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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 06:44
Grotesque - Béatrice Pailler
 
 
 
 
Récitant des lais
En sourdine
Devant sa télé
Rêvant de poires,
Le sourd dîne
Seul et laid
De thé, de lait,
D’une sardine
Sordide
Salée,
De mets acidulés
Mêlés d’acide, de lait,
D’espoir
 
©Béatrice Pailler
 
 
 


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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 06:37
Mouillés jusqu’à l’os – Michel Duprez
L’esprit comique – René Magritte
 
 
 
 
  • C’est un peu fort de café, lança tout à coup le nuage de lait !
  • En effet, personnellement, je dois vous avouer que je tombe des nues, confia la pluie.
  • Laissez-moi rire, pouffa la rigole aux lèvres encore humides !
  • Vous avez raison, ce n’est pas normal, la preuve : on n’y voit goutte, reconnut le brouillard…
  • Chut, taisez-vous tous ! Si vous croyez que c’est ma tasse de thé, détrompez-vous, je suis tellement las de vous entendre patauger dans la gadoue qu’il me prend l’envie de m’étendre et de me reposer un peu, lâcha l’étang qui pérorait en ondulant du bassin !
  • En tout cas, moi, tout ce que je peux vous dire c’est que ce n’est pas mon rayon, fit savoir le soleil !
  • Mais, enfin, comment pouvez-vous rester de glace, tempêta la neige !
  • On ne va tout de même pas en faire un roman-fleuve et rester planté là en pleurant comme une fontaine, avertit le tuyau d’arrosage ! Faites-moi confiance au moins pour cette fois. Etant quelqu’un de particulièrement bien branché et réputé pour sa bonne conduite, non seulement je sais de quoi je parle mais je peux vous assurer qu’avec moi rien ne filtre.
  • Allez, je me jette à l’eau, tonna l’instant d’un éclair ! Mais n’allez surtout pas croire que vous réussirez à me prendre pour une cruche. De toute façon, si je coule, sachez que vous plongerez aussi.
Pfffff ! Rien à dire, encore une journée bien arrosée !
 
©Michel Duprez
 
 
 


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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 06:39
L’incomprise – Djida Cherfi
 
 
 
 
Dans les abîmes de son monde
elle cherche à se comprendre
elle se bat pour un moi
dont on ne voudrait pas
son existence est une errance
une chasse, une espérance
alors, elle se bat contre ce moi
dont on ne veut surtout pas.
Dans les abîmes de son monde
son désir est un comble
que l’univers la comprenne
quand elle n’y arrive pas elle-même !
 
©Djida Cherfi
28/06/2016.
 
 
 


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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 06:43
Recension – Barnabé LAYE – Fragments d’errances - par Michel Bénard
Recension – Barnabé LAYEFragments d’errances -  ACORIA Editions 2015  –
21 ½ x 13 ½ - 74 pages.  Préface de Giovanni Merloni. Illustrations photographiques Laetitia Laleye & Colette Senghor. 
 
Afin de m’imprégner comme il se doit de cet ouvrage sensible à la vie globale, je me suis assis seul sous l’arbre à palabres, je me suis rapproché de la mer et de la terre africaine, pour mieux écouter la musique des rêves, et la parole du poète Barnabé Laye. Belle voix africaine.
Ce nouveau recueil « Fragments d’errances » se révèle encore être une pièce d’anthologie, d’ailleurs son préfacier le poète et peintre Giovanni Merloni le confirme : « Barnabé Laye est un poète, un grand poète, mais il  est aussi un écrivain, un grand écrivain. »
Oui, notre ami le poète Barnabé Laye vient de poser son sablier sur la table et regarde s’écouler irrémédiablement les poussières du temps.
Il défie l’épreuve du miroir, mythe ancien, souvenez-vous Narcisse, lié à l’interrogation, à l’éternité, à la remise en question de nos vanités aveugles. Il lance un défi provocateur à l’œuvre incontournable du temps.
Regarder le miroir en face c’est s’affronter à la vie, ne pas lui céder une once de terrain, ne pas sombrer dans l’imposture, ni l’illusion et saisir à bras le corps la réalité, oui :
 
