Peuple Cri ! vos camps aux bords de James Baie j’ose les croire autre qu’un bivouac halte éreintée et de passage entre un pays de nulle part et les vœux de votre âme allez-vous repartir pour un désir d'ailleurs dans Waskaganish j'ai entendu des rires de vos enfants c’est sûr à Wemendji vu leurs folles tignasses secouant à peine l'ennui de vos enfermements où rôdent encor tant de promesses fils perdus de passés volés à vos familles leurs jeux sous vos regards las j'en pleure ce soir en sachant que ma lampe n’y peut rien réchauffer de votre vie au bout du bout de tout et toi Chisasibi que le monde moderne a dépouillé des riens qui fit de vous des rois chaque Inuit a nom d'un astre à la dérive dont le royaume est mort vous Premières Nations sans plus ce goût à vivre
dépouillés par les blancs et leurs sombres mensonges huiles ocres cuirs et poils dont vous fûtes sevrés qu’offrir à vos descendances colliers pagnes et barques de jadis vous errez aux présents ayant perdu de vue ces futurs incertains à quoi bon de nouvelles naissances à baigner dans les eaux de la Baie éternelle
Le titre à lui seul nous interroge déjà, il légifère !
Oui, « Nomographie poétique » nous invite à un singulier voyage, beaux, périlleux, aussi incertain qu’une piste en Afrique en période d’hivernage.
L’objectif se mérite. L’énigme doit se résoudre.
Claude Bardinet poète ? Certes ! Peintre ? Assurément !
Alors risquons-nous dans l’aventure.
« Je m’envole au firmament.../... »
Il annonce la couleur. Abaque, serti d’un possible futur d’une théorie quantique, remettant en question bien des certitudes et autres idées reçues explorant l’esprit humain en ses zones solaires et lunaires.
Nous savons la vacuité absente et au nombre d’or, il évoque le noyau d’or.
Notre poète est peintre, docteur en lettres et géographe, il se fait scientifique, passeur, timonier et tente de fixer le point sur l’océan des connaissances en se plaçant dans le sillage universel autant qu’éclectique des O. Khayyâm, F. Pétrarque, M. d’ Ocagne, M. Fréchet, Le Corbusier, G. Pérec, E. Guillevic, J. Roubaud, A. Breton et bien d’autres beaux esprits.
Claude Bardinet transgresse les règles et normes établies, il nous convie à une sorte de transcendance cosmique en pesanteur et abysses insondables.
Il nous extirpe de nous-mêmes aux forceps et perçoit déjà l’aurore des temps nouveaux.
« Je sais qu’il reste fort à faire
Mes espérances sont oniriques. »
Avec lui, nous sillonnons dans l’indéfini, le possible en gestation, les acquis revisités.
Je serais tenté de dire que la poésie de Claude Bardinet est une voie initiatique qui ne s’adresse qu’à des esprits aguerris, des disciples.
Mais à bien y songer et surtout à le lire c’est faux, car cette poésie plutôt informelle a son rythme, son souffle, ses images mêmes hermétiques se révèlent.
Il suffit pour les lecteurs néophytes de se laisser transporter pour cueillir ça et là d’intrigantes images.
« L’œil photographe
Ne hume pas
Il mémorise
Il archive.../... »
J’y vois très bien le rituel d’une danse séculaire conduisant à la transe des esprits et des corps luisant de fards et de transpiration.
A ces instants précis, l’homme se fond à la Terre-Mère et ainsi par extension à l’univers.
Fervent militant et défenseur de la couche d’ozone, avocat écologiste d’une terre en péril, (Même ses livres portent le label « Imprim’ Vert. ») le poète devient photographe du désastre.
Comme Henri Chopin, il rythme ou musicalise la pandémie.
Au fil de notre pérégrination, nous découvrons un Claude Bardinet qui tire la sonnette d’alarme en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard. A ce titre notre poète se fait le berger des abeilles.
Mais Claude Bardinet a bien des cordes à son arc et il sait redevenir le poète sensible, fragile, émotionnel et romantique qui s’envole vers le firmament dans la joie, le rire et l’amour.
Sa plume soudain s’empourpre, fleurit, calligraphie des embellies.
