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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 06:42
©Marko Koenig

 

Un texte de Louis, reçu de Jeanne, texte qui résonne au fond de nos âmes, comme s’il nous le lisait de là où il est désormais… Jean Dornac

 

 

 

 

 

C’est mon tour d’aller voir mes pères,

Je n’en suis pas très partisan

Mais c’est là notre fin dernière,

La vie toujours va se brisant.

Le futur n’est plus ma matière,

Je vous fais présent du présent :

Quel plus beau cadeau puis-je faire ?

 

Elle vous attend votre terre,

Aimez-là, soyez bienfaisants

Et surtout, jamais méprisants

Envers le moindre de vos frères ;

Je vous fais cadeau du présent,

C’est le mieux que je puisse faire.

 

C’est un voyage séduisant

Qu’avec elle vous pourrez faire

Si vous avez du caractère

Sans jamais être courtisan ;

Je vais aller me reposant,

Il est grand l’if du cimetière

Que nous avons planté naguère

Et son ombre est des plus légères…

Je vous fais présent du présent :

Quel plus beau cadeau puis-je faire ?

 

Nous sommes tous des éphémères,

Je le savais m’appauvrissant ;

Je me suis bercé de chimères,

Mon école était buissonnière,

J’ai bossé tout en m’amusant

Mais j’ai formé des âmes fières,

On ne réussit qu’en osant.

Je vous fais cadeau du présent,

C’est le mieux que je puisse faire.

 

©Louis Delorme  

Extrait de « Chansons que tout cela »  

 

 

 

 

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 06:26
Photo de Béatrice Gaudy – Arbuste du Champ de Mars

 

 

 

 

La mort est dans la rue

le printemps aux fenêtres

Pendant que la maladie court les villes

des arbres fleurissent

Lorsque les fleurs seront devenues pommes

                  le temps joyeux

      des réunions de famille et d’amis

                   sera de retour

 

      * * *

 

Lo mort ei din lo charrièro

lou printèmes à la fenèitra

Pendènt que lo malàudio cour la vila

daû aubrei flurissen

Quouro la flour siran devenguda pouma

                  lou tèms jouious

         de la reünioun de famiho e d’ami

                       siro tourna

 

      * * *

 

La morte è per strada

la primavera alle finestre

Mentre la mallattia gira le città

degli alberi fioriscono

Quando i fiori saranno diventati mele

                  il tempo gioioso

         delle riunioni di famiglia e di amici

                      sarà tornato

 

©Béatrice GAUDY

 

Les traductions sont l’œuvre de Béatrice Gaudy  

 

 

 

 

 

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 06:45
Collage de Michel Bénard©

 

 

 

 

avant que ne s’ébruitent

les fureurs de la ville

je t’écrirai ces mots

de mes lèvres humides

comme pour effacer le voile

qu’un désir encore humecte

 

en ce matin sans fard

où se défroisseront les étoffes

je dénouerai mes syllabes

au nom de nos transparences

et de nos doigts en jachère

 

je t’écrirai avec ma sanguine

parce que des écailles vernissées

ont permis à nos sèves

de glisser sans laisser trace

 

nos losanges taillés

ne se sont emboîtés

que l’instant d’un sourire

 

aux parfums d’impatience

respiraient les aiguilles

de boussoles incertaines

 

vague et divague

encore

une poignée d’aurores

 

je t’écrirai l’inachevé

au seuil d’une page

 

que l’absence épuise 

 

©Claude Luezior

 

 in : Jusqu'à la cendre, Ed. Librairie-Galerie Racine, Paris, 2018

https://editions-lgr.fr/claude-luezior/  

 

 

 

 

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 06:43
Photo d’archives PN

 

 

 

 

Il semble que le ciel tout à coup va s'éteindre

que l'eau dans les rivières s'en retourne à la source

que la vie diminue, que la sève s'assèche

Il semble qu'en amour on étreigne des ombres

La lueur du matin ne laisse aucun espoir

mais un éclat d'acier, avec des remous sombres

qui vous crèvent le cœur tout en broyant du noir

Il semble que la vie s'éloigne et refroidisse

et qu'un matin noyé on trouve entre ses bras

la cage pulmonaire sans oiseau de lumière

 

On est seul, suspendu au souffle de l'Ailleurs

On a le souffle court, où sont donc les prières ?