« Un jour il faudra briser la glace. »
 
Il y a toujours ce miracle d’aube, du jour nouveau où la beauté vibre sous la profusion de lumière. Nous l’appellerons l’espérance !
Barnabé Laye souligne avec subtilité l’inconstance de l’homme à la fois ange à ses heures, mais le plus souvent démon, toujours insatisfait, qui lorsqu’il possède un peu de bronze désire déjà ardemment détenir l’or.
Mais ce dernier sait aussi s’illusionner, car il lui suffira parfois d’un simple coin de ciel bleu pour croire au miracle !
Le poète sait qu’il faut nous méfier des fausses paroles, des verbiages hypocrites, des mensonges masqués par les dogmatiques, politiques, moralistes, religieuses, les écrits apocryphes dont même les animaux se détournent.
 
« Il faut oublier dans les décombres
Les prophètes des brûlantes Géhennes
Les prophètes des harems aux quarante vierges
 
Voici venir
Les mots pour incendier les mensonges.
 
Les éléphants s’en vont jouer à la marelle. »
 
Notons cependant que la nature dit vrai, lorsqu’il pleut des soleils, que le désert devient vert et que le ciel s’imprime de bleu.
Le poète ici prend conscience de la valeur du temps et de sa fuite effrénée. Le compte à rebours nous marque implacablement de son sceau.
Nous avançons pareils à des aveugles sur nos « Fragments d’errances » et fragiles espérances.
 
« Gravées sur la peau du temps nos lignes de vie nos errances
Et l’obscur destin qui nous pousse en avant. »
Comme des moines Chartreux ou bouddhistes, il nous faudrait pouvoir entrer en prière, nous fondre dans les lumières mystiques du matin et nous préserver derrière nos rêves.
Le poète qu’incarne Barnabé Laye parle au vent, aux arbres et aux oiseaux, un peu comme Saint François d’Assise, Khalil Gibran ou Rabindranath Tagore,  il se fait détenteur et porteur de mémoire.
Nous surprenons aussi notre ami à jongler avec les couleurs de la vie jouisseuse. Pareils à Rabelais ou Epicure, il a le sens de saveurs fragiles, délicates et volatiles de la vie qu’il met en bouche comme un vin rare, précieux, capiteux, il en savoure les arômes, les finesses, les subtilités de terroirs. Un vieil armagnac et un bon havane peuvent être en certains moments privilégiés les bienvenus, ils sont bien là aussi de merveilleux fragments d’extases.
Et si la poésie était, comme le disait le regretté peintre-philosophe Ladislas Kijno : «.../... savoir encore s’étonner à partir de rien, le grand étendard des signes, une possibilité de ralentir le temps. » Et si la poésie était : « .../... savoir ramasser les feuilles mortes des galaxies perdues, une caresse métaphysique. Si la poésie c’était sortir du désespoir pour nous conduire vers l’Amour ? Si la poésie était l’antidote des catastrophes ? »     
Barnabé Laye se fait peintre d’images sensibles et révélatrices qu’il colore souvent en choisissant chaque mot sur sa large palette en y mêlant ses nuances.
Tendresse, intimes senteurs d’amour, il écrit à fleur de peau sur l’épaule de la bien aimée. Délicatesse émouvante de la métaphore.
 
