Dictée, décoche la maîtresse.
On ouvre les cahiers : on se presse !
Elle ajuste ses verres pelliculés de craie
Sur l’énorme tarin qui enfle son visage, fait office de nez.
Pareille à un rapace, sur l’estrade perchée
Elle guette les hochements des petits crânes rasés.
Courbés sous la menace
Plus un souffle ne passe.
Même le poêle étouffe, au cœur de son cratère
Les craquements sinistres de la bûche qu’il digère.
L’enfant ouvre sa trousse, en sort un porte-plume.
Il s’apprête à tremper ladite Sergent Major dans l’encre bleu-bitume.
Une mouche contourne le rond de porcelaine.
Surpris, lui s’interrompt : Que veut cette vilaine ?
S’est-elle froissé une aile ? Ou bien elle se promène.
De ses pattes fluettes, elle lisse ses antennes.
Intrigué le Sergent pointe la plume Major vers l’insecte candide.
La moucheronne esquive d’une passe rapide.
Le lancier la repousse, il refoule l’espiègle au seuil de son gibet.
Par de petites touches, il conduit sa victime au centre de l’encrier.
Elle résiste, s’entête.
Maintenant la voici qui lutte, lui tient tête.
Oser en un défi la révolte, la fuite, ou tenter la culbute ?
Épouvante funeste, la bestiole bascule dans l’antre de Belzébuth…
Hardi à toréer jusqu’à son dénouement
Soldat Sergent Major lance l’arme fatale qui déliera l’instant.
À l’aveugle cherchant le contact plus flasque du corps de sa victime
Il s’applique, s’escrime
Commande le harpon, pour une frappe ultime.
La plume sanguinaire descend dans l’orifice
À l’aveugle elle pique, accomplit son office.
Mais nul pourchassé ne vient s’y empaler.
Elle doit s’être noyée au fond de l’encrier !
Bayard plonge l’épée aux tréfonds des abysses, frénétique il fourrage une nouvelle fois.
L’outremer tempête, déborde la faïence, s’étend au napperon, éclabousse ses doigts.
Touchée !
Une boule s’est lovée dans le ventre de la plume.
Inerte monticule, elle s’affaisse : tâche brune.
Au vainqueur l’estocade, la remise du trophée !
Le buvard lèche le fil de la lame d’acier.
Mais voilà que la bête soubresaute, s’ébroue.
Prise du mal-sacré, elle délie ses pattes et s’éloigne du trou.
S’appliquant sans répit à contrer la fuyarde, le potache la bouscule vers le haut du cahier.
Une traînée d’encre bleue déroule un écheveau bordé de pointillés.
Pattes de mouches à touche-touche, s’amuse l’écolier.
Et c’est à cet instant, tel un coup de tonnerre
Qu’une voix de stentor explose sur l’arrière !
La bête s’est approchée, attaque flammes et feu
L’attrape par une oreille, le tire par les cheveux.
- Que fait ce paresseux ?
Fine mouche envolée…
Lui de se réfugier au fond de l’encrier.
Vous dormiez madame..
écoutez le violon qui glisse sans corde
sur la trame des jours
il joue l’Olympe
Orphée au bal des premiers amours
Il chante le sort des saisons
Et sur la portée sans note
Ivre et fier
dansent en arpège les féries de vos rêves...
Tenez !
le voilà
jouant sur les cordes d’une étoile filante
et dans la chorée
rhapsodier avec la plume des mères
des notes infinies sur le libretto de la Voie Lactée…
Vous dormiez...
emporté dans votre blanc drap d’étoiles
par des saltimbanques de nuages
jusqu’aux orchestres élégiaques
qui interprétaient aux portes de l’Élysée
en mousse d’aurore
les caresses enivrantes que je vous dédiais…
Oh ! violon des brumes
languissant des douleurs du désir,
des nuits orchestrales,
Oh ! violon encordé dans des ciels d’aurore
laisse mon cœur tendre l’archet
goutter
l’infini
qui pleurent des tous ses accents
de tant nous attendre...
