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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 07:35
Partout à la fois – Luce Péclard
 
 
 
 
Ce fil qui nous relie
Toi et moi, vous et nous,
Aussi loin soyons-nous
Dans l’espace et le temps,
L’un par rapport à l’autre.
 
Mais le « loin » souvent devient proche,
Et le « près » gît à mille lieues…
 
Quel est ce fil que rien ne casse,
Indéfiniment étirable,
Qui résume et englobe tout ?
 
La base et le sommet,
Le nadir, le zénith,
Point zéro, infini,
Centre et circonférence,
Passé, présent, futur ?
 
Ce lien d’ordre exceptionnel,
C’est l’Amour inconditionnel.

© Luce Péclard
 
Extrait du recueil de Luce Péclard, « LA FORCE DE L'ELAN » aux éditions du Madrier
 
 
 
 
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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 07:27
AVATAR – Nancy Turnier-Férère
 
 
 
 
Je commande une journée bourrée
De souhaits de joie et enveloppée
D’une pluie métamorphosée en rêverie
Sans fin, d’un paysage assombri à l’infini.
Le destin m’offre une journée pluvieuse
Qui se déborde à verse et s’avoue chanceuse,
Pour moi seule.
 
Journée palpitante changeant la nature,
Les êtres, les allées, les sentiers et les murs.
Pluie et arc-en-ciel, zéphyr somptueux,
Buées de la terre au bouquet vaporeux,
Étrenne folle et bizarre aux confins du cœur
Se délocalisent et s’ornent d’une écluse d’heur,
Pour moi seule.
 
Je déballe mon présent à la hâte afin de jouir
De cette résonance qui bruisse sans finir
Sur les tôles ondulées de ma case. Le sol assoiffé
Et les arbres dénudés de fleurs au ton vif, coiffés
De cette eau bénie du ciel qui chasse la chaleur,
Change le papillon et la libellule d’une autre couleur,
Pour moi seule.
 
Cette métamorphose aux trésors prodigieux,
De ce jour non étoilé et fastueux,
Qui charme et fascine une pluie tiède d’été,
Invite la tristesse et le désespoir à s’égarer.
Ces brindilles de gouttelettes ensorcelées
Me grisent et se noient sur ma face émerveillée,
Tout, pour moi seule.
 
Une aire bohémienne sans effroi
Sans soucis ni décrets ni lois
Me déguise en gitane d’un air érotique.
Avant que la dernière goutte ne me quitte,
La nature me choie me dédie sans limite
Une nova aveuglante aux rayons radieux
Me lance en flèche vers la cour des dieux
Sans angoisse, pour des lendemains heureux,
Pour moi. Pour moi toute seule.
Ce que j’aime mon cadeau !
 
©Nancy Turnier-Férère



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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 07:45
Scellée avant le premier pas – Victor Varjac
Les Misérables / Victor Hugo.- Paris : J. Hetzel et A. Lacroix (Gallica bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
 
 
 
 
Scellée avant le premier pas
l'existence véritable
n’appartient qu’à ceux
qui nous exploitent
mais peut-on feindre l’absence
quand pour le monde
où grandissent les hommes
nous n’existons pas ?...
 
Alors… vite… vite… vite…
jetons un peu de couleurs
sur le grain de béton
pour marquer notre passage
d’une anonyme signature
ou d’une lettre admirable
de l’alphabet du cœur !...
 
Vite un mot
un cri de couleur
une forme rebelle
sur la pierre grise
pour qu’après notre mort
on puisse toujours entendre
le hurlement du silence
révolter les vieux murs !...

© Victor Varjac
Antibes, le 10 juillet 2000

Extrait du recueil « l’Homme Imaginaire » aux éditions MELIS



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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 07:45
Terril – Béatrice Pailler
 
 
 
 
 
Un appel tremble, un cri, faible et, dans le soir, sous la platitude des cieux, ce puits de chagrin, l’horizon, navré, s’éteint.
Devant la lune plénière, dans le vallonnement adouci des wagons dispersés, l’ancienne plaine de triage moutonne mollement. Aux flancs des ferrailles fossiles, croissent des lumières folles. Dans le désordre des mâchefers et des terres corrompues, une végétation brouillonne cherche sa voie. Au sol durci, des feux éphémères, mouillés de cendre, fouillent une terre de roche où naviguent serpentelets de goudrons et cordons de brumes lourds de scories. Une odeur de minerais flotte, le souvenir des houilles-mortes.
Dans la presque pénombre, le fraîchissement des pluies peuple la solitude où, inlassablement, conversent vent et feuillage où, parmi les herbes, dans l’étalage des verdures, niche l’averse. De loin en loin, troublant l’errance, un tertre grandissant marque la nuit. Montagne ? Volcan ? Le cône minier soulève son corps.
Montagne-terril, au pays minier se lève l’appel, mémoire des hommes.
 