« Le voyage jusqu’au bout de ton corps
Jusqu’au bout de ton cœur
Jusqu’au bout de nos envols. »
 
Nous quitterons momentanément les chemins de la versification pour ceux de la prose narrative, mais la voix de la poésie est toujours au rendez-vous, éclatante comme :
 
« .../...les roses de sable nées de l’étreinte du sel et du sable dans le ventre chaud de la terre. »
 
Il nous arrive de croiser  quelques textes poétiques quelque peu anecdotiques, comme par exemple celui de Dédé l’indétrônable pilier de bar et ses acolytes, une façon de détourner le drame d’un terne quotidien et de jouer de la dérision.
Ici et là nous rencontrons quelques aventures imprévues, les rencontres furtives du hasard dans le métro avec une jolie inconnue qui disparaît à l’angle d’un couloir. Mais le hasard existe-t-il vraiment ?
Thème récurrent chez Barnabé Laye il y a toujours un retour au jardin de l’enfance, au rêve de sable humide, de grands soleils flamboyants et de paquebots en partance pour des îles inconnues. Tout n’est que gestes simples et naturels, paroles réconfortantes, souffle sur les braises pour raviver la flamme.
Nous sommes les jouets de la temporalité, tout est éphémère, provisoire, la camarde est déjà là avec sa faux en filigrane dans un lointain encore indéfini. La parade est de résolument lui tourner le dos pour retourner vers la lumière et la poésie de la vie si énigmatique.
En admettant que la poésie soit l’arbre de vie ! ?
Vite il faut aller planter un arbre sur le placenta et la délivrance du dernier né de la tribu  et attendre patiemment l’heure de l’éclosion du premier bourgeon.
Barnabé Laye place dans le silence des mots le droit de croire au bonheur des aubes nouvelles, ces mots qui font tomber les masques et teignent de bleu l’horizon et pour qui :
 
«  Seul le bonheur est vrai
Tout le reste est palabre. »
 
Il arrive aux plus vaillants missionnaires humanistes au terme d’un combat pour l’équité, la sagesse, la paix, l’abolition de l’ignorance, la tolérance, d’être saisi de lassitude, avec un peu ce sentiment de se battre contre des moulins, alors les larmes deviennent :
 
« .../... paysages bleus des poèmes
Des silences cachés aux creux des mains enlacées
Filles des extases soudaines et des émerveillements. » 
 
Alors il ne reste plus qu’à reprendre courage, à ne surtout pas marcher à contre sens et selon la devise du grand poète et homme de lettres franco- libanais Salah Stétié : «  Passons outre ! »
Du miroir au masque il n’y a qu’un pas pour aller vers les étoiles qui retombent en poussière apaisante.
 
« Afin que brille au petit matin le soleil de tous les possibles. »
 
©Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.
 
Recension – Barnabé LAYE – Fragments d’errances - par Michel Bénard
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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 06:43
Cantique IV - Ode
Oeuvre en titre : « Dentelle III » sculpture porcelaine de Ode©
 
 
 
 
Et s'ouvrent, fin novembre,
Les portes verticales de décembre
Géométrie des partances,
De l'appel et de l'abandon
Rite cosmique de l'amour en attente
La pierre se parachève
Au brasier de l'absence

Elle manifeste l'autre visage de toi
Et mon regard naïf et profond
Se mire dans la cinquième saison de l'âme
À la claire fontaine du silence
Au cercle rouge de la rencontre
Dans le faste dénuement du rêve

Habite la durée de la blancheur 
Quelle ne soit entachée de sang !
Que très loin mon visage ne se perde
Dans la mer de tes yeux inaccessibles !
Que la magie des libertés t'emporte
Au-delà de mon âme qui a traversé
Les hautes montagnes de ses amours !

Que s'endorment tes étoiles
Dans la nuit de mes sapins !
Prépare, l'oiseau, à l'ombre de la lune,
Prépare le feu du petit jour !

 
Et que ton oeil s'ouvre au coeur en peine
Sous l'amas des feuilles mortes
Et des souvenances enfouies 
À l'horizon rose des saisons !

 
Penche-toi de nouveau sur les puits de ton désir
Pour y baiser celle qui te cherche
Au fond de ton rêve !

N'attends pas que l'âge te surprenne
Déjà, les premières neiges sont arrivées !