Vous dormiez madame…
Sur la table était le libretto de nos amours
et quelques part dans nos rêves
un violon
nous rappelait à nous même
au milieu de nos jours…
Vous immense dans le ciel
océan d’étoiles lactées
et moi pirate des âges et anciens des voyageurs
qui toujours a été de vos rêves…
Une corde
l’axe d’un univers.
Un archet qui tremble
Et la vie
qui inscrit sur la portée
les accents de nos amours…
Dormez madame
le ciel est vos atours
et le violon qui pleure
au milieu des gouffres
porte nos amours…
Découverte en l’appel flegmatique
Te parler dans le silence du regard
Et dans l’abandon de tout superflu te convier
Charme des chairs altières
Attrait des errances vestibulaires
L’air est au plaire mais aussi au leurre
Sou(s)-rire au pire à venir
Le port fièrement désinvolte mais cependant feint
Noires prunelles belles et pourtant obscures
Énigmatique posture prête à la morsure
Te fasciner par l’attente patiente et ne plus te lâcher
Pour t’emporter aux pays mystérieux
Voilà. Un jour, je l’ai rencontrée. Et c’était bizarre la façon dont ça s’est passé. En fait je ne l’ai pas rencontrée. Je l’ai vue. C’est plus tard que la rencontre a eu lieu.
Donc je l’ai vue. Par la fenêtre. Sur la balançoire. Dans le jardin. Elle était là. Subitement. Avant elle n’y était pas. Et puis voilà qu’elle y était et que je l’ai vue. Se balançant. Vous croyez ça ? Une petite fille qui apparaît comme ça, ça peut faire peur. Je n’ai pas eu peur. J’ai été saisie. Saisie par son regard bleu. Saisie par ses cheveux raides comme de la paille. Un peu blonds, un peu bleus.
Saisie par son sourire, gentil mais plutôt énigmatique. Saisie par ses oreilles surtout !
Voilà. Je l’ai vue et j’ai vu ses oreilles. Mes yeux n’ont plus regardé que ça, ses oreilles. Pourquoi donc avait-elle des oreilles de chat ?
Elle ne disait rien. Elle me regardait juste avec un drôle de petit sourire en se balançant doucement. Je la voyais s’élever vers le ciel. Alors j’ai ouvert la fenêtre. Pour lui parler. Pour savoir ce qu’elle faisait là. Dans mon jardin. Le temps de me lever et de l’ouvrir, elle n’était plus sur la balançoire. J’ai senti une présence derrière moi. Elle était entrée chez moi ! Ce fut à ce moment exact que je l’ai vraiment rencontrée.
Elle s’était assise sur une chaise et me regardait, toujours avec ce drôle d’air.
- Tu es qui toi ? lui dis-je. Et comment tu es entrée chez moi ?
- À toi de me dire.
- Et pourquoi tu as des oreilles de chat ?
- Dis - le moi.
- Mais comment veux-tu que je sache ? Tu étais là dehors à te balancer, dans mon jardin en plus, et soudain tu es là dans ma maison. Je ne sais pas comment tu es entrée ni qui tu es. D’où tu viens, ni pourquoi tu as des oreilles comme ça !
Son rire tinta comme une volée de clochettes.
- Tu ne sais pas ? Je suis toi.
Fontaine, on a soif de tes mots,
on voudrait tant se saouler
de ces milliers de feuilles éparses
mûries sous ton ciel ombrageux
où il arrive parfois qu'un oiseau légendaire
vienne façonner son nid.
Fontaine où la mémoire coule de source
tandis que tout semblait jusqu'alors
n'avoir jamais été prononcé que du bout des lèvres,
voila qu'un de tes bourgeons se livre corps et âme
au désir d'un premier regard complice.
Fontaine où les rêves sont eaux de vie,
lettres d'amour aussitôt adressées
à celle ou celui qui se reconnaitra
on a soif de tes mots,
besoin de voir écrits en majuscules
tes sensations les plus infimes,
envie d'entendre respirer ton âme,
nos racines si longtemps privées d’air.
(*) Poème extrait du recueil « Nom de plume : Oiseau », écrit en hommage aux Journées du Patrimoine organisées en 2011 au Château Bivort, a Fontaine-l’évêque
(Belgique).
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...