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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 06:38
La flamme – Michèle Freud
 
 
 
La plage était vide, comme abandonnée. Pas le moindre souffle, ni le moindre vent chargé d’embruns. La vie semblait avoir quitté ce lieu, imprégné seulement  d’un silence pesant. Le sable n’offrait au regard aucun dessin, aucun château, les rochers étaient nus et les oiseaux, où se cachaient-ils ? Tout était morne, lugubre et froid. On aurait dit qu’un magicien se promenait avec son éteignoir pour supprimer les reflets dansant sur l’écume des vagues, ternir les couleurs des galets, chasser les nuages et les voiles blanches des bateaux. Tout était figé dans une grisaille effrayante.
 
C’est dans cette atmosphère lourde de mystère, qu’un homme surgit soudain au pied de la falaise : un homme hagard, à la mine torturée, aux gestes saccadés, curieusement guindés, un homme qu’un démon invisible semblait habiter et qui se débattait, luttait de toutes ses forces contre ce monstre sans visage. Il était seul, tout seul et n’attendait aucun secours de l’environnement qui ressemblait à un décor de film, réalisé par un metteur en scène dément. Soudain, comme pris de folie, il courut vers la mer, poursuivit sa course dans l’eau et s’arrêta brusquement comme mû par un éclair de génie. Alors, fébrilement, il prit son briquet, caché dans la poche de sa chemise. Il frotta la pierre, plusieurs fois. Enfin, une flamme chaude et claire jaillit, une flamme telle une étincelle de vie. L’homme contempla longuement cette lueur qui l’éclairait comme un soleil. Apaisé, libéré, transfiguré, il se redressa avec dans les yeux une lumière nouvelle, celle de l’espoir qui renaît.
 
Des oiseaux blancs réapparurent dans le ciel et se mirent à tournoyer en piaillant. La vie revenait. Tout devint lumineux.
Un rocher, telle une patrouille géante et muette regardait ce miracle avec indifférence…
 
©Michèle Freud



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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 06:38
Evidence – Denise Bernhardt
©Fragonard
 
 
 
L’amour avec toi
C’est une arène sans combat
Sans blessures,
Une vague lisse
S’étendant sur la mer
Et qui se brise
En mots limpides
Sur le cristal des jours.
C’est ton corps délié
Que tu m’offres
Et dont les ombres s’estompent
Sur la grève des caresses
Qui n’en finissent pas de renaître.
C’est la tendre inquiétude
Qui surgit en toi
Quand tu me tiens blottie
Si étroitement
Recevant le désir qui me submerge
Telle une déferlante.

©Denise Bernhardt

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « La mangrove du désir », aux éditions Le chasseur abstrait.




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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 06:49
Décryptement – Luce Péclard
 
 
 
 
N’importe qui m’approche
A son code secret.
Comment le deviner ?
 
Il s’agit de trouver la clé
A défaut de passe-partout.
 
Et c’est ainsi que mon trousseau
Devient de jour en jour plus lourd.
 
Un sourire et un mot
Ouvrent bien des serrures,
Et même à peu près toutes.
 
Mais certaines restent rouillées,
Gardant à jamais leur mystère.  
 
 © Luce Péclard

Extrait du recueil de Luce Péclard, « LA FORCE DE L'ELAN » aux éditions du Madrier

 
 
 
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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 06:54
La terre est bleue – Paul Eluard
 
 
 
 
La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue. 
 
Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.
 
Paul Eluard
 
http://www.poesies.net/pauleluardlamourlapoesie.txt



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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 07:20
Comme on chasse une chandelle – Victor Varjac
 
 
 
 
A Honoré de Balzac
 
Comme on chasse une chandelle
qui brise le sommeil
le temps souffle la mémoire
pour effacer le destin
qui pousse dans la vie…
 
Au sein même du secret
de veines et d’artères
le labyrinthe accomplit
la merveilleuse mission
du voyageur incertain
qui avance en aveugle
croyant reconnaître
le tracé de sa route !
 
Les hommes de ce monde
ne savent plus entendre
la grande voix du silence
qui bruisse dans le sang
comme un Chef d’œuvre inconnu
oublié dans le noir…

©Victor Varjac
Le Vauban, juin 1999

Extrait de « LE CHEMIN DES RÊVES » aux éditions Chemins de Plume




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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 06:40
Traversée - Béatrice Pailler
Henri Delacroix-Cross
 
 
 
Nuitamment je navigue navrée
Sous la bruine brunâtre,
Nimbée des noctambules nuées
D’un brouillard bellâtre.
 
Et ces nues si nerveuses,
Sont des bulles brillantes et boursouflées
D’une noirceur nauséeuse
Balbutiante d’une si brûlante beauté.
 
Alors dans la nuit nauséabonde et naufragée
Pleine de brume bruyante
Le navire nébuleux seul, négligé,
Attend la bourrasque brisante.
 
Et l’on voit les petits noyés nouveau-nés
Blafards dessous la boue ils blêmissent,
Sous l’œil des nurses nécrosées
Qui blasphémant, benoîtement les bénissent.
 
Dans cette narcotique et nuisible noyade
Certains bataillent bellement
Avec les naïades et les narvals nomades,
Eux-mêmes blessés brutalement.
 
