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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 06:58
 
Hamlet, sculpture de Lord Ronald Gower
 
 
Demande ton chemin aux bourgeons
ils viennent de si loin.
Économise le dire des roses
recueille la brise sur leurs pétales.
Interroge le battement d'ailes du rossignol
il connaît tous les secrets de l'aurore.
Déchiffre le paraphe de la nuit
juste pour comprendre l'identité des étoiles.
Enlace l'ombre des loups
pour effacer ton passage.
Accompagne le silence
il chemine vers un infini à partager.
 
©Nicole Hardouin
 
 
 
 
 
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12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 06:42
"Just breathe" de Chrissy H.

 

 

 

 

 

Lorsque vos mains se referment sur une déchirure et que les anémones s’inclinent, pousse d’hiver en recherche de chaleur, suis-je feu de brousse dans le glissement des ombres ? Débris flammés enveloppés de bure, braise pour un nid cendré, onde mendiante venue des contrées lointaines, je ne sais plus.

 

Lorsque, indifférente à mon désarroi, la lune bâille tenaillée par le vent et que les étoiles tremblent contre la galaxie des rêves en ébauche, suis-je  frileuse dans les rets de l’enfer ?

 

Harmoniques sans partition, lèvres en gémir à la douane des chimères, je ne sais plus.

 

Lorsque les mots s’effilochent aux berges du vertige et qu’une plume, valse lente, calligraphie un ciel déchiré de regrets, je suis un oiseau sans ailes au bord d’une source de silence.

 

©Nicole Hardouin

 

 

 

 

 

 

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17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 03:43
Plume de poète

 

 

 

Je vous avais offert une clairière aux yeux de biche, un vitrail et tous

ses anges musiciens, des fruits défendus dans un jardin secret.

Aujourd’hui je cueille des épines noires sur un sol glacé.

Nous avons fait ripaille dans les cernes du mirage.

Des orties poussent au bout de mes ongles.

L’hiver sort du miroir.

Cendre blanche, braises noires.

A perte d’âme et de corps, les ténèbres.

Mantille pour un désespoir.

 

©Nicole Hardouin

 

 

 

 

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 07:15

 

Préface d'Albert Longcham, sj

Éditions Librairie-Galerie Racine, Paris, 2020

 

 

Claude Luezior a rédigé ce recueil à l’âge où la vie semble un jeu, une énigme, une farandole joyeuse comme celles que savait si bien conduire François à Assise, avec la complicité de ses amis, les «tripudianti».

 

Est-ce un ange qui a tenu la plume de l’auteur voilà quelque cinquante ans ?

 

Quelle force a-t-elle poussé cet adolescent rieur de 17 ans à un engagement d’une telle densité, qui troue les ronces Entre désespérance et espérance pour n’offrir que L’encre / Des prophéties ?

 

Déjà son regard intérieur est oasis sans nuit froide, il est conscient  de la dualité du vivre : Nuit d’aveugle. Nous le sommes toujours, devant ceux que nous crucifions ; Nous avions laissé tant d’enfants sur le bord du chemin. Si jeune, il a assimilé la croyance en l’Amour Là-haut / Les paumes / Ouvertes / Du crucifié. La réalité de l’Attente : Nous étions aux abois, un credo sur les lèvres. La force du pardon : À nouveau / Respiraient / Nos mains/ Le moût / des êtres / Bouillonnait.

 

L’auteur sait que la délivrance est enfouie  dans le gémir de l’extrême, Il était là, quelque part / En ineffable présence. Il se rend compte, tout comme Max Jacob, que la mort est céleste pour la première fois.

 

Luezior ayant compris la difficulté et le mystère de la Rencontre, Nos bouches tremblèrent / Entre blasphèmes et espérance,  égrène ici son premier chapelet, le seul où il met ses pas dans la montée du Golgotha, versets dépouillés d’une très longue succession de textes qui, au fil des années, deviennent, dans d'autres livres, rosaire poétique dans des registres variés, sensualité, humour, attente : toujours les mots se transmuent en eau vive.

