Ombres empoisonnées
par le visage de nos rêves
vos masques
engendrent le désir
comme une délivrance
recroquevillée…
De l’arbre de nos corps
l’obscur
enfante le mensonge
et nos mains alourdies
par les prières
osent croire encore
en cette nourriture
insipide et soumise…
Mais la vie… la vie
peut-elle revêtir
dans la confusion
de nos êtres
l’étreinte éternelle
et la cicatrice
du sang ?…
L’espace déborde
et l’infini rejette
l’interrogation du monde
comme une grande blessure
au fond de mon silence…
Par l’entremise de Claude Luezior, que je remercie, j’ai la joie de vous présenter une nouvelle poète qui rejoint l’équipe de Couleurs Poésie : Monique Thomassettie. J’espère que vous lui réserverez un très bon accueil !
* * * *
Question de Jean Dornac « Souhaitez-vous utiliser un pseudo pour la publication ? »
Réponse de Monique Thomassettie :
Je ne prends et n’ai jamais pris de pseudo.
À 76 ans, j’ai derrière moi plus de 80 livres, dont l’édition en 1994 de mes poèmes d’adolescence (écrits dès 1962).
C’est dire si je m’assume. En tant qu’écrivain. Et en tant que peintre, même si je ne peins plus depuis 2000 (un millier d’œuvres plastiques).
Et je tiens à mon nom, car écrire, dessiner et peindre, c’est tout ce que j’ai jamais su faire dans ma vie . Certes, j’ai fait aussi une enfant merveilleuse ! Et, durant dix ans, j’ai été responsable d’une collection de Poésie. Entre autres choses.
En 2008, j’ai créé mes éditions MonéveiL. Tout en publiant aussi ailleurs.
Pour l’heure, je n’ai pas de poèmes inédits, car je viens de les publier !
Si j’ai choisi ce recueil de 2008, c’est qu’il m’a semblé une bonne présentation d’un aspect de moi-même, puisque c’est la première fois que je serai sur votre site. J’ai donc d’autres aspects.
Tableau de couverture : Mer et lumière (huile), 1976
D’aile ferme et amène *
Encore et toujours
elle va sur les eaux vénusiennes
voilée d’embruns
chaussée d’écume
au fil ondoyant
d’une ellipse de lune
qui fait le tour du monde
puis poursuit sa montée
Au cœur du Carré de Pégase
elle l’attend
d’aile ferme
et amène
* Extraits de À l’entrelacement de ma Tempérance, 2008
Tableau (huile) : Pégase, fragment, 1990
On sait que l’on vieillit
le jour où s’éteignent nos lumières
ces êtres proches ou emblématiques
qui peuplaient notre paysage
Inexorablement, il vient ce moment
où l’on se sent orphelin au milieu d’une monde nouveau,
celui que construit toute nouvelle jeunesse
Pourtant il y fleurit toujours
des sourires et des mots,
des rires et des larmes
Alors, il faut reprendre le chemin,
tendre la main, soulever son chapeau
et profiter du jour qui se lève,
la nuit et le profond sommeil
viendront bien assez tôt
Aujourd’hui j’accueille avec joie une adolescente née de l’autre côté de la mer qui a une très jolie plume, très prometteuse pour le futur. J’espère que vous lui réserverez un très bon accueil pour l’encourager et lui dire que nous espérons ses prochains poèmes ! (Jean Dornac)
Erreurs qu'on aimerait effacer
À coup de gomme , même émiettée ,
Passé qu'on aimerait oublier
Comme un rêve éphémère d'une matinée,
Réminiscences qu'on aimerait étouffer
Comme une étincelle sur le point de devenir un brasier,
Porte qu'on aimerait fermer à tout jamais
Et par la suite jeter sa clé
Dans l'obscurité infinie
Abritant nos peurs , nos ignominies
Qui éveillent les monstres en nous
Et les laissent nous consumer bout par bout .
Mais une lueur subsiste
Celle qui nous intime qu'un meilleur lendemain existe ;
Un baume pour nos blessures
Victimes de l'usure ,
Un plâtre pour nos fractures ,
Un calmant pour nos brûlures :
Doucement mais sûrement on avance
Tenant bon , même si ce n'est pas toujours facile de garder patience .
www.artistespourlapaix.org. Le poème sans fin rêve de paix
Poète tu as soif, soif de souffle, soif de transcendance, tu hésites dans les éboulements de tes délires, de tes émotions.
Tu es aux aguets dans les échos de la glaise primitive, tu écris sur le sable mouvant de ta vie pour escorter un phare lointain qui t’écorche t’éblouit, te fascine.
