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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 07:44
Le jour – Victor Varjac
 
 
 
 
Le jour
de sa main transparente
pousse la porte légère
des paupières fermées…
d’un regard
où reposent les Signes
il efface le tumulte
et disperse
l’épouvante nocturne…
 
Encore accroupis
dans la confusion
à peine dissoute
des choses de la nuit
les hommes
comme une chevelure
qui s’allume
feront jaillir de leurs pas
les racines impatientes
du sentier qui s’écoule…
              … obstinément…
… mais l’huile parfumée
de l’heure qui s’avance
transfigure l’écorce du cœur
comme un fruit de la terre
perchant l’enfance de la vie
sur l’épaule admirable
de l’astre aux multiples visages…

©Victor Varjac
Antibes, octobre 1998

Extrait de « LE CHEMIN DES RÊVES » aux éditions Chemins de Plume




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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 06:36
Aveugle destinée – Lofti Belouad
 
 
 
 
 
 
Enveloppé de son voile transparent, l'aveugle marcha au rythme des peurs.
Touchant de ses pieds nus un sol rouge et brûlant, il s'arrêta essoufflé à la lisière de son cœur.
Qui d'un souffle lent mais ardent, lui fit goûter au parfum des belles fleurs.
Il écarta son bras mou et tremblant, se rapprochant d’une gracieuse ferveur.
Qui d'une épine blanche le transperça, lui faisant voir la cruauté du malheur.
Il courra perdu, trompant son voile transparent de larmes et de terreur.
Criant son âme au destin, rampant son être vers une oppressante destination
Il courra, étouffé, aspirant son voile pétri de cris et de langueurs.
L’aveugle s’arrêtât  méfiant, ouvrant ses yeux, garnis de rêve et d’ardeur.
Il découvrit ébahi un ciel bleu et se mit à apprécier sa destinée avec sourire et bonheur.
Mais d'un geste lent, le destin l’atterra, le plongeant dans un néant sans joies ni malheurs.
Il se rappela de l'épine mais ne ressentit que la douceur et le parfum de ces belles fleurs et,
nostalgique, il chanta à l’éternité la beauté de son triste destin.
 
©Lofti Belouad



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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 06:37
Nom d’une pipe ! – Michel Duprez
René Magritte
 
 
 
 
                                                             En hommage à Magritte.
 
 
Et si les chefs-d’œuvre sans légende
étaient finalement moins résistants
à l’humeur changeante du futur,
autrement dit plus vite appelés à disparaître en fumée ?
 
Prenons par exemple cette peinture.
La chose qu’elle représente en ne reposant pourtant sur rien,
puisqu’elle semble en effet,
au premier coup d’œil,
flotter dans l’air,
apparaît d’une extrême simplicité.
 
Or il fallait qu’elle soit vraiment culottée
et confiante en sa courbe harmonieuse
pour passer ainsi d’un siècle à l’autre
sans que son image ait perdu son éclat
ni choqué non plus les âmes dites « sensibles ».
 
Supposons à présent que l’auteur de ses jours,
au moment où il fut inspiré,
se soit contenté de concevoir
un de ses tableaux les plus célèbres
sans piper mot.
 
Dans ce nouveau cas de figure,
ce qu’il affirmait alors ne pas être cela
serait peut-être encore ceci.
 
Mais, d’un autre côté,
si nous souhaitons rester réalistes
et donc raison garder,
nous devons bien admettre
qu’il aurait aussi considérablement réduit ses chances
de faire un tabac.
 
©Michel Duprez



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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 06:50
Le temps des marguerites et des tournesols – Djida Cherfi
 
 
 
 
En remuant le passé,
Je retrouve de vieux dossiers,
Des blessures sont remontées.
Certaines fraiches d’autres oubliées.
Mais ce n’est rien, ça va aller.
Elles m’ont  aidé à avancer,
Et donné des raisons de continuer.
 
Jusque là ça va aller.
 
Je revois des connaissances
Que j’ai beaucoup appréciées.
Et d’autres que je ne me souviens pas
Avoir spécialement affectionnées.
Toute personne qui croise notre chemin,
Nous apprend le mal ou le bien.
Et vice-versa ou vice-versa,
Cela dépend de nos influences et de nos choix.
 
