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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 07:48
Vivre d’un rêve – Alain Springer
Je veux, ce matin, rendre hommage à Alain Springer, décédé hier. J’ai eu la chance de le publier parfois. Et comment rendre un meilleur hommage à un poète qu’en publiant l’un de ses poèmes ?... Jean Dornac
 
 
 
 
* * *
 
 
 
 
Vivre d’un rêve, sur un nuage
Jusqu’au bout de l’espoir
 
Au tréfonds du mirage
Appeler de nos vœux le soir
Pour qu’enfin réunis
Nous portions ensemble
Nos cauchemars au pays de l’oubli
Nos cœurs à la joie d’être à l’amble
 
Ne plus craindre l’exil des amours perdition
Espérer pour toujours à perdre la raison
 
Au doux nom de l’amour
Construire une maison
De demains faits d’hiers
Mais sans comparaison
La perte totale des craintes
Le retour vainqueur de l’espoir
 
L’abandon des paroles feintes
Juste le faire et le vouloir
 
Ne chargeons pas nos lendemains
Des peurs, des regrets, des chagrins
Que le jour soit porteur d’espoirs
Tout comme hier en fut emprunt

 
Laissons les pleurs et la tristesse
Nos amours déçus, nos faiblesses
 
* * *
 
Nous penserons à la vieillesse
Lorsque nous n’aurons plus l’envie
D’être de fiers enfants sans laisse
Sans contraintes et sans interdits

Alain Springer©
 


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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 07:49
YING – SHAH – Claude Gauthier
 
Ce texte est très long, mais de grâce, prenez le temps de le lire il est d’une très grande qualité et profondeur de pensée… Jean Dornac
 
 
Ce récit d’Orient, relate les déboires
D’une intrépide bru, dont l’époux timoré
Subissait les dictats, coutumiers et notoires,
D’une mère à l’allant un rien immodéré…
 
 
Ainsi commence le conte. Lorsque Pu Songling auteur de contes fantastiques présentés sous le titre de « contes du Pavillon des loisirs », avoue ne pas avoir le talent d’un Gan Bao ayant vécu un demi-millénaire avant lui, c’est implicitement qu’il prouve l’heureuse persistance de l’écriture, buvant aux bassins de l’imaginaire. Présente depuis toujours dans nos cultures elle ne saurait être considérée comme un procédé narratif dépassé, à n’aborder dorénavant qu’avec un rien de commisération. Une présumée évolution des moeurs en en ayant balayé le genre. Admettons-le ! Mais pour quelle fin ?
 
Or, ni le temps ni les neuves formes n’y ont jamais rien changé. En bref, retenons que le conte est le meilleur des pédagogues pour atteindre en soi notre âme d’enfant, dont l’émerveillement rendra la leçon irrévocablement éducatrice. Au point que notre ratio tellement susceptible par nature, l’acceptera avec une amabilité non feinte. C’est là un moyen original de communication, unique parce qu’irremplaçable. Contre toute attente, les moeurs les mieux structurées, acceptent l’apport du conte comme un procédé formatif fondamental dont son économie vis-à-vis de la forme académique, nous affranchit alors d’un certain pédantisme qui se croit obligé. En somme, pareille Materia touche à l’essence même de notre nature, tellement nos sens s’ouvrent à lui sans détours.
 
Ce qu’est la nature humaine, chacun le sachant par l’expérience de soi, c’est le naturel de cette forme narrative qui permet d’y atteindre aisément. Nous convenons d’abord de leur évidence dramatique, à partir de quoi leurs conclusions pratiques s’imposeront pour vérités définitives ; leur cheminement historiel ayant apporté concomitamment leurs preuves intrinsèques. Hélas, il s’en fait par la suite, rarement une application personnelle, n’ayant pas suffisamment compris que nous venons de consommer sur le dos de notre propre histoire. Le fabuliste Louis-Marc Claude à propos du conte résume fort bien la chose : « chacun croit le lisant qu’il parle du voisin »…voire : « … l’on en croit la morale en réponse aux voisins ».
Pour exemple, les dissensions permanentes qui agitent le genre humain. De sorte que le conte achevé pose pour question : combien s’emploient, en fin de (u) … compte, à s’amender ? Laissons aller notre quatrain. L’Asie a répondu déjà :
 
