Combien faudra-t-il
d’îles
d’îlots de misère
de refuges improbables
pour accueillir les pauvres ères
les miséreux, les sans-terre
qui ont gagné ce caillou au milieu des flots
et accueillir leur misère
Eux, les sans-abris,
ont tout quitté
avec femmes et enfants
pour gagner ce caillou blanc
perdu dans la mer
et soudain débarquer
Tout là-bas
À Lampedusa
Ces perdus de l’Afrique
ont vogué sur des esquifs de fortune
afin de gagner cette île italique
perdue au milieu de nulle part
portant avec eux leur misère
placée au cœur de leurs espoirs
dans ce monde oublié
Ils sont arrivés dans les canots des marchands de misère
pour fuir
pour oublier
Ils ont quitté cette Afrique qui les avait nourris
et se sont retrouvés sur les plages d’Italie
pour gagner un peu d’espérance
un peu de vie
un peu de chance
tout là-bas, à Lampedusa
eux qui ont gardé en eux un peu d’espérance
au cœur de leur vie
au cœur de la VIE…
* Lampedusa : petite île des Pélages (Pelagi), située au sud de l’Italie, entre Malte et la Tunisie. En 2023, un flux migratoire venu d’Afrique a débarqué en plusieurs vagues sur cette île...
L’œil essuie le grain du monde et, dans l’encrier des paupières, pleure son limon d’images. Eau et sable, sel et chair sont les encres du temps ; écrire avec pour être entendu jusque dans nos silences.
Silences à dire, histoires tues, volatils prémices surpris dans l’alchimie des feuilles, frisson de l’instant.
Lorsqu’un poète disparait, ce sont les pans d’une bibliothèque qui s’effondrent, mais déjà, libre et insoumis il se remet à l’ouvrage et fait des nuages son plus beau carnet de voyage.
Michel Bénard.
Encore un poète qui vient de rejoindre les étoiles, la lumière ou les ténèbres. Qu’y a-t-il derrière la vie, devant la mort. Le mystère insondable.. ; Adieu Barnabé s’il existe un paradis des poètes, tu ne peux qu’y être... (Jean Dornac)
* * *
Homme né des ténèbres -Barnabé Laye
Homme né des ténèbres et des gouffres
Hommes du commencement et des cavernes
Tu ignores les sentiers du parcours insondable
Inscrit sur les lignes de ta main et de ton front.
Tu ne sais rien des stigmates et des promesses cachées
Dans les dédales de ta peau et des plis de tes pieds
Tu ne sais rien des oiseaux d’augures et des présages
Alors pris de vertiges et d’angoisse
Tu abandonnes ton destin aux mythes et aux légendes.
Trouvez les racines du polynôme 3x² - 20x - 63, dit le polycopié.
Moi je suis assise et je dessine un arbre, pas celui qu'on connaît, mais celui des ancêtres, sauf qu'il est inversé.
Moi mes racines sont lointaines, de vagues filaments qui se croisent et puis s'éloignent, des éléments disparates à moitié disparus de mon visage,
Tout ce que je pense et tout ce que je suis,
Contenu dans les constellations souterraines que représentent ces âmes.
Mes voisins eux se cabrent devant tant d'étalement, tant d'éclectisme désordonné,
Et je sais que l'encre qui a tapé sur leurs ISO 7810 ID-2 est pareille à la sève qui coule dans leurs veines,
Alors que la mienne n'est qu'un vaste mélange pêle-mêle de toutes couleurs et parallèles,
Je sais que certains voudraient bien les couper courts, ou du moins les tailler
Que c'est dérangeant, que ça prend de la place,
Et moi-même
Même quand les quelques bien intentionnés s'écrient : Quelle aubaine !
Parfois j'aimerais mieux les trancher.
Car jamais ils ne comprendront ce que fait cette différence,
Jamais n'ont-ils senti
Ce devoir impérieux de croire en deux entités,
De rester fidèle aux aïeux sans froisser les nuages
D'opiner du feuillage sans insulter les cieux
Ce poids immense qui me tire vers le bas, ces croyances gravées dans l'écorce,
Cet écart entre mon tronc solitaire et celui commun de la forêt,
Cette peur de l'autre comme cette peur des siens,
Ce rejet alternatif de son engrais et puis des leurs
Cette gravité constante comme ce flottement hors-corps
Un perpétuel entre-deux,
Ces racines infinies à jamais ancrées dans l'éternité.
