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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 06:44
Photos © Claude Luezior

 

 

 

 

et quand le soleil
donnera ses derniers reflets
en virile présence
 
et quand ses rayons exsangues
étreindront pour toujours
les flots qui trébuchent
 
et quand ces teintes engourdies
seront l'étrange sépulcre
affrontant sa nuit plénière

 
et quand la barque de Charon
ou toute amère consœur
pillera nos rétines ultimes
 
et quand ces ébauches de paradis
n'auront plus cours
à la bourse du cosmos
 
et quand les collines infinies
rendront leurs ardoises
en final sacrifice

 
 
peut-être nos yeux verront-ils
au-delà de nos convoitises
l'appel vigoureux de la vie ?

 
© Claude Luezior
 
 


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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 06:37
Illustration par Bertall de "La petite sirène" d'Andersen, 1876 (wikisource)
 
 
 
 
 
Ecoutez, le vent ne cesse de chanter cette histoire, une histoire de sirène et de sous-marin.
 
Il était une fois un jeune homme qui passait son temps à inventer des histoires abracadabrantesques. Un jour, il voulut se donner à fond dans une de ses aventures extravagantes dont on n’ose rêver tellement elles semblent inaccessibles…
 
Et chose des plus étonnantes, inattendues, impensables, farfelues, l’adolescent se mit à construire un petit sous-marin, toute en vitres transparentes. Par une belle matinée de printemps, des enfants qui jouaient sur la plage, remarquèrent au milieu des vagues, un drôle de bateau qui peu à peu s’enfonça dans les flots.
 
Que voulait-il ce mystérieux marin ? Il désirait tout simplement réaliser un rêve, tellement fou, tellement insensé qu’il n’en avait parlé à personne. Quel était donc ce rêve étrange ? Eh bien, il souhaitait écouter le chant d’une sirène, s’absorber dans ce chant, vivre par ce chant toute une éternité.
 
Ce marin en herbe naviguait tranquillement en eaux profondes, dans une lueur bleuâtre, parmi des poissons de toutes les couleurs, des plantes étranges et fascinantes. Il voguait dans un monde féerique où régnait un silence de cristal. Soudain, il l’entendit enfin, ce chant rêvé, cette mélodie harmonieuse, enchanteresse, cette voix encore plus belle que la plus belle des voix humaines. Il but comme un précieux nectar toutes ces notes de musique. Il s’en imprégna, il s’en enveloppa. C’était un régal, une jubilation de tous ses sens. En même temps, il ressentait dans tout son être une douceur quasiment magique. C’est dans cet état d’euphorie qu’il l’aperçut, la sirène, sublime vision qui paracheva l’enchantement. Attirée par ce curieux bateau qui ressemblait à un gros poisson blanc, elle se rapprocha, peu à peu. Alors, il se virent mieux, ils se regardèrent, il se découvrirent, ils s’émerveillèrent. Il la trouva belle : sa peau avait la fraîcheur et la délicatesse d’un pétale de rose, dans ses yeux fleurissaient des bleuets et ses longs cheveux d’ébène portaient une couronne d’anémones.
 
Elle le trouva beau avec ses cheveux blonds, lumineux comme un soleil et sa drôle d’écharpe verte autour du cou.
 
D’un bond, la sirène vint tout près de la paroi de verre, elle étendit ses mains contre les mains du jeune homme, mit sa joue contre sa joue, ses lèvres contre ses lèvres. Mais comment s’aimer d’avantage ? Un mur transparent, infranchissable, les séparait. Mais un mur qui pouvait se briser…
 
D’un côté, la vie, de l’autre, la mort. Le marin n’hésita pas. une seule étreinte, mais pour l’éternité… 
 
©Michèle Freud




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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 06:36
Seule
 
 
 
 
 
Tu as fermé ton cœur à double tour
Les migrateurs sont partis vers le sud,
Tu as jeté la clé
Tu as fermé ton cœur
Pour l’ouvrir à une autre.
Elle y  a fait son nid.
Ici il fait froid
En ce début d’automne,
Les mots d’amour se sont tus
Et tremblent les forêts.
Là-bas le soleil envahit ta maison
Chantent les tourterelles
Tu n’auras plus jamais froid.
 
©Denise Bernhardt

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « Le chant des Nébuleuses », aux éditions JEBCA, collection l’Immortel.




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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 06:41
De la fiction à la réalité
 
 
 
 
La machine écrasant le temps
S'est mise en route désormais :
L'intelligence artificielle
Aux pas de métal insensible
Nous annonce le transhumain.

Alerte aux démons invoqués !
Halte aux mécaniques du diable !
Protégeons notre éternité
Qui élargit l'instant présent
Au ciel infini de notre âme !


©Luce Péclard
Juillet 2017



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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 06:35
Le retour à la raison, Man Ray
 
 
 
 
Une phrase sur la pulpe du silence, mes
veines s’affolent
fables de la présence
fragments de l’essentiel.
 
Mots en effraction sur chemin de traverse
mon souffle s’anime
sève vitale.
 
Vous êtes syllabes, je suis virgule blottie
dans les cils du désir
jouissance buissonnière.
 
©Nicole Hardouin.
In FONTAINES CARNIVORES
Éditions L.G.R. Paris.