 
Jong Tô, conteur habile à l’aimable cithare,
Recueille chez K’iu Yuan aux célestes métiers,
Maintes paroles d’or et de musique en pare
Délicat créateur, ses forts féconds psautiers.
 
Quand récités plus tard, sous les clartés lunaires
Au pied du Pic Sacré, de leurs jeux immortels
Les sages en diront les chants visionnaires,
Dont la mémoire exulte en nous les livrant. Tels !
 
 
* * *
YING – SHAH
 
 
 
 
Ying Shah, c'était son nom. Elle souffrait, otage
De quelque virago, mère de son époux,

Furia vengeresse aux basques du ménage,

Dont morbide chaque aube en aggravait le pouls.
Au point que la victime à force, se redresse
Pour un projet fatal.
 
« Ce sera sans remord
Qu’ulcérée il me faut au bout de ma détresse
Aller m’en affranchir, pour gage de sa mort ! ».
 
Ainsi soudainement, depuis trop longtemps, lâche,
Le souffre-douleur va, que soulève un dégoût,
Mettre un terme au péril à force qu’on le fâche,

Et pour unique fois porter le dernier coup.
 
Ying Shah, se porte alors chez un anachorète,
Célèbre thaumaturge en procédés expert

Qu’il entre dans son jeu, puisqu’elle se sent prête
A frapper qui la frappe et perdre qui la perd.
Elle va, souffle court, raide demanderesse,
Gravissant la montagne et ses rudes degrés
Inépuisable tant l’acharnement la presse.
 
L’Ermitage est atteint. Les cèdres au plus près,
Bercent comme à l’envi l’océan des nuages,

Et que porte l’azur dans ses bras transparents.
Là, d’inspirés jardins pleins d’odeurs, de ramages,
Enseignent le bonheur dignes et déférents.
Faut-il y consentir, car l’hôte en sa retraite

Peut d’âmes réprouver quelques desseins méchants ;
Et dont le sain répons pour le cœur en défaite

Le gardera du pire. Ô, l’asile avéré,

Où cueillant le Credo d’un sage cénobite,

L’esprit balbutiant en l’étrange séjour,

Récupère un signal ; qu’enfin le déshabite
L’épouvante de maux, par les moyens d’un tour !
 
L'homme en silence écoute. Or sa face mystique
Ne frémit pas d'un trait, quand le mortel besoin
Sur ces lèvres d'enfant les brûle, pathétique.

Il semble l'ignorer, les yeux perdus au loin,
Harcelé comme il l’est par l’amère pauvrette.
C’est alors que surgit, témoin des maux d’en bas
Leurs écumes qu’il fuit, le vol d’une mouette :
Subtile se gardant de menaçants trépas.
 
 
Le porte un arc-en-ciel libéré des abysses,
Comme aux jours du Déluge. Il berne les néants,
Y brasse ses couleurs en longs rubans complices,
Engendré selon Jah aux séjours des vivants.
 
Il la regarde enfin, lui livre sans ambages :
 
« Ce violent désir qu’enfle le désespoir,

Dénature ton cœur, alimente des rages

Promptes à s’enflammer. Je sens ne pas pouvoir
Détourner tes esprits de cette forfaiture.

Tu veux pour exorcisme un moyen radical,

Dont les effets seront de la pire facture !

Folle enfant t’en prévient mon art zodiacal !
Envisage plutôt l’option qui tempère,

Cette femme a des torts... sans remèdes, crois-tu ?
Se ressaisir vaut mieux quand l’âme désespère ;
Reprends-toi, négocie et vise moins tortu ».
 
