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Je n’ai pas eu la chance de rencontrer Jeannine, mais nous avons entretenu une correspondance par courriel, régulière, amicale, formidable ! J’ai découvert une femme à l’esprit vif malgré ses 90 ans, une femme au grand cœur, une poète d’exception.
Seul le fait que début octobre dernier j’ai été hospitalisé en urgence a mis fin à nos échanges, trop épuisé je ne pouvais poursuivre. C’est un profond regret...
L’annonce de son décès a provoqué en moi une grande tristesse, une profonde tristesse...
Le monde a perdu une femme d’exception !!
Jean Dornac
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JEANNINE DION-GUÉRIN
« ET QUE LA JOIE DEMEURE »
Jeannine DION-GUÉRIN ( née en France le 8 juin 1933) est femme de lettres, poète, comédienne, conférencière, animatrice de radio française. Elle fut directrice d'école maternelle et Secrétaire générale de la Société des Poètes Français. Réalisatrice littéraire du Concours poétique international pour la commémoration du centenaire de Vincent Van Gogh en 1990 à Auvers-sur- Oise . Cet événement fut suivi d'une anthologie, ouvrage d'art numéroté : « Vincent, de la toile au poème » Grand Prix de l'Académie de Lutéce. En 2010, pour l'ensemble de ses œuvres lui fut attribué, par le Cénacle européen, le Grand Prix de poésie Léopold Sedar Senghor, en présence d' Henri Arphang Senghor, neveu du poète.
Jeannine DION-GUÉRIN publie ici son dernier recueil intitulé : « Et que la joie demeure », livre illustré de très belles œuvres de Wilfrid MÉNARD.
Bien sûr, le titre du recueil nous rappelle l'œuvre musicale « Jésus que ma joie demeure » de Jean Sébastien Bach, mais il n'est pas, ici, question de foi religieuse personnelle, ni de salut de l'âme ; il s'agit de faire de sa vie, jour après jour, une œuvre joyeuse, vivante, pleine d'humour, afin d'entraîner les autres, car, vivre c'est se mettre en harmonie avec l'autre, les autres, et si possible faire se mouvoir positivement l'univers autour de soi. Et d'ailleurs, l'auteur s'accompagne brillamment tout au long de ce recueil de l'assentiment d'autres poètes comme Marcel JOUHANDEAU : « De mon âme ce feu ! De mon corps ce buisson ardent ! »
Jeannine DION-GUÉRIN nous dit de regarder la vie autour de nous, d'en prendre le tempo : ''L'arbre/ c'est de la géométrie qui danse/ L'autan sert la chorégraphie (Arbraresque p. 38) Nulle intention de s'illustrer en sublime poète aux pesants lauriers, car ''Mon idée fixe à moi, rimailleur de papier/ c'est de confisquer le mot/ dont je ne suis que le pâle écho ( Requête p. 23) Que voilà une humilité de bon augure ! Tout s'explique : la vie est courte, il est urgent de la vivre avec ardeur : '' Si brève la lumière/ qu'il importe de la bien fêter''(Bref l'incendie p.119) .
Néanmoins, nous sommes loin du ''Mangeons et buvons car demain nous mourrons'', il s'agit d'une précoce prise de conscience de ce que la nature nous enseigne et de marcher de concert ; regardons autour de nous :''Tout ce qui fut à l'origine stable/ devint au fil du temps mouvant/ poulpes dansant/poissons volant/ anémones de mer s'épanouissant...à chaque espèce son rang.'' (Fin d'un monde p.153)
Il faut en conclure que la position de l'auteur est bien loin de l'idée obscure, solitaire et contrite que l'on se fait du poète. Si une longue vie toute dédiée aux arts et aux lettres, vous emmène, comme tout un chacun, insidieusement vers l'épilogue : ''Plus faible est le flux/ de la vague qui se replie/Plus forte l'ampleur/de la déferlante qui suit'' (Du don de vie p. 145). On reste digne et créatif si possible ; on n'en est pas moins bien loin des honneurs de pacotille (''Arbre, apprends à renoncer/à la séduction de tes ramures/ ignore les colifichets de deux sous''( Rimes de fin d'été p.177)
Ainsi, au bout de tant d'années créatives, nous charme encore Jeannine DION-GUÉRIN, toujours aussi attachée au partage des joies de la vie :(Poète accueille ses bienfaits/ même si tu t'étonnes d'être/ encore ici à les célébrer. ( Du don de vie p.145)
« Et que la joie demeure !» :Un recueil plein de vie et de jeunesse, de la couleur, un rythme alerte. Bien loin du poète tourmenté qui se préoccupe de ''triturer la guimauve des mots'' ( Bilan p.171), Jeannine DION-GUÉRIN pousse l'élégance du geste jusqu'à ''Témoigner de ces petits riens/ qui troussent la peau, précèdent/ les mots passeurs d'eau '' J de la joie avec un grand J évidemment ! Le tout, ajouté à ''cette frénésie du pinceau/ flattant la corrida des noces/païennes de la Chair et du Mot ( De la vie la corrida p.184)
En cette période de sérieuse remise en question des rapports humains en ce monde, merci pour ce riche témoignage ! ''Et que la joie demeure ''chez tous vos lecteurs !
