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12 janvier 2023 4 12 /01 /janvier /2023 07:17

Dessin : www.francetvinfo.fr/culture

Texte magnifique de révolte, juste et nécessaire offert par Jeanne Champel Grenier ( J. Dornac)


Des femmes qu'on tue parce qu'elles montrent leurs cheveux, des hommes qu'on torture et qu'on pend parce qu'ils défendent la liberté, des mères et des pères qui hurlent de douleur au pied des gibets...et partout des enfants qui crèvent de faim !
Un million de croix sur la Méditerranée !

 

À quel âge, la retraite pour eux ?

 

Poètes, je veux bien qu'on dise la force
des mots d'amour qui réconfortent
mais il faut se garder de croire
que nos paroles vont guérir
les suppliciés, c'est illusoire
Quelques miettes de bonté
ne vont guère multiplier
ni ranimer la raison morte

 

Un pain rassis et deux poissons
voilà bien ce que je leur offre
en quelques mots avec ma peine
car rien ne va ressusciter
l'amour, la joie et le respect
qui tissent des journées de paix
et d'humanité pérenne

 

Vont-ils accoster notre vie
nos frères et sœurs d'Outremonde
eux que nous avons démunis
à force de piller la terre
qui meurt de peur et de douleur ?
Mais quel silence la misère !
Rien qui n'empêche de dormir ?

 

Je veux bien qu'on dise la force
des sentiments qui réconfortent
la tendresse, la poésie
sur une musique sereine
mais RIEN ne vaudra la révolte
contre l'hérésie et la haine
rimant avec cent mille volts !

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER                                          
 

 
 

 

 

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11 janvier 2023 3 11 /01 /janvier /2023 08:50



de Sonia ELVIREANU. traduction de Giuliano LADOLFI
Éd. Ladolfi, 264 pages, couverture d'Irina Petraş, 2022, Italie, ISBN: 9788866446217

 

Peindre les mots : l'expression est connue et a été employée en particulier par l'écrivain suisse Jacques Chessex. De plus, celui qui sait exactement d'avance ce qu'il va peindre est-il vraiment un artiste ? Celui qui connaît précisément ce qu'il va écrire en renvoyant les muses accrochées à ses lignes est-il poète ?

 

Lire Elvireanu, c'est s'immerger dans un monde onirique qui nous fait penser à celui de Claude Monet, comme nous l'avons déjà noté dans notre recension de son recueil, Le souffle du ciel. Monde enchanté où l'on picore les miettes de la couleur, des ensoleillements où chantent espaces et quiétudes...

 

Ne t'en vas pas, Lecteur : prends la pause sur le pont japonais du génial impressionniste : écoute la poétesse, susurre, psalmodie ses lignes au goût de miel. En français qu'Elvireanu maîtrise avec une aisance déconcertante, mais ici également en italien, la langue des anges que nous propose avec élégance son traducteur, préfacier et éditeur Giuliano Ladolfi.

 

Idiomes peints par des créateurs, au-delà du descriptif, propres au rêve, tout à la fois profanes et sacrés, intimistes et fantastiques, dans un au-delà de la texture grammaticale, dans un dépassement de soi.

 

Dans le brouillard (p.56)

 

Une brume bleuâtre
enveloppe l'argile au crépuscule,


le murmure d'un bourgeon
meurtri,

 

sous l'écorce,
le frémissement du silence,


l'iris de l'épanouissement
esseulé.

 

 

Nella nebbia (p.57)

 

Una nebbia azzurrina
al crepuscolo avvolge l'argilla,


il mormorio di una gemma
straziata


sotto la corteccia,
il sussulto del silenzio,


l'iris della fioritura
solitaria.

 

Brouillard, teintes bleuâtres, murmures, sous l'écorce, touches verbales mais aussi fascination transculturelle d'une écrivaine roumaine nous prenant par la rétine, avec, en miroir, les sonorités transalpines si riches de leurs voyelles! Les nymphéas de Monet en frémissent d'aise... Déambulation délicate, sécrétions de pétales et de mots en un silence feutré...