Jusque là, ça va…
 
Mais en remuant le passé
Des souvenirs parfumés,
Je la revois, la reconnais,
Cette petite aux joues rosées.
Cette exploratrice passionnée
Aux cheveux mal coiffés. 
Elle  claque la porte pour échapper
Au peigne de sa mère décidée.
Elle se hâte, elle fait des claquettes,
En dévalant les escaliers.
Avec ses chaussures à talonnettes,
Et des pas  vifs, accélérés.
 
Jolie jupette marguerite,
S’envole aux pas de la petite.
Qui part retrouver ses copines,
Pour se vanter la coquine !
Elle tourne sur elle-même,
C’est ce que toute demoiselle aime,
Pour montrer comme elle flotte
Sa nouvelle jupette qui pivote.
Toutes regardent la jupette
Qui tourbillonne  et virevolte ;
Dans les airs, la jupette,
La jupette en pâquerette…
 
 Et c’est là,  que plus rien ne va !
 
Dans le vent des souvenirs, elle fait des vagues. 
Enivrée, à son rythme, je m’évade.
C’est l’Age de la fille tournesol,
Heureuse à en quitter le sol.
La fille à la jupette tournesol,
Qui rappelle le temps qui s’envole.
Et je retrouve le bonheur interdit,
Celui du passé  enfuit.
 
Je retrouve le bonheur interdit,
Qui me rappelle que je vieillis !
 
©Djida Cherfi
11/10/2015



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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 06:45
Au gré de l'astrolabe de Michel Bénard - par Marcella Leopizzi
Marcella Leopizzi
Università di Bari Aldo Moro
 
De monde en monde ‘au gré de l’astrolabe’ pour rencontrer l’Autre.
Michel Bénard et sa recherche de l’universel 
 
L'art ne reproduit pas le visible ;
il le rend visible.
Paul Klee
 
        Préfacé par Barnabé Laye et introduit par une calligraphie sur la couverture de Ghani Alani, Au gré de l’astrolabe de Michel Bénard (Paris, Éditions les Poètes Français, 2015, 118 p.) est divisé en deux parties : Terra Incognita et Terra Africa.
Dans ce très passionnant recueil de poèmes, Bénard part, par le biais de son je-lyrique, au gré de l’astrolabe. Il traverse les monts et les vaux, la terre et la mer pour rencontrer l’Autre. Et, en voyageant il s’entrelace à l’Autre jusqu’à devenir autre-que-celui-du-départ. La recherche de l’Autre coïncide, en effet, avec la tentative de parvenir à l’harmonisation, voire à l’unité de l’humain avec l’universel.
Pourquoi parcourt-il ce chemin au gré de l’astrolabe ? Instrument désuet, l’astrolabe implique à la fois le choix d’un retour en arrière ainsi que le désir d’un rythme plus lent, hors contexte, si ce n’est anachronique. Le fait de se servir d’un astrolabe permet d’une certaine façon de tenir le globe du monde dans sa main et donc d’établir un contact complet avec tout ce qui est Autre.
Au fil du recueil, l’astrolabe apparaît tel un outil permettant le trait d’union entre les deux « Terres » : la Terra Incognita du territoire inexploré et la Terra Africa des vastes espaces au sud du Sahara (le Congo, les Grands Lacs, le fleuve Zambèze et le fleuve Limpopo). Ces deux « Terres » entrent en fusion, en une osmose intime et chaleureuse, et s’accompagnent d’autres espaces, réels et imaginaires, passés et présents : ce qui crée une passerelle entre l’Orient et l’Occident, la réalité et la fiction, l’histoire et l’actualité. Aussi l’astrolabe devient-il un instrument de voyage et de rêve, porteur de lumière et d’espérance, qui favorise la connaissance de l’Autre au sens le plus vaste : des civilisations perdues et contemporaines, des terres inconnues, des contrées ensoleillées, des plages coralliennes, des îles lointaines, etc.
Autant physique que mental, ce voyage effectué au gré de l’astrolabe vers d’autres horizons subsume le ‘voyage’ de l’homme à la ‘découverte’ de la femme (« L’Afrique est une femme » p. 77) ainsi que le chemin qui mène à l’amour le cœur amoureux :
 
Alors, dans la rousse spirale
D’une mèche de vos cheveux
J’ai posé mon astrolabe (p. 33)
 
