Ici une ondée a lavé le ciel
Intimant au feuillage d’ouvrir sa ramée.
De la voûte entrelacée
Jaillit une vague de lumière
Comme une invitation
A déceler sur la palette du verger
Les sillons fertiles de la terre.
Ailes déployées,
Une alouette immobile
Plane sur les épis d’or
Qui oscillent paisiblement.
Recueillir alors les perles de mots
Libérées au secret de l’intime.
Ici tout est silence et infime bruissement.
Lente hésitation du rien, ce vide à l’écoute de l’heure : crépuscule de l’œil avant même toutes fins, toutes naissances de lumière.
Rien en espérance qui prend au monde l’ombre : des nuages, des arbres, des chairs ; qui prend et qui restitue à l’âme le goût de dire.
Hier, banal perchoir, aujourd’hui, bouquet d’ailes, deux visages d’un même arbre. De lui à nous, sa voix, toujours. Entre lui et nous, la surdité des jours. Arbre connu, ami oublié.
Prémices aux regards : la lumière raconte et passant l’huis de nos corps, tombent les bâillons.
Si tu vas bien alors je plie,
Chaque chose à sa place dans un espace réduit,
Je jette je garde j'emballe et
Je fais mon tri,
Si tout est au mieux,
Alors je laisse la suite à Dieu,
Même si ce n'est pas ce qu'on veut,
A défaut on se résigne à ce qu'on peut,
Si tu t'en sors bien,
Je ne dis pas que je ne tenterai plus rien,
Mais plutôt que j'en ferai moins,
Aussi difficile que ça puisse être,
C'est peut-être le meilleur moyen,
Si tes yeux arrivent encore à voir en ce monde des merveilles,
Je peux alors me permettre de regarder le soleil,
Non, ce n'est pas pour oublier,
Mais pour avoir la force de continuer.
Ses mots me transpercent
Je ne sais pas dire pourquoi
Il n’y a rien de triste au fond
Il n’y a jamais rien de triste
Mes larmes je ne sais pas
D'où elles viennent d'un endroit
Enfoui quelque part d'un endroit
Déjà mort lentement ranimé
L'espace de quelques lignes
Et puis je suis seule et je songe
A je ne sais trop quoi
Quelque chose d'insignifiant
Comme : que vais-je manger
À midi mon frigo est vide ?
C’est un après-midi comme je les aime,
Un après-midi de musique ancienne,
Douce, lointaine,
Du temps de Léonard de Vinci,
Celle qu’il a peut-être écoutée
Aux rythmes de quelques troubadours
En peignant la Joconde !
Les persiennes presque closes
Assombrissent l’atelier,
L’été se veut caniculaire,
Le chat dort sur la fraicheur du carrelage,
Une psalmodie du monastère de Cluny
Susurre les psaumes,
Mon âme se fait alors vagabonde
Perdue dans ces prières grégoriennes.
tu l’as vu passer comme moi
ce nuage tout à l’heure
on aurait dit un visage qui feint d’être ailleurs
une géométrie jusqu’à l’éclatement
où s’agglomèrent à la fois l’impatience
et le mûrissement des choses
pourtant rien ne naîtra de son grand corps de cendres
je suis en dehors de lui maintenant
L’équinoxe de printemps est dans un ciel de soie bleue aux sillons d’écume
Avril tintinnabule de tonalités nouvelles
Le chemin volte et cabriole, ébloui par la tendresse de l’aube
Fuyant la ligne droite, il préfère les sentes ondoyantes où chantent les pierres.
ODE : L’âme des pierres
En quête de la fascination des origines, ses pas s’allongent sur le chemin brodé de vent
Entre alisiers et sorbiers, c’est une mélodie fécondée par la magie du printemps
A chaque instant, une gorgée de renouveau illumine son âme
L’humble pierre est son talisman, gardien de l’étincelle primitive
Ô toi pierre des sentes bûcheronnes
Ton échine aux arêtes vives prend l’allure altière d’un cheval fougueux
Ô toi pierre, roche magmatique
Tu es couleur dans le chant des voyelles
A pour ton mica qui brasille
E pour ton quartz blanc
I pour ton rouquin feldspath
Ô toi pierre incrustée de mystère, à peine apaisée de l’érosion des millénaires
Ton cœur palpite dans le silence d’un matin de brume
Ô toi pierre de l’adret
Tu es ce brandon de braise où se dessine un frais minois
Ovale angélique rêvé des sculpteurs helléniques
Sur le chemin du temps, les pierres savent que la roue tourne, infatigable
Il faut donner pleine confiance aux pierres, mémoire à ciel ouvert
Ô toi pierre de l’ubac
Tu t’émerveilles à l’offrande de la première neige
Ô toi pierre, tu aimes ceux qui étreignent l’arbre sous la morsure de l’hiver
Ô toi pierre, roche éruptive
Sous les sanglots du ciel
Tu restes fidèle à celles qui n’ont ni consolation ni douceur
Ô toi pierre
L’aube de mai te reconnaît
Lorsque le pollen poudre la lèvre des fées
Ô toi pierre
A l’étiage de la rivière
Tu sédimentes une partition aux reflets céladon
Seule la pierre sait que, sur la feuille du roncier, tout le jour a guetté le dernier soleil pour s’endormir dans un éclat de garance.
Autrefois j’ai régné. La glaise première m’a façonnée. J’en possède tous les pouvoirs, tout le magnétisme et la violence. Toutes les mutations contre la pesanteur d’un destin d’errance.
La porte de l’intensité essaie de s’ouvrir.
Hors norme, j’incarne l’unité perdue.
Lointaine et présente, arbre et bûcher, entre le gué du réel et du virtuel, dans la nuit du silence, je vis. On m’appelle Lilith.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...