Jeanne CHAMPEL GRENIER
« Et que la joie demeure » - Jeannine DION-GUERIN- Éditinter poésie
©Jeanne Champel Grenier & Jean Dornac
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C'est une grande tristesse, Jeannine Dion-Guérin est décédée avant-hier soir ! C'est une grande dame de la poésie qui disparaît et une femme de coeur. Avant mon hospitalisation, en octobre dernier, nous nous écrivions beaucoup, c'était un bonheur de la lire... Elle va beaucoup nous manquer...
Hommage à elle !!!
Jean Dornac
À Jean-Loup Seban
SI, venant de Lyon vers Chambéry, on se dirige vers les sommets alpins, on croise à mi-chemin la localité de La-Tour-du- Pin, une ville modeste encore et sans relief particulier sinon celui d’un charme et d’un passé prestigieux. Le nom de la famille de La Tour du Pin est, comme on s’en doute, lié à celui de la ville et de cette importante baronnie du Dauphiné qui existe depuis le moyen-âge. Le premier personnage cité comme appartenant à cette famille est Girard de la Tour, au Xème siècle.
D’importantes figures sont apparues au sein de l’arbre généalogique familial, dont les plus célèbres et les plus récentes sont notamment François René de La Tour du Pin de Chambly la Charce * (1834-1924), saint-cyrien, assez logiquement grand royaliste, sympathisant de l’Action française, proche surtout de la pensée d’Albert De Mun et auteur de l’ouvrage « Vers un ordre social chrétien » (1907) qui a contribué à ce catholicisme social qui a largement inspiré de Gaulle.
D’une moindre longévité et pour cause, François de la Tour du Pin de Chambly (1878-1914), lieutenant au 298e régiment d’Infanterie, trouvera la mort dans la bataille de la Marne en 1914, laissant sa jeune épouse, Brigitte O’Connor (1880-1948), descendante de Condorcet, affronter un veuvage aussi long que fut brève leur vie de couple. Patrice, né en 1911, est le troisième enfant de ce couple sacrifié et fut dès lors élevé par sa mère et sa grand-mère.
Une première impression suscitée par la vie de celui qui sera précocement poète, est celle d’une extrême discrétion. On le dira « non médiatique », réservé même sur son oeuvre comme sur sa vie intime. Sa biographie s’aligne dès lors parfaitement aux seuls événements littéraires qui émaillent tôt son existence : à un âge plus avancé, il écrira d’ailleurs : « il est vrai que j’ai noué ma vie et mon poème. Tu n’as fait que tirer le fil de l’un pour avoir l’autre ».
En effet, aussi précocement sera-t-il attiré par les sciences politiques, dans la droite ligne de ses ascendants, aussi rapidement le sera-t-il aussi par la poésie en rédigeant, à 19 ans, un premier recueil en mal d’éditeur, comme toujours, malgré le soutien sans réserve de Supervielle. Son titre est déjà prophétique : la Quête de Joie (1930). Un début de reconnaissance lui vient, tant de l’Académie française (qui lui attribue dès 1938 le prix Maurice-Trubert) que, dès avant cela, de simples lecteurs pour son long poème Enfants de Septembre, dont voici un extrait :
Après avoir surpris le dégel de ma chambre
A l’aube je gagnai la lisière des bois ;
Par une bonne nuit de brouillard et d’ambre
Je relevai la trace, incertaine parfois,
Sur le bord d’un layon, d’un enfant de septembre.