Alors repêchés par les névropathes novices
Au bivouac loin du bateau et de ses bruits,
Ranimés par de nyctalopes nourrices
Sous la banquise, bleuis survivent bannis.
 
©Béatrice Pailler



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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 06:46
Mode d’emploi  - Michel Duprez
 
 
 
 
Comment ça marche ?
Justement, ça ne marche pas,
Ça va, ça vient
Quand on y pense le moins.
On prend la chose au mot
Et  le mot pousse la chose
Avant de l’expulser comme un cri.
On se livre,
On se délivre,
On met tout en œuvre
Pour que tout ce qui est écrit
Reste écrit.
Une fille aux formes scripturales
Passe alors devant nous,
Laissant flotter derrière elle tous les mystères du monde.
Qui pourrait l’oublier ? Elle est si belle
Qu’elle me coupe le souffle !
Et puis, depuis le temps qu’entre elle et moi
Ça roule,
À quoi bon se poser tant de questions.
Ça roule,
Et si ça marche pour elle,
Forcément,
Ça marche aussi pour moi.
 
©Michel Duprez



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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 06:40
Aime-moi Poésie ! – Djida Cherfi
Paul Cézanne – Le rêve du poète
 
 
 
Éblouis-moi de tes mots
comme un soleil dans mon sommeil.
Réveille en moi des sens nouveaux,
orne-moi de grâce éternelle.
Débarrasse-moi de mes fardeaux,
envole-moi vers les cieux,
plume légère en perdition,
qui danse dans la mousson.
Caresse mon âme pour toucher mon cœur,
cherche en moi les vibrations de mon corps.
Anime mon univers, emplis-le de tendresse,
éclaire mon regard sur le monde
avec ta  magique délicatesse.
 
Je ne suis rien ni personne mais,
avec toi mon esprit résonne. 
Quand je ne suis que l’ombre de moi-même
c’est à toi que j’abandonne mon âme.
Ta douceur et ta beauté m’ensorcellent,
tu es la splendeur des émotions sensuelles,
un fort intérieur renfermant des merveilles.
 
Tu m’obsèdes, tu m’enivres ;
Tu me tues et tu m’obliges à survivre.
Je te perds, tu me laisses par la rupture,
Je te perds, je perds ce que je suis de nature.
 
Je t’ai déçue,
Enfant capricieuse et nonchalante.
Je t’ai déçue,
J’en suis bien consciente.
Reprends-moi, embrasse ma chair et mon sang
Laisse-moi t’aimer à en perdre la raison
 
Quel est ce charme ce châtiment ?
Ma belle au bois dormant !
Réveille-toi, je suis toujours là,
haleine sensible, reviens-moi.
Possède-moi, offre-moi tes belles mélodies,
aime-moi encore, ô poésie !
 
©Djida Cherfi
11/05/2016.



 
 
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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 06:35
Les corps momifiés se drapent – Michel Bénard
 
 
                                           Dédié au sculpteur-céramiste Vincent Lallier.
 
Les corps momifiés se drapent de pérennes fiertés,
Parures stratifiées de la mémoire,
Sous les langues d’argile,
Patinées, brunies à la flamme  de paille
Octroyant renaissance à la femme.
Alors elle devient veilleuse, sentinelle, vigie,
Scrutant dans les eaux sablonneuses
Les fragments d’une terre promise,
Que seule l’éternelle première
Peut porter au secret de son sein   
Et préserver dans les fibres
Intimes de son ventre.
 
©Michel Bénard.



 
 
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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 06:44
Le Polyptyque - Ode
Création de * Ode©
 
 
 
 
Des espaces créés en une harmonie secrète
Les formes archétypales sont là offertes
Au regard de qui sait voir et s'y reconnaître
Sous le filet bleu qui les recouvre comme fenêtres
 
Ajours ouverts sur le vide des formes du temps
C'est moi qui les ai créés, les ai servies en ruban
Aux bleus et ocres de mon sang, ma vie
De mes joies, mes espérances et mes dits
 
Polyptyque en suite mélodieuse et ondulatoire
Nostalgique chant qui berce ma fugitive solitude
Bleu de nuit, bleu de clairs, bleu d'azur, bleu de soir
Funambule néophyte des amours infinitudes
 
Ajouterais-je du bleu encore ? Dis, tu le feras toi ?
Je le regarde, le quitte, reviens, repars, n'y touche pas
Tu n'y es pas...  pas encore... et sèchent mes lèvres
J'attends un signe des symboles et aussi de toi, l'orfèvre
 
Et mes pensées voguent sur les toiles alignées
Du rêve, je mets les voiles à la rencontre de la réalité
Éprouvante et longue attente pendant que tu t'affaires
À des choses plus importantes que mon petit univers
 
Une joie soudaine m'habite pendant que les heures se lassent
Un parfum d'Orient vient à moi à l'instant et son odeur tenace
Me fait promesse de fleurs et de tapis d'étoiles bleues
Que j'ajouterai aux sept toiles de traits de pinceaux heureux
 
Aux bleus clairs de mes rives, des aurores et du couchant
À nos mondes intimes de l'intérieur, de dedans
Nous arpenterons les sables, en transformerons les battures
En ferons nos espaces, formidable polyptyque du futur
 
Ode©
25 avril de l'An Deux
 
 
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