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22 février 2023 3 22 /02 /février /2023 07:42


 


    Allaiter cette page comme le peintre
donne ses becquetées de couleurs au tableau.

    Obstination tendre, idée insensée :
que mes mots fassent un jour synapse avec la
rétine d’un hypothétique lecteur. Qu’ils soient
complices de ses émotions. De ses cicatrices. A
l’extrême fin de sa pensée.

    Que mes images deviennent siennes,
comme assimilées par une partie infinitésimale
de son être. Qu’elles fassent éclore, le temps
d’un parfum, les bourgeons de ses jardins.

    Terres communes, ancrages d’un instant.

    Microscopiques expérience de vie.


©Claude Luezior
 
Extrait du recueil « Sur les franges de l’essentiel suivi de Écritures, Claude Luezior » éditions Traversées, 2022
 
 
 
 

 

 

 

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21 février 2023 2 21 /02 /février /2023 07:41

Nicolas POUSSIN : L’inspiration du poète

 

Le soleil danse sur les collines quand vient à chanter une fauvette. La caresse de son chant fait éclore les premiers perce-neige.

Oui, bien sûr, vous l’avez certainement constaté ce désir, cet élan qui monte chaque jour.

Tout devient possible. L’inspiration jaillit.

Ma plume calligraphie voyelles et consonnes sur un cahier d’écolier. Tour à tour s’installent une lueur, une sonorité.

Voici le A, arc-en-ciel sur l’amandier qui donne le bras au Z : l’alpha et l’oméga, clef de l’univers et des douze constellations.

Le temps d’une chanson et vient le S avec sa touche de lumière, bleu tel un saphir.

Prose, vers, rime, assonance, il faut trouver son mètre en syllabe et octosyllabe, jouer habilement des césures et élisions.

Mais comment arriver à une concision chatoyante ?

Simple, me direz vous si l’on suit Paul Claudel qui a écrit dans Cent phrases pour éventail :

« Il faut qu’il y ait dans le poème un nombre tel qu’il empêche de compter. »

 

Sans cesse, il faut plonger sa plume dans l’encrier de la ferveur, s’émerveiller de l’aléatoire, s’éloigner de la vérité pratique et chercher partout où la raison n’a que faire.

Et si l’encre sèche parfois, c’est pour mieux respirer ce bleu qui vient de naître au jardin d’herbes folles. Là, l’œil intérieur aux aguets, il suffit d’attendre la main d’Orphée pour rejoindre le cœur d’une rose sauvage où s’épanouit le sourire d’une muse.

Il faut des heures de réflexions, d’observations, d’émotions pour que, soudain, en une poignée de secondes, vienne une métaphore aux vives couleurs.

Dans la cour des poètes, il n’y a point de mélancolie stérile ; c’est derrière le rideau de perles de l’averse que l’on rencontre la nostalgie fructueuse.

De l’azur descend en cascade un bleu intense, inconnu jusque là, puis, à la faveur d’une farandole, il remonte les marches du ciel en jouant dans les bras de l’arc-en-ciel.

J’y vois une clarté palpitante et douce à la fois, une lumière qui ne s’éteint jamais : le sourire de ma mère.
2023

 

VISUEL :

de Nicolas POUSSIN : L’inspiration du poète (1628-29), musée du Louvre, Paris

Poussin le poète annonce le retour aux sources, l’harmonie entre l’homme et la nature.

De sa vie entre Venise et Rome, Nicolas Poussin se nourrit des enseignements de Raphaël et du Titien.

Cette allégorie représente un poète épique visité par la muse Calliope et Apollon.
 

©Roland Souchon
www.rolandsouchon.com                
 
 
 

 

 

 

 

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20 février 2023 1 20 /02 /février /2023 07:42

Photo Ellen Renneboog

 

Il travaille
Je m'ennuie

Je ne sais pas pourquoi
Il est si beau ainsi

Sur la pointe des pieds
Je m’approche
Comme une petite souris

Il se retourne
Et il rit

Je ne sais pas pourquoi
Mais ses yeux brillent

Sur le bout des doigts
Il connaît
Toutes mes sournoiseries.
 

©Ellen Renneboog
Extrait du recueil « Poèmes pour P. » disponible chez Amazon.           
 

 
 

 

 

 

 

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19 février 2023 7 19 /02 /février /2023 07:44


« Que penser d’un monde
Où l’on mutile les statues,
Où l’on brise la roue d’éternité.
Elle est si fragile la Paix,
Si furtive, comme un reflet
Sur un miroir brisé.../... »

M.B
 
Chères amies et chers amis des Arts et de la poésie.
 
Permettez-moi de vous informer de la publication de mon dernier ouvrage :
 
« Les soies de l’imaginaire. »
( bilingue franco-roumain.)

