quand ces ébauches de paradis
n'auront plus cours
à la bourse du cosmos
 
et quand les collines infinies
rendront leurs ardoises
en final sacrifice

 
 
peut-être nos yeux verront-ils
au-delà de nos convoitises
l'appel vigoureux de la vie ?

 
© Claude Luezior
 
 


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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 06:35
Edvard Munch - Autoportrait avec cigarette, huile sur toile

 

 

 

 

Mes yeux caressent
déjà ta neige fruitée
 
               Cigarette
 
Ton écaille laiteuse filtre
déjà le parfum
d’une fumée sucrée
 
               Cigarette
 
Je t’effeuille avant
de te brûler vive
volcan vertige
 
               Cigarette
 
Mes lèvres te palpent
et ton nom mord déjà le silence
comme un fruit défendu
 
               Cigarette
 
Et puis je t’allume
je te distille
et puis j’embrase le volcan
je délivre la braise
et puis
 
               Cigarette
 
Tous les astres d’un seul coup
s’éteignent
comme on souffle une allumette
 
Et je suis enchaîné
 
               Cigarette
 
©Claude Luezior
Poème extrait du recueil « furtive ». Editeur « La Bartavelle » - Collection « le manteau du berger ».




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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 06:29
Photo Claude Luezior©

 

 

 

 

Plus loin, dans la pénombre
des bavardages enfiévrés
 
Toutes eaux perdues
une grenouille radote sa prière
 
Une pie, deux fées translucides
s'inclinent avec cérémonie
 
Aux galets d'un purgatoire
où gisent des soleils calcinés

 
Déjà s'inscrivent sur des feuilles
les mémoires d'une canicule
 
Et pleurent sans larmes
des saules à l'abandon
 
En cohortes basculent des présages
au seuil de puits asséchés
 
Sous des murailles incandescentes
brûlent de viles broussailles

 
Une torchère traîne au Golgotha
des lambeaux d'horizon
 
Autodafé où se bousculent
siroccos et brasiers indécis
 
En vain se dilatent des nuages
enceints de grêle et d'éclairs
 
Tandis qu'étincellent en silence
les enluminures des grappes

 
Se gorgent d'alcool et de sucs
des guêpes aux indécentes ripailles
 
Sacristie où l'on prépare
du sang, l'éloquent sacrifice
 
Dans nos chairs, l'été en gésine
signe ses ultimes frénésies

©Claude Luezior

 

 

 

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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 06:36
©Francis Fritsch, huile sur toile, 63 x 50 cm

 
Traduire les craies
qui échappent des doigts
teignant nos épidermes
de poussières astrales
 
Traduire l'encre
qui coagule ce bec d'acier
liant et déliant
mes plus blondes pensées

 
Traduire une page blanche
qui crie sa virginité
se rebellant à mes lignes
pour d'ardentes fiançailles
 
Traduire les ombres
qui déclinent leurs stances
refoulant les trilles
d'un soleil nouveau-né

 
Traduire la toile
qui saigne ma fibre
luttant en désespoir
comme Jacob et l'ange
 
Traduire la pâte et l'huile
qui se font clairs-obscurs
refusant à ma palette
les lueurs de l'aimer
 
©Claude Luezior  
 
 

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 06:53
Photo Claude Luezior©

 

 

 
 
Pour tout étendard
ces moires de lumière
 
 
juste une étoffe
qui frissonne
aux reflets du jour
 
musique
nourrisseuse
de carmin
 
froissé
en guise
de huis-clos
 
une texture
décline
ses reflets
 
et son Orient
comme seul
héritage
 
 
Pour toute rhapsodie
ces drapés de véhémence
 
 
                     ©Claude Luezior




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