En toi, j’ai défloré une « Terra Incognita » 
[…]
En toi, j’ai fertilisé une terre inconnue,
En respirant ton sang
J’ai repris goût à la vie. (p. 20)
 
Cet élancement est une faim d’infini et une soif d’absolu :
 
Boire les sèves de la femme désirée
Toute parfumée de fleurs de Tiaré,
Parcourir l’ovale de son ventre
En s’abreuvant de ses seins,
Avoir cette impression d’extase
D’être aux sources du ciel
Au cœur d’une île idyllique.  (p. 25)
 
En anhélant à la femme comme un voyageur en « quête de l’ultime astre orange » (p. 25), et en rêvant d’enivrantes extases, l’homme atteint une harmonisation avec la nature. Il devient un tout-qui-se-tient avec le macrocosme, comme en témoigne le fait que le je-lyrique assume un langage aux traits universels (c’est pourquoi le lexique utilisé en référence à lui-même ainsi qu’à l’homme et à la femme en général se rapporte souvent à celui des astres et du cosmos) :
 
Lorsque je prends votre main
Pour la serrer dans la mienne,
Je touche à la musique de votre cœur,
Je ferme les yeux pour mieux cerner vos secrets,
Lorsque sous la magie de l’amour
Votre corps se met en habit de lumière,
Laissez-moi-vous déposer sur un croissant de lune,
Laissez-moi-vous écrire le livre
Que l’on ne peut lire qu’à deux.
Lorsque je pense à vos paysages,
J’entends les pulsions du monde
Qui battent aux quatre points cardinaux,
Enfin vous voilà devant moi,
Rayonnante et belle
Comme une icône d’Orient. (p. 29)
 
La rencontre homme-femme est envisageable tout au long de ces poèmes comme une recherche de l’Autre, une ouverture à l’Autre et un retour pour l’homme à la source originelle : la femme étant l’être où l’homme se forme et d’où l’homme naît… Par conséquent, l’union homme-femme n’est que l’emblème d’un processus générateur de vie, et, en tant que principe vital, elle est prélude à l’espoir. 
La femme accouche l’homme et ce lien si étroit fait d’elle une image tutélaire, au point qu’elle apparaît comme une sorte de refuge pour l’homme :
 
Lorsque la mer dépose
Sur tes seins enfiévrés
Ses cristaux de sel,
Dans le silence
Bleu de la nuit,
Je rejoins la confrérie
Des passeurs de rêves. (p. 43)
 
Vers après vers, ce recueil suggère des figures féminines qui ont parfois les traits d’une femme ange / mère (« les femmes y nourrissaient de miel et de lait / les enfants de la tradition » p. 24) et souvent ceux de femme-amante : « la photo d’une indigène aux seins nus » (p. 20), au visage « beau comme une fleur sauvage / exhalant les parfums subtils / de ses essences enivrantes » (p. 23).
Assimilée à la vie et à l’amour, la femme assume une fonction salvatrice pour l’homme parce qu’elle permet le dépassement de la solitude et du mal :
 
Femme noire, femme blanche,
Femme comme une source
Sous l’écume soyeuse d’une vague bleue,
Femme dansant au cœur du désert,
Pour célébrer la vie.
Femme où es-tu ?
Femme que fais-tu ?
Femme où vas-tu ?
J’ai vu le ciel s’éclaircir et ton visage s’incliner,
Tout en dispensant l’amour et la paix. (p. 61)
 
 
Femmes d’Afrique,
Femmes d’Asie,
Femmes d’Arabie,
Femmes d’Occident,
Plurielles singularités,
Surprenantes et imprévues
Comme une pluie tropicale
Sourires radieux et visages nouveaux,
Jeunes patries de la beauté,
Regards féconds,
Matrices métissées de l’humanité,
La destinée de l’homme
Est votre bien,
Elle vous appartient
Préservez-en le lien !
Seule espérance porteuse
D’une nouvelle lumière crépusculaire. (p. 86)
 
En voyageant d’un lieu à l’autre à travers des territoires inexplorés, symboles de ce qui est désirable et attirant, le je-lyrique contemple le soleil et l’océan, il admire les danses, les cérémonies, les liturgies tribales, il écoute les chants et les sons de la flûte, du luth, du violoncelle, de la lyre, et il goûte les odeurs d’algues et d’encens ainsi que les parfums d’herbes fraîches, d’orangers, d’eucalyptus et de jasmins. De ce fait, au fur et à mesure, il compose « le portrait de la femme ‘‘idéale’’ » (p. 93) et il trace un amour passionnel, charnel et spirituel qui chante les arcanes de l’existence, la nécessité de la rencontre je-tu, et la correspondance-incorporation terre ↔ femme, toutes deux étant matrices de vie :
 
