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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 06:49
Généreuse nature – Michèle Freud
Renaissance – Photo J.Dornac@
 
 
 
Virginie, une lycéenne de 15 ans, après une chute alors qu’elle skiait hors piste, resta deux mois à l’hôpital pour y soigner ses multiples fractures. Elle en sortit dans un fauteuil roulant. Mais le chirurgien affirma que tout dans son corps fonctionnait à nouveau, que c’était elle qui, désormais, possédait la clé de sa guérison complète.
Mais se sentant coupable d’une grave imprudence, elle demeura dans sa chambre, murée dans sa prison intérieure, inaccessible et sourde à tout dialogue. Souffrance des proches. Douleur muette, intense, quotidienne.
 
Un jour d’automne, deux mois après son retour d’hôpital, sa mère eu brusquement une intuition irrésistible. Comme une folle, elle conduisit Virginie dans le verger et s’en alla aussitôt, la laissant seule, immobile, inerte dans son fauteuil. Les minutes s’envolèrent. Et puis, comme par magie, une brise légère se mit doucement à caresser la jeune fille. Son visage sembla frémir, elle leva les yeux et regarda autour d’elle. Elle découvrit ainsi la grande prairie du ciel et ses nuages-fleurs, elle vit les arbres et les feuilles flamboyantes. Il y avait de la couleur partout. C’était beau, si beau qu’elle n’en finissait pas de regarder, encore et encore comme si elle voulait dévorer le paysage et s’en gaver jusqu’à plus faim, jusqu’à plus soif. Soudain elle sentit en elle tout un remue-ménage : ça pleurait, ça gémissait, ça bouillonnait, ça chantait. C’était la vie qui reprenait ses droits. Alors elle ouvrit tout grands ses yeux, ses oreilles, ses bras, son cœur pour accueillir cette bonne vie qui jaillissait. Et puis elle contempla ses jambes, ses pauvres jambes qu’elle avait ignorées pendant deux longs mois. Elle les palpa, les caressa, leur demanda pardon. Brusquement, du plus profond de son être, surgit un désir, un désir ardent, un désir violent de se mettre debout. Mais elle avait peur, elle hésitait encore à oser ce geste de « déprisonnement », elle hésitait encore à se dépendre de son idée fixe, de son obsession, de ses fantasmes. Alors tout son corps cria : « Ose-donc ! »
 
Elle entendit ce cri déchirant, en fut émue jusqu’aux larmes. Et lentement, elle se souleva de son fauteuil. Avec prudence, en frissonnant, elle posa ses pieds sur le sole et avec une volonté farouche, se redressa. Elle se tenait debout. Première victoire ! Il fallait bouger, maintenant. Mais ses jambes étaient faibles, si faibles qu’elle ne put faire que trois pas. Elle insista et petit à petit, pas après pas, elle avança… Une joie pétillante, explosive, circula dans ses veines. Elle avait réussi, elle marchait ! Quelle sensation merveilleuse de fouler l’herbe moelleuse, de toucher le cœur des fleurs, de caresser les baies d’églantines, de froisser entre ses doigts une feuille de menthe, de respirer amplement, profondément avec jubilation, de goûter quelques perles de rosées, d’enlacer un arbre. Voir, toucher, sentir, goûter, c’était la vie dans tous ses éclats ! Alors, dans le cœur de la jeune fille, il y eut comme un grand tourbillon, comme une vague de lumière qui se déroule. On aurait dit qu’un voile d’enchantement flottait dans l’air et Virginie était belle avec de la joie sur tout le visage…
 
Ce fut dans une envolée de feuilles de toutes les couleurs, qu’elle prit le chemin de sa maison…
 
©Michèle Freud



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  • Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...
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