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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 07:54
L’Heurte – Salah Bekka
Lucian Freud
 
 
 
 
Dans le silence de sa chambre,
L’heurté s’adresse au plafond,
Où loge un visage sans ombre,
Qu’il entrevoit dans son fond.
 
Il a accepté ses traits
Sans qu’il ne puisse l’habiller,
Il imagine dans des faits
De doux mots à écouter ;
 
Dans ce vide, il forge un mot
Qu’il attache à ses murmures,
Et au visage, il ajoute le beau,
Qui il le fait toujours courir ;
 
Il lui sourit, comme un heureux,
Il le poursuit avec ses yeux,
Et sur son lit, il cherche sa voix,
Mais c’est l’ennui, qui drope son poids ;
 
Il se retourne, puis quitte le lit,
Par la fenêtre il jette son œil,
Le vide dehors lui cause ennui,
Et dans sa tête tout est pareil ;
 
Puis son esprit se retrouve sans toit,
Dans ce logis où le chagrin est roi,
Tout se bascule dans un endroit,
Comme un débile, il cherche une voie ;
 
Sur le carrelage, il fait des pas,
Il hoche sa tête, il tape ses mains,
Du lourd silence, il en fait un cas,
Et repousse l’espoir au lendemain ;
 
Dans l’unique sens, il trouve recul,
Qui lui donne retard dans une formule,
Où il croise l’errance qui le bouscule,
Et dans cette distance, il change de file ;
 
Plein de souffrance, il quitte sa chambre,
Il cherche l’aisance, il guette une ombre,
Et à toutes ses ratées, il trouve appui,
Mais il reste un heurté, dans ses ennuis. 
 
©Salah BEKKA. Auteur
Fleurs, Épines et Frissons…
Paru au : LES ÉDITIONS DU NET
92150 Suresnes France  



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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 07:52
Je cherche un homme – Claude Gauthier
 
 
 
 
Diogène dixit. Parmi princes, monarques,
Puissants tant, que la pierre en a gardé les marques,
Prestigieux ainsi que le fut Pharaon,
Sage à ce point qu’on dit, de lui « c’est Salomon »,
Ou maître conquérant de l’ample Babylone,
Du décret de Cyrus que la Liberté tonne,
Alexandre en sa main carde espaces et temps,
Jusqu’à César qui plie à lui les continents !
 
Pourquoi leur disputer ces jeux vains, inutiles,
Jalouser leur narcose aux fins toujours futiles ?
 
Je cherche un homme et pas, du genre trublion :
Qui sache de son soc… tracer un vrai sillon !
 
©Claude Gauthier
 



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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 08:16
Derrière la porte – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Dans un vieux village, je pris plaisir à photographier quelques vieilles portes. Devant l’une d’elles, je m’attardais, sans savoir pourquoi. Était-ce parce qu’elle me semblait triste, abandonnée ? En vérité, son bois rugueux et presque épineux n’invitait guère à la caresse. Et pourtant, avec amitié, avec tendresse, je posai la main sur cette porte qui, depuis des années peut-être, n’attirait plus le regard. Par ce geste tout simple, j’ai senti sous mes doigts, des vibrations, comme si le bois revivait. Je me suis alors adossée contre lui, pour lui insuffler des forces vives. Mais que se passait-il ? Je me sentais tomber à la renverse : la porte était en train de s’ouvrir !
 
Vite je me redressais, me retournai : devant moi, un grand rideau d’herbes sèches, brillantes et dorées, paraissait sommeiller. Je fis quelques pas, bien hésitants, comme si je craignais de pénétrer dans un lieu interdit ou maudit. Aussitôt, la porte se referma derrière moi…
Tout de suite, je fus frappée par le silence, un silence qui était comme suspendu, endormi.
 
En un éclair, je réalisai, avec une joie frissonnante, que je me trouvais dans un domaine enchanté. A cette découverte insolite, des ondes douces et soyeuses se mirent à vibrer dans tout mon être. Après quelques minutes d’immobilité, je commençai de marcher à travers une végétation exubérante, délirante et j’arrivai à une charmille qui avait perdu toute sa beauté d’antan et n’offrait plus qu’une carcasse rouillée. Sous cette triste tonnelle, un vieux banc rongé par la mousse et les lichens, accueillait deux grosses têtes ébouriffées de dahlias. S’écrivit alors devant moi une touchante histoire d’amitié entre ces fleurs et ce vieux banc. J’étais si émue que je m’assis et je caressai les pétales flétris et le bois tout vermoulu. Aussitôt, comme par magie, j’entendis des murmures, des frôlements et des crissements, des froissements, des bourdonnements et des chants d’oiseaux heureux. Le jardin endormi se réveillait. Il avait suffit d’un regard, d’un geste, d’une caresse pour recréer la vie.
 
