"Ô si vous m'aviez vu
au milieu de la plaine
regardant le soleil
fondre sur l'horizon !...
-Tu bouscules ton coeur
pour un rêve passé"
intervient le pirate
un vieil ours en peluche
s'approchant avec peine
du cheval à bascule...
"Et moi dit le miroir
tout le monde venait
me demander conseil...
J'ai toujours eu bon goût...
Les femmes les plus sages
aimaient s'abandonner
dans mon oeil de glace...
- Mais tu n'es qu'un reflet!..."
soupire une poupée
dans sa robe froissée...
"Un seul de mes regards
suffit à t'embellir...
Approche et tu seras
la "Princesse éternelle !...
-Nous sommes au grenier
dans l'ombre et le silence
inutile de croire
que la vie continue !..."
coupe le jeu de l'oie
je ne m'amuse plus
le hasard m'a quitté...
- Moi je pourrais vous dire
reprend une fourchette
les dîners fastueux
que l'on donnait ici...
- Et si je vous parlais
des cheveux d'Ernestine
dit la brosse de nacre...
- Mais nous n'existons plus
hurle la mappemonde
dans ce lieu sans visite
où même nos mémoires
se perdent peu à peu...
- Mais moi dit le crayon
je peux tous vous sauver...
J'écrirai vos histoires
sur les feuilles jaunies...
Le passé deviendra
votre présent de gloire...
- Tu vas mourir crayon
en écrivant nos vies..."
soupire le pirate
Tu n'auras plus de mine...
- Mais sur la page fine
les mots me porteront...
N'est-ce pas vivre aussi ?...
Nous avions tout pour réussir
une belle rupture.
La vie nous avait doucement séparés
Tu ne faisais plus partie de mon quotidien
J’avais cessé d’occuper tes pensées
Fini le temps des appels pour rien
Juste pour le plaisir d’entendre une voix.
De l’amour et sa bruyante impatience
Nous passions à l’affection de bon aloi
Sans explication inutile, en silence.
Dès lors tu n’insistais guère pour me voir.
A dire vrai, je n’en étais ni triste ni surprise.
Et puis, lors d’une rencontre de hasard
Tu as suggéré que peut-être un jour
Quelqu’un nous présenterait l’un à l’autre.
Derrière ton rire, dans l’éclat du regard
Ce que je n’avais pas su voir
m’apparut évident.
Nous l’avions bien ratée
notre belle rupture…
Tu m’accueilles dans tes rêves d’aube
A l’heure où la mer hésite
A quitter les langueurs de la nuit
Et je me glisse en toi
Silencieuse
Quand tu me berces de caresses
De baisers fleurs
De parfums de ton île,
Quand l’écume s’attarde sur nos grèves
Avant de se retirer
Dans l’embrasement liquide du jour.
Je t’ai connue Ma Belle
En un autre temps
Lointain il est vrai
Pétillante de santé et beautés
De commerces agréables tu étais
De tous horizons ils venaient
Tous tu attirais
Pour hommage te rendre
Cité gentille on t’appelait
Puis lassés de ne pouvoir te courtiser
Par les difficultés crées pour t’aborder
Pétulance défaillante
Au fil du temps
Ta vitalité s’est estompée
Ton feu ardent s’est éteint
Par tes amants, d’Orient et d’Occident
Courtisée tu as été trop abusée
Aujourd’hui,
Toute flamme éteinte
Tu vogues vers le néant
nous n’en aurons jamais fini
avec l’effondrement des sabliers
avec l’agression douce de l’eau
et les lunes liquides dont on connaît
les artifices
nous avons appris à nous déshabiller devant la mer
parce que l’on sait depuis longtemps
que c’est elle qui nous rêve
qu’elle veut avec nous encore
user quelques jusants
jouer un instant avec la lisière de nos corps
rendus à leur état insulaire
avec l’ambre jaune de nos coeurs
venu déborder notre soif
je crois en un réel de magie calme
que l’on façonne comme un galet
les mots se souviennent
de la noblesse qui les animait
je reste capitaine de mon âme et je vais
debout à la proue d’une appartenance
semer de transparences en transparences
des mouettes d’albâtre sur ton coeur sillon
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...