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6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 06:39


 

 

De ses yeux effarés l’église me regarde
Comme une poule qui protège ses poussins :
Quelques toits accroupis penchés vers le bassin
D’autres qui se replient vers une rue bavarde,

 

Celui du boulanger lâche de sa bouffarde
Un rêve de fumée qui s’exerce au dessin ;
Dans les fond d’une niche une statue de saint
Dont le bois délavé semble vêtu de hardes !

 

Le village s’ennuie, il s’ennuie à mourir ;
Il n’a plus que des vieux chargés de repentir
Qui ne comprennent pas pourquoi la place est vide !

 

Pourquoi tous leurs enfants les ont abandonnés ?
Ils ont le sentiment d’être déjà damnés,
Eux, dont le désespoir creuse un peu plus les rides.


 
©Louis Delorme  
Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.        
 
 
 
 

 

 

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30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 06:37
Photo ©Jean Dornac


 


Nous grandissons car ne sommes pas sages :
C’est notre punition du ciel ; d’un ciel
Où les moutons deviennent des nuages
Et le berger cesse d’être un soleil.

 

Nos coqs d’église, aux ailes déplumées,
N’ont plus cet air de couver leur trésor
Et, sans leur tire-bouchon de fumée,
C’est nos maisons qui n’ont plus de ressort.

 

Nos fiancées n’ont plus des cheveux d’encre,
Nos ciels ne sont plus ceux des jours fériés ;
Pour que nos bateaux puissent lever l’encre,
Nos arbres morts ne savent plus prier,

 

Sur les portraits de roi, les mains de cire
N’ont plus de fleurs à la place des doigts
Et. nos dessins ne savent plus nous dire
« Dans ces forêts, il était une fois,

 

Vers la fontaine une certaine fée
Qui venait changer, au petit matin,
En fils d’argent les toiles d’araignées
Et les enfants pas sages en pantins ! »

 

La cour n’a plus ses quatre coins de rêve,
La prison ses grilles de liberté,
Le tilleul à bonbons s’est mis en grève,
L’hiver a pris les chances de l’été,

 

Nous grandissons lors que ne sommes sages ;
C’est notre punition du ciel ; un ciel
Où les passions déchaînent des orages ;
Où les avions jouent les Pères Noëls ;

 

Où la guerre cesse d’être petite,
Où les morts ne sont plus « pas pour de vrai »,
Où paroles en l’air, phrases sans suite,
Sont des jeux dont les hommes font les frais.

 

O, joies d’enfants, fictions, métamorphoses
Merveilleux tours, mille fois réussis ;
S’il en restait seulement quelque chose
Nos coeurs seraient moins durs… oui, mais avec des si…

 

Nous grandissons car « nous sommes pas sages »
C’est notre punition du ciel ; un ciel
Où les malheurs s’inscrivent en images,
Dont les fusées fusillent le soleil.

 

©Louis Delorme  

Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.        

 

 

 


 
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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 06:52


 

 

Le village amaigri se meurt, deuil après deuil ;
Depuis déjà deux générations, c’est l’automne !
Le vieil arbre voudrait que la faux le moissonne
Et le fasse servir à son propre cercueil.

 

La sève ne peut plus promettre de chatons
Et le prochain printemps n’éclora point de feuilles ;
Cette souche privée de tous ses rejetons
N’a que branches pourries que la bourrasque cueille.

 

Quelques vieux oubliés se chauffent au soleil ;
La mort a trop longtemps dédaigné leur dépouille,
Elle les a laissés s’emmitoufler de rouille
Et n’inspire pas plus d’effroi que le sommeil.

 

« Le village sait bien qu’il nous suivra de près »
Pensent ces radoteurs alignés sous la treille,
Il ne restera plus alors que le cyprès
Pour regarder passer les nuées de corneilles.

 

©Louis Delorme  
 


Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.
 
 
 
 
 

 


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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 06:26


 

 

Un corps dont l’imagination
Parvient à se représenter
Des morceaux imbriqués
Dans une forme étrange
Sans reconstituer
Le plan
L’image !

 

Prélude à quel enfantement
Que ce ventre mâture
Enflé de quelle proche géniture ?
La création pose problème.
Que peut-il y avoir avant ?
Et qu’en restera-il après ?

 

Toute oeuvre en train de naître
Est déjà sur son déclin.
Le foetus perd des neurones
Et le sait-il quelque part ?
Un organisme a-t-il idée
de sa désorganisation prochaine ?


©Louis Delorme  

Extrait du recueil « Alternances » aux éditions Thierry Sajat  
         

 

 

 

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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 06:38
Max Ernst


 

26 Septembre 2019 ( à la suite d'un échange avec Jeanne Champel Grenier sur la créativité de Queneau et Loëc Demey etc...)

POEME

J'aime mouvementer les choses, les proportionner à mes capacités déductionnelles. Je prolifère mes idées, je les tarabiscote. Il me faut subtiler l'ordinaire, saperlipopetter le superflu. J'ai besoin de tournicoter les images et de bourriquer ceux à qui je les destinationne car il faut bien qu'ils se méningisent un peu la cervelle et se tirlicotent les sangs.

J'amoncelle les bribes de rien. Je tournemire les mots qui veulent bien se laisser débarouler dans les occultes barres de mon esprit torsioturé par les aléas, b, c, d de la viestence. Je relationne toutes sortes d'éventualistances et je me satifactionne de ce que je scribe en pensottant que certains se prendront à mon élucubrationite aigüe. La Muse reconnaîtra ses ouailles aïe et les nectarisera de belle sorte afin que tous se retrouvaillent que vaille dans le paradirvana que j'ai inventorié pour eux.