Sous le mystère d’une nuit tropicale
Nous nous sommes aimés sur les mousses
D’un vieux faré abandonné. (p. 25)
 
Les portes de l’invisible
S’ouvrent au point ultime où la passion
Cède sa place aux plus folles passions. (p. 64)
 
Des passeurs de lumière.
Tous les deux réunis
Sur un paysage flottant
Jusqu’à l’infini des brumes,
Nous irons glaner les épis
D’une complicité frissonnant
Au diapason d’un amour
Tout imprégné des sèves
De la terre qui germent
Aux ventres des femmes. (p. 73)
 
Source et souche de vie, la femme apparaît dans tous ces vers comme le plus bel être  au monde. Et pourtant, suggèrent quelques vers, il faut se mettre en garde contre un danger qui guette : car parfois il suffit « du rappel de la promesse d’un sein, / pour perdre à jamais / le sens du chemin » (p. 48). S’embarquer… au gré de l’astrolabe… signifie donc laisser migrer les rêves en liberté mais en s’orientant toujours à la boussole. La rencontre de l’Autre – destination principale et but primaire pour le je-lyrique – s’insère, en effet, à l’intérieur d’un parcours qui, loin d’être ‘dérèglement de tous les sens’, s’effectue le long d’un chemin qui croise la sagesse, comme en témoignent les occurrences (sous leurs diverses morphologies) de ce mot : « sage humilité » (p. 42), « la parole des sages » (p. 62), « l’homme sage » (p. 75), « sages paroles » (p. 81),  « sagesse » (p. 104).
Le voyage poétique suggéré dans ce recueil se veut, d’ailleurs, un voyage de l’âme à la recherche d’une « silencieuse symphonie d’amour universel » (p. 23). Seul cet état d’âme permet une mise en communion avec le monde environnant et confère un sens de l’assouvissement propre à saisir la vie dans toute sa force :
 
Les pêcheurs de rêves et d’utopie
Lancent vers l’azur marin
Leurs filets d’étoiles et de lunes,
Avec pour espoir ultime
Celui de reconduite
Une pêche miraculeuse. (p. 95)
 
Par cet ouvrage, convaincu que le poème est « transmission, partage » (p. 104 » qui « s’envole avec les oiseaux migrateurs / pour pérenniser la mémoire d’un peuple, / en drapant les hommes / de sagesse et de bonté » (p. 104), Bénard vise à ‘bâtir’ un « temple où les déclinations / Du Verbe Amour prendraient / Soudain toutes leurs nuances » (p. 109). Cela afin d’« ériger une maison / à mesure d’homme » (p. 112) et de fuir « les temples / destinés aux mensonges » (p. 112).
Riche en adjectifs, couleurs, souvenirs, émotions et joies enfantines, la poésie de Bénard relève d’une âme très sensible capable de saisir à la fois ce qui demeure et ce qui fuit. Artiste extraordinaire, il donne à voir et à écouter ce dont il est question dans ses poèmes, car sa poésie est une vibration de l’âme. De par son talent inné relevant de sa veine artistique, Bénard parvient à rendre concrètes les images sous-tendues à ses vers et à créer un va-et-vient continuel entre Poésie et Peinture :
 
Lorsque du bout des doigts
Je donne naissance à tes sourires,
Et te contemple de chair et d’âme,
Avec cette étincelle que portent
Au fond des yeux les enfants de l’amour,
Au cœur de nos hiéroglyphiques errances,
Je maroufle ton image égyptienne
Sur l’opacité nocturne,
Je veille sur ton sommeil
Estompant les ombres
Qui te drapent pour y incruster
Quelques arches de lumière,
Enluminant ton corps de clairs-obscurs.
Scribe d’icônes,
De la pointe de mon calame,
Je te calligraphie
Le premier poème du jour. (p. 22)
 
