Ce matin de janvier 2024, recherchant un souvenir de l’enfance de ma fille à propos de son enthousiasme pour les films de Zorro, je retrouve un ancien fichier, oublié.
J’ai donc, dans la fenêtre Finder, tapé Zorro sur la case illustrée par une loupe. Le fichier ouvert, même recherche en tapant le mot-repère. Le souvenir est apparu.
La curiosité me prend de parcourir tout ce long fichier qui relève à la fois du journal et du mélange de choses intéressantes que j’avais écrites en des genres différents.
Et me voici mesurant combien il est vain de vouloir ENFERMER dans tel ou tel genre, dans telle ou telle forme, la matière subtile de son âme.
Je retrouve des passages que j’avais reproduits ailleurs. Ils y avaient bien leur place, dans la mesure où je compose justement, et de façon moins planifiée qu’intuitive : ma logique interne ou ma rime intrinsèque*.
Je retrouve aussi des pages que j’avais laissées inédites, et ces inédits me pèsent soudain.
Ces pages mûries et méditées, je veux maintenant les extraire de mon oubli pour les hisser à ma conscience.
J’ai tant d’écrits qu’il me faut parfois un hasard pour tout retrouver, hasard qui a donc été cette fois ma recherche d’un souvenir de l’enfance de Véronique.
Je me rappelle une autre de mes recherches pour laquelle aucun mot-repère ne m’était revenu. Je gardais seulement en mémoire la précision nuancée de ma description, mais j’avais oublié ce que je décrivais, or c’est cela que je recherchais ! Non pas un fait, mais une atmosphère, comme dans certains rêves nocturnes… ou musicaux…
Présentement, dans mon long fichier oublié, je retrouve surtout, avec émotion, des souvenirs que ma mère me confia après la mort de mon père…
Souvenirs que j’avais notés en 2006, en 2009, en 2010 et au début 2011.
Auparavant, en 2002, j’avais écrit un récit autour de la mort de mon père, et d’autres livres.
13 février 24, je titre mon rassemblement de souvenirs : Un passé multiple.
Rassemblement recueillant intemporellement des bribes plus ou moins longues.
Mais ces bribes font partie de pages écrites en continu.
Ce recueil ne se veut donc pas une somme !
Il assemble modestement des moments qui ont marqué ma vie.
* La rime intrinsèque est une des dix collections de M o n é v e i L.
UN PASSÉ MULTIPLE fait partie de la Collection P a s s a g e.
Une grand-mère racontait souvent cette histoire à sa petite fille, en changeant sa voix chaque fois qu’elle changeait de personnage. Donc, elle commençait ainsi :
- Escargot, escargot, est-ce que j’ai une tête d’escargot ? dit la petite bête en se hissant sur la patte du gros chat blanc qui dormait sur le carrelage frais.
- Hé ! Tu te prends pour l’actrice, tu sais, celle qui est dans le film ? répondit le chat en ouvrant un œil et en baillant. - Et que fais-tu là, tout gluant, à monter sur ma patte ? Tu m’empêches de m’étirer !
- Moi, gluant ? Et d’abord, qu’est-ce que ça veut dire gluant ? répartit la petite bête en sortant ses deux petites antennes, comme pour mieux se faire entendre !
- Ça veut dire que ma patte va être toute sale de ta bave, petit idiot !
- Alors pour toi, c’est ça être ami ? c’est traiter l’autre de gluant, de bave et d’idiot ? Et l’escargot commença à rentrer ses antennes puis son corps vers l’intérieur de sa coquille…
- Mais non, Mamie Olga, c’est quand il a peur, que l’escargot rentre ses petites antennes ! dit la petite fille mécontente à sa grand-mère. - Et puis c’est vrai, ce qu’il dit au chat ! Hein, c’est ça être ami, se dire de vilaines et méchantes choses ? Et c’est qui l’actrice dont il parle, le chat ?
