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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 07:34
L'homme et la mer – Charles Baudelaire
« Face à Face », tableau de Franco Salas Borquez
 
Extrait Des Fleurs Du Mal.



Homme libre, toujours, tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.


Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes,
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, ô frères implacables !
 
©Charles Baudelaire
http://www.poesies.net/poeme22.html



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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 07:57
La porte verrouille – Victor Varjac
Bacon : Etude de corps humain
 
 
 
 
La porte verrouille
le regard de l’espace
son œil de pierre
et de bois mêlés
brise d’un geste d’ombre
la blessure du vent…
 
Le rêve injuste et froid
de la chambre inhabitée
ne peut franchir le porche
clouté de mystère…
… la fièvre bleue du soleil
arracherait les ailes
à ce délire d’images…
 
Le corps soumis à la matière
s'arrête sur le seuil
mais l’émotion flamboie
dans la gorge de l’obstacle !
 
©Victor Varjac
Antibes, octobre 1998

Extrait de « LE CHEMIN DES RÊVES » aux éditions Chemins de Plume




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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 07:38
Esclave moderne – Lotfi Belouad
 
 
 
 
Des ombres absentes au goût du néant,
S'emprisonnent dans un spectacle sans authenticité.
Leurs yeux figés de craintes et de marginalité,
Criaient un silence qui glace le sang.
 
Et ce vieux monde qui berce,
Vendant un espoir contre de jeunes âmes
Victimes du temps qui serre ses chaînes de flammes,
Noyant leurs rêves dans la valse de l'indifférence.
 
Des corps vides qui courent,
Cherchant à assembler cette vie.
Mensonge d'un bonheur infini,
Qu'ils cherchent dans les paroles d'un sourd. 
 
Et ce temps qui accélère aux pas des obligations,
Traîné par cette raison traîtresse
Mère de l'ennuie qui prétend être sagesse,
Qui gèle l'intensité et les folies des damnations. 
 
Et puis cette nature qui flotte,
De l'immensité du ciel jusqu'aux profondeurs de la terre.
Elle rend la vie et le temps aussi paisibles que la mer,
Ressurgissant chez ceux qui l'aiment cette folie qui se cache.
 
Ces ombres absentes au goût du néant,
S'emprisonnent dans un spectacle sans sourire. 
Leurs yeux figés s'agrippaient au temps mais oubliaient de vivre,
Et la mort les appela d'un cri qui glace le sang.
 
©Lofti Belouad

 
 
 
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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 07:49
Bête de concours – Michel Duprez
 
 
 
 
 
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Membres du Jury, tout concourt à faire de moi le candidat idéal.
Étant d’ores et déjà assuré de tomber dans le bac à lauréats, je bénis cet instant où, par un heureux concours de circonstances, ce que l’on a coutume d’appeler un vent favorable déposa sur ma table votre petite annonce avec tous les prix affichés.
Vivement intéressé par ce que vous proposez actuellement de mieux en la matière, il va de soi que je vise un titre de prestige. Certes, le talent ne s’achète pas,  mais j’ai quand même loué Dieu afin que mon engagement soit honoré de tous lorsqu’il atteindra la plus haute marche.
Sachez néanmoins, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, Chers Membres du Jury, que je ne suis pas une bête de concours et n’ai jamais, au grand jamais, eu l’intention de vous forcer la main de quelque manière que ce soit. Cependant, comme tout travail mérite salaire, votre Prix sera le mien.
Dans l’attente de l’excellente nouvelle que vous êtes censés me faire parvenir incessamment, encore mille fois merci d’avoir prêté votre concours au renom de mes bonnes œuvres, et rendez-vous à la séance académique organisée à l’occasion de la remise des récompenses.
 
©Michel Duprez

 
 
 
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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 07:39
La vie après l’amour – Djida Cherfi
 
 
 
 
Comment lui dire ?
Comment lui dire que sa tendresse me manque ?
Que ses regards d’homme épris d’amour me manquent ?
Comment lui expliquer que malgré le temps qui passe,
mes sens restent liés à ses gestes ?
Je voudrais sentir autour de moi la chaleur de ses bras,
le souffle de ses tendres mots sur mon cou délicat
Je voudrais le surprendre et le voir me surprendre à son tour
comme à un début d’histoire d’amour.
Je voudrais qu’il sache que malgré le temps qui passe,
malgré l’âge et ses traces,
mon amour et mon besoin d’amour ne vieillissent pas !
Je lui promets toute ma tendresse car
mon âme n’a jamais cessé d’être sienne.
En dépit du fait que beaucoup de larmes ont coulé,
en dépit du fait que le cœur a trop longtemps saigné,
ça reste une source dans le creux d’une montagne
qui nourrit les pâturages étendus sur les plaines.
Les pleurs n’ont pas laissé place à la haine
Les pleurs ont accru l’affection même dans la peine
L’attachement reste intact, et c’est ce qui scelle l’amour
A jamais dans mon cœur.
 