En considérant le poète comme un « enfant de l’imaginaire » (p. 17) et comme un « semeur de mots qui rêve à la récolte de la beauté et de l’amour éternel » (p. 17), dans ses vers, il navigue entre étonnement et innocence et pratique un cheminement intérieur pour entrer en communion avec l’Autre. Dans le sillon d’Arthur Rimbaud et de son bateau ivre (p. 19), il parcourt des espaces de silence, il côtoie l’indicible et offre ses voyelles afin qu’elles puissent constituer de « nouvelles symphonies » (p. 19).
L’art pour Bénard est un souffle expressif libérateur, un geste créateur spontané, une respiration salvatrice qui transmet harmonie et équilibre via l’universel. Pour lui, le fait d’écrire des poèmes est non seulement une passion mais surtout un besoin. Il écrit ses poèmes en tout lieu où il se trouve et les envoie par mél à ses amis pour le plaisir du partage. D’ailleurs pour lui la poésie et l’Art en général relèvent de l’échange : ils sont le langage de la musique intérieure qui émerge des couches les plus intimes du moi pour établir un contact avec l’Autre, afin, au moins, de lui communiquer un petit quelque chose qui n’est pas rien.
Peintre, critique d’art, poète de renommée internationale récompensé par de nombreux prix, lauréat de l’Académie française et Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, Bénard conduit par ses œuvres dans les espaces profonds de l’âme : dans les terres du rêve, de l’imagination, de la réflexion, de l’espoir et de l’amour. Ses mots et ses couleurs si chaudes, si brillantes et si lumineuses transportent ailleurs : vers un ailleurs gisant presque toujours dans les cavités du moi.
Convaincu que l’Art donne à l’homme l’accès à sa métamorphose, il se déplace de sa dimension contingente embarqué au fil de la parole et de la couleur (première parmi toutes : la couleur bleue) ; et, en accédant à une élévation de l’âme atemporelle et transpersonnelle, il vit l’enchantement de l’Art… et il invite à rechercher ce lien avec l’universel : autrement dit, à (re)prendre goût à la vie et à la vivre avec une pétillante joie enfantine.
 
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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 06:44
De l’Amour, de Fleuve, de l’Hiver - Ode
Création Ode©
 
 
 
 
I - De l'Amour

Je viens encor te parler de mon amour
Qui a rempli le Fleuve de ses larmes
Jusqu'à ne plus voir l'horizon
Jusqu'à ne plus me voir

Perdue dans les brumes qui s'élèvent
Entre ciel et terre
Je le cherche

Si tu le vois, dis-lui que je suis là
Debout à faire le guet sur une congère
Sur une île du Fleuve, là-haut à l'Est
Habillée de chaleur et d'espérance
Il me reconnaîtra

Dis-lui aussi que ni les vents
Ni les tempêtes d'hiver
Ne me feront bouger

Je tiens la flamme du bout de l'âme
Je ne la passerai qu'à lui


II - Du Fleuve

Aussi loin qu'à Rimouski
Mon majestueux fleuve de janvier
Me fait rêver

Je ne m'endors point au coucher du soleil froid
Ses pourpres m'enchantent
Ils font danser le monde
Sous l'aile de l'Oiseau

Mon Fleuve glacé en ses rivages
Emplit mon cœur d'une musique d'éternité
Je l'ai vu ce soir
S'avancer tel l'Ange de Silence

Je l'ai vu, beau comme un Prince
Qui ensorcelle sans savoir ni pourquoi
Force magique et éternelle
Joie pure au sel de mes larmes


III - De l'Hiver

Liberté blanche sans frontières de rêves
Luminosité d'un jour de source
Plus blanche que l'Immortelle
Elle est là, géante comme le Fleuve
Elle et mon Saint-Laurent

Leurs épousailles se font vierges
Annonciatrices de l'Oeuvre
Qui se recrée sans fin


Beauté blanche, comme un baume
Aux fatigues du jour
Repos de l'âme
Musique aux abîmes des désirs
Qui embrasent les horizons
 
De ta froidure naîtront des amours charnelles
Dans cette haute chambre des mystères
Naîtront tes filles et tes fils

Ma Cathédrale blanche
Tu as conservé l'imaginaire de mon enfance
Immaculé est le puits de mon désir
Je puise mon rêve à tes grandes eaux de neige
 
***

Et les joues rouges au seul frôlement de ta froidure
L'œil pétillant de tant de Beauté
Je fais fièrement le guet
Mon âme et mon cœur ancrés sur une blanche congère
Tel le phare sur l'île au milieu du Fleuve de janvier
Du crépuscule au crépuscule
Je tiens la flamme de mes amours
 
Ode©
1er décembre 2003

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 06:39
Lumière et ténèbres – Jean Dornac
 
 
 
Quand l’aube s’unit à la nuit
Je tisse un mot sur l’étoffe de ton âme
Tout autour, je brode pour chasser l’ennui
Et je te protège contre l’essence des drames
 
Quand arrive la pénombre
Je prends ton cœur entre mes mains
Qu’il fasse clair ou sombre
Il y aura encore des lendemains !
 