©Béatrice Pailler
Revue Traversées
N°79 Mars 2016




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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 07:47
Fini de rire – Michel Duprez
 
 
 
 
 
Je ricane. D’accord, je n’ai pas souvent rigolé dans la vie. La vie elle-même, d’ailleurs, n’est pas toujours drôle. Pourtant, ne me croyez pas si vous voulez, mais rire, dans certains cas, peut s’avérer extrêmement dangereux…
 
Ce que je vous dis est très sérieux, même si j’ai la réputation d’être l’abracadabra du bric-à-brac poétique, le coup de matraque à la métrique, le roi du troc trop à l’étroit dans son costume étriqué, bref le trouveur qui se souvient encore avec fierté d’avoir fait ses premiers pas comme plongeur dans l’Eurêka et qui, aujourd’hui pétrifié face à vous, est mort de trac.
 
Voyons, voyons, un peu de bon sens, je vous prie, et réfléchissez : il faut être tordu pour se plier en quatre, trouver normal d’avoir la rate dilatée, de se fendre la pipe ou d’en arriver à devoir se tenir les côtes juste pour ne pas étouffer de rire ! Et même si quelques-uns, au bout du compte, ont fini par se dérider, vous pensez qu’ils ont rajeuni pour autant ? Nenni !
 
Tiens, c’est marrant, tout d’un coup on n’entend plus rien ! Forcément : ils sont tous morts de rire.
Après ça, on dira encore que le ridicule ne tue pas !
 
©Michel Duprez




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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 07:43
Un poème pour ma grand-mère – Djida Cherfi
 
 
 
 
Toi qui étais orpheline,
Qui a grandi sans parents,
Toi qui étais orpheline,
Tu as vu mourir tes enfants.
Tu as laissé en ce monde un vide immense.
Toi qui as toujours porté sur ton dos,
Des soucis, des malheurs et des fardeaux.
Toi qui as toujours obéi,
Tu n’as jamais eu d’ennemis.
Tu as laissé dans mon cœur un vide immense.
Toi qui as toujours offert
Les bras et le cœur ouverts.
Toi qui n’as jamais cessé de rire,
Tes histoires et tes blagues sont nos meilleurs souvenirs.
Tu as laissé un monde froid et vide de sens.
Toi qui as vécu sans parents,
Tu avais la bravoure d’un roi.
Tu nous as quittés si brusquement,
Nous sommes orphelins de toi !
 
©Djida Cherfi



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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 07:41
Un vent chaud – Michel Bénard
 
 
 
 
 
Un vent chaud caresse le silence
Et le bleu d’un ciel immaculé,
Au cœur d’une corolle d’or
J’effleure les veines de l’éternité,
Butine le pollen précieux
Du mystère de la création.
L’instant présent se charge d’intemporel,
Voici déjà le voile du soir,
L’astre solaire amplifie
L’orange de sa sphère,
La nuit tombe vite en terres d’Afrique
Laissant place aux esprits des anciens
Qui se font passeurs de mémoire,
Traducteurs du livre des morts,
Mais aussi de celui des vivants,
En ravivant les cendres
Des feux abandonnés
Jusqu’à l’embrasement
Des premières heures du lever du jour.
 
©Michel Bénard.
 