©Ode
19 novembre 2002
 
 
 
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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 06:40
J’aimerais – Jean Dornac
 
 
 
 
J’aimerais être le vent
Pour mieux t’entourer
Toujours mieux t’enlacer
Et encore mieux adorer ton corps
Dédié pour toujours à l’amour…
 
J’aimerais être l’eau
J’aurais le droit d’aller partout
Tu n’aurais plus de secret
Je pourrais alors vraiment t’adorer
Toi qui est l’image de l’amour…
 
J’aimerais être l’air
Cet air que tu respires
Car alors je deviendrais toi
Jusqu’au plus intime de ton cœur
En pure osmose de parfait amour…
 
J’aimerais être un esprit
Qui pourrait pénétrer
Jusqu’au plus profond de tes pensées
Qui ne peuvent qu’être merveilles
Et mille couleurs d’amour…
 
J’aimerais devenir ton amant
Oublier tout ce que je viens de dire
Pour m’offrir tout entier
A ton cœur et ton âme
Par don absolu d’amour…
 
J’aimerais tout ce que tu es
J’aimerais tout de toi
Je ne verrai que tes qualités
Je ne verrai jamais tes défauts
Car ton cœur habiterait le mien…
 
©Jean Dornac
Lyon, le 14 août 2016


 

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 06:30
Écriture – Thierry Deschamps †
Infographie © Thierry Deschamps
 
 

Écris !
Écris tes songes, écris tes rêves.
Écris ce qui te ronge,
Écris ce qui te crève.
Jette ton fiel sur le papier
Explose ton âme dans l'encrier.
Traque les fantômes qui te hantent,
Écris, la peur qui te tourmente.
 
Écris !
Écris des mots sans suite,
Écris des mots de fuite.
Écris la mort ou bien l'amour
Fustige le sort sans détour.
Plonge aux tréfonds de ton cerveau
Y chercher des gerbes de mots.
Écris, pour vomir tes pensées.
 
Écris !
Écris la folie qui te guette.
Écris les murs qui t'arrêtent,
Écris les cauchemars de tes nuits.
Emplis ton stylo de tes larmes
Ton verbe, sera plein de charmes
Magie des phrases qui s'alignent
Écris pour conjurer la guigne.
 
Écris !
Écris aujourd'hui et demain.
Écris pour dénouer les liens,
Écris pour savoir qui tu es.
Joue du crayon comme d'un archet.
Les feuilles devenant violons,
Les vers bercent tes illusions.
Écris et trouve la Solution.
 
~~*~~
 
©Thierry Deschamps
 
 
 

 
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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 06:40
Parle-moi ! – Salah Bekka
 
 
 
 
 
Parle-moi de ton cœur pour diriger le mien
Et détache tes secrets pour qu’ils deviennent miens,
Je me ficherai vivant dans l’écume de tes jours,
Où je chercherai profond les racines de l’amour.
 
Parle-moi avec geste sans que tu ne lèves les mains,
Fais des cils de tes yeux, un canal, un chemin,
Où je nagerai dedans pour m’approcher de ta rive
Et je farcirai ta flamme pour mieux la rendre vive.
 
Parle-moi comme un ange dans les rêves de mes nuits,
Puis attache à leurs décors les images imprévues,
Sache que je saurai répondre à leurs venues subites,
Comme je saurai reprendre ce bonheur qui m’évite.
 
Parle-moi dans la langue que seul mon cœur comprend,
Tes mots seront guirlandes, ils illumineront son fond,
Et sous cette lumière des anges, il trouvera la source
De Jouvence et d’éloges, avec une manière douce.
 
Parle-moi du présent pour guérir notre futur,
Il s’attache au passé de peur de le voir pourrir,
Nous serons des amants et transgresseurs du non
Et nous resterons rêveurs et rebelles dans l’union.
 