Ying Shah se tait. Le sage en sent la réticence,
L’exaspéré vouloir de frapper méchamment,
Dont l’exécrable humeur fonde une pestilence :
Abattre la marâtre à force de tourment.
L’érudit sait, quand une oreille fait la morte
L’inutile besoin de la vouloir forcer ;
D’en conjurer l’emploi sachant en quelque sorte,
Que le moindre conseil ne peut que l’agacer.
 
L'homme cède. Il lui montre entre ses mains chenues,
Une coupe d'albâtre au couvercle d'argent :
 
« Tu masseras sa nuque et ses reins, paumes nues,
Ses hanches et son dos. C'est un terrible onguent !
Pour que son âme entière, enfin accaparée

Se livre assez, feins de l’aimer, écoute-la,
Apprends, selon ce plan, dès qu'elle s'est livrée,
Les merveilleux vaisseaux ».
 
L’homme ainsi lui parla.
Crispée Ying Shah saisit la mixture tragique,
Mais avant de sortir, lui revient la raison :
 
« Ce serpent que je tiens... »
 
« Tremble, qu'il ne te pique !
Aveuglément mortel, en oignant ce poison
Ne t’atteindrait-il pas ? ».

 
La fille lui reproche :
 
« Vous réprouvez mon geste, et pourtant vous voilà
Me condamnant pas moins ! »
 
 
« Toujours cette anicroche !
Ce que je vois ici, souvent je l’ai vu là !
Tout fauteur de délits a souci de lui-même,
Quand ses préparatifs propices à la mort,
Ajustés contre autrui pour une geste extrême,
Non sans effrois mollit quant à son propre sort.
Assez de discours vains, pour t’avoir reconnue,
Incapable à ce jour de te débarrasser
De ce projet pervers. Puisse-tu l’âme nue
Revenir sur tes vœux, juste avant que d’oser ;
Prends donc cette liqueur en guise d'antidote,
Elle est ta garantie où force le trépas ! ».
 
Déjà l'instigatrice à son souci dévote,
Abandonne les lieux. Elle hâte le pas,
Retrouve sa demeure, en son âme trafique
Des mimes d’empathie. Rôle amer, malaisé !
 
« N’est-ce justice enfin que ce destin tragique
Je m’en veuille affranchie ? Ô toi, martyrisé !
 
Voyez ! La bru propose à la mère surprise,
Souffreteuse souvent de calmer sa douleur,
D’en éteindre les feux à force d'entreprise ;
Et l’épouse du fils se mue en oiseleur.
Dès lors, à corps perdu qu’encourage l’audace,
Elle aide à ses couchers, l’accueille en son matin,
Rien ne lui fait défaut, présence jamais lasse,

A ce point qu’anobli s’infléchit leur destin.
 

 

Ying Shah revient en grâce. Lors, l'âpre belle-mère
L’inscrit indispensable arbitre de ses jours,
Chairs et âmes vont mieux, son bel art persévère,
Elle devient experte. Au point que sans détours
Non plus d’économie, il y va d’un miracle !
A ce luxe d'égards, l’aïeule ouvre son cœur.
 
Purgé, le pavillon revient de sa débâcle,
Chacune fait de l’autre intangible, une sœur.
L’époux que l’ambiance à coup sûr émerveille
S’étonne, mais se garde en marge des enjeux,
D’y regarder de près. Tout simplement, il veille
A ce que rien ne perce à nouveau de fâcheux.
 
Alors que dans le clan fleurit la connivence

Ying Shah, s’émeut soudain. Elle garde à l'esprit
Ses objectifs retors gagés contre l’offense :

Le poison va son train ! Pour sûr, elle nourrit
Une indicible horreur désormais, quand funeste
Son maléfique ouvrage ouvre sur un tombeau.
Car chemine en le corps de l’aînée une peste,
Dont la malignité s’enfonce sous la peau.
 
