Ce qu'elle aimait par dessus tout, la Fannette, c'était les nuages. Sa mine s'attristait, quand le bleu, le grand bleu, envahissait le ciel : il lui apparaissait alors, comme une vaste et monotone étendue désertique. Mais dès qu'un nuage survenait, c'était une fleur qui jaillissait du sable et le cœur de Fannette battait plus fort et s'exaltait... Ô nuages où chante le vent, où dort la rosée, nuages-cités éphémères, nuages-château, coussin, édredon ou descente de lit pour la lune, nuages-dentelle, nuages flocon, nuages-mouton, nuages-barbe à papa, nuage qui écrit sur l'azur de brefs poèmes, nuages de la déraison, ondes de folle magie, île de luxuriance et de trésors fugaces, semences de rêves ouatés, terre de douceur et de paix.
Pétrir un monde d’amour, ourler de joie les cœurs... Et Fannette rayonnait, devenait lumière caressant un nuage.
J'ai le plaisir d'accueillir, ce jour un nouveau poète, David Chomier. En illustration, je place pour vous la première et quatrième de couverture de son recueil.
« L’acte créateur lié à l’Intuitisme, est une respiration de l’âme et son élévation vers l’universel. Un geste premier sans repentir.» MB.
L’Intuitisme s’adresse à toutes les formes d’expressions, à tous les arts en privilégiant le Verbe se faisant passerelle à la Matière, penseurs, poètes, peintres et sculpteurs composent sur le même instrument, celui de l’intuition. Souffle de la libre création où chacun puise dans sa réserve d’imaginaire, d’impressions fugitives, de ressentis, où dominent les forces d’un souffle informel, d’une symphonie cosmique.
Un nuage, un mirage viennent de nous auréoler la tête et cela suffit pour déclencher tout le principe de création qui verra naître une œuvre où seul ne peut transparaître que le ressenti, l’informelle impression, la révélation de l’instinct en un mot de l’intuition spontanée. Souvent les œuvres des plasticiens se font l’écho des vers improvisés ou composés des « scribes » poètes.
L’acte créateur « Intuitiste » est de desceller ou d’extraire la beauté indéfinie d’une impression informelle, la luminosité diaphane d’une rupture esthétique. C’est un peu vouloir cueillir le souffle qui passe, saisir la petite voix ténue de l’intérieur, écouter la musique des sphères.
L’intuition, « l’intuitisme », est en quelque sorte un peu l’histoire de toute l’humanité et de l’évolution de l’art et de la notion toute relative de la beauté, depuis les grottes de Lascaux, un des berceaux balbutiants de plus de 35000 ans de l’histoire de l’art. A ce titre les graphistes de la préhistoire étaient sans doute les plus vrais et plus grands « Intuitistes », car rien ou presque n’avait influencé ou pollué l’environnement de leur vision sinon les phénomènes liés à leur environnement direct de survie ou au mystère cosmique souvent synonyme de frayeur ! A ce stade nous en étions à l’instinct premier.
L’intuitisme, c’est également préserver les codes ancestraux de la beauté et les réinterpréter avec un regard de modernité.
C’est un dialogue en quête de routes différentes, au-delà de nous-mêmes, au-delà de nos conditionnements habituels. C’est vivre une sorte de rupture avec le conventionnel.
Vu sous cet angle, nous pourrions presque avancer que l’art « Intuitiste » est un peu cet art ancestral, ce geste pariétal, ce réveil d’une image pétrifiée pour les regards et interrogations du futur et ce besoin d’authenticité pour demain.
L’art inné, instinctif, désintellectualisé !
Par déclinaison avec l’abstraction et en particulier l’abstraction lyrique, nous approchons, mieux que dans nulles autres formes d’expressions, des fondements de l’intuitisme.
Ce lyrisme gestuel, nous le retrouvons entre autres chez des artistes majeurs tels Georges Mathieu, Jackson Pollock, Antoni Clavé, Robert Motherwell, Sam Francis, Zao Wou Ki, Che Ten Chun, Willem De Kooning, etc.
Le signe est informel, la révélation inconsciente.
Il faut sortir du paradigme passé, laisser évoluer le geste, sorte de grande calligraphie indéfinie, écrite ou plutôt tracée dans une sorte d’automatisme linéaire qui déclenche l’imagination se révélant intuitivement.
Nous nous retrouvons dans une sorte de lâcher prise où l’on tente d’exprimer l’invisible, le non représenté.
L’intuitisme se doit de révéler le signe (signifiant ou signifié).
Il faut revenir sans cesse à l’acte créateur libéré, à l’impermanence des formes, des volumes, briser les automatismes, se déconditionner, devenir libre, mettre nos semelles de vent comme notre cher Rimbaud, intuitiste sans même l’imaginer bien avant l’heure.
L’intuitisme est une manière de croiser des univers différents et d’en rassembler divers fragments, soit sur une toile pour le peintre, dans la matière pour le sculpteur ou sur une feuille pour le poète.
Mais à ce propos, je laisserai toutefois une place plus importante aux plasticiens, car mieux que par l’écriture qu’il nous faut interpréter, l’œuvre d’art, elle, nous rend l’intuition plus lisible, elle fixe et matérialise la spontanéité « le geste intuitiste » devient visible.
L’intuitisme doit donner à l’œuvre une reconnaissance, une musicalité tout en conservant un esprit de pureté, demeurer aux sources et aux racines, en veillant surtout à ne pas sombrer dans l’artifice.
Le peintre, le sculpteur devront tenter d’aller au-delà de la matière pour se rapprocher du Verbe et par la poésie rendre visible en échappant à réalité !