©Djida Cherfi
un jour en 2016

 
 
 
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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 07:42
Le passage du silence – Michel Bénard
 
 
 
 
                                                   Dédié à la poétesse, essayiste et amie Jin Siyan.
 
 
 
 
C’est le passage du silence,
L’heure des hautes solitudes,
Où d’énigmatiques signes nocturnes
Calligraphient d’inexplicables paysages,
Sur les replis  diaprés
De rêves transparents.
C’est le passage du silence,
L’heure des longues solitudes,
Où doucement s’efface
La silhouette de la lune.
 
©Michel Bénard.

 
 
 
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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 07:46
ODE, Voyage en cosmogonie  / Viaggio in cosmogonia - par Marcella Leopizzi
ODE, Voyage en cosmogonie  / Viaggio in cosmogonia, Préface/Prefazione Michel Bénard, Introduzione, traduzione e cura Mario Selvaggio, Roma, Edizioni Universitarie Romane, 2015, 142 p.
 
Artiste, poète et écrivaine québécoise, tout au long de ce recueil poétique, ODE (pseudonyme d’Odette Beaudry) accomplit un voyage au cœur de la Création du monde. Le titre – Voyage en Cosmogonie – révèle en effet que le fil rouge de tous les vers repose sur une quête existentielle figurée par une recherche finalisée à aboutir/découvrir l’origine du cosmos si ce n’est l’état-de-nature (cf. l’étymologie grecque « κοσμογονία »).
 
Au fil de ce voyage, le je-lyrique se situe à l’abord d’un Fleuve (associé au Saint Laurent, fleuve témoin de la barbarie humaine d’autrefois, laquelle malheureusement perdure dans le monde entier) qui en quelque sorte joue le rôle de lieu de la Création et d’espace de la quête initiatique, car il symbolise la source d’un univers en métamorphose, voire toujours in fieri (cf. panta rei). En coulant de manière ininterrompue, l’eau du fleuve relie figurativement le passé et le présent : c’est pourquoi le fleuve devient le dépositaire des valeurs ancestrales, des espoirs, des rêves, des mystères… qu’il emporte et garde dans ses méandres. L’un des éléments essentiels du cosmos, l’eau assume ainsi dans ces vers la connotation de liquide amniotique, de sève nourricière : elle favorise la création poétique au je-biographique et le voyage en Cosmogonie au je-lyrique, elle nourrit donc le « je » et lui permet de s’y plonger/baigner pour accomplir un parcours spirituel, onirique à la recherche non seulement de ses propres racines mais aussi de celles de l’Homme.
 
En s’interrogeant sur l’Homme et sur la nature humaine, notre poète remarque que nous sommes amour parce que nous venons de l’amour : « ce n’est que l’Amour qui est Lumière... » (p. 30). Par conséquent, il faut, suggère-t-elle, combattre la haine semée sur notre chemin par les humains eux-mêmes (esclaves de leur égoïsme mégalomane, incapables d’accepter leurs propres limites et avides de tout régenter) et retourner à l’amour, car c’est l’amour qui nous fait vivre et voyager…
 
En envisageant un échange je-tu autant charnel que spirituel, en attente d’Amour universel, autrement dit de Paix, notre poète représente la condition humaine à l’échelle cosmique pour mettre en relief que l’Homme est pris entre deux abîmes : l’infiniment grand et l’infiniment petit. Qu’est-ce que l’être humain dans l’éternité infinie ? L’homme, principal ennemi de lui-même, doit forcément (re)trouver le chemin de l’humanité pour empêcher le triomphe du mal et pour engendrer une société plus juste : « Le plus grand danger encore / est que l’humanité risque de mourir / avant même toutes les espèces vivantes / La Terre se vengera du mal infligé / Que chacun écrive dans le sang de ses veines / chaque mot que tu leur diras / Car ce sang s’écoulera en ruisseaux / en lacs, en rivières, en mers et océans / et séchera sur les rives des pays / s’ils font la sourde oreille / s’ils se rient de toi / Retourne, il est l’heure / la Clepsydre du Temps / se vide / Va, Poète / Va accomplir ta mission » (p. 112). Dans cette perspective, Voyage en cosmogonie présente une succession de portes à franchir [La porte rose, La porte blanche, La porte noire, La porte rouge, La porte bleue,  La porte jaune-ocre, La porte verte] : chacune renvoyant à une contingence précise, voire à une étape particulière de la vie de l’homme, si ce n’est à une dimension distincte de l’âme humaine : « Il te faudra dépasser / la peur / et franchir / les Sept Portes / pour atteindre / le Jour Premier » (p. 44).
 