Elle espace dès lors les actes de massage,
Astucieuse tarde, en réduit le devoir,

Se donne pour primeur les tâches de ménage,
Sauf à renouveler qu’elle n’ose entrevoir,
 
 
La reprise de soins. Aussi :
« Jusqu’où la lèse,
Et pousse le poison appliqué librement ;
L’effet dévastateur, à quand - aux dieux ne plaise –
Les stigmates premiers d’un morbide tourment ? ».
 
« Ma fille et tu le sais, tes soins que j'apprécie,

Me font défaut depuis ces quelques derniers jours,
Mon âme tout entière en l'attente, te prie...

Prends subtils, tes onguents... je quitte mes atours... »
 
« Un regrettable ennui, selon l’apothicaire !
Les chaloupes du fleuve ont eu quelque avatar,
Et les simples cueillis sur la Montagne Claire,
Rentreront m’a-t-il dit, avec quelque retard !
 
« Demain ? Rassure-moi !»

 
« Je cours aux officines
Ô Mère, assurément. Dès l’aurore j’irai,
Et le soir à coup sûr, j’aurai vos médecines ».
 
« Puisse-tu mon enfant, par le Ciel dire vrai ! ».
 
Evidemment Ying Shah n’a qu’un désir en tête,
Celui de quémander par le même chemin –
Salvateur cette fois - où vit l’anachorète,
Qu’elle obtienne de lui l’antidote au venin.
Elle a fait le serment, autre que lettre morte,
Qu’il ne subsiste rien de son affreux penser,
Manière de sauver sa proie en quelque sorte :
 
« J'abattrai ce fatum, il le faut devancer ! ».
 
Tôt matin elle va, comme à marche forcée,
L’angoisse l’accompagne et qu’attise l’effort,
Pour retrouver enfin, au bout de sa visée
Le salvateur parvis. Le thaumaturge dort.
 
« Attendre est impossible... il ne se peut... j'appelle ! ».
 
Elle bat le chambranle et fait vibrer le gong,
Un vol de cygnes blancs s'éloigne à tire-d'aile.
 
« Seigneur ! Pour mon secours, je demande pardon !
Souvenez-vous de moi, de la terrible astreinte
Imposée à ma mère à la vouloir meurtrir !
Aujourd’hui du poison, en déliez l’étreinte
Et son spectre sournois, qu’elle n’aille en mourir !

 
L'autre, immense, est debout. Dans l'air vibrant qu'il hume,
Il compte les sanglots de l'enfant sur le seuil.

 
 
« Puis-je rendre à l'oiseau qui la perdit, sa plume,
Les épaves au port déchirés par l'écueil ?
 
« Ce que la main lia, la main peut le défaire
Maître, en neutralisant les effets de ce mal !

Et si rien ne peut plus jamais nous en abstraire
J’irai boire à dessein quelque filtre fatal ! ».
 
Le sage se retient et remise la foudre

D’une juste semonce. Il s’interdit l’excès,

Dont tout amer vengeur choisissant d’en découdre,
Se prive rarement des griffes d’un procès.

Le poids de son silence, il en connaît les normes,
Son éminent pouvoir aux abysses des cœurs,

Y reprend les aplombs, en dégauchit les formes,
Morbides les dénonce et fait que les humeurs,

Se retrouvent cadrés. Assez de zizanie

Être calme est la clé ! La meilleure leçon
 
Est qu’une conscience enfin s’ouvre à la vie

En accepte le droit et cède à la façon

Dont la Vérité signe unique sa réponse.

Quel est l’état, la part de qui, de quoi, comment
Des choses, de leur fin que la sagesse annonce
Et que l’aveugle ego quoi qu’il en pense, ment.
 