 

Pourtant il est à remarquer que, dans les derniers recueils de l’auteur et particulièrement dans Jusqu’à la cendre (2018) l'on retrouve des échos, l’empreinte de l’atmosphère de Golgotha, par exemple : C’est ici que suintent en désespoir balafres, cicatrices et doutes, c’est ici que dansent les blessures d’un artiste au pied de la croix, ou encore : Lorsque se condense au fond de nos entrailles l’infinie parole d’une prière. Le feu mémorise toujours ses braises.

 

Dans Golgotha, avec fougue, recueillement, passion, Luezior nous fait vibrer un credo sur les lèvres.

 

C’est un livre d’heures à lire, mains jointes, comme aux premiers temps Au seuil / D’un précipice / Devant le tronc / Exfolié de paroles / Des mains / Se joignent.

 

C’est un hymne avec Des mains de vierges / Et de femmes / Mains gothiques / Hautes comme des cathédrales / Mains des siècles /À venir.

 

C’est un chant de silence. On était à la onzième heure / Celle où s’arrêta l’éternité. C’est l’écho de Verhaeren dans Humanité : les soirs crucifiés sur les Golgothas noirs, portons-y nos douleurs et nos cris et nos plaies.

 

Luezior déchire l’absence, il ouvre d’étranges portes sur le seuil de la foi. Sous la trace du cri, dans la souffrance, apparaît un visage : La douceur de la Femme / À l’enfant / Le miracle de la flamme / La flaque de lumière / Un miracle de mère.

 

Avec des phrases réduites à l’extrême minimum,  ce qui décuple leur intensité,  ce recueil est une prière ardente qui s’incruste dans l’âme du lecteur. Luezior, un des plus hauts poètes contemporains, lauréat de l’Académie française, a écrit là un livre d’une force exceptionnelle, passant de la douleur à l’espoir, du sacrifice au renouveau : Nos âmes avaient fait peau neuve. La force de l’image dans sa brièveté est exceptionnelle, sa force en est décuplée.

 

Ce recueil est un livre d’amour, d’espoir : Le Golgotha n’était plus souffrance. Il était résurrection. On peut penser que l’auteur est un moine-poète sans bure, en ce sens où il écrit dans le silence et la solitude de son bureau qui est, au fond, son oratoire.  L’adolescent a su faire face à la puissance de l’inexplicable. Tout comme Rilke, il a très tôt compris que  le futur doit vivre en toi, bien avant qu’il ne survienne. Tu n’as qu’à attendre la naissance, l’aube d’une nouvelle clarté. C’est tout le cheminement de Golgotha.

 

Il est à souligner que les illustrations de Golgotha, mines de plomb et encres sont de l’auteur : elles ont aussi été réalisées au même âge que les textes. En les observant on pense aux encres de Cocteau.

Superbe recueil qui par la magie de l’image, de la poésie, permet d’accéder à une lumière véritable.

 

©Nicole Hardouin

 

 

 

 

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8 juin 2020 1 08 /06 /juin /2020 06:19

 

 

 

 

 

Devant les giboulées d’airain

les chemins s’enfuient

escortés de chiens.

 

Dans le brèche de ton regard

les herbes se couchent

les grands pavois grimpent vers la cime

dans des envolées de harpes moussues

l’eau aux lèvres salées jaillit de tes paupières

saveur d’origan.

lucioles au visage de cite

n’éteins pas la bougie.

 

©Nicole Hardouin

 

 

 

 

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 06:28

 

 

 

 

Dans les griffures du temps

les amarres se rompent

l’indifférence floconne

reines et cavaliers dorment sur un damier gelé

                             j’apprends à te désaimer.

Au gibet de l’hiver

le joyeux délire des fantasmes se balance

la famine ripaille

l’insouciance efface ses marelles

la rosée noircit

les mots butent à cloche-pied

les légendes roulent leurs chimères.

                              Pourtant

mon cœur faseye encore

aux notes de ton rires

personne ne joue plus

sauf toi

                              ailleurs.


