Le matin verse aux vertes cimes. La forêt prend visage. Coiffe d’Iroise, chevelure d’algues, glauque est sa robe. La brume murmure blanche de nuit. Le feuillage brille de mille écumes.
Sur l’ailleurs, trouble réel, le poème porte visage.
Une lune en bouton perle sur la nuit. Telle l’aube, elle éclos pâle de senteur. Le silence est plein du déchirement des bourgeons qui éclatent mûris d’astres. Le vin doux de la vie court sous l’écorce et l’arbre étourdi de sève rêve à ses fruits
Nuit d’odeurs, la floraison soupire.
Le verger appelle. La forêt espère.
Aux branches de l’ombre le poème mûrit.
Le vivant et son évolution : ecollège de Haute-Garonne
Depuis mon arrivée sur la terre, il s’est passé des milliers de millions d’années, et j’ai vu apparaître et disparaître des créatures tellement fantastiques que tu n’en croirais pas tes yeux. J’ai fusionné avec toutes ces bêtes et toutes les plantes, et de chacune, j’ai conservé la mémoire : leurs expériences, leurs sensations, leurs émotions. Je ne suis peut-être qu’une petite goutte d’eau, mais je me souviens de tout. Ha, je me souviens de ce jour où un puma est venu boire ce torrent d’eau pure qui dévalait les Andes... C’était moi ! A l’intérieur de son corps je me suis sentie sauvage et puissante. Voler avec les oiseaux, c’est quelque chose de merveilleux, c’est encore plus excitant que de tomber du ciel. Avec les aigles, on peut planer très haut.
Puis, un beau jour, est apparu un animal fort étrange, et bien différent des autres. Au sujet de celui-ci, il y aurait beaucoup à dire. Mais je n’aime pas trop parler et je ne suis pas sûre d’avoir bien compris cet animal là. Il marche sur deux pattes, comme les poulets, mais ne ressemble guère à un poulet. Il est capable d’accomplir les choses les plus extraordinaires mais la plupart du temps, il se comporte de façon plutôt stupide. Ça me dépasse complètement. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé de le comprendre, du dehors et du dedans... Ils se nomment eux-mêmes « humains ». Car c’est leur grande manie : inventer des noms pour chaque chose. Des mots, ils en ont tellement inventés, qu’on se demande comment ils peuvent encore retrouver toutes les choses qui sont rangées dessous.
Depuis leur arrivée, ils ont sali à peu près tout. Ça, je ne pourrai jamais le comprendre. Par leur faute, me voilà obligée de nager dans des rivières polluées. C’est un peu dégoutant, mais moi, Gotita, je reste toujours pure, même quand la rivière est sale. Ils ont même réussi à salir le ciel et les nuages ! Ils feraient mieux de faire comme moi : se laisser porter par la rivière. Enfin, ils changeront... Quant à moi, j’ai tout mon temps.
Parfois, j’en rencontre qui sont si tristes, si épuisés de se battre pour rien et de lutter contre eux-mêmes. J’entre alors dans leur corps, j’en ressors sous la forme d’une larme en emportant avec moi un peu de leur peine.
Condensé pour ossuaire de solitude, accords mineurs, ce recueil distille une sève noire issue du fond de l'être. La respiration du rythme tient lieu de ponctuation, des plages immaculées donnent leur oxygène à la phrase, une majuscule relance le propos à chaque page : tessons de lumière, voix blanches presque aphones, magique fluidité, bienheureuse poésie en jachère...
Un filament de lymphe
entaille le ciel
certains le nomment
nuage
en vérité
il n'est que souvenance
de l'imparfait de la pluie
À contre-lumière, à la frontière, à l'entre-deux, dans des espaces inachevés, aux limes de l'aurore, l'infini est fragment. Pourtant, le poète est en belle cohérence, celle du rêve, celle d'une lueur incertaine, diffractée, d'une indicible douceur... sur un vélin d'absence.
Bien que les images tirent leurs racines dans la calligraphie de l'eau, de la glèbe et du feu, on est aux limites du figuratif, dans une sorte d'abstraction qui se suffit à elle-même :
lentes torsades
où affleurent les cendres
d'une genèse
élégie du feu
parole accrue de chair
palpite
dans l'étreinte des pierres
quelles flammes là jetées
Poète-funambule de haute lice, Jean-Louis BERNARD joue avec le langage à l'extrême limite de son sens, quitte à nous prêter une manière d'apnée où convulsent les mots. Ivresse des profondeurs où se côtoient les sombres rayons d'un Jean de la Croix et le noir-lumière d'un Soulages.
Un bémol, à propos du fort beau texte en quatrième de couverture où l'auteur évoque ces personnages. Y jouent à la marelle des caractères lilliputiens. Diantre, est-ce une éloge à la microscopie ou un complot de mon lunettier ?