« Allons ressaisis-toi, n'ajoute à la traîtrise,
Tel autre projet fou de t’aller supprimer,

Mais plutôt considère, en quoi notre entreprise
Assura votre gain ! Ayant pu sublimer –
Mobile à part - l’amour d’une mère qui t’agrée,
Feignant de te céder un maléfique agent,
J’en tournai la fragrance et mis dans sa livrée
Qu’il ne soit à la fin qu’un séducteur onguent.
Quant à mon antidote, euphorique breuvage,
Il te rendit habile en multiples faveurs ;
Nos contraires n’avaient pour promesses en gage,
Qu’une pure alchimie. Et vous devîntes sœurs !
Prisonnière au début d'une injuste souffrance,

Ta haine relayant la vindicte et son lot,
Je fis que mon astuce usât de bienveillance
Etouffant vos brandons, comme on noie un brûlot.
Femme debout ! En paix, retourne à ta famille,
Ajoute à ce qui manque, et freine les excès,

Tout comme cette mère a retrouvé sa fille,
D'autres vous imitant, atteindront au succès ! ».
 
Le doux sage l’invite. Il monte au belvédère,
Où grave et généreux l’Universel s’étend.
 
« Viens donc ! Regarde au loin les portes du Mystère,
L’homme ce forcené toujours impénitent,

En disloque les huis, ravage la nature

Pire, la sienne propre à force de combats ;
Au point que sa survie annonce une gageure :
Retrouver quelque Eden, dessous tant de gravats !
 
 
Prends conscience, admets et lucide énumère,

Ici, là, comme ailleurs, la chute de naos,

Quand ta vile corvée, elle aussi délétère,

Participe non moins d’un infernal chaos.

Depuis toujours hélas, les postures de l’Homme,
Contestables lui sont coûteuses par excès,
Méprisant les leçons dont il se moque en somme...
A quand, quelque authentique et pérenne progrès ?
 
Dans l’heure qui suivit au long de sa descente,

Ying Shah, cœur, âme ouverts dans leurs replis mortels,
Ramène du Haut-Lieu, dont neuve elle s’absente,

De quoi recomposer des séjours éternels.

Lui, prenant à témoins et le temps, et l'espace :
 
« Lorsque l’Homme éperdu, pour jamais harassé
Enfin, prendra sur lui les enjeux de sa Race,

Il se reconnaîtra dans Qui l’aura pensé ».
 
©claude gauthier
 


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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 07:46
Mon homme – Michèle Freud
« Le buveur d’absinthe », Viktor Oliva
 
 
 
 
 
« Faut que je vous dise, mon homme, il perd la boule, il a comme une écrevisse dans la tourte. Non seulement, il n’en fout pas la rame, mais très souvent, il est saoul comme une tique. Sa maxime préférée, je vais vous la cracher : « Dans le doute, absinthe-toi ! »
Et, à longueur de journées, mon homme, il s’absinthe…
 
Et qui est-ce qui fait bouillir la marmite ? C’est Mézigue ! Mais vu le peu de fric que je ramène, je suis toujours dans la dèche. Et quand ce pochard en déroute me refile quelques tunes, c’est de la roupie de sansonnet !
 
Comment ai-je pu l’avoir dans la peau, ce mec à la manque, avec ses petits yeux en trou de pipe, ses rouflaquettes poussives et ses rares plants de cresson sur le caillou ? Et ses gueulantes ? Parlons-en de ses gueulantes à réveiller les macchabées : elles m’aplatissent comme une punaise, me coupent la chique, me cauchemardent.
 
Je pourrais lui balancer : « Embaluchonne tout ton Saint Frusquin et débarrasse-moi le plancher. Tu n’es qu’un emplâtré, une chiffe, un empaillé. Je ne peux plus te voir en peinture et en plus tu me fous le bourdon. Je pourris aussi me tirer. Mais pour aller où ? Au paradouze ? Oui, c’est ça, au paradouze. Parfois c’est drôlement bon de se monter le bourrichon ou comme chantait ma petite mère poule : « C’est du nanan de se monter le vert en fleurs ! » C’est-y pas bien jacté, ça ? Mais il ne faut quand même pas trop halluciner. Je sens bien que toute ma carcasse bat de l’aile. Mais qui voudrait m’allonger toute une flopée d’achetoirs pour une grosse révision de toute la mécanique ?
Ah quelle chienne de vie, sans la moindre loupiote dans la ligne de mire !
 