Le cœur plein d’enthousiasme, je m’efforçai de tracer un sentier à travers un enchevêtrement de lianes, jusqu’à un bassin rempli d’eau. Des bulles explosaient, glissaient, dansaient. C’était la fie dans tous ses éclats.
 
J’aurais voulu prolonger mon voyage dans le domaine enchanté, dans cet espace hors du temps. J’aurais voulu découvrir d’autres trésors, mais… des liens très forts me retenaient de l’autre côté du miroir.
 
Reviendrai-je dans ce lieu magique ? il ne tenait qu’à moi de pousser la porte encore une fois…
 
©Michèle Freud 

 
 
 
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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 07:51
L’amour couronné – Denise Bernhardt
 
 
 
 
L’amour couronné d’épines
Crucifiait les âmes.
 
 
Rien ne pouvait me soustraire
A ces heures inhumaines,
Où tout mon être tremblait
En attente de toi.
Chaque grain de ma peau
Cherchait les pétales de tes lèvres,
Et mon âme sombrait
Dans la mémoire ocrée
De tes caresses,
 Pareilles à celles
Que le soleil rasant
Etire sur les dunes
En longues flaches d’or.

© Denise Bernhardt

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « La mangrove du désir », aux éditions Le chasseur abstrait.




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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 07:42
Vers Saint-Jacques – Luce Péclard
 
 
 
 
Le pèlerin en route
Passe entre les cailloux
Sur les chemins de Compostelle,
Son havresac au dos.
 
Il emmène son ombre
A son côté, par terre,
Longue au cadran solaire
Du matin tôt levé.
 
Il est la silhouette
D’un compas grand ouvert
Au large écart de ciel,
A l’angle droit précis
De lui-même et du sol.  
 

© Luce Péclard
 
Extrait du recueil de Luce Péclard, « LA FORCE DE L'ELAN » aux éditions du Madrier
 

 
 
 
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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 07:52
Le poids des maux – Gérard Gautier
 
 
 
 
Image nauséeuse, manipulation piteuse,
De triste mémoire d’un hier vieillissant
Symbole de l’opulence occidentale
D’un poussah poussif
Avachi dans un pousse-pousse
Tiré par un famélique asiatique.
 
Les pauvres en ce temps-là
Décharnés ressemblaient à des pauvres.
 
Depuis nombre de lunes obèses
Les choses ont changé
Le bruit des canons a parfois cessé
Ceux de la beauté ont évolué,
Pour les mots et les mets édulcorés
On a privilégié le fond à la forme,
Les rondeurs voluptueuses, confortables,
Des corps Rubens magnifiés,
Sont devenues obscénités
Pour belles robes présenter,
Elégance et distinction avoir,
Silhouette filiforme on doit se forger
Régimes et massages supporter
Saunas s’infliger
Vieilles peaux tirer
Pour son statut sa réussite étaler
Silhouette grecque statufiée se créer.
 
Réfutant le droit à la différence
L’on fustige
Ceux qui appétit inassouvi de vie
Sur leurs épaules de mal nantis 
Souffrant du poids lourd 
Des inquiétudes du demain
Voient arrondir leurs corpulences
Et plus encor l’embonpoint des Crésus  
Honni soit qui mal y panse.
 
Dans ce Monde, difforme, larvaire
D’injustice aux plateaux désaxés
Deux poids deux mesures
Sans commune mesure
Nabots aux pieds de cendre
Insuffisants du cœur
Sans votre magot vous partirez
Votre dernier pyjama
Point de poche aura
Vos dépouilles miséreuses
Seront votre seule mémoire
Sans intérêt.
 
©Gérard GAUTIER
 
Recueil «Errances choisies» 2011
 
 
 
 
 
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 07:44
Le sommeil entraîne les visages – Victor Varjac
 
 
 
 
Le sommeil entraîne les visages
dans l’étrange forêt de la nuit
où les silences
recouvrent de leurs mains
ce que les  hommes livrent
au spectre de l’indicible…
tandis que sous l’immense
pierre noire de la réalité
le chaos sans joie et sans limite
entretient les formes encombrantes
de ce piège muet
offert aux sortilèges !
 
Invisible et tenace
comme le gardien de nos vies
le silence retourne la pierre…
et se met à parler…
                       … de l’espace interdit
                       suspendu à la chute…
 
Alors les paroles du sommeil
dressent des murs d’ombre
et l’hiver traverse nos cœurs
purifiés par le feu du repos…
 
©Victor Varjac
Antibes, 1998

Extrait de « LE CHEMIN DES RÊVES » aux éditions Chemins de Plume




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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 07:41
Puretés Indécises - Lofti Belouad
William Turner
 
 
 
 
Des couleurs aux puretés Indécises
Flottent paisiblement dans les mirages de mes pensées
Caressant de leurs ondes précises  
L'insomnie de mon âme et le trouble de mon sommeil fané.
 