On croise fort les mains avec dans ses doigts nus

la pensée noyée d'encre et la voix éperdue

car la vie s'en retourne par les sentiers de guerre

Où est ce port lointain reposé de prières

que l'on trouvait en soi à chaque coin de rue ?

Où est donc la maison où le grillon espère

ce fronton qui s'éclaire tel une friandise

cet âtre d'autrefois qui toujours fleurdelise ?

 

Il semble que le ciel va tout à coup s'éteindre

Impossible de dire si vous êtes en ce monde

plus personne n'entend votre voix qui murmure :

''Je sens partir ma vie... Appelez mon mari...''

Il semble qu'on chuchote un ou deux mots bénis

une voix qui soupire : ''Arrêtez, c'est fini ! »

et vous, vous entendez «  Faites entrer l'Infini ! »

 

Il semble que le ciel tout à coup va s'éteindre

Pourtant en haut des murs un rayon le défie

l'arc-en-ciel sort du gris, tous les enfants l'ont vu

avec dans le regard l'azur qui leur sourit...

 

Il faudra cette fois s'embrasser et s'étreindre

La vie refleurira innocente et bercée

du souffle reposé de ceux qui sont partis

 

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

 31 mars 2020

 

 

 

 

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 06:44
Je me souviens… ton visage s’émerveillait de tout… Nicolas van der Waay

 

 

 

                                                                  A ma mère

 

 

 

Les jours ont envahi

les berges de l’enfance

et le rêve encore vierge

est devenu confident…

Les chemins sont des pas

qui se multiplient

comme autant de promesses

à la course légère…

Tu étais un arbre

si jeune

qui s’émerveillait de tout

marchant près de la Source

et buvant le ciel

aux murmures d’espérance…

Mais la guerre est entrée

mutilant à jamais

ton visage innocent…

La fête prit fin

dans les flammes

d’une saison

que les armes brisèrent

pour le profit

de quelques-uns…

Ton rire émerveillé

devint un souvenir…

Le quotidien recouvrit

le sentier du bonheur

d’une blessure noire…

Les heures aux joues creuses

traînèrent dans la ténèbre

un monde si lointain

qu’il n’avait plus de corps…

Heureusement

ton cœur voyage

plus droit… plus fort

que la triste souillure…

Il cache une lumière

qui ne s’épuise pas

Derrière ton visage

où les ans sculptent

avec lenteur

l’astre de la vieillesse

j’entends toujours

le rire cristallin

de la petite fille

qui parlait aux fleurs

aux nuages qui filaient

toutes voiles dehors

vers l’horizon moqueur…

Tes quatre-vingt-sept ans

retrouvent la marche

des chemins d’autrefois

et dans le miroir des anges

le rêve de l’enfant

est une signature

qui ne s’efface pas !...  

 

© Victor Varjac

Antibes, 22 octobre 2011

 

Extrait du recueil « Les fiançailles de l’aube » aux éditions Chemins de Plume

 

 

 

 

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 06:25

 

 

 Claude Luezior : « Jusqu’à la cendre »

Liminaire de Nicole Hardouin

Illustration en 1ère de couverture de Jean-Pierre Moulin

Editions Librairie-Galerie Racine – Paris –

 

 

Claude Luezior «  Jusqu’à la cendre » : l’ultime attente de l’aurore.

 

L’œuvre de Claude Luezior est considérable et d’un éclectisme saisissant. De ce fait, il s’avère toujours délicat de penser s’en approcher sans risque d’égarement. Où vouloir y maintenir son attention sans se fourvoyer ? 