Pour sûr qu’un jour, quand je serai trop dans la limonade, quand j’en aurai ma claque de cet arsouille toujours en rogne, je me ferai sauter le caisson, oui je le jure, je me ferai sauter le caisson…
 
Mais qu’est-ce que je raconte ? Je ne vais quand même pas me flinguer pour un mec ! Redresse-toi, la grande, prends un marteau et fracasse tes chaînes. Et maintenant, respire un bon coup. Respire le bon air de la liberté !
 
©Michèle Freud
 
 


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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 07:44
Empreintes – Denise Bernhardt
 
 
 
 
Nous avons vécu
Si peu de choses,
Quelques baisers sur les joues,
Des pétales de rire dans le cou,
Et mes doigts qui jouaient
Avec les lignes de ta main.
Nous avons échangé
Quelques nuages d’encres
Dilués dans les abîmes
De l’absence,
Et les remous des passions.
Mais j’ignore pourquoi
Le temps n’a pas voulu
Effacer nos errances.
Tes brumes m’environnent,
Avec toujours le même chant,
Et murmurent en nos cœurs
Les ruisseaux irisés
De nos balbutiements.
 
© Denise Bernhardt

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « La mangrove du désir », aux éditions Le chasseur abstrait.




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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 07:34
Le réseau supérieur – Luce Péclard
 
 
 
 
Les liens de l’amour,
Indéfiniment extensibles,
Etendent leur réseau serré
Sur les friches humaines.
 
Et les plus belles plantes
Peuvent y apparaître,
Les fleurs les plus inattendues
Y croître librement.
 
C’est le seul filet
Qui retient le monde
Au bord de l’abîme !

© Luce Péclard
 
Extrait du recueil de Luce Péclard, « LA FORCE DE L'ELAN » aux éditions du Madrier
 
 
 
 
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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 07:37
Espoir masqué – Nancy Turnier-Férère
 
 
 
 
 
Je te demande pardon,
Je verse des torrents de larmes,
Je languis la frénésie et le charme
Des jours et des nuits.
Je m’égare parmi les buis
Je me sens comme un oiseau
Sans ailes au printemps nouveau,
Comme une fleur oubliée et fanée.
Notre amour ne suit plus un cours aisé
Et je dis pardon.
 
Oui, pardon !
Rien que pour de nouveau voir
Ton reflet séduisant dans mon miroir.
Te bercer dans mes bras toute prête,
Et que revienne le temps des fêtes.
Délivrer mes douloureuses peines,
Accéder à mon espoir caché sans rênes.
Accueillir tes désirs et tes vœux souhaités.
Et bannir ma douleur amère à supporter,
Je te demande pardon.
Ne dis plus non
 
©Nancy Turnier-Férère
 



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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 08:07
Coquelicots de mon enfance – Victor Varjac
 
 
 
 
 
Coquelicots de mon enfance
vous êtes revenus
comme une grande blessure
enflammer l’herbe folle
qui galope
sur les talus sauvages…
Papillon végétal
vous accompagnez notre marche
d’une touche légère
et d’un sourire de sang…
Ô cœurs libres et offerts
au milieu des blés mûrs
qui bruissent comme l’océan
sous les caresses de l’air…
Vous êtes la promesse et le rêve
de la saison de feu
incarnant le frisson
de cette couleur vive
qui surprend la prairie
allongée sous le jour…
Coquelicots mes amis
ne craignez rien
j’aime trop votre visage
tourbillons d’oriflammes
qui traversent la plaine
d’un rire incandescent
pour serrer
vos tiges fragiles
entre mes doigts curieux…
Ô que de souvenirs
et que d’images tendres
m’appellent et me lient
à cette fleur délicate
dont l’éphémère beauté
refuse en expirant
nos prisons de cristal…
 
