Je serai absent de dimanche 11 mars à mercredi 14 mars inclus et sans ordinateur. Il n'y aura donc aucun poème publié durant ces quatre jours. Veuillez m'en excuser, je vous prie !
Bérangère regardait sa feuille blanche où elle avait écrit : « Vers quel monde secret un escalier inachevé mène-t-il ? »
Elle le visualisait bien cet escalier. Il lui suffisait de plonger dans son enfance marquée par la guerre : ville bombardée, immeubles dévastés où ne subsistaient que des escaliers inachevés, évoquant un monde surréaliste, un monde de fous. Bérangère les avait regardés longtemps avec stupeur, avec angoisse. En les observant, elle avait pensé à des doigts, des doigts accusateurs qui disaient la folie et la barbarie des hommes, la monstruosité et l’horreur de la guerre. Mais ces doigts ne menaient-ils pas aussi à un refuge de silence et de paix, à une forêt de questions sur l’art de vivre ensemble, à une plage de réflexions ?
Bérangère n’en finissait pas de réfléchir, mais, malheureusement, elle était à court d’idées. Celles-ci, sans doute, se prélassaient dans les replis de son cerveau. Mais elle n’avait jamais su s’y prendre pour les réveiller. Pourquoi certains jours arrivaient-elles par bouquets, par brassées ou par gerbes, alors que d’autres jours, une seule apparaissait, une toute petite fleur, triste et solitaire ? Parfois même, le jardin était vide. Un désert.
« Cet escalier commence à me taper sur le système, ronchonna Bérangère. Je sens que je vais me mettre en boule et quand je suis en boule il me pousse des piquants. Alors, attention, danger ! Et elle sortit pour respirer un bon coup. Dans son jardin, elle ne put réprimer un cri de surprise : son cerisier, un arbre énorme, avait disparu ! A sa place, se dressait un escalier géant, avec deux rampes ! Impossible d’en voir la fin.
« Oh la la, s’ esclaffa Bérangère, y a de la magie dans l’air, je dirai même mieux : ça sent l’aventure, le mystère, les énigmes à résoudre, ça sent la jubilation, le suspense et les frissons ! Eh bien, qu’attends-je ? »
Alors, sans hésiter, Bérangère posa le pied sur la première marche. Elle grimpa d’abord dans l’allégresse, dans le neuf. Sa tête bouillonnait d’idées farfelues : « Et si je me retrouvais sur la voie lactée ou sur un anneau de saturne ou devant les portes du paradis ! » Elle était si excitée qu’elle se mit à chanter, à danser. Mais elle avait oublié que ses pieds se trouvaient sur une marche d’escalier. Elle eut juste le temps de se cramponner aux deux rampes et elle s’offrit la plus esthétique glissade de sa vie ! Seules ses mains n’étaient pas de cet avis…
En arrivant sur la terre ferme, Bérangère fut prise de vertiges. Quand elle reprit ses esprits, l’escalier géant s’estompait et puis il disparut tandis que le cerisier reprenait sa place dans le jardin…
Un escalier inachevé mènerait-il vers le monde secret de la folie ?
Quand s’efface la servitude du jour, au soleil déclinant, le jardin se dénude, les calices offerts chantent et le vent mécréant sème sa folie.
Ressac flamboyant, les parfums fouettent la nue, déposent aux joues des nuées leurs miels musqués. Colonisant les massifs, le crépuscule rôde. Les mauves pâlissent en roses fruités. Ici, aux tapis des pelouses, une teinte bleue étourdie volette. Le vent forcit. Le jour faiblit. Assourdie, elle vire violette.
Au brasier du couchant, le ciel couve ses derniers feux. La lune couronne la nuit. Alors, seulement, s’époumonent aux cols des calices, les corolles sanguines.
Je croyais être un personnage en vue, un grand homme, mieux, vu ma taille, un grand homme grand… Eh bien non, quand j’ai ouvert les yeux, mon nom n’était écrit nulle part, j’étais devenu, ou alors – allez savoir – j’avais toujours été persona non gratta, le poète invisible !
Franchement, cette fois, ça commence à bien faire ! À tel point que, complètement désœuvré, je suis pour l’instant à deux doigts de replonger dans mes rêves. Car tout le monde sait qu’en dormant le sommeil se dissipe, la réalité apparaît alors tel un soleil de pure poésie, raison pour laquelle, d’aussi loin que je me souviens, mes pareils et moi avons toujours été bâilleurs de fond de pères en fils.
Bien sûr, les méchantes langues ne manqueront pas aussi d’ajouter qu’avec moi, le hic, c’est que le dernier vers est toujours le premier. Et alors ! Le grand Baudelaire lui-même n’a-t-il pas conseillé de s’enivrer ?
Je sais, ce genre de jugements, à l’emporte-pièce, manque cruellement de poésie, mais que voulez-vous, c’est ainsi, on ne changera pas le monde ! Tenez, un jour, quelqu’un a prétendu que certaines anthologies étaient des machines de guerre. Des machines de guerre, non, mais vous vous rendez compte ? Même si j’avoue ne pas être candidat au Prix Nobel de la Paix, je dois bien reconnaître que cette personne n’avait pas tout à fait tort et qu’en poésie est souvent appliquée la loi du plus fort ! Du coup, presque tous les poètes qui prétendent innover ont tendance à se prendre pour Attila, roi des Huns.
Il m’en aura fallu du temps pour comprendre, mais à présent je sais : je suis le roi des Autres.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...