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©Michel Cliquet

©Michel Cliquet

 

Illustrations de ©Michel Cliquet. Préface d’Anne-Michèle Hamesse, Éditions Le Coudrier, 2020, 111p., 18 euros

 

 

Je tiens à la main un très beau livre dont la couverture correspond parfaitement au titre:  Anne-Marie Derèse, La Belle me hante, illustré  par le photographe Michel Cliquet, poète, sculpteur et éditeur par ailleurs.

         À ne voir que la photo de couverture, on est séduit par la beauté du corps féminin, lui-même un poème, un tableau vivant d’une extrême beauté, grâce au regard émerveillé du photographe, à sa sensibilité d’artiste qui joue avec la lumière et les ombres pour rendre au corps la délicatesse et la brillance d’Aphrodite, à la fois pure comme un objet d’art et sensuelle à hanter l’imagination de l’homme.

Si on feuillette le livre avant de se plonger dans la lecture des poèmes, la sensation d’envoûtement persiste, le lecteur étant séduit par la magie d’un corps ensorcelant, dont la beauté est dévoilée petit à petit par le sein qui sort d’un voile, le bras, la torse, la cuisse etc.

C’est l’image qui attire tout d’abord, le visuel étant plus prégnant que le langage poétique, que l’on découvre après dans ce superbe dialogue entre la poésie et la photographie artistique.

Le livre Anne-Marie Derèse est célébration de la beauté de la Femme, déesse, fée, reine dont le corps séduisant cache une animalité de féline : « Mon animalité se débat dans la fourrure de la bête ». La poète chante avec ferveur la belle et la bête, la vie même. Elle ne cesse de s’interroger sur sa double nature : ange candide et bête vorace, dévorante :

 

« Suis-je la belle qui me hante

 ou monstre berçant son désir ?

 monstre vorace

allaitant la bête ».

 

La confrontation entre la douceur de la femme et la voracité de l’animal devient le véritable leitmotiv du recueil : « La belle me hante », « La bête me hante ».

La poète s’identifie à toutes les femmes, à leur désir ardent de jouir de leur charme, malgré « le danger de chair ». Elle est consciente de leur force de séduction :

 

©Michel Cliquet

 

« elle allume les regards »

          « elle t’avale, t’emprisonne »

 

 « Je suis la vie avec au fond des yeux

les armes que l’on dépose à mes pieds

Je suis reine. »

 

La belle avec « son rêve d’extase et de douleur » connaît la jouissance et aussi la douleur de la perte, le vide, l’absence, le cri de désespoir :

 

« Je suis la bête revenue d’une forêt hantée

 hurlant sa solitude, hurlant sa faim ».

 

Le feu dévorateur  d’un « restant de l’amour » dans la « chair amnésique » est une sorte de possession : « Le feu me hante », « Son regard me hante », « La voix me hante », « Le désir me hante », « Le froid me hante ».

L’homme éveille le feu, mais sème aussi la haine qui brûle aussi forte, car l’amour n’est pas seulement rêve, envol, oiseau, mais déchirement, chute, mort :

 

 « Je voudrais l’éteindre

 je me soulève et je retombe

 entre mes draps désemparée ».

 

On est captivé par la force du langage poétique, comme on l’était par celle de l’image. Les poèmes s’enchaînent, les verbes se précipitent en cascade, avec la fièvre d’une âme bouleversée dont les souvenirs sont autant de blessures poignantes :

 

« Je mords ton ombre

 à grands coups de déchirures,

 le couteau de ma colère tranche

la vision que j’ai de toi.

Ton sang coule sur mes paupières.

Ton ombre gît à mes pieds. »

 

Harcelée par sa double nature, belle et bête, ange et démon,  la poète traverse le paradis et l’enfer, à tour de rôle, chacun la hante et la précipite au bord du désarroi. Elle vit fiévreusement dans la peau de la bête et la chair de la belle, « les deux faces d’un même amour/ deux désirs fondus dans la même extase ».

Sauvage ou douce, violente ou caressante, la plume d’Anne-Marie Derèse se veut éclair et feu, comme le remarque bien Anne-Michèle Hamesse dans sa belle préface :  « ses paroles de feu, ses délires », sa plume qui « se veut d’orage ».

La Belle me hante, voilà « un chef d’oeuvre » (Patrick Devaux) qui couronne la  création d’Anne-Marie Derèse recompensée par un bon nombre de prix : Charles Vidrac (1981), Maurice Gauchez (1980), Robert Goffin (1982), Maurice Carême (1990), Grand prix de la poésie (2000).

 

©Sonia Elvireanu

 

 

 

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Published by jdor - dans Sonia Elvireanu

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  • Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...
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