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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 07:38

Collection Accent tonique - Poésie
L’Harmattan © octobre 2019
155 pages

 

Le livre est dédié à l’être aimé. Celui-ci est comparé à l’une des plus belles manifestations naturelles : l’arc-en-ciel. Un phénomène que rend sans doute plus magnifique encore son peu de durée d’existence. L’amour est éphémère, l’aimé devient l’absent.
Je flâne dans la lumière pour retarder
la nuit avec l’étrange absence de toi.

Absent mais espéré.
A chaque tombée du soir je suis toujours
plus loin, mais si près de toi, mon amour

Cette absence, cependant (que le lecteur devine vite définitive), est refusée comme telle par le poète. Sonia Elvireanu évoque le passé au temps présent afin d’immortaliser le moindre souvenir ou peut-être pour espérer revivre le rêve d’Orphée :
Fais-moi découvrir que tu vis
quelque part dans un autre temps

Quel miroir traverser, quelle dimension investir pour que puisse s’accomplir le retour de l’aimé ?
tu n’étais nulle part, je t’ai appelé […],
je t’ai cherché, tu n’étais nulle part

Si le présent borne le passé et ignore le futur il est avant tout l’inverse du perpétuel. Les saisons passent cependant et se renouvellent. Le temps épouse son orbe. C’est grâce à la contemplation du monde et la compréhension de ses cycles que le poète va pouvoir incarner le disparu dans tout ce qui existe alentour ainsi que dans une temporalité sans limites. Cette communion nécessite des liaisons permanentes entre le moi profond et la réalité. Voilà pourquoi, dans ce recueil, abondent les références aux arbres, aux fleurs, depuis l’humble pommier fleuri au jardin, jusqu’à un rosier jaune, en passant par un bouquet de bouleaux. Mais aussi au terreau nourricier, au vent, à la pluie, au feu (très présent dans les allégories employées) ou bien encore à la neige, à la fulgurance d’un ciel au Levant. C’est parce que la beauté du monde a été partagée qu’elle s’éternise. Cette certitude acquise perpétue l’amour. L’aimé vit partout, peut ressurgir, regarder en se taisant ou interpeller. D’où le recours à des bribes de dialogues — rêvés ou rappelés ?
« Ouvre, ma bien-aimée, le jour est en train de mourir,
je suis venu te caresser […] »

En déployant une incantation lancinante, parfois traversée par le cri (ou, plutôt, par le désir d’un cri qui jamais ne vient), entre le souffle vital qui la porte malgré tout et la fascination du silence, Sonia Elvireanu tente d’exorciser l’impossibilité de ce deuil.
Tout le texte est bercé par un ton élégiaque. Le choix de l’exergue est révélateur. Cette citation de Rilke est extraite de la Première élégie de Duino. L’élégie, composante du classicisme germanique, excelle à exprimer le sentiment humain. Elle s’avère souvent mélancolique, parfois plaintive :
l’absence et l’ombre font souffrir
Si le distique élégiaque n’est pas toujours de mise ici, les strophes demeurent brèves et le rythme des vers, s’il n’est pas à dessein régulier, révèle toujours cette fluidité nécessaire au genre. Aucune hystérie, pas d’excès, mais beaucoup de pudeur, d’humilité. C’est en usant de douceur que Sonia Elvireanu choisit non pas d’effacer la mémoire de l’aimé mais bien de la conserver dans le moindre repli de la vie, non pas d’oublier l’absent mais d’incruster littéralement ses traces, comme si elles demeuraient palpables, dans chaque élément d’un paysage.
Mais le choix de Rilke nous éclaire également sur la démarche de l’auteur. A l’instar du poète autrichien, Sonia Elvireanu tisse des liens entre l’espace invisible de l’intériorité humaine et l’espace visible de la réalité de l’univers. A de rares exceptions près, comme il a déjà été constaté, c’est à l’aune du présent que l’auteur considère ces perspectives. Comme si le temps et l’espace se doivent de constituer une seule et unique dimension, comme si l’intimité de l’être et la vastitude du monde ne peuvent à terme que fusionner.
les nuits et les jours ne meurent pas aux tréfonds,
le vif d’hier nourrit mes matins vides,
leur lumière murmure dans le sang du jour