Un titre, « La vie recluse en poésie » (1938), incarne par sa brièveté son programme de vie, lequel se voit hautement mis en péril en octobre 1939 où il est mobilisé et où, blessé à la tête, il est déporté en Allemagne dans un Oflag dont il restera prisonnier durant trois années : mais qu’à cela ne tienne, c’est en captivité qu’il réussit à écrire quelques-uns de ses poèmes les plus marquants. Il faut réaliser
combien cette famille a payé de tribut aux guerres de 1914-1918 et de 1940-1945, et à quel point nos artistes et penseurs actuels reconnaissent, Boris Cyrulnik en tête, une influence de tels drames précoces sur l’émergence de presque toute créativité artistique.
Peu après son retour en France, il épouse sa cousine Anne de Bernis-Calvière (**) : ils auront quatre filles. Ils résident alors au château du Bignon-Mirabeau, dans le Loiret, à l’emplacement même de la résidence du célèbre marquis (***). Les grands noms et de hauts faits de l’histoire ne sont donc jamais loin ! Plus intéressant pour notre propos sera de noter combien le site fut apprécié et inspira notre poète toute sa vie durant, lui qui se présentait comme le jardinier du processus poétique :
Une allée ? Je vais où qu’elle aille,
Une allée qui d’aller me dit
Sous sa grand’voûte entre broussailles
Vers une orée de paradis,
Comme va l’âme en fiançailles
Vers son dimanche – et l’on est lundi.
A la suite du concile de Vatican II, la famille quitte Bignon pour Paris : en cause, Patrice devient le seul laïc admis pour la traduction de la Bible parmi 5 membres choisis par l’épiscopat. La Commission liturgique de la traduction lui confie également celle des psaumes, notamment mis en musique, et avec quel recueillement, par Joseph Gelineau et Didier Rimaud. On ignore le plus souvent la paternité de chants tels que « Tout homme est une histoire sacrée » qui est de sa plume.
L’heure de la reconnaissance a dès lors sonné pour notre auteur qui reçoit en 1970 le grand prix catholique de littérature pour Une Lutte pour la vie et qui, gagné par l’évocation des textes sacrés, publie en 1974, un an avant sa mort, « Psaumes de tous mes temps » où il fait œuvre totalement originale, qui justifie de mot de théopoétique ou de poésie liturgique qu’il se décerna souvent, et que La Bibliothèque de Poésie qualifie en outre de symbolique et naturelle à la fois, d’un romantisme frais, d’une gaucherie gracieuse.
Sans doute l’écriture et la pensée de l’auteur peuvent-elles paraître renouer avec une forme d’invocation lyrique largement perdue par nos contemporains : mais la question est bien de nous demander si, précisément, on ne ressent pas en cela une perte et si nous n’avons pas à gagner à nous ressourcer à une inspiration heureuse et primitive.
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Références
Isabelle Renaud-Chamska, Commémorations Collection 2011,
Boris Cyrulnik, La nuit, j’écrirai des soleils, Odile Jacob, 2019.
La poésie contemporaine de langue française, in La Bibliothèque de poésie, France Loisirs, 1992.
Wikipedia
©Pierre Guérande
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(*) On prendrait évidemment pour ironique d’oser désigner notre auteur par le trop familier « De la Tour du Pin, de Chambly et d’autres lieux » : notons toutefois que chacun de ces lieux, précisément, sont bien éloignés de La-Tour-du- Pin et proviennent d’alliances et de mariages justifiant cette longue énumération. L’appellation de la cité, en soi, serait dérivée du fait qu’un conifère aurait grandi sur une tourelle avoisinante, si cette explication n’est pas fantaisiste.
(**) apparentée, on l’aura deviné, à la lignée du fameux cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis, ministre de Louis XV, diplomate et mondain (1715- 1794). Poète paysagiste entré à 29 ans à l’Académie française, il y préfèrera la carrière politique et sera le conseiller de Madame de Pompadour et ensuite ambassadeur à Venise. Il fera merveille aux affaires étrangères et plus tard comme archevêque d’Albi, pour finalement devenir négociateur auprès du pape à Rome, On le connaît aussi pour sa correspondance avec Voltaire et par ses Mémoires, quoique interrompues en 1756. Jean-Loup Seban, poète et érudit dix-huitièmiste, écrit de lui : Avec Ducros, Voltaire et Gresset, ses amis / Ses soupirs fleuretés faisaient plus que merveille (La Bouquineuriade, MMXVI, Bruxelles).