©Nicole Hardouin

 

In Le Rire de l’Ombre

Ed l Harmattan, préface de C. Luezior
 
 
 
 

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 06:24
par Ary Scheffer en 1855

 

 

 

Mirage, mirage dans le sang des mots, dans les rumeurs poussiéreuses des racines, sur des sentes à enluminer.

 

Faire l’amour comme des éclairs dans l’orage, comme les feuilles sous le vent, comme deux esquifs en perdition sous le regard de Méduse, comme des fantômes dans le lit du torrent, comme des feux de brousse, comme l’encens qui étouffe le jasmin, comme les cernes bleus autour d’une imploration.

 

Mirages, mirages, les rêves en échos s’enfuient, les énigmes s’enroulent dans l’insolence du vent, dans des traces sans passé.

 

À s’en rendre fou à s’en rendre sage, ouvrir l’espace du vivre pour une petite mort.

 

Nuit de lave,  drap de suie.  
 
©Nicole Hardouin

In Lilith, l’amour d’une maudite

Ed  L.G.R Paris, préface A. Duault
 
 
 

 
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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 07:20
anamorphose-place-igor-stravinski ©Gérard Laurent




 
Sur la table de l’orfèvre
un liseron jaune joue autour d’un tambour oublié
il regarde les poissons articulés
qui attrapent des pêcheurs dans des filets percés.

Sous la table, deux enfants égratignent une rose
et font saigner les épines.

Par la fenêtre fermée se faufile
une odeur de paysage détrempé et de lis fanés.

J’écoute dans le vent
la montée des pénitents blancs
ils agitent leurs crécelles
en grimpant jusqu’au toit des chimères
celui qui corne les songes.

Lorsque les anges feuillètent la nuit
la neige sème des minutes et casse les heures
silencieux, Amour se balance et cherche un visage
dans un ruisseau asséché.

Sur la table de l’orfèvre
le liseron jaune s’est refermé
Amour s’est noyé.  
 

in  Les Portiques du Vent, L.G.R. Paris  
 
©Nicole Hardouin
 
 
 

 
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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 07:39
Photo J.Dornac©

 

 

 

 

secouez-vous ténébreuses

dressez vos oripeaux contre le vent du large

donnez vos mains au bourreau de la grève

ce nain sanglé d’eau

qui rameute les vagues en cotillons blonds

coupe leurs cils allongés d’embruns.

 

Secouez-vous vénéneuses

offrez vos seins généreux aux hippocampes

croquez l’amande du fanal rouge

isolé dans le phare d’Ouessant.

 

Mes écailles se tendent vers vos couleurs, rêves en flaques

fripent vos rideaux, coton de boue

roulent un océan d’ennui, résille de menthe.

 

Accoudée au balustre d’un nuage

je regarde la mer se promener sur une plage à roulettes

alentour, les maisons bâillent

au vent d’ouest.

 

 

in  Les Portiques du Vent, L.G.R. Paris  

 

©Nicole Hardouin

 

 

 

 

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6 février 2020 4 06 /02 /février /2020 07:24
Edward Lamson Henry :The Great Clock on the Stairs -1868

 

 

 

Sur le parquet en sycomore

la comtoise cherche les heures perdues

celles piquées dans le délire

de la vieille machine à coudre

les secondes  sont dégrafées

les pluies sont surfilées

les minutes se cachent dans le balancier

qui distribue des loukoums au jardinier

il promène sa brouette sur une trotteuse à aubes

plante ses réveils dans un carré de nuit

ensemencé d’aiguilles de pins et d’épices

à côté  dans la cour basse

canettes et biches à pied

se mêlent, s’emmêlent les canevas

la comtoise en jupons s’en balance

elle pousse du col les pois, les papillons, les pervenches

les songes ont des airs de cousettes

ils cachent leur bobine sous la pédale en folie

midi sonne

les clés sortent

les affaires rentrent

sur le parquet en sycomore

le temps s’étonne.  

 

©Nicole Hardouin

 

 

 

 

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