Et si d’aventure, on se dispute
Que de notre couple s’approche l’orage
Je choisis l’amour plutôt que la lutte !
N’est-ce pas le plus beau virage ?
 
* * *
 
Mais il est des nuits trop ténébreuses
Lorsque ton sourire est soudain trop lumineux
Que tes mots deviennent une étrange berceuse
Et que tes baisers sont bizarrement besogneux…
 
Pourquoi ton beau regard des débuts
Ne cherche pas mes yeux et ne pense plus qu’à fuir ?
Où s’en vont tes pensées quand tu sembles perdue ?
Dans quels autres bras cherches-tu à t’épanouir ?
 
Avant l’hiver vient le temps des feuilles mortes
Alors pourquoi ton âme est-elle si tôt glaciale ?
Qui a fait de toi la femme d’une autre sorte
Quelque chose qui ressemble à un crotale ?
                           
* * *
 
Depuis que tu m’as quitté, le temps se meurt
Chaque seconde est un poids trop lourd à porter…
J’ai envie de poser sur ma tombe ces fleurs
Pour faire croire aux passants qu’ici gît un homme aimé…
 
Et qu’importe s’il s’agit d’un triste mensonge
L’important est de pouvoir encore rêver
De faire croire que l’amour est réalité et pas juste un songe
Imaginé par un esprit romantique un soir d’été…
 
Je suis désormais celui qui reste sur le trottoir
Celui qu’on laisse sur les quais de gare…
Tu as choisi de m’envoyer à l’abattoir
Pour mon amour, tu n’avais plus le moindre égard…
 
* * *
 
Tu m’as fait vivre le brutal passage du jour à la nuit
De la plus belle lumière aux plus épaisses ténèbres…
 
©Jean Dornac
Lyon, le 23 octobre 2016




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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 06:42
Oui, je bégaie ! – Salah Bekka
 
 
 
Si mon cerveau hachure ma voix
Pour déchiffrer mes souvenances,
Ma mémoire libère de mes doigts
Une dissertation sans carence ;
 
Dans le brouillard du long passé,
J’ai cherché le fil de l’embrun,
Pour rédiger tout son tracé,
En prenant comme encre le crachin ;
 
Certes, je suis mouillé et fatigué,
Je fais des taches et je balbutie,
Je tourne comme un désespéré
Qui est ramolli par l’inertie ;
 
De mes yeux, je voudrais tant te dire
Ce que mon cœur cultive au fond,
Et de peur de te le mal écrire,
Mon âme s’enlise dans cette façon ;
 
Devant mes feuilles, je fais des traits,
Mes doigts sont lourds pour porter plume,
Autour les taches forment l’abstrait,
Et mon esprit tombe dans l’écume.
 
Oui, je bégaie dans mes ratures !
Mes yeux se ferment sans lâcher larme,
Et tous mes mots forment des raclures,
Comme des petits effets de vacarme.
 
Ainsi, de mon cerveau sort une mèche,
Que mon cœur hésite d’allumer,
Car il refuse de quitter cette crèche,
  Qui elle le dorlote dans son passé.
 
© Salah BEKKA. Auteur
Fleurs, Épines et Frissons…
Paru au : LES ÉDITIONS DU NET
92150 Suresnes France



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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 06:45
L’apprentissage – Claude Gauthier
 
 
 
Musicien appliqué son souvenir me touche,
Quand devant mon grand-père, une flûte à la bouche
Debout, tempe battante au bout de ma candeur,
Il me disait Mozart qu’il connaissait par cœur…
Lors, il suivait ma lèvre hésitante et peu sûre,
Attentif mes efforts, en jaugeait la lecture ;
Puis noueuses ses mains, aidant mes jeunes doigts,
Fort précieusement en tirait leurs alois
Les modelant, subtil, quoique faibles encore,
A fermer tout à tour les trous du buis sonore.
 
