Il pleut sur nos jours
car dans un coin de l’Olympe, Eros pleure.
Pourtant tout avait si bien commencé.
Les humains l’avaient accueilli
avec tant de gentillesse,
lui avaient prodigué tant de caresses
que sans réticence, il leur avait livré tous ses secrets.
Comme ils étaient heureux !
Cela faisait plaisir à voir.
Puis soudain on ne sait quelle rage
s’était emparée d’eux.
Se jetant sur le pauvre angelot,
ils lui avaient pris son carquois,
brisé ses flèches
et même arraché les plumes
de ses blanches ailes.
Les doux plaisirs imprudemment offerts
devinrent source de vices et de farouches combats.
Le blondinet eut beau battre désespérément des ailes, voler
d’âme en âme, telle la mouche du coche, rien n’y fit.
Le malheur se répandit inexorablement
comme la peste.
Affolé et honteux e s’être montré si imprudent, Eros
revint sur l’Olympe.
Vénus ironique et futile, se contenta d’en rire.
Zeus gronda un peu puis se rendormit.
Depuis lors, Eros se sent nu, il a froid…
Et il pleut sur nos jours.
Telle une bulle aux mille éclats
Resplendissante dans son silencieux
Voyage... Et je ferme les yeux……
Sa chaleur douce sur mon corps
Fait naître des rêves de feu
Immobiles sur le sable d'or...
Je serai à toi
Par petits bouts
Comme le chat de Lewis Caroll
Et tu me chercheras
De sourires en sourires
Mais mon amour t’embrasera tout entier
Tu ne connaîtras pas
Le goût des larmes
Et je tremblerai sous tes baisers
Quand jailliront
Dans le bruissement des nuits
Des semences d’étoiles.
Dans la villa de nos voisins,
Il n’y a plus ni chiens ni chats.
Les animaux s’entendaient bien,
Contrairement à la légende,
Mais leurs maîtres sont séparés,
Partis chacun de leur côté.
Les jappements sont pour Madame
Et les miaulements pour Monsieur.
Fini le parc aux galopades,
Les troncs pour grimper aux oiseaux!
Les pauvres bêtes vont en ville
Dans des logements exigus…
En fin de compte, heureusement
Que ces gens n’avaient pas d’enfants.
Moi, le Chat, je regarde
Echancrée vers la mer,
La Cité gentille
Pénétrée par ses vallées nombreuses
Aux frondaisons ombreuses,
Aux ponts multiples,
Mains tendues vers l’Autre,
Invitations à la tolérance,
A la compréhension, au partage, à l’espoir.
Moi, le Chat je découvre
La Cité gentille
Dans son vert écrin
Où rôde, près des échoppes de la cathédrale,
Vestige du temps de bâtisseurs
L’ombre de Guilloux et du Pain noir,
Dans les ruelles tortueuses,
Aux maisons à colombages, majestueuses,
Témoignages d’un passé généreux
Qui aspire à redevenir réalité.
Moi, le Chat, je ronronne,
A Saint-Brieuc Cité gentille,
De plaisir.
Me voici dans une bourgade, où des roses lourdes et fatiguées se détachent des façades.
Pas le temps de boire à cette fontaine.
Je continue ma route qui me conduit à travers de grandioses paysages.
Les buissons moutonneux répondent aux nuages ruysdaeliens.
La montagne est proche... La fatigue me brouille la vue.
Des cathédrales naturelles surgissent des rochers.
Dévorées de lumière, des formes de pierre ciselée ou par la nature ou par la main de l'homme ou par mon esprit, m'apparaissent soudain passagères.
Comme le feuillage...
L'effritement de la pierre, son usure, sont plus lents, mais la conduisent inéluctablement vers le néant.
Le feuillage, lui, c'est l'éternel recommencement.
Chaque printemps nous apporte une vision de Paradis, de Bonheur.
Tout est question de temps.
Mes yeux toujours fatigués – ou peut-être sont-ils fermés, et que je dors ? et rêve ? – découvrent de nouvelles montagnes où me mènent mes pas.
La lumière fend ces rocs, en fait de la dentelle de pierre.
Lumière ! Ô lumière !
Tu me manquais tant !
TROIS VIES, ET PLUS…
Mon conte de 1986, extrait.
Paru dans mon recueil L’Ombre de Dieu (page 50).
Recueil édité au Mât de Misaine en mars 1989.
voici mes fleuves
filant leurs rêves souples
trois fois sculptés
voici mes preuves
souffle de coquilles éclatées
le bruit que la nuit fait
derrière mes cloisons
je suis le galet qui revient
réparer l’infortune et
recommencer l’érosion
et l’érosion tu sais
est un désir d’ouverture
un flux mélancolique
une dernière énergie
forte d’une première liesse
écoute
comme elle est belle la musique
qui lèche nos pieds
de sa langue amère
pour ouvrir le courant du pur espace
sur l’âme ravie
il n’est nul coin perdu
tout rejoint tout
sans laisser d’autres traces
que la lointaine caresse
d’une larme de lune
venue creuser l’âpre
la tendre quête d’une vie
le lilas est presque flétri
on met ses couleurs entre nos paupières
qu’on ferme doucement, avec piété,
comme on cache la sainteté dans les pages d’un livre
on s’abreuve les envies des mots roses, blancs ou mauves
des grains remplis de grâce qui gardent les effluves tel un trésor
on prend le livre et on le met sous nos têtes
le rêve glisse
dans notre bref sommeil
un sourire d’enfant,
dans un mois de mai troublé
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...