Pluie légère à petits bruits
qui essaie de noyer la vie
Va-t-il finir mon roman ?
Je marche le long du fleuve
Il m'attire ce soir
tout le ciel coule avec lui
les deux filent faire peau neuve
où fleurissent les flamants
Qu'importe ! Je vois sa lumière
derrière la frange des roseaux
Là-bas où des larmes de géant
entre blancs salins et rizières
se perdent sur la joue des sables...
Je me souviens d'une île perdue
joyau sauvage et misérable
comme un visage bohémien
lisant une éclaircie des cieux
au creux des lignes de la main
Une étrange enluminure
y brode la cime des cyprès
si noirs, si droits et si vieux
une écriture de belle facture
tracée par de blancs cormorans
libres de jouer aux dieux
Et toujours s'enfuit le fleuve
tirant l'infini du ciel avec lui
plein de nuages aux allures neuves
navigant sans aucun bruit
Pieds nus dans cet infini
J'ai changé l'eau de mon âme
et tout doucement elle revit...
Les traductions en occitan limousin et en italien sont de Béatrice Gaudy
Entends la lumière te conter
l’histoire du jour
des siècles
Naissances et morts joies et souffrances
toute la diversité des faces de l’existence
presque douloureusement concentrée
dans l’intensité de la lumière
d’un instant
* * * * * * * *
Senti la luce raccontarti
la stria del giorno
dei secoli
Nascite e morti gioie e sofferenze
tutta la diversità degli aspetti dell’esistenza
quasi dolorosamente concentrata
nell’intensità della luce
di un istante
* * * * * * * *
Enten lo lumiero te counta
l’istorio dau jour
dan sièclei
Neissènça et mort joia e soufrènça
touto lo diversita de la faça de l’esistenço
preque doulourousamen councentrado
din l’intensita de lo lumiero
d’un instant
Jamais le Temps
ne se repose…
Aucune beauté
ne captive son oeil
La grande marche humaine
le laisse indifférent
et l’amour lui-même
n’altère pas sa course…
Il est ce mouvement
éternel et tragique
qui invente les jours
sans jamais se lasser…
Cette « Roue Mystérieuse »
prolonge le chemin
et tous les atomes
de l’univers
comme des naufragés
suivent le cours
de la rivière
jusqu’aux chutes brutales
qui brisent leur destinée…
Pourquoi cette aventure
admirable et magique
devrait-elle expirer
dans cet étroit passage
où la flamme du sang
cède à la cendre grise ?…
Mes paroles se perdent
dans le jeu du décor
et pour toute réponse
la nuit m’enveloppe
de sa longue cape noire
bâillonnant mes questions
étourdissant mon angoisse…
La ténèbre ressemble
à ce labyrinthe fou
aux sentiers infinis
toujours en devenir
qui se croisent… se combattent
ou s’éloignent…
Si mon corps tourne
dans ce lieu machiavélique
mon esprit demeure
au-delà de ce piège
cette étoile polaire
qui désigne du doigt
ces dieux invisibles
ces dieux tout puissants
que l’on prie à genoux
mais qui n’existent pas !…
Alors d’où vient ce Temps
cruel et despotique
ce Temps qui tue la Vie
sous les crocs des pendules ?…
Dans la sinuosité des regrets
la brûlure a des yeux d’Eden.
Aux berges de l’estompe
crisse le gel.
A contre-mot
a contre-envol
que reste-t-il des flammes ?
braise dans la chevelure de la cendre
feu vêtu de bure
serpent aux paupières d’opale
jardin sans pommier
à contre temps
à contre cœur
retour au chaos.
Deuxième poème extrait du très beau recueil de Kathleen, tant pour ses poèmes que pour ses photos ! Je vous conseille vivement de vous le procurer, vous ne serez pas déçus (J.Dornac)
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...