C’est toujours une grande joie d’accueillir un nouveau poète dans l’équipe de Couleurs Poésies ! La vie du blog, ce sont les poètes, ceux qui arrivent et ceux qui, hélas, nous quittent comme l’inoubliable Ode. Aujourd’hui, j’ai la chance de vous présenter Annie Leroy qui m’a présenté son récent recueil nommé « Petits ou grands, pas si bêtes » publié par les Editions Thierry Sajat, illustrations des poèmes par Jeanne Champel Grenier.
Bienvenue à Annie Leroy à qui, je l’espère, vous réserverez un excellent accueil…
La voix de l’océan
Illustration de Jeanne Champel Grenier
J’aime la voix de l’Océan
Quand il roule toutes ses vagues !
Du flot battant Cap de la Hague,
Ecoutez bien : voici le chant,
Ardent poème conquérant
Pour le rivage ami qu’il drague…
J’aime la voix de l’Océan
Quand il roule toutes ses vagues !
Le flux, le reflux, sur l’estran,
En minces filets zigzaguant,
Bercent les crabes qui divaguent
Au gré des rouleaux écumants.
J’aime la voix de l’Océan !
Sois fort, sois fier, sois farouche
Toi le gitan, toi le manouche,
Rôdeur indompté de naissance,
Le vent te la joue en cadence
Jamais ton violon ne s’est tu
Il faudrait d’abord qu’ils te tuent
Tu sais à temps mettre les voiles
Sous le ciel haut, clouté d’étoiles.
Ton drapeau, c’est tout un poème,
Que ta voix fait flotter, si haut.
Sois fort, sois fier, sois farouche,
Toi l’exilé, toi le Manouche,
Ta guitare, impossible tempo
Cavale, cavale à tous les échos
Tes doigts en guise de chevaux
Entre cantate et flamenco.
Ton drapeau, c’est tout un poème,
Que ta voix fait flotter, si haut.
Ton chant brave la terre entière
Et nous met le cœur à l’envers,
Dans le tourbillon des crinières.
Mille grelots bruissent dans l’air
Tintés d’un rire au long sanglot.
Dans ce recueil, Thierry Sajat nous ouvre son cœur de façon discrète, un peu comme le ferait un ami; il nous parle de Sandy chanteuse bien connue et aussi d'Elsa sa fille, de quelque ami cher aussi. C'est une poésie qui tient à l'âme sans la choquer ni l'encombrer, une poésie qui vous parle et vous aide à rêver...Une poésie saine et claire avec ce je ne sais quoi de rare et de précieux qui rappelle les grands noms d'autrefois.
RÉVÉLATIONS : une poésie à murmurer, à chanter, une poésie à mettre entre toutes les mains, entre tous les cœurs, mais une poésie de la retenue et de la pudeur comme nous le révèlent ces mots en exergue :
''Les mots qu'on n'écrit pas sont toujours les plus beaux »
La plume de Thierry SAJAT est comme lui, discrète, prévenante, élégante, jamais outrancière ni même insinuante. S'y devine un respect pour la pudeur des femmes et un sens du secret qui jamais n'insinue le moindre geste osé. Il est question d'amour sur le fil, d'amour pur, sans aucune lourdeur ni allusion déplacée que l'on retrouve trop souvent dans les poèmes masculins. Oui, l'auteur nous offre une poésie pleine de charme et de convenance, mais de profondeur de sentiment aussi :
« Je suis au bord du jour.
J'ai besoin de t'écrire et les mots se balancent
Presque ivres d'amour.( Sur la page du soir – P.9)
À peine quelque détail sur la femme aimée : Petit poème comme un songe
Un trait de lune dans tes yeux
Tandis que m'en-chante ta voix
Et qu'à fleur d'âme je te vois...(Petit Po-aime- P.7)
Ce que l'on remarque sur le chemin poétique de Thierry SAJAT, c'est, ici où là, quelque mot ancien qui interpelle, brille tel un objet précieux, sacré, conservé par amour de la langue :
Écrits sur quelque paperolle
Des mots de lune et de parfum ( Écrits- P.11)
Les paperolles étant ces broderies de papier plié qu'utilisaient les religieuses pour créer de magnifiques ex-votos.
D'autres mots surgissent, comme des oubliettes : En composant mes vers au ciselet du vent ( En composant mes vers- P.6) Et qu'un sourire d'âme apparaît au musoir ( Vois-tu -P.21)
Notons, puisque ces paroles sont si rares à notre époque de consommation d'amours rapides, ce respect de la beauté et la douceur de l'instant :
Ies mots très doux que vient souffler
Ma lèvre à ton oreille femme.
Le temps s'arrête pour nous deux
Je prends ta main, frôle ton âme
Et rien n'est plus beau sous les cieux.( Ce soir-P.30)
Et puis revient en Leit-motiv puissant le souvenir d'Elsa, la fille unique disparue dont il faut écrire la douleur puisque seul le souvenir permet de survivre :
Une boule dans la poitrine
Tel un silence de papier
Ou de plume, sous les encrines
De nos étoiles estropiées( Une boule dans la poitrine- P.46)
Des vers silencieux qui font un bruit étrange
Dans mon crâne blessé sous un roulis de brume...
Quand le verbe s'éveille au tremblé de la plume
Les mots venant à moi sont des murmures d'ange.(Les mots venant à moi – P.49)
Et je demeure à ses côtés
Dans un silence qui murmure
Sa mémoire qui fait le mur...(Poème à Elsa-P.50)
REVELATIONS : un recueil murmuré, impossible à déclamer ; un recueil dépourvu d'artifice et qui ne cherche pas à plaire en démontrant sa culture ou sa maîtrise ; un recueil riche de « révélations » poétiques en catimini. Thierry SAJAT fait ici dans la dentelle ; il nous murmure des secrets avec juste ce qu'il faut d'immortel dans le ton, et il nous semble parfois retrouver un peu la musique des troubadours à la cour de France.
Aucune préciosité, ni grandiloquence, dans cette écriture de l'Amour, et encore moins de détails déplacés dont certains se délectent, mais vérité, délicatesse et grande élégance de plume comme de cœur.
Pour qu’on n'oublie pas Ode, je la publierai au rythme habituel tant que j’aurai encore des textes d’elle, elle qu’en aucun cas je ne pourrais oublier… JD
Ma vie à bout de souffle
tombe dans l’abîme
de vos bras aimés
Elle tombe à bout de semence
dans vos aime-greniers
Laissez-moi goûter ces heures
que la brise va bercer
je vais enfin me passer
de la vie et de ses leurres
pas de danger que je pleure
que je puisse m’angoisser
surtout point d’air compassé
puisqu’il faut que chacun meure
j’aime l’arbre qui gémit
dont le feuillage frémit
les grands lys qui s’évaporent
et poursuivre dans le ciel
les derniers rayons de miel
ah quelques beaux jours encore
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...