Il s’agit ici d’une évolution entre le tangible et l’intangible, le temporel et l’intemporel.
Nous devrions nous rapprocher de cette idée rimbaldienne du grand Opéra du monde où tout se mêle, s’entremêle, en arrive « au dérèglement de tous les sens », vieille image je vous l’accorde, mais si proche de l’intuitisme, à tout prix devenir « voyant », se faire visionnaire comme l’a écrit Michel Random dans son remarquable ouvrage : « L’art visionnaire. »
« La vision est une errance au sein de la perfection. »
En forme de conclusion, j’aimerai vous transmettre en témoignage les « dits » d’un de nos plus authentiques visionnaires-intuitistes, véritable médium canalisateur des fréquences cosmiques, Franco Cossutta, pur exemple et modèle de l’intuitisme instinctif. Inné !
Au terme d’un entretien que nous avons eu voici ses « dits.»
« Je m’efface par rapport à l’existence, capte les influences extérieures avec ce ressenti de m’intégrer à la peinture, de me mêler aux pigmentations colorées et de me couler dans les formes qui naissent sur la toile.
Ce sentiment « d’intuition » me vient non pas nécessairement lorsque j’exécute une peinture, mais plutôt lorsque je la peaufine, la corrige, la modifie très légèrement du premier jet.
Il ne m’est possible de peindre que lorsque je me retrouve en communication avec l’espace, le cosmos ou un autre environnement parallèle.
Je suis sous influence, tel un récepteur, je deviens le médium de ce qui m’est envoyé ou que je ressens comme tel.
Il m’est très difficile de pouvoir donner des explications logiques car je ne réagis que sous impulsions externes.
C’est comme si j’étais en perte d’identité, de personnalité pour me fondre dans l’univers, me mêler au grand tout !
Je peux passer d’une sorte de libération extatique à une forme de crucifixion interrogative !
Formule classique. « Qui sommes-nous ? Que deviendrons-nous ? Quel sens a la vie ? »
Autant de questions dont je perçois la réponse mais qui cependant demeurent en suspens.
Pour moi créer ne devient possible que dans l’émotion « intuitive » et non pas dans la réflexion intellectuelle qui fausserait toute l’authenticité de l’œuvre que je ne fais que transposer.
Je ne peux agir dans mon acte créateur tout à fait relatif, qu’intuitivement, sans calculer, sans réfléchir, simplement guidé par des phénomènes externes sur lesquels je n’ai aucune réelle maîtrise.
Dans ce souffle fugitif, sans aucune préparation, les formes, volumes, couleurs se mettent en situation naturellement, automatiquement, si je m’aventure à vouloir reprendre le contrôle tout se bloque et déraille.
Toute explication logique ou cohérente m’échappe, je ne peux rien dire de plus.
Je ne suis que l’intermédiaire de forces cosmiques, telluriques, spirituelles dont je ne peux donner aucune révélation tangible. »
Tel est le ressenti de Franco Cossutta relatif à « l’intuitisme » ce qui en fait est vouloir cueillir le souffle qui passe, être attentif à la petite voie ténue du fond du cœur, c’est percevoir la musique des sphères.
Peut-être même pourrions nous évoquer le troisième œil.
Alors fève d’or dans le gâteau royal, écoutons ce que nous dit de l’intuition en poésie, l’un de nos plus grands poètes, Marc Alyn, authentique Princes de poètes.
L’intuition : Troisième œil.
Il y a l’œil et l’œil du fond de l’œil
l’œil du centre
du côté droit
du côté gauche
l’œil du dessus de l’œil
et celui du dessous
chacun cherchant à joindre les deux bouts
de l’image.
Puis viennent d’autres yeux captifs du dedans
tissant le clair-obscur au sein des cécités.
Mais l’œil dissimulé au plus loin de l’être
que nul ne vit jamais
et qui rayonne pour lui seul dans le noir
cet Œil majeur est le seul à tout voir.
Marc Alyn
Le geste « intuitiste » relève de la lumière intérieure, où le plus important est le retour à l’originel, en quelque sorte à l’acte créatif premier.
J'admire le peuple algérien pour son courage et sa non-violence en espérant que le pouvoir ne prendra pas l'initiative de la répression. Je suis fier et heureux de publier ce texte de Djida ! C'est un honneur !! (Jean Dornac)
Tout un peuple debout !
(Message pour mon peuple)
Mes chers frères,
De vous je suis fière
Vous avez su vous lever en bravant la colère.
Votre révolte pacifique a dessiné une image magnifique.
Votre idée de défense dans le calme et la prudence,
Témoigne de l’amour en évidence,
Quelles que soient les origines et les différences.
Vos cris en une voix,
Font qu’enfin on y croit.
On croit au peuple et en sa foi,
Sa force son influence,
Pouvoir d’une union sans entorse.
Mes frères vous avez su prouver
Avec grande simplicité,
À ce monde en difficulté,
Qu’on appelle la liberté par l’unité.
Ce monde vous l’avez stupéfait,
Choqué, interloqué.
Il s’exclame : l’Algérie est civilisée !
Il s’exclame : vous n’êtes pas des anarchistes illettrés !
Nikolaï Alekseïevitch Zabolotski (en russe : Никола́й Алексе́евич Заболо́цкий) est un poète, écrivain et traducteur soviétique de langue russe né le 24 avril 1903 près de Kazan dans l’Empire russe et mort le 14 octobre 1958 à Moscou. Il est l'un des fondateurs du groupe d’avant-garde russe Oberiou.
In arduis fidelis : locution latine qui signifie « Fidèle dans l'adversité ».
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Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...