Il prend aussi position entre autres, pour les vietnamiens qui ont dû surmonter leur destin malheureux ou pour le manchot « empereur » luttant contre les vents glacés et protégeant l’œuf unique sur ses pattes.
Romantique, oui ! Il laisse glisser ses pensées sur le miroir de la Loire. Il sait se faire épicurien amoureux des bons vins et philosophe pour apprendre le fameux : « Connais-toi, toi-même ! »
Allez, permettons à Abélard, à Saint Bernard, ou au moine tibétain de lui donner un petit coup de pouce.
« A souhaiter que son destin
Se confonde avec le chemin
Ecrit dans ses pieux parchemins. »
Homme de lumière le poète s’insurge et fustige l’inquiétante et sombre résurgence des obscurantismes et fanatismes de toutes obédiences.
A ce propos d’ailleurs et pas tout à fait sans raison, Spinoza ne disait-il pas : « Dieu est l’asilede l’ignorance. » Quant au poète grec Odysseus Elitys, il nous rappelle que : « La poésie corrige les erreurs de Dieu. »
Les textes sont parfois sarcastiques, désopilants, acides, tout un monde à contre sens et à contre courant de l’ordre établi, mais ne manquent jamais d’humour.
Jeux de la dérision afin de ne pas trop se prendre au sérieux, reflets détournés ou modifiés de notre société dont il dénonce également l’absurdité et l’iniquité.
Il lui arrive aussi d’user de quelques vieux aphorismes qu’il accommode à la sauce bardinienne.
Quant à l’épilogue, chute incontournable, vous resterez plantés sur une possible équation entres abaques futuristes, verbicrucistés indécises, quantiques probables, vacuité discutable et entropies incertaines.
A vos tablettes, calculettes et faites au mieux pour tenter la probable résolution.
Tournent, tournent les saisons Tourne, tourne l'océan, tourne Et le sable, sous la roue du soleil Roule et roule pour nous les heures
Recommencement
Tourne et retourne le vent Une à une les brèves secondes Et les pages du temps Dont nous écrirons les prochains chapitres
Naissance
S'en retourne le passé sans l'oublier Le cours des événements où nous ferons escale S'enroule comme plante épiphyte Torsadées les amours nouvelles
Prélude
Se vrilleront les gestes amoureux Les mots dits et la présence Dans les grandes aires enflammées Des tendres amants réunis
Émergence
Lumineuses seront les saisons nouvelles En dehors du temps et de l'espace Inédites et glorieuses puissances De l'escalade du bonheur
Création
À l'heure bleue nous pèserons le temps Attiserons les braises Baptiserons d'un nom nouveau Nos amours aurorales
Pérennité
Irons à la rencontre assoiffée des fleuves Une étoile ancienne venue d'Orion Nous guidera dans nos nuits bleues Et dans la suite de nos jours
Éternité
Les doux silences des amants Seront entendus dans l'Univers Au-delà du vin bu et de la levure du temps Transgressant l'infinie clarté de leur ivresse
Mémoire
Et la mémoire fait le tour du pinacle Pour aller dormir au ruisseau béni Un chant d'oiseau est le témoin Ô vaste mystère des hauteurs À en épuiser le regard À en retourner le souffle Mémoire des amants d'éternité !
L’étrange oiseau dans la cage aux flammes Je déclare que je suis le bûcheron de la forêt d’acier que les martes et les loutres sont des jamais connues l’étrange oiseau qui tord ses ailes et s’illumine Un feu de Bengale inattendu a charmé ta parole Quand je te quitte il rougit mes épaules et l’amour Le quart d’heure vineux mieux vêtu qu’un décor lointain étire ses bras débiles et fait craquer ses doigts d’albâtre À la date voulue tout arrivera en transparence plus fameux que la volière où les plumes se dispersent Un arbre célèbre se dresse au-dessus du monde avec des pendus en ses racines profondes vers la terre c’est ce jour que je choisis Un flamboyant poignard a tué l’étrange oiseau dans la cage de flamme et la forêt d’acier vibre en sourdine illuminée par le feu des mortes giroflées Dans le taillis je t’ai cachée dans le taillis qui se proclame roi des plaines.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...