Yuting Chloé GONG-MINIÈRE
– 1ère
TORONTO – CANADA
Prix de la prose poétique 2023
Voir en fin de page d'accueil du blog, la protection des droit
Permettez-moi de vous présenter le nouveau recueil de Barbara Auzou grâce à la recension écrite par Jeanne Champel Grenier.
J’espère que vous ferez un bel accueil à ce nouvel ouvrage de Barbara !
- Poèmes - Éditions unicité - 13€
Préface de Ile Eniger
Une sorte de murmuration d'oiseaux qui passe au-dessus d'un arbre, le premier sans doute de la création, telle se présente la sobre et belle illustration de couverture signée Francine Hamelin qui sait sculpter la poésie jusque dans le marbre.
GRAND COMME, dès ce titre ouvert on pense à l'enfant qui ne trouve encore les mots pour dire son amour : ''Je t'aime grand comme ça--, dit-il en écartant les bras, ou bien ''Je t'aime jusqu'à la lune'' répète-t-il en élevant le bras vers le ciel. Barbara Auzou prouve par ce titre qu'elle garde pour la vie un appetit d'enfance à la fois neuf et sans limite :
''nos yeux d'horizon ne sont jamais que l'intérêt infini que nous prenons à vivre''
Elle est partie prenante de ce cycle élevé, infini, et toujours neuf de la vie ;
''la lumière est venue de très loin et à pied / elle s'est installée dans nos silences alternés / dans nos rides
Oui, le temps passe, et parfois non sans dégâts de tous ordres, est-ce une raison pour ne parler que de déclin alors que tout vit et renaît sans cesse en ce Grand Tout qu'est le monde ? Les enfants qui vivent à fond l'instant pensent-ils à la déchéance, à la mort ?
''Et vois comme on égale les dieux là parmi les arbres tapis d'enfance qui se partagent nos noyaux./ ...et les étoiles qui dansent là-haut''
''Pour vivre heureux vivons cachés'' n'est pas le choix de Barbara Auzou ; pour elle, l'amour est inclus dans le cycle du monde au présent perpétuel avec, au jour le jour, et toutes les nuits,
la quête de la joie à l'horizon :
''C'est un envol les yeux ouverts qui a pris la dimension des choses regardées / enfin / et qui se tient loin du grand rouleau des peurs'' car, la poète le sait depuis la petite enfance :
''La lumière estparfois quelquechose de plus que la lumière''
Si chez certains, les mots se multiplient, se salissent, se galvaudent et souffrent d'être une langue, chez Barbara ils ont gardé leur souffle premier, leur liberté native accompagnée de pauses d'écoute, tel le rossignol alternant musique et silence dans son chant d'harmonie qui s'élève au delà de la nuit :
un amour Grand comme un couchant qui vous transporte
Je n'ai jamais rien vu d'aussi inouï ni d'âme ni de corps
que ce soleil ce soir si tendrement mourant
et notre silence passe au travers comme un oiseau tremblant
et me voilà confiante en d'autres espaces''
Ainsi nous sentons-nous à la lecture de ce recueil, comme l'oiseau ému, emplis de ''trouées d'enfance'' et de ''lumière de première main''
Au feu de la forge, le poète façonne ses métaphores.
Chantez rêves éveillés où murmure une voix qui vient de loin, d’une terre incarnée aux mille visages.
Dansez lanternes vénitiennes au bal des quintil et sonnet.
Impatient, le stylo plonge dans l’encrier ; quelques gouttes d’encre étoilent la page blanche, puis la plume se ressaisit et glisse toute en harmonie.
Sans cesse, il faut essayer de nouveaux accords, ouvrir de nouvelles fenêtres, essayer les vers syllabiques sans rime de six ou huit pieds pour, au final, se rapprocher de l’allure, du chant originel.
Esperluette et guillemet sont aux aguets, tandis que l’allegro fringant du i chevauche vallons et collines.
Voluptueuse mise en scène où le temps est gorgé de couleurs sur la lumineuse hampe d’une rime.
Vague après vague, l’encrier déverse amples consonnes et riantes voyelles, quand, sur l’échancrure de la marge, arrive une rature féconde.
Gemme au cœur d’une rime, un poème vient de naître :
Les syllabes du vent
Magicien du levant
Un fringant soleil
Eveillait la roche millénaire
Lentement
J’avançais dans le vent
Quand
Sur la révérence d’une digitale
L’incarnat se mit à chanter
De-ci de-là
Un air cristallin
Festoyait sur les hautes futaies
Une danse câline
S’invitait au frisson des frondaisons
Refuge d’un bestiaire vivant
Enluminé des syllabes du vent.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...