©Louis Delorme  
 
 


 
 

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 07:36
Peinture « La Mouche » (huile sur bois), de Louis Delorme©


 

 


Deux mains sortant de terre
pour clamer leur désespérance.
Et pourquoi vers le ciel,
vers quel Dieu ?
quand l’espace
ne comporte ni haut ni bas.

Le soleil en train de s’éteindre :
Il mangera bientôt la terre ;
La mouche seule a survécu
Qui regarde à travers la vitre
D’une ruine oubliée !

Sur quel cadavre d’homme
Ou d’animal
A-t-elle bien pu naître ?
Sont-ce des mains de robot
Qui sortent de cet amas
De boue
Et pour clamer quelle désespérance ?

Le peintre a-t-il signé là
Un rêve prémonitoire ?
 

©Louis Delorme  
Extrait du recueil « Alternances » aux éditions Thierry Sajat
 
 

 
 
 
 
 

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2 février 2021 2 02 /02 /février /2021 07:30
Photo Alexey Kljatov

 

Reçu de Jeanne Champel Grenier que je remercie !!
 
 
 
 
Venant de Norvège
Un flocon de neige
Qui volait au vent
S'en allait rêvant.
Voyant une fille
D'allure gentille
Par le Nord giflée
Bien emmitouflée
D'un bonnet de laine
Il se dit : « Ma veine !
De la bonne aubaine
Si je profitais
Pour me camoufler
Et me réchauffer.
J'attendrai demain
Pour continuer tout ce long chemin. »
Il n'eut pas de peine
À mettre le nez
Dessous le bonnet
Mais sa longue route
Soudain s'arrêta !
Une frêle goutte
Fut le résultat.
 
Ceux qui se figurent
Pouvoir ignorer
Tout de leur nature
N'ont plus qu'à pleurer.
 
©Louis Delorme  
 
 
 
 
Notre ami Louis DELORME nous a quittés en 2020
Enseignant, Peintre et poète reconnu, souvent primé, il a écrit de nombreux recueils de poésie
illustrés par lui-même. Auteur de plusieurs romans et chroniqueur de revues poétiques ( : Le journal à Sajat, L'Albatros, Florilège...) C'est un plaisir que de lire ses textes pleins de fraîcheur, à la fois beaux, simples et didactiques. Jeanne Champel Grenier
 
 
 
 
 
 
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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 07:22
Salvatore Gucciardo – Le lieu lumineux©
 
 
« De la pensée les mots
ne prennent que des bribes
comme des lambeaux de brouillard
Je vous écris d’un au-delà
où je ne suis pas encore,
où je ne vais
qu’épisodiquement
Un endroit merveilleux
celui de la paix retrouvée
J’y reviens, j’en repars
mais j’y serai bientôt
définitivement
à tout jamais
pour cette éternité
paresseuse
qu’on ne sait
mesurer... »
 
©Louis Delorme  
 
Extrait du recueil « Les poètes ne meurent pas » hommage à Louis Delorme. Editions Thierry Sajat

 
 
 
 
 

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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 07:56
 
 
 
Là-bas, la guerre immonde : on s’étripe, on s’égorge ;
Pour le petit enfant que je suis, rien qu’un mot !
Rien qu’un jeu que l’on organise entre marmots
Au miroir des marais, derrière les salorges.
 
Grand-mère dans la cour grille le café d’orge ;
On se laisse imprégner des rumeurs du hameau.
Une petite brise entre sous les ormeaux,
Presque portée par les battements de la forge.
 
Ma tignasse dorée se mire dans le bol ;
Je cherche la sorcière au chant de rossignol,
Je permets aux vapeurs d’envahir ma narine.
 
Je viens d’abandonner un message à la mer
Et regarde se diluer la saccharine
Comme une nébuleuse au fond de l’univers.
 
©Louis Delorme  
 

Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.
 
 
 
 
 

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 06:29


 

 


La main de grand-père est une plage de chair
Où mon petit doigt fébrilement se promène ;
Là, c’est une crevasse, une blessure ancienne
Et là-bas des rochers qui surplombent la mer.

 

Il y a si longtemps c’était du bois vert,
Si longtemps qu’on portait de petites mitaines ;
On ignorait alors qu’il s’agissait d’un chêne,
On se moquait par mal des pincées du pivert.

 

Mais aujourd’hui l’on sent la morsure du ver ;
Dans le milan du coeur on découvre les veines :
C’est le travail des ans, c’est l’atteinte des peines
Et la lente métamorphose des hivers.

 

Sur la main de l’aïeul sont des sentiers amers
Mais aussi, quelque part, une route sereine
Qui évite les heurts et la mauvaise graine,
Toute bordée d’enfants qui poussent de travers.

 

Il y a des marins qui savent les vieux airs
Et de blonds paysans qui chantent leur rengaine ;
Quelquefois un gros sou que l’on baptise étrenne,
Une poignée de fruits pris au diable vauvert.

 

C’est là que j’ai mes champs, mes antres, mes déserts
Je tire sur les doigts qui sont pourvus de rênes
Et je n’en finis pas d’arpenter mon domaine
Car la main de l’aïeul est tout un univers.

 

©Louis Delorme  
 
Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.
 
 
 
 
 

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