- Eh bien, tu sais, parfois entre amis, on se dit des choses très dures. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne s’aime pas ! répondit mamie Olga.
- Ah c’est comme toi quand tu me grondes, alors ?
- C’est tout à fait ça, ma petite Alizée, dit la grand-mère en prenant sa petite fille sur ses genoux…
Visage au regard vide,
esquinté par la vie.
Trop vécu d’indifférences,
enduré de mépris,
essuyé d’échecs.
Trop de soucis à porter,
à porter bien trop lourde charge !
A quoi sert d’avoir été là
aussi longtemps,
sans que rien vaille
d’avoir été,
d’avoir valu,
d’avoir voulu
ni son infortune,
ni même d’être supporté par soi.
Il fuit le temps
on ne sait pas même comment !
un matin, mal réveillé
on se voit dans le miroir, très étonné
des rides,
des tâches sur la peau
le souffle un peu plus court
la tête qui tourne un peu
et puis comme une douleur
là, au bas du dos
sans parler de ce muscle
qui tire méchamment
dans l’une de nos jambes…
oui, nous avons tous vieilli
le voleur du temps est passé
sans que nous l’ayons invité
il se sert en vidant notre vie
en l’aspirant goulument
pour parvenir, grand égoïste,
à rester jeune
à notre détriment…
nul ne nous a prévenu
que cette chose
pillerait notre énergie
et sans gêne
nous affaiblirait
nous volant
tout ou presque
mais, pas fou,
il nous laisse
toutes nos maladies
et surtout, il est ami
avec l’horreur
que peut nous faire peur
la harpie qu’on appelle la mort…
pour l’instant
tant que nous avons la vie
profitons-en
si la société nous le permet
si elle tient compte
du temps que nous avons passé
pas toujours heureux
à travailler
juste pour mieux nous user…
Si nos amours
ne sont pas mortes
alors, même chargés de rides
aimons, aimons, aimons !
nul autre bien
ne vaut celui-ci…
Dans le ciel bleu de Grasse
Les blancs nuages assis sur la lumière
Coulent des jours heureux
Lions ailés, cygnes, plumes d'émeus
Victoire de Samothrace
Et barbe à papa des Dieux
Il suffit de lever les yeux
Pour se sentir léger et jeune
À côté des pierres quaternaires
Et le rire des vieux cailloux
Du sentier où se tordent les pieds
En bas, la mer de roses Centifolia...
Les femmes ramassent les fleurs du matin
Et plongent leurs mains dans des sacs de lin fin
Il y a des papillons au-dessus des toits
Et des oiseaux plein les lilas
Partout des eaux fleuries
Et des jets d'eau brumisateurs
À Grasse, même le silence
Qui se donne contenance
Sort des flacons et embaume la nuit
Dans le couloir étroit
Où l'ombre se promène
Charlotte l'intrépide
S'approche du grenier ...
Mais les marches bavardes
Font hésiter l'enfant ...
C'est l'unique chemin
Pour atteindre l'étage
Où le grenier somnole
Si Charlotte renonce
Sa mère emmènera
Dans des cartons sordides
Ses amis d'un autre âge
Qui seront dispersés
Sur ce marché terrible
Où le rêve se brise
Dans les mains anonymes
De la séparation ...
Charlotte se souvient
De l'annonce joyeuse
Que fit un soir son père
- " Nous avons mes enfants
acheté un salon
pour remplacer l'ancien
-Que feras-tu papa
Interroge Bastien
du salon de Mamie ?
-C'est très simple mon fils
fauteuils et canapé
dormiront au grenier
-Il n'y a plus de place
S'inquiéta Bastien
-Nous en profiterons
pour vendre nos reliques
Charlotte ne dit mot
Mais elle veut sauver
Ces jouets oubliés
Qu'elle aime retrouver
Lorsque la pluie recouvre
De sa cape de gouttes
Le jardin assoiffé ...
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...