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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 06:32
William Blake, Le Corps d’Abel trouvé par Adam et Eve, vers 1826, Londres, Tate Gallery

 

 
 
 
 
En ces jours qui s’échappent
et meurent à la flamme des lampes
je me sens peu à peu devenir
la première fois de ce monde
où tout semblait possible
mais la parole retentit
brisant le reflet
d’une matière trouble…
 
L’harmonie blessée
a perdu ses couleurs
et les hommes ont saisi
les mains de la violence…
 
L’illusion devient vérité
le mensonge trône
à la place du cœur…
 
L’univers n’est plus
qu'un peu de sable noir !...

© Victor Varjac
Antibes, le 6 novembre 1999

Extrait du recueil « l’Homme Imaginaire » aux éditions MELIS




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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 06:33
Carlo Marochetti : Tombe de la Princesse Elizabeth

 

 

 

 
Calme et sereine comme une icône fragile, paupières closent
Lèvres scellées sans un souffle, saintement elle repose.
 
Viel ivoire ciselé, elle a la pâleur tranquille d’un gisant.
Et la rivière, ce précieux lamé, cette mortelle parure
Dépose à son cou un  ruban chatoyant rehaussé de verdure.
Là, sous l’éclat de la lune, la lame d’argent perce son sein nimbé de blanc.
 
Elle s’étiole et se fane troublée par la caresse lunaire
Qui lentement lui tisse un vaporeux voile funéraire.
 
Abandonnée aux tourbillons rapaces qui frôlent ta hanche enfantine
Petite te voilà prisonnière, la hart au col de ce lacet de glace,
De ce nœud fluide coulant, de cette froide étole qui t’enlace
Voici qu’au plus près de ton corps coule roule et lascive s’enroule l’onde serpentine.
 
Sous le lourd catafalque de son riche vêtement couronné du lin de sa chevelure éparse
Evitant les berges fuyantes aux roselières griffues, majestueuse elle passe.
 
Dans les plis et replis de ta jupe voile sombre déployée en corolle froissée
Remous et tourbillons s’agitent, se pressent le long de tes cuisses
Et dans leur hâte déchirent meurtrissent cette chaire, cette peau, ce frêle lys
Mais voilà que l’Eau vive envieuse avec force, avec audace, te vole au courant dévoyé.
 
Alors, parmi les algues baignées et bercées toute entière à son plaisir, elle te couche 
Là parmi les lueurs vertes de l’absolu silence du royaume oublié, elle te touche.
 
©Béatrice Pailler



 
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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 06:35
Carnaval de Sesimbra

 

 
 
 
Que la vie chante et danse au rythme des Sambas !
Le temps s’est arrêté mais son cœur continue
De battre la chamade à chaque coin de rue
Et l’été fait rougir les toits des haciendas !
 
Cette fureur qui luit dans tes yeux, ô Bahia,
Est l’amour incarné vivant sans retenue
Nos rêves les plus fous mais aussi sans issue
Quand la joie d’enseigner devient apostolat.
 
Mille épées d’or s’en vont, sous ton soleil brûlant,
S’occuper de nos corps si sensuellement
Que le jour qui s’annonce aura goût de framboise !
 
Ô Bahia, c’est le rêve, il faut boire à la vie,
Se soûler de musique et bénir la folie !
La raison a sombré dans tes eaux bleu turquoise.
 
©Michel DUPREZ
 
 
(Ce sonnet est le premier texte interprété en voix off à l’occasion de « Brasil, souffle d’espoir », spectacle poétique présenté en 2005 au Festival de la Rochelle par « L’Envers des Rimes », présidé par Pierre Brandao, et où s’associent également le mouvement, la musique et la danse).

 


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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 06:42
Renée Vivien (1877-1909)
 

 

                       INCIPIT LIBER VENERIS CÆCORUM
 
 
Le feuillage s’écarte en des plis de rideaux
Devant la Vénus des Aveugles, noire
Sous la royauté de ses lourds bandeaux.
Son temple a des murs d’ébène et d’ivoire
D’où monte l’odeur charnelle des nuits.
— Le reflet des sons, la couleur des bruits
Forment un arc-en-ciel blanc sur une mer noire.

Le mystère a masqué son visage inconnu.
Les yeux du silence et les yeux du rêve
Ont seuls contemplé son corps sombre et nu,
Tel un ténébreux soleil qui se lève.
Elle a méprisé l’aurore et ses fards
Et le soir couché sur les nénuphars :
Car son orgueil ne veut que la ferveur du rêve.

Les Aveugles se sont traînés à ses genoux,
Et parfois, levant leur paupière rouge,
Semblent adorer un dieu sans courroux…
Et nul ne gémit et nulle ne bouge,
Mais, dans une extase où meurt le désir,
Où la main se tend et n’ose saisir,
Une larme a coulé de leur paupière rouge.
 
Renée Vivien
 
 
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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 06:24
George Frederic Watts, Le semeur d’univers, 1902, huile sur toile, 66 x 53 cm

                                                                                  

 

 

 

 

Comme un semeur
Offre à la terre
Ses meilleures  graines
Gorgées de rêves et d’espérance,
Je t’offre le germe de ce poème,
Prends-le aux creux de tes mains,
Insuffle-lui la vie, nourris-le
Des écumantes passions
Qui nous accouplent,
Ose cette folle envolée,
Ose cette destinée inespérée,
Cueille ce que t’offre mon cœur.
Pour toi je sertis entre mes vers
De nobles lettres d’or
Et des signes de lumière,
Qui draperont nos corps et nos vies
De transcendantes promesses d’alliance.
 
©Michel Bénard.




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