Le Monde est pourri
Il faut le changer
Disait l’Un
Y’a les gens qui
Y’a les gens qu’ont
Y’a les gens cons
Ceux qui subissent
Ceux qui acceptent
Ceux qui profitent
Ceux qui ne voient rien
Ceux qui ne veulent pas voir
Ceux qui ne veulent pas le savoir.
Faut qu’ça change
Disait l’Autre
Sauve qui peut
Tous pour moi
Chacun pour soi
Moi, j’suis de gauche
Avec à ma gauche quelqu’un
Qui est encore plus à gauche
Tellement
Qu’il en arrive à être
A ma droite.
Le Monde est pourri
Faut qu’ça change disaient-ils
Faut tout partager
Les richesses, les loisirs
La vie, le travail
Mais surtout la pauvreté
L’égoïsme, la lâcheté
L’imbécillité. ’est ce qui risque
De moins manquer…
Parler en vérité : lumière, ombre et silence, aucune langue du réel ne le peut.
Nos paroles sans force sont sans voix. Elles ne voient pas, elles ne croient pas. Seul le poème a cette force.
Forces nouvelles, herbes nouvelles, la pierre n’est plus seule. Le mur en misère devient roi. L’ivraie le chausse. La glycine l’habille.
Aux replis de lui, l’ombre. Au clair de lui, la lumière. Le silence le coiffe. Sur lui, le poème.
Magnifique nouveau recueil de Barbara Auzou, illustré par les sculptures de Francine Hamelin, préface de Jeanne-Champel Grenier
ne tremble pas
c’est une corbeille d’échanges simples
ce que je dis à ton coeur
et l’horizon tourne comme une étreinte
son long poème d’eau
avec son sourire qui sait
quand seuls ne compteront plus
que les nids de mousses
les rondes de froment
la totalité de l’oiseau dans le chant
le sursaut chaque jour plus lent
à se faire fleur pour les abeilles
quand l’ultime chaleur aura été bue
et avec elle la silice brûlante des saisons
tu pourras déshabiller le temps
qu’il fait
tu pourras me rappeler à tous les vents
me décliner en battements
d’ailes rapides
le secret des sources où glisse
l’orvet du sang
rassuré d’un nouveau soleil
rassuré d’eaux douces
et la coupe à la bonne hauteur
la neige est arrivée
dépouillée de noces
de son œil bleu lâchant
verdoiements automnes enneigements
ombres qui s’égarent comme une brume chaude
sur Son cœur meurtri par nos péchés
qui pèsent lourdement sur sa traîne,
le synode des anges s’est réuni comme sous une cloche
qui sonne de plus en plus rarement
nos cœurs boiraient de Son calice
qui porte Son amour dans le monde telle une traîne
mais l’hiver trop tôt arrivé
tout blanc et pur
a gelé les souffles des anachorètes
mon cœur haut et mince comme une épine
est encore saisi d’épouvante
d’envie de sentir un autre cœur
quelque part,
cette neige bleue
comme dans l’œil d’un aveugle
suinte mes questions et mon silence,
ma paupière se couvre de blanc
et perle les levants
comme des larmes
Sous les métamorphoses du temps
Je suis seule.
Un vent en haut de la colline passe
et déchire le voile cristallin de mes émotions.
L’astre solaire bientôt va disparaitre
Derrière les montagnes.
En bas, dans la vallée
J’entends des rires, des bruits étranges,
les gens boivent , dansent.
Personne ne regarde
Ces couleurs chatoyantes
Ni les cristaux des neiges éternelles
Miroitant aux derniers rayons.
Ils sont insouciants de la beauté fragile de l’instant
Insensibles à l’immensité du cosmos
Différente et étrangère de ces gens
Je suis libre et heureuse
Ce matin, le brouillard enrubannait mes volets quand,
à la faveur d’une éclaircie, un oiseau a pris son envol,
et le jour s’est éclairé de trois voyelles blanches…
Le temps d’un éclair
La parole de la pierre
Force les gonds des murs.
Sa lumière ardente s’élance
Etourdissante,
Folle étole d’or
Ceignant les plaies du monde.
M’est venu en songe
La terre s’étincelant
En écho à l’inespérance
Saisie par l’invisible nuit
Qui s’annonce.
Sur les franges de l’essentiel suivi de Écritures, Claude Luezior, éditions Traversées, 2022, 128 pages, 25 Euros
Infatigable poète et penseur, Claude Luezior réfléchit sans cesse à l’Histoire décevante de l’humanité, à ses défaillances et injustices qui persistent au fil des siècles, mais aussi à la poésie et aux poètes qui s’érigent contre le mal de toute sorte dans leur appel au bonheur de la vie.