Rouvrir les feuillets, une fois encore, est une vraie récompense :
Liturgie d'un regard
sur l'île submergée
par l'émeute des nuages (...)
océan songe
terre abyssale
de secrets
où se mirent les nuits
de tous les millénaires
nos estuaires inaccessibles
lui font allégeance
auraient voulu dompter
la migration des sources
Bretagne de la blanche hermine
De l’eau vert et des prés gras
Blanche et noire des colères des tempêtes
Des matins éblouissants
Des couchants sanglants
De l’eau cascadante des torrents
Bretagne feutrée des chapelles
romantiques
Bruissante des forêts antiques
Haute en couleur des costumes d’or
Noire des deuils innombrables
Veuve de la mer insatiable
Aux festins marins dignes des rois
Bretagne qui sont ces hommes
Fils de ton sang peut-être
Qui de noir vêtus inondent ton sol
Bretagne que veut-on faire de Toi
Comment veut-on te faire mourir
De cette mort glauque, visqueuse
De cette mort incolore, inodore,
Invisible de la grande explosion
Bretagne n’accepte pas de mourir
Ou alors
Bretagne choisis ta mort !
Tournent, tournent les soleils
dans mes yeux éblouis,
dans ma tête enfiévrée,
dans ma chair en attente.
Tournent et dansent les soleils
dans l’émoi de mon être.
Chantent les soleils
sur l’horizon qui s’éveille,
sur le rouge du coquelicot,
sur le vol de la libellule.
Chantent et rient les soleils
sur la terre en ivresse.
Roulent les soleils
sur l’écho des montagnes,
sur l’errance des chemins,
sur la mouvance des mers.
Roulent et bondissent les soleils
sur l’infini du monde.
Caressent les soleils
la verte brillance de l’arbre,
les noces de l’oiseau et du ciel,
la chanson du ruisseau vagabond.
Caressent et bercent les soleils
la nature en extase.
Eclatent les soleils
dans le tumulte des nuées,
dans le mutisme des déserts,
dans les mirages des océans.
Eclatent et saignent les soleils
à travers l’univers.
Se penchent les soleils
sur les villes en délire,
sur les fenêtres opaques,
sur le vieillard esseulé,
Se penchent et observent les soleils
la marche de la vie.
Pleurent les soleils
sur la forêt qu’on égorge,
sur le fleuve en nécrose,
sur l’enfant aux yeux vides.
Pleurent et crient les soleils
sur la cupidité qui tue.
Veillent les soleils
sur les brumes de l’oubli,
sur les secrets refoulés
sur les silences ébauchés.
Veillent et méditent les soleils
sur les songes perdus.
Le jour se levait, blanc comme un jeune sein qu’on dévoile.
L’aube naissait pour s’émerveiller et saluer la beauté partout où elle apparaissait.
Les heures s’habillaient de nouvelles clartés. oudré de givre, un poirier insufflait sa joie vibrante.
Une blanche houppelande offrait un monde caché, calfeutré où palpitait une constellation bleutée.
Sertie de frimas, l’allée du jardin brodait son feston qui ondoyait avec le ballet des flocons de neige.
Cette journée se révélait féminine, blanche ombrelle à la fraîcheur duvetée.
Au salon, la fenêtre semblait tapissée d’un conte où le temps n’avait plus de prise.
Près de la commode, dans le chatoiement d’une blanche étoffe, se tenait une Muse d’une discrète élégance.
J’effleurais sa nuque d’ivoire de mes lèvres éblouies.
Je devinais le reflet irisé de son sourire.
Elle se retourna en inclinant ses paupières de satin blanc.
Cernée par la haine
J’ai déroulé la parole.
Le langage emperlé
De métaphores mélodieuses
Dévoile lettres
Et syllabes lustrales.
C’est le chant profond de la poésie,
La vision oraculaire
D’une chaine solidaire
Que scellent
Les essences bleues de l’amour
Instillées au cœur de ma terre
Par le rêve des voix sentinelles.
Sentinelles,
Signes pèlerins
Qui psalmodient l’incantation
De matins clairs
En un ciel de soie lucide
Tissé de fraternité.
Je ne suis qu’un oiseau de passage
survolant un paysage éphémère.
J’écoute le silence de l’écume
d’un pays mutilé
par les tourbillons du temps.
Parfois les montagnes dévoilent
une chute d’eau,
un torrent argenté.
des fleurs multicolores parfument l’espace
ensorcelantes fragrances .
où sont les hommes ?
Ils ont quitté la terre martyrisée
pareils à des animaux
quittant le navire avant le naufrage
ils sont partis vers d’autres sphères.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...