Blanche nuit de Noël
Poudré de givre et collier de corail, l'hiver s'est habillé de houx.
En ce vingt-quatre décembre, la neige tombe à gros flocons, emportant nos empreintes.
Paré de ses plus beaux atours, le sapin fait vibrer nos âmes, tandis qu'au loin carillonne la bonne nouvelle.
La nuit devient opaline.
La table est mise.
Des figurines en biscuit de Sèvres mêlent leur blancheur à celle de la nappe fleurie.
La transparence du cristal s'harmonise avec la blancheur laiteuse des bougies.
Derrière un paravent ivoire revient le souvenir d'Antoine Carême.
Une gourmandise se prépare.
Onctueuse, raffinée, la crème Chantilly est servie.
Les choux amandines à la crème voguent sur le lac blanc de la délicatesse.
Un gourmet porte aux nues cette douceur :
Une joie palpite, blanche comme un bouquet de plumes
A la croisée, des cristaux de givre ont dessiné une lettrine
Fleur de dentelle, elle vient défier le poids d'une perle
qu'une nuit de lumières a brodé sur la robe des fées
Blanche nuit de Noël, tu fleuris au pinceau de l'hiver.
Ce dessert devient Virgile, Chardin et Chopin à la fois.
Comme un ballet bien réglé arrive la confidence d'une sommelière :
Sublime haut-brion ou brouet spartiate, l'essentiel est de savoir quel est le mets qui va les accompagner.
Ainsi vint le vin pour sublimer le chou amandine à la crème Chantilly :
Cuvée "Ainsi soit-il" - AOP Montlouis-sur-Loire
vin blanc effervescent - méthode traditionnelle 2024
d'Agnès Souchon, vigneronne
Dans sa blancheur immaculée, un cygne s'envola, laissant dans son sillage un rêve étoilé en cette blanche nuit de Noël.
R.S
mercredi 24 décembre 2025
Sources :
* Trois couleurs et le blanc
Avec les trois seules couleurs primaires -bleu cyan, rouge magenta et jaune- nous obtenons toutes les couleurs de la nature, y compris le noir.
Comme sa contre-couleur, le noir, le blanc se situe aux deux extrémités de la gamme chromatique.
Absolu et n'ayant d'autres variations que celles qui vont de la matité à la brillance, le blanc signifie tantôt l'abscence, tantôt la somme des couleurs.
* un peu d'histoire :
En ce temps-là, au château de Chantilly, il n'y avait pas de salle à manger.
Une table était dressée, avec une nappe jusqu'au sol, sur des tréteaux en fonction du nombre d'invités.
En 1784, la première mention de "salle à manger" apparaît sur les plans du château de Chantilly.
L'usage de la fourchette et du couteau individuels se répand, ainsi que celui de la serviette. L'assiette apparaît en 1538, François 1er en commande alors six.
Jusqu'au XVIIIème siècle, la vaisselle sera avant tout métallique.
La céramique se répand avec Catherine de Médicis, mais reste exceptionnelle jusqu'à la fin du XVIIème siècle.
Puis la porcelaine de Chine, la faïence, la céramique remplacent l'orfévrerie.
Chantilly possède la crèmerie la plus célèbre d'Europe.
Edifiée en 1754, se dresse la fameuse Laiterie du Prince de Condé, toute de marbre vêtue.
Mais on oublie souvent de préciser que cette laiterie d'exception inspira à Marie-Antoinette le hameau qu'elle fit construire en 1783 dans le parc de Versailles.
La dernière des reines rendait ainsi hommage à la plus noble des crèmes.
En 1799, la crèmerie est détruite, mais le duc d'Aumale corrigera plus tard cet affront de la Révolution.
extraits du supplément culture des Annonces de la Seine, octobre 2006