Fou génial, insatisfait permanent car aussi loin que la science recule ses frontières, on entendra courir la meute chasseresse du poète.
À la fois marbre et sculpteur, vin et eau, obscure ivresse, passons ronces et épines pour trouver la trouée lumière noire, brasier de la source.
Nous sommes adossés à l’arbre de la Connaissance, secret lumineux.
Poète à la meute hurlante, l’hallali n’est peut-être que l’explosion réussie de la mise à mort de l’énigme créatrice.
Grand veneur lâche tes chiens donc tes mots, éclatent les émois.
Féconde tes pulpes, transmue tes sucs, fais germer tes élans, fruits que je croque pleines dents.
Entends-tu le bruit sec de la morsure lorsque j’y plante mon désir ?
Libre comme le vent,
Libre comme la terre,
Libre comme la mer
Et les rivières.
Libre comme l’oiseau,
Libre comme le vent,
Libre comme les enfants
Et les roseaux …
Libre!
Je suis libre !
Comme l’or,
Comme le coeur,
L’aube et le crépuscule,
Je me sens minuscule
Et pourtant si immense,
Libre comme la chance.
Et,
Quand la pluie,
Et le vent,
S’embrassent,
Je suis libre,
Libre,
Libre comme l'espoir,
Et LIBRE comme l’air.
Editions Traversées, Belgique, ISBN : 9782931077047, 128 p., 2022
Recension de Jeanne Champel Grenier
Très beau livre de format carré 21/21dont l'élégante et sobre couverture au ton de sable brun présente en son centre une jaillissante et moderne création nommée ''composition'' (huile sur toile 80/80) de Jean-Pierre Moulin.
Au seuil du livre, un émouvant liminaire rédigé par l'auteur. Rapide mais précis itinéraire de l'écriture depuis les préhistoires si adhérentes aux empreintes, jusqu'à nos jours où la personnalité se perd, se dilue dans l'abstraction la plus dénuée d'humanité.
Tout poète, confronté aux affres du monde, ressent ce besoin de retour sur soi afin de convoquer les possibles forces positives de l'univers. La beauté de la nature nous y incite :
Tiens ! Voici la première abeille du matin
Qui va gouter son pollen
Dans le dictionnaire d'un million de fleurs...
Le monde se perd-il dans les dédales d'aspirations contraires et souvent néfastes, avec le danger de déshumanisation totale à brève échéance ? L'œil du poète nous rassure quant à ses facultés de cerner la beauté d'un instant céleste :
Opulence ( p 7)
Pour tout étendard
ces moires de lumière
Partage ( p 9)
ici prospèrent des turbulences
qu'un vent ponce et cisèle
en vitales déraisons...
et se comblent nos failles
où s'effrangent les agonies
de solitudes à tâtons
Néanmoins, nulle leçon, nulle débauche de sagesse fictive de la part d'un poète qui a ''fait ses preuves'' en sa vie d'honnête homme de sciences et de lettres, mais une simple constatation qui appelle à la modestie : ( p 11) car même si
le vent de l'âge....pourchasse la cendre des souvenirs
tapis au coin de mon âtre...il dépouille aussi ma carcasse d'inutiles rancœurs...
Et de plus, si selon les cohortes de Cassandre, le monde court à sa perte, l'auteur garde le cap que lui dictent ses sens premiers. Oui, le poète, le peintre, tout comme le chamane, gardent le sens de l'appel à témoigner d'une vie créative toujours située ''sur les franges de l'essentiel'' qui demeurent visibles, vivantes, pour celui qui sait voir:
Créer ( p 20)
Traduire une page blanche
qui crie sa virginité
se rebellant à mes lignes
pour d'ardentes fiançailles...
Ce livre ''SUR LES FRANGES DE L'ESSENTIEL'' dans son entier, s'éloigne diamétralement des rythmes et proses compassées dont nous sommes noyés. Claude Luezior saisit d'emblée la ''substantifique moelle'' de l'expression poétique ; on est ''sur les franges'', certes, mais dans des ''franges'' vraies, terriblement originales en poésie. En témoignent les 128 pages de ce livre où s'épanouissent les poèmes d'amour : Coquillage, Flibuste, p.70, Rupture...
Je t'ouvrirai
dans les reflets
d'un ressac
tel un coquillage sacré
où luit la nacre
de tous les désirs
Tous sont de véritables morceaux d'anthologie, sachant qu'il faudrait pour créer cette nouvelle anthologie convoquer l'essentiel des grands poètes de notre temps, sous une aurore boréale.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...