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Le village amaigri se meurt, deuil après deuil ;
Depuis déjà deux générations, c’est l’automne !
Le vieil arbre voudrait que la faux le moissonne
Et le fasse servir à son propre cercueil.
La sève ne peut plus promettre de chatons
Et le prochain printemps n’éclora point de feuilles ;
Cette souche privée de tous ses rejetons
N’a que branches pourries que la bourrasque cueille.
Quelques vieux oubliés se chauffent au soleil ;
La mort a trop longtemps dédaigné leur dépouille,
Elle les a laissés s’emmitoufler de rouille
Et n’inspire pas plus d’effroi que le sommeil.
« Le village sait bien qu’il nous suivra de près »
Pensent ces radoteurs alignés sous la treille,
Il ne restera plus alors que le cyprès
Pour regarder passer les nuées de corneilles.
©Louis Delorme
Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.
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Les races n’existent pas
dit-on
mais tu es « racisé - e »
ce qui dans ta bouche signifie
que tu es de race non-européenne
Mais vais-je te dire
il arrive bien souvent
que les « non - racisés »
les « aracisés »
ceux qui ne sont pas « de couleur »
qui sont donc incolores
soient surtout harassés
de ces discours qui confondent
espèce et race
affirment
sans vergogne ni logique
que la culpabilité est héréditaire
pour inciter les citoyens
à se haïr mutuellement
Vivent bien plutôt
la concorde et le respect entre les êtres !
©Béatrice GAUDY
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Poèmes Lauréats Concours Jeunesse SPF 2021
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Chercher la minute vibrante dans le silence
L’insomnie pousse devant elle des lambeaux de phrases, titubent les mots dans la nuit.
Mots silencieux qui chassent les mousses nocturnes, langage déchiré, déchirant qui hurle comme amants errants dans les orfèvreries du désir.
Déjà l’aube se tisse aux délires des songes, le jour cueille l’horizon, le ciel en feu salue les trilles du merle.
La lune pleure, juste pour désaltérer le soleil.
Ce qui n’empêche pas la folle dérive et la gravité de l’ouvert dans le murmure du plus secret.
Tout se gomme, tout s’oublie, les braises ne se rallument pas, même à Venise.
Les incertitudes s’ancrent à l’oblique des chimères, elles ont ventre d’hermine.
Pourtant conservons quelques éclats stellaires pour écrire sur les zébrures de nos orages.
Jubilation du parfait accord.
Temps chronique, temps rythmique se rejoignent dans l’émiettement du rêve.
Il est temps de donner à boire aux roses.
©Nicole Hardouin.
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A Martine Langrais
Lorsque le ciel est gris
comme un regard éteint
mon être tout entier
retrouve le chemin
des crayons de couleurs
refusant la tristesse
au visage d’abîme
et dans le paysage
intérieur et sublime
se lève l’allégresse
dans sa robe d coeur !…
Mon imagination
reconstruit le décor
oubliant le silence
les trahisons de l’ombre
et le gouffre d’angoisse
pour cueillir la moisson
des champs aux cheveux d’or
royaume de l’espace
où les paroles sombres
n’ont plus aucune place…
Dans ce lieu hors du temps
il n’y a plus de guerre
de meurtre et de mensonge
de viol et de menace
d’homme sur le trottoir
mourant de charité
mais le rire du vent
chevauchant la lumière
dans la mousse du songe
comme une vérité…
En ces jours incertains
aveugles et blafards
le poète jaillit
telle une voix d’azur
pour que vive le monde
que la force abandonne
au milieu du chagrin…
Non, il n’est pas trop tard
quand les âmes sont pures
comme le coeur des anges
dans les bras de la Vie !…
© Victor Varjac
Antibes, 4 décembre 2012
Extrait du recueil « Les fiançailles de l’aube » aux éditions Chemins de Plume
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Monsieur Reggiani,
Je voulais vous dire
Les loups sont revenus dans Paris !
Affamés par la haine,
ils ont dévoré notre joie,
fauché notre jeunesse,
déchiqueté notre culture,
au nom d’on ne sait quel dieu,
qui prétendait nous punir
de notre goût pour le plaisir.
Monsieur Reggiani,
Je voulais vous dire
Même si les loups sont encore dans Paris,
qu’ils restent tapis dans l’ombre,
nous continuerons de rire
tout comme votre charmante Elvire.