Par ailleurs, on constate le recueil pétri de mysticisme, de religiosité même. Comme le démontre la lecture de plusieurs titres : Psaume / Le baptême de l’eau / La dernière confession / Entre les saints et les oliviers / Croix votive / Prière / La bénédiction de la mer, etc. Mais cette première impression s’avère incomplète tant la création poétique est empreinte de sensualité, d’amour de la vie, du désir d’accéder aux révélations terrestres. L’élan ne se brise pas au contact du monde fini ; il se fond en lui pour se gorger de son énergie. De nombreuses références à l’antiquité, mais aussi à la reine de Saba, figure solaire s’il en est, à un souvenir de voyage en Grèce viennent confirmer cette dimension païenne qui s’arrange fort bien du panthéisme évoqué plus haut.
Dès lors, invoquer un dieu apparaît presque réducteur. Le poète sait que l’aimé n’a jamais été le centre de l’univers ; il n’en est qu’un élément. Il en va ainsi de tout être humain, simple partie d’un tout. La création est traversée par une sève unique et organisatrice. Une énergie sans commencement ni fin, universelle. Son dynamisme se manifeste dans le mouvement perpétuel qui détermine les trajectoires des planètes dans l’infini du cosmos au même titre que les ellipses des électrons au sein de la matière finie de nos corps.
Je suis une ronce dans la plaine,
le vent me courbe, mais ne m’arrache pas,
le soleil m’étouffe, mais ne me brûle pas […]

Cette énergie « dédaigne de nous détruire » (Rilke). Jamais elle ne nous terrasse mais, au contraire, nous renforce, décuple l’amour, abolit la distance qui pouvait nous séparer de l’absent :
le ciel m’enlève, la lumière me caresse,
les feuilles me bercent,
me tissent un manteau pour que la froideur
de la pierre ne m’envahisse pas […]

L’espérance violente, les rêves éveillés, tant de souvenirs si vivants, toutes ces promesses d’aubes encore lointaines, pour le poète, sans cesse se perpétuent dans «le souffle du ciel ».

 

© 2020 Gérard Le Goff

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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 07:30
Photo JDornac©

Traduction en roumain par Sonia Elvireanu
 

 

une mouette rêveuse
égrène la nostalgie
sur la pierre d’un château,

les rochers arrêtent la mer,
comme un seuil où l’on attend
l’amour et le ciel,

comme sur un fil fragile,
on peut plonger
dans une seule eau.

©Sonia Elvireanu      

 

 

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* * *

 

Pe stâncă - Sonia Elvireanu
Photo JDornac©


un pescăruş visător
deapănă nostalgia
pe piatra unui castel,
 
stâncile opresc marea,
ca un prag  pe care aştepţi
iubirea şi cerul,

ca pe o sârmă subţire,
te poţi scufunda
într-o singură apă.

©Sonia Elvireanu      

 

 

 

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 07:37
Photo JDornac©


 

 
étrange journée
lorsqu’un fourbe masque
te sépare du souffle de la mer,
 
de la brise, de l’air, du vent,
de l’odeur de pierre
contre laquelle s’appuie le rêve,
 
du bleu ondulé
jusqu’à l’horizon,
telle une montagne,
 
étrange figuration
de l’interdiction de respirer
avec la mer, le vent,
 
pétrifié en silence
sur la muraille ébréchée,
tel un malade,
 
seul,
face à face
avec la crainte et le vol,
 
avec le goéland,
le ciel
et la mer.