Son nouveau recueil Sur les franges de l’essentiel suivi de Écritures est conçu d’une manière particulière, le poète y met ses réflexions en poèmes, effluves de pensées et de sentiments, et en prose poétique. Ainsi la voix du poète renforce-t-elle celle du penseur, la poésie et la métapoésie se donnent la main pour nous faire réfléchir à l’évolution de l’Histoire toujours tragique et au langage de la poésie au fil du temps.
Son livre s’ouvre avec le « Liminaire », un discours sur le besoin de l’homme de graver son empreinte sur la Terre, de la préhistoire à nos jours, avec les moyens de chaque époque : peintures sur les parois des cavernes, parole inscrite sur les tablettes d’argile ou de cire, sur le papyrus ou imprimée sur papier depuis la découverte de Gutenberg, absorbée par le nouveau langage des médias, globalisé, « sans foi et loi ».
Le poète dessine le visage d’une Histoire qui s’avère « une chanson de sourds » où les poètes, « une érigie de fous », se heurtent aux politiciens véreux, « aveugles », indifférents au langage secret de l’art, une histoire à laquelle il refuse de se plier, dénonçant ses défaillances, ses combats de la mort. La poésie devient alors une sorte d’aube qui sème de la lumière dans les ténèbres du temps historique malheureux. Et le poète s’ouvre tel un coquillage où « luisent tous les désirs ».
Claude Luezior aimerait nous rendre conscients de l’essentiel de la vie, ce don merveilleux que les gens ne cessent de dégrader par leurs envies destructives, par leur orgueil maléfique du pouvoir qui conduit vers l’absurdité des guerres fratricides et abominables.
Sa plume dénonce et interroge une Histoire tragique, de « batailles, traîtrises et massacres », « les affres et les tragédies », « la schizophrénie ambiante » de coloniser, l’avenir en danger, asservi à l’intelligence artificielle qui prend le dessus sur « l’intelligence du cœur ».
Engagé, le poète se fait le porte-parole de la souffrance humaine : il veut avertir sur le danger d’un avenir asservi aux technologies, sur une « agonie que secrètent des siècles d’indolence ». Il ne cesse de questionner l’homme et sa « folie inventive » qui va contre l’homme. Il parle au nom de l’art, de la parole poétique, lave d’un volcan et empreinte de l’existence sur la Terre.
Face à la mort qui guette de partout, car la finitude biologique de l’homme est une vérité
incontestable, face aux horreurs et à la folie humaine, le poète se demande pourquoi il n’aurait pas le droit de régner dans l’Empire de la poésie, de faire de la vie un acte de courage, de dignité, de joie, de se livrer à l’espoir de « délivrer la vie de son tombeau le plus obscur » :
« goûter ce brin de vie
et sa goutte éphémère
juste à l’instant sacré
me nourrir d’enluminures
prendre la pause d’un émerveillement
quand la fraîcheur
d’un bocage
féconde nos mains
de frémissements. »
Le poète s’engage à dire la vérité si douloureuse qu’elle puisse être, mais aussi l’espoir à la vie, sa foi en l’art authentique qu’il oppose au virtuel qui mêle tout, déforme le réel y compris le langage, règne en maître absolu sur un présent asservi. Il le fait à sa manière, avec ardeur, révolte, ironie et sarcasme, incessant combattant sur les barricades du Verbe.
Si dans la première partie du recueil, Franges de l’essentiel, Claude Luezior réunit délibérément poèmes et prose, dans la deuxième partie, Écritures, il nous parle en petites proses poétiques, s’ouvrant parfois à la confession de l’écriture, au tourbillon des mots qui assaillent le cerveau du poète jusqu’à leur mise sur la page sous l’éclairage des phrases qui construisent un sens, car l’artiste « tourmente ses phalanges ». Il réfléchit à l’écriture, « une meute de mots, une émeute à l’intérieur de soi », « un acte dangereux », « une mise à nu avant l’immolation », un « acte irréversible où l’écrivant avoue sa condition humaine au bord de sa mise en cendres ».
Dans l’écriture « se tordent les âmes dans l’espoir d’un salut », car le poète joue avec « ses rêves d’éternité », sa plume fiévreuse fait danser les ombres de tout ce qu’il a vécu, ainsi se fait–il acteur et témoin de l’Histoire.. C’est pareil dans la peinture à laquelle Claude Luezior fait souvent référence dans son recueil, mais aussi dans ses essais et dans ses livres d’artiste. Le choix du poète nous semble très inspiré pour la couverture de son livre : la peinture de Jean-Pierre Moulin illustre à merveille la tourmente intérieure d’où jaillit la création.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...