 


Préface Adrian Dinu Rachieru – professeur émérite de lettres et critique littéraire.
Postface et traduction -Manolita Dragomir Filimonescu- professeur de français et traductrice.
Editions ArtPRess -2022-
 
Bonne réception. Très poétiquement vôtre.

 


PS : Vous pouvez faire suivre ce courriel sur vos adresses amies susceptibles d’être intéressées.
 

©Michel Bénard.                                  
 
 
 

 

 

 

 

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18 février 2023 6 18 /02 /février /2023 08:01

Photo Jdornac©

 

 


Et soudain le printemps s’impose
sans ménagements impitoyable
cruel en sa jeune luxuriance
dessus la tombe encore ouverte
de l’hiver terrassé exsangue
aux abois devant la victoire
l’inégale témérité du prince
la neuve splendeur suzeraine
le brusque enchantement des prés.

Tout doux ma vorace saison
laisse-nous donc un temps de pause
A peine dévoilés tes méandres
tu livres déjà tes alpages
aux braconniers insaisissables
et tes purs bouquets de mariée
à tous les gros bras des faubourgs

Va pour la neige des vergers
le blanc poudroiement des gazons
Mais suffise à notre bonheur
la timide invasion des tulles
dans la fraîcheur des sentes
et la gaze des premiers nés
sur les jonquilles consentantes

©Pierre Guérande        
 

Pierre GUÉRANDE-Baronnies de l'imaginaire-Poèmes- Editions Saint-Honoré-Paris - 2020 - ISBN:978-2-407-01519-1        
 
 
 

 

 

 

 

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17 février 2023 5 17 /02 /février /2023 07:54

 

 

S’effeuiller de souffle à souffle
tantôt retenu tantôt consenti

jusqu’à s’adopter brindille
mariée à l’humus

Se blottir en creux de chêne

cet élu que l’on sut toucher
caresser peut-être

vivant parmi les vivants
dont mission fut de pérenniser la chair

juste le temps d’un babil d’enfant
à son tour invité à la fête

maillon du mystère de l’amour


©Jeannine DION-GUERIN
Extrait du recueil « Petite suite pour une convalescence » aux éditions « éditinter »            
 
 
 

 

 

 

 

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16 février 2023 4 16 /02 /février /2023 07:29


Deuxième partie, traductions par Béatrice Gaudy

 


Pluie de brous
Un corbeau rouge
fond sur les noix
chues dans l’herbe
Le corbeau rouge
n’a pas d’ailes
et il a une canne
Ce drôle d’oiseau
est la vieille femme
que je suis devenant

 

    * * * * *

 

Pluejo de rascal
Uno graulo roujo
founso sur la nou
chaida din l’erbo
Lo graulo roujo
n’o pa d’ala
e o’no cano
Que drole d’ausèo
è lo vièlo fenno
que sai devenènt

 

©Béatrice GAUDY                                                  
 
 

 

 

 

 

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15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 07:30


Image reçue de Serge Lascar

 

Traitreuses félonies
Trompeuses litanies
Que nous soit révélée du côté de l’obscure
L’énigme retenue dans les pages impures
Du quotidien d’ici : le journal de midi.

Traqueur insatiable de photos délétères
Gazette, ramassis d’aveux et commentaires
Y trônent à la Une les potins de canton
Machins insignifiants dont nul n’aurait rien su
Si de braves journaleux les avaient tenus tus.

Petit d’Homme s'y plonge avec délectation.
Accidents de trottoir
Survenus sur une place ou au coin de la rue
Bolides écrabouillées sur la route nationale
Chiens perdus et ancêtres égarés dans le soir
Pêcheurs aventureux emportés par la crue
Crimes dans le bacchanal des fêtes de carnaval…
Rien n’échappe au lecteur friand des bouts d’histoires
Des brèves d’écritoire saupoudrées de détails
Qui savent exhauster le parfum de la vie
D’une pointe de piment, bousculent ses entrailles
L’élèvent au sérail des Mille et Une Nuits.

Petit d’Homme badine.
À l’automne complice, le ciel s’engaillardit.
Brume, pluies et brouillard abreuvent les colonnes de sombres tragédies.
En la saison d’hiver, parcourir la rubrique se confond en délices.
Fractures et contusions se multiplient par dix.
Éclosion du printemps
Et le doute malin trouble l’eau du calice.

Petit d’Homme trépigne.
Voir les arbres fleurir égare l’ingénu en tergiversations.
« En avril il fait frais… peut-être une gelée, l'espérance d’une glisse ?
En mai il pleut assez pour un affaissement ou une inondation !
Avec de l’imagination… »
Mais la veine tarit lors s’enflamme l’été.
L’affaire tourne au vinaigre, bouillonne, s’envenime.
Touffeur cruelle de juillet
Canicule au mois d'août
Et encore aux vendanges suer à grosses gouttes.