Car Paris n’obéira pas aux loups,
pas plus qu’autrefois,
au temps de l’autre guerre.
Monsieur Reggiani,
Je voulais vous dire
Ces loups de retour dans Paris,
sont de terrifiantes créatures,
leur soif de sang est si grande
qu’elles n’hésitent pas à en mourir
aucun animal n’est aussi cruel.
Monsieur Reggiani,
Vous nous l’aviez bien dit
Dans la peau des loups,
se glissent souvent des barbares.
Mais quand nous revint la mémoire,
hélas, il était déjà trop tard.
©Kathleen HYDEN-DAVID
Extrait de « Les mots du regard » Éditions Paroles & poésie – Collection de l’Eglantier
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Pour Gérard Gautier
Les hortensias ont une excuse
d’être bleus s’ils sont de Bretagne
s’ils sont moutonnants et prospères
et s’ils imitent sobrement
le bleuté des maisons côtières
Pareillement s’ils sont bretons
les camélias demandent grâce
de fleurir un temps éphémère
et de tacher d’un jeune sang
les promenoirs du Finistère
La mer affine ses efforts
d’être un peu plus bleue chaque jour
de ce bleu de noble lignage
sur des fonds marins Véronèse
que guignent les oiseaux sauvages
La mer s’invente des remords
Ils sont de toutes les flambées
entre raison et déraison
couleur d’acier, couleur de feu
pourvu qu’au soir l’astre se noie
messianique
à l’horizon
©Pierre Guérande
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Poèmes Lauréats Concours Jeunesse SPF 2021
Le savoir est précieux pour l'enfant qui grandit,
C'est la lampe des yeux, le soleil de l'esprit.
C'est le guide puissant qui conduit sagement
Vers des ports mystérieux à l'éclat de diamant.
Le savoir est la perle adorée qui guirlande
Le château de l'esprit. Toi enfant, ô demande,
Dis aux grands citoyens entourant ton enclos
Que tu as cette envie de quitter le chaos.
Car l'école est l'éclair qui rugit dans le ciel,
Je pense. Grâce à lui, l'abeille fait le miel.
Le savoir diminue l'épaisseur de la nuit,
Et conduit doucement sans tempête et sans bruit
Vers un jour plus divin, et plus clair que l'été.
Le savoir fait la paix, et l'amour, la bonté.
C'est le Dieu qui sait tout, la clé universelle.
Le savoir a rendu la poésie immortelle.
Ô enfant malheureux dont la rue est l'école,
Qui au bruit des soupirs se déchire et s'affole.
L'école est un baiser qui fait taire les vices.
Elle a tous les pouvoirs pour chasser les caprices.
Elle adore et bénit, cet enfant solitaire
Qui, victime des coups dégoûtants de la terre,
Se renferme en son coin pour apprendre à tuer,
Se donnant les moyens pour se prostituer.
La rue tue les génies. Elle vole les anges,
Et envoie dans l'État de sublimes mélanges :
Des esprits pleins de science et remplis de péchés
D'infernaux tourbillons aux accents déréglés.
Des bandits, des voleurs, des brigands et des cancres,
Qui trouvent par hasard le salut par nos encres,
Des Hugo détournés, des Danton avortés,
Des océans taris, des buissons desséchés.
Il est bon d'envoyer tout enfant dans les lieux,
Où l'esprit va germer, et devenir curieux,
Où le temps va tresser dans sa molle cervelle
Des refrains tout jumeaux aux doux cris de l'oiselle.
Tout enfant est oiseau dont la science est pâture,
Le savoir est du blé. Car c'est la nourriture
Qui vous rend éternel comme un chaste soleil,
Qui mélange à la fois l'éclat blanc au vermeil,
Qui brillait, s'éclatant depuis des millénaires,
Et les mers, les ruisseaux, les fleuves, les rivières.
Elle est un grand couvent qui n'a pas de totem,
On apprend les secrets, les récits de Salem.
On y fait des jeux doux, on se fait des amis,
On discute d'Asie, de Wuhan, de Paris.
La Grèce qui n'est plus, la Rome renversée
On chérit notre corps pour soigner la pensée.
© Renauld d’AVRIL
Etudiant – PRIX DE LA FRANCOPHONIE 2020-2021
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