En bocaux, nous avons mis quelques mots. Comme ces confitures à l'automne des récoltes. Fruits d'une attention pur sucre, de soins que seule une marmite enceinte peut donner à sa progéniture. Brûlure des mots, brûlures des baies. Oui, la précieuse mixture est là, si bouillonnante qu'elle s'avère presque dangereuse. Elle requiert tout à la fois respect et savoir-faire, doigté et zeste de folie olfactive. D'un coup, le branlebas de combat va précipiter le concentré d'amour dans un bataillon de verreries disparates, soudainement transformées en coffres à trésor.
Et le verbe de se cristalliser en phrases, les adjectifs de luire tels des grains précieux, les ponctuations de gonfler une fois dernière en bulles d'or. Ici et là se coagulent poèmes et proses en laves chatoyantes, images nées du feu et de l'ombre, senteurs langagières tout droit échappées d'un bedonnant dictionnaire, fumets régionaux et grands crus d'assonances, moutonnements de rimes en vadrouille et rougeoiements d'italiques comme autant de sucs au bord de chemins perdus.
Dompté par la flamme, voici le graal des mots, tel un concentré de saveurs. Comme si le jardin de la pensée voulait exprimer ses bouquets avant une très longue pause, celle d'une claie ou d'une bibliothèque. Avant l'ultime renaissance sur rétine ou sur papille en extase.
Le Temps est une mesure
une cadence insensée
qui suce la force…
la brûle… l’épuise…
Ce goutte à goutte
corrompt les cellules
et cristallise la chair
mais heureusement
il existe un chemin
une trace d’espoir
où les battements du coeur
ne s’arrêteront jamais !…
L’infini nous entoure
il bruisse en moi
comme en toute créature
issue d’un songe d’étoile
aux lèvres de lumière…
J’ignore ma naissance
et tous les petits pas
qui font de chaque jour
un compte à rebours
jusqu’à cette brutale
et cruelle échéance
qui dévore le souffle
l’identité de l’être
et même sa mémoire !…
Je dois apprendre aux hommes
la chanson de la Vie
cercle magique
où se mêlent
nos mains… nos voix
et nos regards
métamorphose pure
d’un Printemps absolu
qui change notre vécu
et le sang de nos corps
en comète d’azur
que chevauchent les dieux !…
J’ai le plaisir d’accueillir ce nouvel auteur belge présenté et soutenu par Gérard Gautier qui me dit qu’il aime tellement la Bretagne qu’il s’est choisi comme pseudo : Pierre Guérande ! Bienvenue à lui et avec joie ! (Jean Dornac)
Figée pour mieux mourir en vestale éternelle
la roche en Cornouaille est trouée de vertiges
sans fin renouvelés par la vague cogneuse
et les vents goudronneux sur la piste du large
Le rivage ne tient que par la grâce ultime
des mouettes filant sous l’averse d’argent
et par le lit d’écume au fond des phalanstères
où nichent les embruns dans l’agonie des vagues
La falaise fractale ébranle les assauts
furibonds et bientôt l’escarmouche ruineuse
Toutes ont pareillement droit de cité pérenne
en leurs enclos minés de palanques bravaches
Les sentiers sont noueux dans la jeune bruyère
Il suffirait d’un pas de trop dans l’herbe vierge
pour retrouver l’errance ailée du visionnaire Icare
vouée au rêve fou d’un pur égarement
Jaune, l’eau du soleil qui égratigne la verdeur :
Éclats aux tains des rivières.
Verte, l’eau des feuillages
Et, jaillissante de l’ombre,
Elle plonge au puits de l’onde.
L’eau pâle des averses niche dans le vent
Où l’opale des souvenirs verse dans la pluie.
De blanc et de gris, la lumière en brindille raye les pierres. Sur les flaques survit un tain d’ombre pareille à la nuit où des grains flavescents s’estompent tel le souvenir d’averses et de soleils épousés.
Sur le printemps aux clartés mouillées, éclatent le jaune et le vert.
Dans mon rêve, je voulais te donner un livre
aux pages innombrables
cachées entre de grosses couvertures,
certaines couvertes d’une écriture propre, ordonnée,
d’autres aux mots effacés ou tranchés.
il y avait aussi des pages entières
soulignées ou en couleurs dorées,
et des pages blanches
que tu ne voulais guère,
écrites dans une langue
que tu ne connaissais pas.
je n’ai rien fait pour que tu le reçoives.
au levant, le soleil pénètre jusqu’aux tréfonds
de mon rêve…
ce livre aux couvertures usées,
lu et relu,
c’était moi.
La flamme était trop belle
Trop haute, trop éclatante
De celle dont les braises
Ne veulent pas mourir.
L’étoile s’est brisée
Mais les fragments épars
Glissent
Dans l’infini du temps.
Nul ne peut jeter
La gerbe d’eau dans l’âtre,
Ni disperser
D’un geste sur les cendres.
Seule « la grande nuit qui marche »
Viendra verser un jour
Dans mon âme en attente
Le suave breuvage de l’oubli.
Grandir tel un érable, un saule, un peuplier,
Prendre garde aux moissons, aux promesses de gerbes,
Endosser la nature parmi les folles herbes !
17 février
Folle est ma randonnée en terre imaginaire,
C’est comme un double-monde où se réfugier.
Du lointain retentit son appel missionnaire :
En premier vient le verbe, à privilégier.
18 février
Le verbe est à lui seul une théologie !
A la périphérie, au centre, il est partout,
Dans la démagogie et dans la liturgie,
Usé, changé de sens par plus d’une manitou.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...