 


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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 07:41
Parlure de marins – Ode
Photo : Le Rocher Percé, Gaspésie, Québec. Ode©
 
 
 
 
J'arrime le cœur du temps
Afin qu'il se fige
Que plus rien ne bouge
Que je le peigne
L'immortalise

 
J'aboute les cordages des ans
Pour ne pas oublier
Mes amours, mes enfants
Ce que fut ma vie, ce qu'elle est, et
Deviendra
 
J'accoste mon âme à ton navire
Pour que tu me saches là
Où que tu sois
Regarde à tribord, vers l'avant
Je me tiens à ta droite
 
Et le vent adonne tes voiles
Le Fleuve te portera jusqu'à mes eaux
Tes agrès et les allures sont sûrs
Tu arriveras à bon port
Au printemps
 
Et j'amarine mes vœux
Avant de partir vers les mers lointaines
Où tu me mèneras
Ton amer repérera l'île
De notre séjour
 
Je te conduirai à l'Anse
C'est mon jardin secret
Nous nous y aimerons
Puis nous appareillerons
Vers d'autres rivages
 
Et nos voilures légèrement ardentes
Seront témoins de notre bonheur
Les étoiles étincelantes
Éclaireront notre chemin
Jusqu'au bout du voyage, jusqu'à la fin

 
 
 
 
 
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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 06:26
Monique… - Jean Dornac
 
 
 
 
Je ne sais pas pourquoi nous sommes nés
Je ne sais pas pourquoi nous devons mourir
Je sais, enfin.. je pense que je vis,
Mais qu’est-ce que cela veut dire ?
Je l’ignore comme tous ceux
Qui doutent qu’un dieu existe
Et se sentent infiniment seuls…
 
Pourquoi ces questions vitales ?
Parce qu’une amie est morte
Parce qu’elle a choisi de partir
Comme on dit pudiquement
Pour taire le mot « suicide » !
Mais à bout de souffrance
Comment ne pas la comprendre ?…
 
Elle a tiré le voile de fin sur sa vie
Venant d’un autre continent
Pour finir sa route non loin d’ici
Dans un pays que l’on dit neutre…
Cela ressemble à un suicide
Mais tâchons d’être un peu lucide
C’est un système qui l’a poussée…
 
Dans son pays, pas de soins gratuits
Pas de prise en charge valable
Le message tragique était :
Tu payes ou tu meurs !…
Les sans-cœur étaient au pouvoir
Les sans-âmes prenaient les décisions
Ils n’avaient qu’à mourir les trop pauvres !
 
« Ils ne servent à rien les gueux
S’ils ne remplissent pas nos caisses
Ils ne sont que bouches inutiles
Ils ne sont que des êtres nuisibles
Voire possiblement des ennemis
Du système qui, si bien, nous enrichit !
Sans argent à donner, qu’ils crèvent !... »
 
Monique ! Oui, ils t’ont tuée
Refusant de te soigner
Lorsque c’était encore possible !
Ils t’ont condamnée
Car ils ignoraient la compassion
Ils ne reconnaissaient que la richesse
Et la leur comptait plus que ta vie…
 
Mais leur vie n’est rien qu’un naufrage
Certes, leurs cales sont pleines
Des larcins commis contre nous tous
Mais si le ciel est vide
Leur âme n’est que néant
Et si le ciel est habité
Ils se puniront céans !
 
Pour avoir préféré leurs coffres à l’Amour
Ils habiteront dans les ténèbres !
Et toi, belle âme au corps lourdement torturé
Tu vivras dans l’éternelle lumière…
 
©Jean Dornac
Lyon, le 11 février 2017
 


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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 07:42
Jonathan – Claire Prendkis
 
 
 
 
 
Pour toi, qui passes devant cette plaque sombre, collégien râleur,
balançant ton sac, léger, en route vers le café du coin
n'oublie pas et ce c'est pas si loin
qu'un jeune comme toi courait, portant ses livres, rieur

Un jour, ils sont venus, bruits de bottes et chiens
il n'a pas compris, il n'a pas crié, il ne le pouvait,
il l'ont pris, ils l'ont fait avancer, son livre est tombé
Ils l'ont emmené, là-bas, fracassant tous ses liens.


Ils l'ont traîné là bas loin, dans un camp enneigé et sombre
que sur la carte il n'aurait su même pas trouver
que le prof de géo n'osait même nommer
un pays froid, un pays d'hiver où il devient une ombre.

Il attendit à Drancy dans la stupeur puis les cris
les chiens hurlaient, sa maman priait son dieu
son grand- père ne criait plus, il avait compris, le vieux
l'accueil en France, c'était bien fini.


Quand tu passes léger, rieur et sifflotant,
n'oublie pas qu'il n'y a pas si longtemps
un garçon comme toi, un certain Jonathan
a quitté pour toujours ce trottoir en pleurant
 
©Claire Prendkis
 
 


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