 

La poésie, telle la peinture, est souvent faite de surprises, d'émotions, d'inconscient à la marge du narratif : j'ai l'impression d'être dans l'attente du mystère / avec son pouvoir de te prendre aux tréfonds / pour te faire sentir la vie, aux mille visages / s'émerveillant de ses mots, de ton image (p. 106).

 

On  se rapproche du passage entre le formel et le non-figuratif. L'académicien Henri Troyat ne disait-il que, même dans un roman, les personnages prennent le pouvoir ? Ici, c'est l'âme qui, dans l'éclat / de l'argile / céleste (p. 210), occupe toute la scène.

Peintre des mots : Sonia Elvireanu serait-elle un auteur impressionniste ?

                                
                            
Claude LUEZIOR

         
 
 
 
 

 

 

 

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10 janvier 2023 2 10 /01 /janvier /2023 07:51

                  Photo Ellen Renneboog

 

 

©Ellen Renneboog
Extrait du recueil « Poèmes pour P. » disponible chez Amazon.           
 
 
 

 

 

 

 

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9 janvier 2023 1 09 /01 /janvier /2023 07:44


 


 
Il est des renaissances étoilées
plus timides que semis étranglé
sous le tapis des mousses
 
Appelées à des danses nouvelles
craindraient-elles d’y mêler leur flux ?
 
Une source bien disposée  
épouse de ses clapotis
 
la promesse d’une croissance
étouffée peut-être mais entêtée
     à atteindre son but


  ©Jeannine DION-GUERIN          
 
 
 
 

 

 

 

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8 janvier 2023 7 08 /01 /janvier /2023 07:58


 

Deuxième partie, traductions par Béatrice Gaudy


Excellent conte-poème de science fiction tragique mais possible… JD

 

« La vie de la Terre
est aussi fragile
que celle d’une personne »
arguèrent les terroristes
qui las de vandaliser
les chefs-d’oeuvre d’art des musées
sans susciter instantanément
les décisions politiques fortes pour le climat
qu’ils affirmaient appeler de leurs voeux
avaient décidé de s’exprimer encore plus clairement
en faisant exploser dans la foule une bombe
qui avait tué 8 personnes
dont 3 enfants


Et l’écologie ainsi associée à la barbarie
fut désormais honnie


        * * * * * * * *


« Lo vido de lo Terro
ei aussi fragile
que lo de uno persouno »
argueren lou terrourista
que las de vandalisa
lou chap - d’orbe dau museon
sen suscita istantanamen
la decisi poulitica forte par lou climat
que afiermavan pela de lour vot
avian decida de s’espremi denguèro plus claramen
en fasent esplousa din lo foulo uno boumbo
que avis tua 8 persona
dount 3 efant


E l’ecoulougio entau assouciado à lo barbarié
fugue deseinant agounido

©Béatrice GAUDY                                          
 
 
 
 

 

 

 

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7 janvier 2023 6 07 /01 /janvier /2023 07:51

Photo reçue de Serge Lascar

 


Les nuages s’étiolent en un lit de filasse.
Assommé par l’ennui, d’humeur vagabonde
Le gamin encombré de sa maigre carcasse
Adresse à son reflet, à l’autre dans la glace, un soupir de guerre lasse.
Indolent il rêvasse, en poche une fronde.
L’arme de bois et de métal est aussi froide qu’un coutelas.
Enveloppée dans un mouchoir
Il l’avait dérobée à un vieux quincaillier, blouse grise, lunettes noires
Recélée sous le drap, oreiller, matelas.
L’ivresse le saisit d’une fugue prodigue, farouche, exutoire.
Quelques instants volés au temps, une poignée de seconde
Il se met en campagne, prêt à vaincre le monde.

 

Une pierre ronde sur le chemin
Pour accomplir son destin.
À bout portant la faire jaillir
Pour atteindre l’oiseau, seulement l’estourbir.
Blessé en vol suivre sa chute, le recueillir.
Picorera gourmand, dans le creux de sa main
Des moucherons bien secs
Des miettes de pain
Pincés à coups de bec.
Il viendra se nicher au creux de son épaule
Piaillera à tue-tête dans la cour de l’école.