©Sonia Elvireanu
5.09.2020
 
 
 

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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 06:46
Photo JDornac©


 

 


Je t’écris en septembre,
 
dans la clarté qui caresse mon feuillage
 
où toutes les choses parlent
 
dans une langue pure,
 
parler c’est lumière,
l’infini y coule et éclaire
les mondes que l’on ne voit pas,
le miracle où tu grandis chaque jour
telles les feuilles nourries d’eau et de soleil,
 
aux tréfonds
frémit ton silence,
l’argile au lit de la rivière
aux bords verts et à l’eau vive,
 
des jardins de silence en moi,
des torrents d’eaux prêts à parler
traversent la prairie que j’aimerais
toucher des semelles de l’amour
qui articule mon silence.       

©Sonia Elvireanu
 17.09.2020
 
 
 

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 06:18
Photo : podcast.ausha.co/j

 

 
 
 
parfois j’ai envie de poésie,
comme si je n’écrivais pas de poésie,
 
j’ai l’impression d’être à l’attente
du mystère qu’elle porte en soi,
avec son pouvoir de te prendre aux tréfonds,
pour te faire sentir la vie,
 
mais en tant de visages,
s’émerveillant de ses mots,
de ton image en miroir
lorsque tu te rencontres avec toi et le monde,
 
il te semble que c’est alors que tu vis,
 
dans ce jeu fascinant de paroles
qui roulent sans cesse le monde
et toi en même temps,
et tous les mondes qui ont existé et existeront,
 
comme un vieux chant venu de très loin
ou de tout près qu’il te semble
te reconnaître comme dans un miroir
ou peut-être ne serait-ce pas toi,
 
parfois j’ai envie de poésie,
comme si je n’avais jamais écrit un seul vers,
 
je me cherche à travers elle,
comme on cherchait
l’eau miraculeuse
de la guérison,
 
avec chaque mot vient vers moi
le murmure d’un secret à peine perceptible
et l’étrange certitude que je suis autre chose,
et ceux que j’aime, j’aimerais alors leur dire :
 
- Arrêtez-vous un instant de ce que vous faites,
écoutez le susurrement de mon eau,
buvez-en avec moi,
 
laissez guérir toutes vos blessures
et attachez à vous l’arc-en-ciel comme une ceinture
qui relie au ciel cette argile miraculeuse,
 
n’épuisez plus votre corps qui sent la douleur,
le plaisir, toutes les tentations,
à le connaître vous pouvez le comprendre,
 
vous aimerez  la lumière,
vous serez à même de l’élever en vous,
 
l’eau de la guérison coule en chacun,
et l’envie d’être la poésie même,
 
parfois j’ai envie de poésie,
comme si je n’écrivais pas de poésie,
 
c’est alors que je commence à sentir la vie,
être le poème que j’écris.
 
©Sonia Elvireanu
1.09.2020
 
 
 
 
 
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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 06:14

J'ai le plaisir et l'honneur d'accueillir aujourd'hui par l'un de ses poèmes, Sonia Elvireanu dont nous avons fait la connaissance il y a quelques jours grâce à la recension de l'un de ses recueils écrite par Claude Luezior. J'espère que vous lui réserverez un bel accueil ! C'est une grande richesse culturelle d'avoir la chance que divers auteurs venant de diverses cultures se retrouvent ici. Grand merci à elles, eux, tous ! Jean Dornac

appho sculpture par Claude Ramey

 

 

 

la sandale de Sappho

flâne à l’aube sur les sentiers,

 

cueille sur la semelle la rosée,

la pourpre des pavots,

 

les herbes bruissantes,

le souffle des vents,

 

l’eau des sources

et les sorts,

 

elle agite ses lacets de soie

dans les cheveux des ondines,

 

tels les susurrements de l’envie

sous les bras des nymphes,

 

ses traces, des ondoiements diaphanes

et des feux sur l’eau.

 

©Sonia Elvireanu

24.07.2020

 

 Sonia Elvireanu, Poèmes du recueil en manuscrit Ensoleillements au cœur du silence

 

 

 

 

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