Des tourbillons de souvenirs,
Se heurtant à la clarté de l'imperfection
Et son être qui voulait bâtir,
Patiemment le fardeau de mon addiction.
 
Dans cette herbe verdâtre
Son âme amplifie mes sens et enlace mon corps.
Et le vent froid effleure ce théâtre
Où la vulnérabilité s'affirme comme la clé du trésor
 
La chaleur de ses lèvres roses
Adoucis l'indifférence de ce ciel gris.
Et nos mains blanches qui osent
S'embrassant aux yeux de ces visages surpris.
 
Mes doigts qui lisent chaque partie de sa peau
Et ses yeux qui m'attirent à l'aveuglette. 
Je me vois étouffer  au rythme de ses maux
Mourant noyé à la lisière de ses fossettes.
 
Des rêves aux attraits fragiles
Flottent paisiblement dans les mirages de mes pensées.
Caressant de leur beauté fertile
La pudeur de mon âme et la passion de mon amour lâché.
 
Souris encore comme dans ce banc noir
Pour emprisonner à jamais mes rêves et mon cœur
Dans cette bulle ou ton amour sera mon seul espoir
Et où tes lèvres seraient la demeure de mes joies et de mes peurs
 
©Lofti Belouad  
 
 
 
 
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:51
Peu à peu – Michel Duprez
 
 
 
 
Celui qui dit
vise,
celui qui se tait
se terre.
 
Plus envie ?
Donc plus en vie.
 
Car dire ou se taire,
depuis toujours,
est bien le choix qui divise.
 
Celui qui veut
peut.
 
Je sais : ça paraît peu,
mais il se peut qu'un peu,
parfois,
mine de rien,
quinte de tout,
soit déjà beaucoup,
d'autant plus
quand ce peu de tout,
avec le temps,
en fasse tant et tant
qu'il réponde à nos vœux.
 
Celui qui dit
vise
et, quand ses paroles font mouche,
il nous touche en plein cœur.
 
©Michel Duprez
 
 
 
 
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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 07:36
Le couloir – Djida Cherfi
 
 
 
 
 
         Dans la vie, soit on avance lentement et, on est  découragé, soit on se précipite et on se brûle les ailes. C’est ce que raconte ce poème pas comme les autres qui m’est venu en rêve.  Comme dans les rêves rien n’est normal, j’ai décidé d’écrire un poème en prose ! 
 
 
 
J’ai  encore fait ce rêve cette nuit ; ce rêve ou  je suis dans un long et sombre couloir ; ce rêve ou je marche piégée dans l’étroitesse de deux murs noirs. Je marche comme tous les soirs sans en voir le bout. Dans le froid, j’essaye d’avancer, et mes pieds gelés par un sol glacé ne doivent ni ralentir ni reculer. Je marche, je marche ; et à mesure que j’avance, le couloir s’élargit. A mesure qu’il s’élargit, j’avance encore et il  raccourcit ! Alors, je marche, oh oui, je marche ; les murs s’éclaircissent et leurs affreux tableaux disparaissent, laissant apparaître d’immenses fenêtres. Je marche et mes pieds froids se détendent sur un tapis chaud et doux comme du coton ; Couleur de braise et formes merveilleusement entremêlées. Je sens le vent souffler sur mes cheveux et embrasser mon visage ; il  apporte le parfum des fleurs de tous les printemps de mon enfance jusqu'à mes narines. Les fenêtres éclatent de rires chaleureux qui se mêlent au vent. Mon Dieu ! Je ne veux pas que cela s’arrête. Je ne veux pas que ça s’arrête ; mais je marche et mes pieds… ils regèlent ! Je marche et je recule, je n’avance pas… je ne marche pas ! Je m’écroule sur le sol froid ; je baisse la tête et les bras, devant ce long couloir étroit. J’aimerais tant me relever, relever la tête et fixer ce couloir qui n’en finit pas de s’étendre. Je le fixerais jusqu'à ce qu’il s’oublie ! Je me mettrais debout et marcherais. Non, cette fois je filerai comme un cheval au galop, un cheval libre et au galop.  Je me lancerais, si bien que mes pieds enflammeraient le sol, les murs et leurs tableaux exploseraient sur mon passage et la lumière me craindrait et hurlerait d’éclat. Le vent ne soufflerait pas, il m’emporterait, et je volerais. Ça y est, je vois enfin le bout ; La lumière est si forte… Mes ailes !! Je ne vole plus, je ne marche plus ; je baisse la tête et les bras, il est si long devant moi !
 
©Djida Cherfi


 
 
 
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