 

Émergée du néant, une ombre l’a suivi.
C’est un barbon sans âge, un spectre, un esprit.
Les rides sur son front écrivent une vie qui touche au crépuscule.
Joues creuses embarbées d’un lichen griffu, bouffées par la mérule
Yeux vitreux égarés, retenus au visage par les sacs avachis qui pendent à ses paupières
Le vieux semble échappé tout droit d’un cimetière.
Appelé par l’intrus, l’enfant presse le pas.
Cette voix d’outre-tombe, il ne la connait pas.

 

Soudain, par mille éclats, une nuée sauvage éclabousse le ciel.
Comme autant d’artifices surgis en un mirage
Les plumets écarlates irisent le paysage
D’un bouquet flamboyant, déluge d’étincelles.
Volubile, l’ancêtre raconte le voyage des loriots de passage
Les pays qu’ils traversent, les monts, les océans
La pluie, le froid, la soif, bientôt l’épuisement
Les graines mendiées, colportées par le vent
Les chants au petit jour
Pour se dire bonjour, pour se faire la cour.
Ils implorent le ciel, y reposent les ailes
De la longue traversée qu’ils ont effectuée depuis leur archipel
Puis s’égaillent vers le nord, pour échapper aux guerres
Famines assassines, sècheresse des terres
Fleuves de sang et de viscères.
Nomades ou fugitifs, ils rêvent d’un rivage où se partagent en paix
L’école pour les enfants, le boire et le manger.
Nombreux se sont perdus en Méditerranée.

 

Glissant une main penaude dans le pli du blouson
L’enfant tient camouflée la fronde dont l’empreinte trahit son intention.
De ses doigts il triture, écorche le cordon.
À coups de griffes, sans rien en dire
Plante ses ongles, le déchire.
Et l’ancêtre s’éloigne, rejoint les créatures qui comblent sa passion.

 

Depuis, quand dans la nuit
Un astre rougegorge palpite tel un fruit
Le cœur tourneboulé au souvenir de l’homme
Me reviennent en écho les mots de ce fantôme.
L’enfant soudain grandi le salue d’un merci.

 


©Serge Lascar  

Nouveaux Cahiers de Poésie                
 
 
 

 

 

 

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6 janvier 2023 5 06 /01 /janvier /2023 07:48

 

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5 janvier 2023 4 05 /01 /janvier /2023 07:40

    Photo Alix Lerman Enriquez

 

Après la neige lumineuse,
Voici la bruine qui mouille
les branches nues des arbres.

Après la blancheur étoilée
des nuages de décembre,
voici les plaines roses et sombres
de ce début d’année.

Après les guirlandes d'or,
les façades festonnées,
les brillantes festivités,
voici la longue marche aride
vers la nudité de janvier.

©Alix Lerman Enriquez                       
 
 
 

 

 

 

 

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4 janvier 2023 3 04 /01 /janvier /2023 07:38

 

Une pomme encore verte
dort sous un pommier
elle en avait assez de sécher 
au soleil trop chaud de juillet
Intrépide, elle a sauté
pour découvrir le monde d’en dessous
Une fois dans le pré, elle a ouvert un gîte
elle en rêvait
Une mouche est venue visiter
elle a laissé en souvenir
un petit ver entreprenant
qui a ouvert grand porte et volets
Et pour se requinquer
il a tout mangé
ne laissant que trognon et pépins
 

Ce n’est pas plus tragique destin
que de finir sous la dent
d’un homme trop pressé.
 

 ©  Bernard Delpech
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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3 janvier 2023 2 03 /01 /janvier /2023 06:53

Photo - MARK GARLICK

 


Cette heure-là nous transperce de sa flèche
Le son s’écoule rouge à l’horizon
Pendant que se déroule le tapis du temps
File le trajet et tracé s’affiche autant
L’heure est là et porte l’odeur d’ailleurs
Hésitant à chaque seconde du monde
S’essouffle alors, petit à petit, la venue du futur
Et la flèche aiguisée du vent
T’attend

©Gérard Leyzieux                                      
Extrait du recueil :  « Extrait de « Et l’attente attend » aux éditions Stellamaris        
 
 

 

 

 


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