Parle-moi de ce lit où mon corps est absent,
De l’oreiller que tu as pris et qui accepte tes façons,
Entoure-le de tes bras pour le charger de parfum
De ton corps féminin, et berce-le jusqu’au matin.
 
Parle-moi de ton charme quand la rue te secoue
Par le regard des hommes, dont certains jouent le fou,
As-tu trouvé chez eux mon image ou mon sourire ?
Ou vois-tu dans leur ombre ce qui te fait courir ?
 
Parle-moi de la vie et de tes souhaits dedans,
Je n’ai qu’une seule envie, c’est celle de rester vivant
À écouter ton cœur me parler de nous deux,
D’amour et de bonheur et des moments heureux.
 
Parle-moi sans pleurer sur cette feuille en papier,
Pour ne pas l’encrasser avec des larmes chargées
De khôl qui vire au noir, et qui pourra m’étouffer,
Mouille-la de ta sueur ! Oui, je veux l’inhaler…
 
Parle-moi du futur, que nous espérons ensemble,
Pour t’essuyer ces larmes qui te mouillent chaque nuit,
Nous marcherons ensuite, là où le bonheur tremble
De joie et d’allégresse, et jusqu’au bout de l’infini.
 
Parle de nous en silence dans tes prières au ciel,
De mon coté je l’invoque, en lui j’attends un miel,
Pour parfumer nos jours et nourrir nos deux cœurs,
Puis laisser tout le pire, aux jaloux et aux fauteurs.  
 
©Salah BEKKA. Auteur
 
Fleurs, Épines et Frissons…
Paru au : LES ÉDITIONS DU NET
92150 Suresnes France



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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 06:50
Après tout – Michel Duprez
 
 
 
 
 
J'ai cette chance incroyable
de ne jamais ramasser que des mies de pain,
d'être un sujet à risque,
au mal de l'air
quand le verbe à l'envers
commence à prendre de l'altitude
et que la grammaire elle-même
est sur le point de perdre son latin.
Cette chance inespérée de croire
qu'il existe encore un espoir au delà de tout espoir,
autrement dit :
qu'il y aura toujours quelque chose après tout.
La chance de ne pas être un chercheur,
mais seulement un trouveur,
un tout petit grain de folie
emporté par le courant
que les éléments déchaînés s'amusent
à rendre encore plus muet qu'une carpe
et qui réapparaît de temps à autre ici-même,
transformé en poisson-clown,
puis de nouveau en homme.
Heureusement pas le plus chanceux,
mais pas non plus le moins nanti.
Juste un homme,
un vieux loup de mer lançant sa ligne
aussi loin qu'il le peut dans la chair des choses,
avec, pour seul appât,
cette espèce de prière adressée au présent
et déjà presque futur
de continuer à marcher en silence,
mais, surtout,
de bien garder son ombre d'avance
après être passé devant nous.
 
©Michel DUPREZ
 
 
 
 
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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 06:46
Le monstre – Michèle Freud
 
 
 
 
Dans la plaine blanche de givre, fleurissait avec éclat, un silence de premier matin du monde. Immobile, fascinée et respirant à peine, je l’écoutais, la dégustais et l’effeuillais pour qu’il infuse longuement dans mon cœur.
 
Soudain, dans le ciel, il y eut comme une explosion, non pas un léger potin mais un ébouriffant tintamarre, un vacarme si violent qu’il semblait jouer du tambour sur mes tympans. Le responsable de ce chambardement était un oiseau monstrueux, tout en acier, un prédateur vorace, un tueur sans pitié. En un clin d’œil, il assassina le silence. L’air fut alors saturé de vibrations carnassières qui se mirent à grignoter ma chair. Il me fut impossible de rester coite dans ce bruit infernal…
 
Grignant et grognant, débagoulant des grossièretés, des injures, des mots sans queue ni tête, des croquemitaines et croquamboles, des coqcigrues et croquecigales, je quittai à toute vitesse ce lieu maudit.
 
©Michèle Freud
 
 
 
 
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