Petit d’Homme fulmine.
Aveugle à l’évidence d’un soleil fanfaron
La rubrique persiste avec ostentation.
Peut-être une coquille, une erreur d’impression ?
Hachurant au scalpel chapeaux et reportages
Petit d’Homme humilié laisse éclater sa rage.
« Adultères, naufrages, volcans dans les alpages
Que s’écrive au grand jour la mystification
Et que soit mis au ban l’odieux scribaillon
Perfide qui enfante des drames hors de raison :
Faits d’hivers en été : il n’y a plus de saisons ! »

  ©Serge Lascar


     
 
 

 

 

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14 février 2023 2 14 /02 /février /2023 07:48

 

 

©Etienne Fatras        
 

 
 

 

 

 

 

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13 février 2023 1 13 /02 /février /2023 07:31

Proposé par Sonia Elvireanu que je remercie

Hier peut-être. Photographies : François Ducobu. Textes : Michel Ducobu. Projet graphique : Click Click Graphics. Taille aux Joncs, 2022.

 

Je ne saurais cesser d’exprimer mon étonnement face à cet engendrement inouï entre image et parole. Et cela depuis la première de couverture, où, devant l’immensité bleue de la mer, un « point » d’homme aux cheveux blanchis par l’âge, vu de dos, assis sur une chaise, les pieds reposant sur une plage sableuse, contemple. Sur la ligne où l’horizon rencontre la mer, en lettres blanches, je lis Hier peut-être et, haut dans le ciel, deux noms : François Ducobu, réalisateur des photographies, et Michel Ducobu, auteur des textes. Père et fils se rencontrent à la confluence de deux générations. C’est comme si le fils aurait voulu comprendre la génération du père et, pour ce faire, avait choisi de le provoquer ou de l’encourager par des images. Quel autre dialogue possible entre deux artistes ?

À cela s’ajoute, sans aucun doute, la troisième paire d’yeux et une troisième âme, celle du lecteur. Lecteur d’images et de paroles, engendrées. Une poésie qui peut être vécue par celui qui aura acquis une certaine expérience de vie, qui devrait être, à son tour, un peu poète. C’est devant la simplicité et le naturel que l’âme est émue, qu’elle parvient à atteindre des brins d’ineffable, comme dans une sculpture de Brancusi.

Les pages ouvrent sur un jeu dialogué, jeu-réflexion sur le titre, jeu qui inclut le troisième participant par le refrain « Oh I believe in yesterday ». Suivent des images sur la page impaire, chacune secondée par une cogitation. La mise en page témoigne à son tour de ce dialogue par le positionnement même de l’image en haut de page et des paroles, du côté gauche, en bas de page. En regardant tout droit, le lecteur a devant soi l’image qu’il peut intégrer attentivement, tandis que le blanc dessous l’invite à rajouter du charme à sa propre réflexion. Les pages ferment sur un poème placé du côté droit, avec une page blanche à gauche, suivi par une image qui occupe deux pages et surprend une feuille séchée blanchies par la mousse avec, à côté, un petit oiseau dont on ne distingue que la tête, les deux formant une tâche blanchâtre perdue dans l’immensité bleue de la mer.

Entre les images du quotidien citadin avec ses immeubles géants, ses décombres et ses voitures, c’est la nature, dans tous ses âges, qui gagne, c’est elle qui attire le regard, c’est elle qui donne le souffle, qui encourage LA VIE. L’antithèse est évidente. C’est la nature qui, par l’image du goéland qui nous regarde en son vol, suscite au dialogue : « Tu me suis toujours ? / - Ne vas pas trop vite. Ni trop haut. On n’a plus vingt ans. / - Mais on est toujours dans le vent. / - Dans les nuages plutôt. / - Les nuages qui passent…là-bas…là-bas…les merveilleux nuages ! ».

Ce n’est pas un album qui peut être raconté, c’est un album qui doit être gardé devant soi, sur une chaise longue, devant la mer ou au milieu de la nature, dans des moments de silence, de détachement : « - Une chaise longue à mourir d’envie. / - Une envie longue de vivre dans une chaise. ». C’est un album qui parle de la vie en invitant à la goûter avec sagesse, l’âme ouverte, l’âme vivante et qui me fait penser aux Correspondances de Baudelaire. Car c’est dans la poésie pure que se cache le secret de la vie. Et, comme les pages ne sont pas numérotées, on peut commencer n’importe où. C’est sans doute la preuve que la sensibilité humaine est un don de l’universalité, suggéré par la présence, en mots d’ouverture de l’album, de vers appartenant à Yves Bonnefoy (France) et Sonia Elvireanu (Roumanie).
 

© Rodica Gabriela Chira


           
 
 

 

 

 

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