©Victor Varjac
Antibes, 27 mai 2003

Extrait de « LE DRAGON DE POUSSIÈRE » aux éditions MELIS




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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 07:44
Octobre en Avesnois - Béatrice Pailler
 
 
 
 
Octobre, les feuillages s’enflamment. Ruisselures, étincelles crépitent, frôlent les nues. Échappées des forges de l’automne, des broderies d’orfroi courent au ciel, elles sont de cuivre fondu. De loin en loin, parmi les verdures assombries, des oriflammes d’or roussi s’avivent noyés d’humide grisaille. Dans l’écrin trouble des houles enherbées, sous le camail cendreux des cieux, la Sambre se plisse de pluie et aux berges cages, les écluses serties de bruine scintillent.
Chienne ou louve, l’heure métisse, maîtresse du canal, se mire dans l’onde. Les rousseurs végétales et les berges s’estompent dans la torpeur froide des vapeurs automnales. Le ciel larmoie, un oculus rouge tache le rideau des brumes. Et au miroir des pluies, la Sambre, anguille dormante sous le voile d’étain, guette le couchant.
Octobre en Avesnois, ici, au banquet des forêts de l’ombre, l’automne festoie, et sur le canal cendré, dans la déchirure de ses eaux, une veine flamboie.
 
 
©Béatrice Pailler
Revue Traversées
N°79 Mars 2016
 
 
 
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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 07:46
Cri « Terre » - Michel Duprez
Vladimir Kush
 
 
La mine sombre, l'homme au large est sur ses gardes. Il crie plus fort que les vagues : « J'ai fait tout ce que j'ai pu mais tout se plie ou se brise et coule à pic. Il y a houle et le vent souffle, on est loin, très loin des côtes, seuls en pleine mer, face à la pluie, au feu du ciel, sur des flots de larmes, des larmes de sang, à voir nos corps, la mort dans l'âme, sous leurs draps de chair et d'os ».
 
Quand tout à coup une voix fend l'air : « Terre ! ».
 
Il y a du sable en vue, la vie de plus en plus proche.
 
« Ouf, on est saufs », dit l'homme à ceux qui se tiennent par la main près de lui, les nerfs à fleur de peau.
 
La terre, oui, la terre, celle qui nous laisse à tous le temps de vivre et le choix de l'heure où, presque à bout de souffle, on pense tout haut les trois mots qui nous font si peur : « Je suis prêt ».
 
©Michel Duprez
 
 
 
 
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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 07:41
Principes fragiles – Djida Cherfi
 
 
 
 
Parfois je me demande pourquoi quand tout va bien,
Tous les bons vieux principes prennent des vacances.
Alors que quand les choses vont de travers,
On cherche la foi et on espère pénitence.
On s’invente des bonnes volontés et des actions,
On fait des efforts ; on s’improvise « bon ».
On se surpasse ; on devient... prophète !
On se permet des conseils sur la vie, de quoi elle est faite.
On devient les meilleures personnes que dieu ait créées.
Mais voilà, le diable ressurgit aussitôt que le mal disparaît.
On oublie trop vite qu’on peut succomber,
Parce que dans la vie, il y a des choses difficiles à réaliser.
Des choses simples, évidentes et spontanées
Des valeurs qui n’auraient pas de délais.
De simples expériences, qui peuvent parfois marquer,
Dont on devrait parler pour se rappeler et se libérer.
Se libérer pour une plus grande sagesse d’esprit,
Qui parlerait mieux de ce qu’est vraiment la vie.
 
©Djida Cherfi
 
 
 
 
 
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