Un gai petit putto, le port délicieux
Sur un guéridon proche et l’air facétieux,
Mimait mon enseignant simulant quelques notes,
Qu’il comptait, j’en suis sûr, de manières dévotes ;
Et quand enfin je sus enlever un refrain,
Déliré-je disant qu’il me tendit la main ?
Nous étions tous ensemble en quête de bonheur
Et nous flattant l’oreille et répétant par cœur,
Chaque note son mot pour étourdir notre âme !
 
Dans un rêve de nuit, agaçant mon calame
Je vis, éberlué, traversant le salon
L’angelot. Pour m’enjoindre : « Ecris, fils d’Apollon » !
Et par enchantement me venait l’écriture,
De ces paroles dont la mystique mouture
Ravit, puisque puisée au plus profond de soi.
Je les dis à l’aïeul, soulevé par l’émoi
Il notait chaque mot et non moins chaque phrase,
Alchimique nectar dont la coupe était rase.
Ainsi ce qu’un vieil homme fondait pour l’avenir,
Léguait à son enfant autre qu’un souvenir :
Une sorte de pacte où Sa Flûte Enchantée,
M’en servait la légende en tous points racontée.
Grand-père disparu, je ne fus jamais seul,
Notre commun livret récusant son linceul.
Ainsi, note après note à l’envi le mystère
Redira, soins jaloux, tout cet alphabétaire
De séjours délicats libres de tout souci,
Dont le seul mot de passe ouvre encor sur « Merci » !
 
Je voulais notre opus pour le moins prophétique,
Que demeurât de nous l’honneur d’un viatique :
Et qu’un passant suggère un arc et ses lauriers…
Qu’il en orne la crypte où dorment nos cahiers.
 
©Claude Gauthier
 
 
 
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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 07:06
Merci la vie – Michèle Freud

https://doucie91.wordpress.com/page/11

 
Un homme retraité laissait son regard glisser au fil de l’eau, le corps détendu, les pensées légères. Soudain, il eut cette curieuse impression que le temps s’était arrêté : la nature se figeait comme dans la Belle au bois dormant. Lui aussi se raidissait, devenait un automate dont on avait perdu la clef. Il lui fut impossible d’analyser cette situation inédite puisque son cerveau ne fonctionnait plus. La sonnerie du réveil le tira de ce cauchemar. Ouf ! Soulagé, il se leva mais ô stupeur, tous ses gestes étaient saccadés comme ceux d’un robot et petit à petit, son cerveau se mit en léthargie : rien ne vibrait plus dans son corps. L’homme était devenu une mécanique, un objet sans âme. Les tâches quotidiennes, il les accomplissait machinalement.
 

Or, contre le mur de sa maison, poussait un rosier que le vent avait semé, un petit rosier qui portait juste une rose à peine éclose, un amour de rose mousseuse aux pétales bouclés, auréolée d’une brume verte. Dressée vers le ciel, elle était comme une offrande au beau mois de septembre. L’homme ne l’avait jamais remarquée.

 

Mais un matin, alors qu’il allait passer devant, un bruit insolite écorchant les oreilles l’arrêta. En regardant autour de lui, ses yeux effleurèrent la rose jute au moment où un rayon de soleil pénétrait dans son cœur. Et la fleur, éclairée de l’intérieur, devint si transparente, si fascinante que l’homme s’immobilisa, émerveillé : la Beauté était en train de réveiller ses sources, de faire craquer ses racines, de déverrouiller ses rouages, tant que flottait dans l’air un parfum de renaissance. Soudain, une joie follingue, exubérante, sautillante, s’empara de l’homme qui se mit à crier : « Vous le soleil et vous les arbres, les oiseaux, les plantes, vous connaissez la nouvelle ? Je vibre à nouveau, j’éprouve des sensations, je revis, c’est merveilleux ! »
 
Et puis des paroles de gratitude s’échappèrent de ses lèvres et jetèrent dans l’azur toute une nuée d’oiseaux.
Désormais, ses jours allaient prendre de nouvelles couleurs et capter des chants nouveaux. Il se sentait même prêt pour explorer l’inaccessible…
 
©Michèle Freud



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