Empreints d’espoir, les vers contenus dans cet enthousiasmant ouvrage sont un hymne à la vie et à l’amour « La Vie est plus forte que la mort / Je garde Espoir / à la rencontre des Mondes / aideront tout lecteur à voyager » (p. 118). Ils prônent à ‘récupérer’ le ‘monde de l’enfance’ c’est-à-dire la dimension qui renvoie emblématiquement à un univers édénique, dépourvu de contrastes et modèle d’innocence. Et ils mettent en garde le lecteur contre le côté correspondant à la porte noire de l’âme humaine, car celle-ci, étant dévolue à la haine, cause des blessures difficiles à guérir. Aussi, par ce recueil, en ayant pour seule arme la Parole, ODE invite-t-elle à envisager un nouvel humanisme, plus incisif et plus intime : suggestion plus que jamais nécessaire de nos jours.
 
Transformation d’une forme de vie en une forme de langage et vice-versa (cf. Henri Meschonnic), tout poème est un tissage prodigieux de réflexions, intuitions, émotions, voix-voies qui traversent l’âme du lecteur et qui s’ouvrent sur l’à-venir.
 
Par sa rigoureuse traduction en italien, Mario Selvaggio a superbement pénétré le Verbe de cette poète et, de ce fait, il contribue et contribuera à la polyphonie de cet ouvrage et de la poésie odienne. 
 
Marcella Leopizzi
ODE, Voyage en cosmogonie  / Viaggio in cosmogonia - par Marcella Leopizzi
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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 07:42
Insomnie – Jean Dornac
 
 
 
 
Qui es-tu toi qui oses me réveiller
Alors que le sommeil m’a pris ?
Toi qui viens me l’enlever
Sache que, de toi, je me méfie !
 
Alors que je cherche le repos
Après mes pénibles journées
Tu agites tes anneaux
Pour mieux me tenir éveillé !
 
Tu n’es qu’une criminelle
Une odieuse garce, une harpie
Une méchante éternelle
Voulant me voler mon âme affaiblie…
 
Tu as le visage blafard
Des plus sinistres cauchemars !
Insomnie, tu gâches mes nuits
Et tues les jours de ma vie !
 
Tu tentes de t’imposer telle une compagne
En voulant me battre en rase campagne !
Mais je vais trouver la parade
Au travers d’une belle aubade…
 
Tu ne pourras résister
A mes comptes d’apothicaire ;
Des moutons à compter
Ou la lecture d’un bréviaire !
 
Bien sûr, plus tard ou demain
Comme une voleuse, tu reviendras
Cherchant à me prendre, par ta main
Mais tout en moi te combattra !
 
Pourtant, qui sait ? Au fil des ans
Peut-être deviendras-tu une amie ?
Quand mon cerveau sera trop lent
Perdant le nord dès minuit…
 
©Jean Dornac
Lyon, le 20 novembre 2016

 
 
 
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 09:38
" Le calame de la nuit ", poème de Jean Dornac sur une musique de Yves Ruhlmann - https://www.youtube.com/watch?v=achD6GcxrkM
 
Yves, qui est compositeur, m'a fait le grand honneur et la magnifique surprise de mettre mon poème "Le calame de la nuit" en musique. J'espère que vous aimerez...
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 07:42
Arlequin égaré - Pierfetz
Arlequin égaré - A. Bongrand ©
 
 
 
 
Il était bien présent, il y a un instant,
Comme le vaisselier de la salle à manger.
Personne ne l'avait vu saluer en sortant.
Il se sentait chez lui tout comme un étranger.
Dans ses jeunes années, il avait occupé
La scène d'une vie consacrée à l'Amour,
Un rôle de doublure, un dessin découpé,
Une belle ombre chinoise sans cadre ni contour.
Funambule sur un fil, éphémère arc-en-ciel,
Arlequin merveilleux aux multiples couleurs
S'était coupé d'un monde souvent matériel
Où l'argent est bonheur, mais manque de chaleur.
Après avoir volé au chaud soleil d'Icare,
Il était retombé à terre comme une pierre.
Pourquoi chercher au loin, ailleurs la perle rare,
Quand elle se trouve en nous, en deçà des frontières.
Arlequin est sorti des prisons de "l'Avoir".
Un moment égaré, le verra t-on peut-être
Revenir à son terme, plus sage et plein d'espoir,
Peindre la vie des siens en aquarelle "d'Etre".
 
©Pierfetz
 
 
 
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