(***) Ce domaine avait été acquis par Sophie de Grouchy devenue la jeune épouse de Condorcet, encyclopédiste. Leur fille, Elisa Caritat de Condorcet (nièce du futur maréchal de l’Empire), deviendra l’épouse d’Arthur O’Connor, lui aussi général de division de Napoléon, né irlandais comme son nom le laisse entendre. Les noms de Condorcet et de Mirabeau se voient ainsi une nouvelle fois réunis, eux que tant de liens d’amitié et de conceptions politiques partagées (en tant qu’aristocrates révolutionnaires et plus qu’incompris de leurs contemporains), comme leur soutien aux Amis des Noirs, avaient déjà rassemblés dans le contexte troublé de la révolution.
Reçu de Jeanne Champel Grenier
Au moment où se profilent les voyages et rêves de voyage, voici un superbe texte de Barbara AUZOU ( recueil 2025 : « LES GÉOGRAPHIES IMAGINAIRES ») illustré d'une magnifique huile de l'artiste québecoise Francine HAMELIN.
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Une colombe se pose, soyeuse au toucher,
un brin d'herbe sur ses plumes,
des restes de roses accrochés à ses ailes.
Par habitude, des abeilles chamarrées
picorent son bec mordu de soleil
et son regard au loin qui en dit long
sur sa soif de solitude.
Regard gris de l'oiseau brisé par les rochers,
les falaises blanches crayeuses
en suspens dans le ciel.
Regard croisé des colombes et des mouettes,
recueille des miettes de silence,
celles de l'enfance déposées sur la mer,
comme l'écume en souvenance des vagues vertes,
comme roses des sables en déshérence, entrouvertes.
Une fenêtre ouverte sur la mer
recueille les regards croisés
des colombes et des mouettes,
de celui de l’enfant aux yeux noirs
courant assoiffé de liberté
vers l’ultime lumière du phare,
l’extrémité bleue d'un ciel assoiffé d’éternité.
©Alix Lerman Enriquez
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https://charliehebdo.fr/2022/11/ecologie/chasse-du-fric-pour-les-treillis/
Vêtu d'une tenue de camouflage gris-verdâtre (lui disait ''caca d'oie''), et bardé de cartouches autour du ventre tel un chapon farci de gousses d'ail, il s'en allait ''canon-cassé'' en direction du bois où, non sans arrière-pensée, il distribuait des poignées de maïs transgéniques afin de nourrir les cochons sauvages.
Il avait son langage fleuri, parlait de la nouvelle robe ''pintade'' de son épouse, de son ''regard de coq de bruyère'', de sa ''démarche de poularde'', et de la dernière ''teinture de sa hure'' poivre et sel !
Il disait : il fait ''un temps de chien'', ou bien ''un froid de canard'' ; se plaignait d'avoir ''mal à son œil de perdrix'', que c'était signe de pluie et que ça allait ''pisser comme une vache''. Pourtant, il préférait ce temps mi figue-mi raisin que ''le soleil de plomb'' qui ''lui cuisait le mont chauve''.
Bien sûr, il ''avait de la bouteille''(surtout le litre de rouge dans la musette), et dès le point du jour, il allait ''faire le pied''. Parfois ''il se faisait une ou deux bécasses'' et n'en parlait pas à sa femme. Il ''ne courait pas tous les lièvres à la fois'' et s'attardait souvent pour ''boire un coup que les Boches n'auront pas'', ou ''une gnole qui lui rabotait bien le buffet''.
Il avait donc ''du nez'', ''de l'estomac'' et même ''une veine de cocu'', comme il disait élégamment, de n'avoir pas ''raté un cochon à trente mètres'', un jour où tous ses potes étaient bredouille !
C'était le bon chasseur de base, sympathique et vantard, qui disait avoir''la côte auprès des gonzesses'', lesquelles n'hésitaient pas à dire que question virtuosité au lit ''il ne cassait pas trois pattes à un canard''.
En résumé : un ''sacré cassaïre* de première'' qui n'avait pas encore descendu un copain mais qui, hélas, un matin de ''brouillard à couper au couteau'', avait déjà ''rétamé''son chien.
cassaïre : chasseur, en patois du languedoc
© Jeanne CHAMPEL GRENIER
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Image : https://epanessence.com/transition-spirale/
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