« Jusqu’à la cendre », est l'un des plus emblématique parmi ses cinquante ouvrages, car il s’annonce comme une sorte de confession à pas de velours. Le titre à lui seul est porteur d’un signe préfigurant une forte symbolique. D’ailleurs, sa préfacière, Nicole Hardouin, qui est indéniablement une plume avisée, nous situe parfaitement le contexte de l’ouvrage de Claude Luezior. Jusqu’à nous faire voir, dans l’ultime de ces « cendres »,  une nuance d’espérance.

Claude Luezior appartient à ces poètes de référence, jalons dont la voix porte haut. Leur foi déclenche un effet transcendant sur le lecteur attentif. Cette œuvre est une poésie du silence, de l’intime. C’est une sorte de rêve qui s’étire au fil de la nuit, dans l’attente de l’aurore, afin de doucement s’effacer dans la lumière naissante.

Le présent recueil, « Jusqu’à la cendre », est une sorte de codex nécessitant un décryptage : il ne s’offre pas à qui le voudrait, il faut le mériter car Luezior n’accepte pas de compromis. À lui seul, ce livre contient tout un univers à reconstituer :  il a besoin de se livrer, mais il lui faut l’authentique chaleur de la confidence.

L'auteur convoque des formules et des métaphores saisissantes, celles de la parole d’un vrai poète. Bien précieux qui tend à se raréfier. Par ailleurs il est bon de constater que l'auteur agit au service d’autres poètes, d’autres créateurs. Ce qui explique qu’un bon nombre d’artistes jalonnent ses œuvres. Depuis toujours, l’univers des peintres, le mystère de la création, ont passionné cet écrivain : dans ce recueil « Jusqu’à la cendre », Luezior ne manque pas de leur rendre hommage. « C’est ici que suintent en désespoir balafres, cicatrices et doutes, c’est ici que dansent les blessures d’un artiste au pied de sa croix. » De nombreux noms de peintres, auxquels il consacra un ouvrage, le plus souvent un livre d’art, me reviennent à l’esprit : Pavlina, Jacques Biolley, Guy Breniaux, Armand Niquille, Hughes de la Taille, bénéficièrent de sa plume avisée, sans oublier un remarquable ouvrage sur la cathédrale de Fribourg.

Toutefois, revenons à l’acte poétique, où, tel un initié s’adressant à ses disciples, Luezior évoque nos errances fatales et nos égarements irresponsables. Avec lui, nous sommes dans l’incantation, le ressenti, le non-révélé. Tel un maître de cérémonie, il officie, il est intimement jumelé à l’acte de création, la «  poiêsis ».  

Apprécions également l’accouplement entre une poésie libérée et une prose poétique. Poésie libérée n’est pas un vain mot, car elle s’émancipe de toutes règles contraignantes, allant jusqu’à soustraire la ponctuation, règles il est vrai entravant le plus souvent l’expression. Ici, nous nous enivrons de «  liberté-libre » qui était si chère à un certain sauvageon, Arthur Rimbaud.

Le poète Claude Luezior nous permet de pénétrer dans un mystère évocateur, sorte de voie initiatique nous conduisant sur les marches d’un autel où les vies sont fragilisées : « nos souvenirs de défroqués, étreinte qui s’effiloche comme un drapeau usé par les vaines révérences du vent ».

Le constat se fait amer, pour voir la lumière des Lumières s’obscurcir face au sectarisme forcené, à l’ignorance extrême et déconcertante de certaines religions. Pourtant le cœur se ravive lorsqu’un bourgeon de fleur peut se trouver assimilé au symbole du désir : « où l’on devine / le scandale des pétales / lèvres en désir / pour impudiques abeilles / où fantasment les silences »

Il arrive cependant au poète, « moine enlumineur », de devenir «  moine-laboureur » ; ainsi extrait de la glaise, le poème s’intègre et s’associe aux bienfaits de la prière. Peut-être est-elle d'ailleurs la prière d'un agnostique, celle qui s’élève au-dessus de la dogmatique. Le poète est  ici celui qui laboure les âmes façonnées et formatées depuis des siècles de soumission, de convenance, de dévotion, pour enfin les voir se fertiliser et se nourrir des sèves de la liberté : « histoire / effrangée / par deux mille ans / mais terreau / de mille autres / holocaustes.»

L’humour, supplément de vie, n’est pas mis en marge : il nous apparait sous diverses facettes avec, parfois, un petit côté fabuliste entre une salade et un escargot dont le désir est de donner une :  « toute petite morsure d’amour (...)  Atteint de folie pure, le voici qui traduit le verbe en vin. »

Chez Luezior, la nécessité d’écrire s’apparente à un état de survie en forme de témoignage qui laisserait une empreinte sur la pierre noircie de la grotte des origines. Dans l'esprit de ce poète attaché aux symboles, à la mémoire des pierres, nous découvrons parfois, entre les lignes, des notes aux nuances hermétiques, qui peut-être nous plongent encore plus dans le mystère de la poésie, avec cette nécessité de brièveté qui touche à l’essentiel. À la parole première, nous retrouvons : « Là, sous l’auvent, un tout petit tas : des mots d’amour pour mieux passer l’hiver ». Mais la poésie n’est-elle pas précisément ce combat pour l’Amour qui doit fédérer le devenir de l’humanité ?

Oui, la poésie nous entraine au-delà des limites du possible et c’est bien vers ce point salvateur que voudrait nous conduire Claude Luezior.

Michel Bénard

Lauréat de l’Académie française

Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres

 

 

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 06:34
Photo J.Dornac ©

 

 

 

 

Le matin, aller par les petits sentiers

Aux mille senteurs enivrants

À l’Est, vers la mer vêtue du brocart de l’aube.

 

Splendeur du ciel de myosotis,

Des voiles blanches, des mouettes

Et cette brise, cette brise

Qui caresse les joues

Et apaise les douleurs de l’âme !

 

Dans les branches parfumées

Des hauts pins maritimes

Tout un peuple de joyeux de courlis

Et de tisserins

S’ébroue et chante !

 

Matin de paix infinie,

Matin dans mon âme mûre

Comme un beau fruit d’été !    

 

©Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 2 mai 2020

 

Glose :

 

Courlis cendréNumenius aquata – (n.m.) : est un genre d’oiseaux limicoles (petits échassiers). Les courlis sont caractérisées par un bec long, fin et recourbé vers le bas, et un plumage surtout marron avec peu de changements suivant la saison. Ils représentent une des lignées les plus anciennes de limicoles scolopacidés, avec les barges qui leur ressemblent mais possèdent des becs droits ou légèrement retroussés. En Europe on désigne généralement par « courlis » une seule espèce, le Courlis cendré (Numenius arquata).

 

Tisserin (n.m.) : le tisserin est le nom donné à des nombreuses espèces d'oiseaux de genres variés, appartenant à la famille des Ploceidae dans l'ordre des Passeriformes. Ces oiseaux sont remarquables par la structure de leurs nids, et leur comportement sociaux variés et originaux.  

 

 

 

 

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 06:35
www.sciencesetavenir.fr

 

 

 

Elle est ronde

Silencieuse

Au-dessus du monde

La lune est lumineuse

 

Elle est ronde

Minut-ieuse

Au centre du monde

L'heure est précieuse

 

Elle est ronde

Merveilleuse

Au centre du monde

La ronde voyageuse...  

 

©Lydia Montigny

  

Extrait du recueil « Exquis Salmigondis » aux Editions BoD-Books on Demand - Paris

 

 

 

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 06:20
Photo J.Dornac © - (Sénégal 1972, pendant ma période de service militaire obligatoire)

 

 

5 janvier

 

L’aurore est aux aguets même au cœur de la nuit.

Alerte, sentinelle ! Écoute, observe, intense,

A travers le brouillard et plus que l’ennui

L’instant où le soleil transperce le silence.

 

6 janvier

 

Le soleil comme un gong apparaît en solo,

Ouvrant la partition dans l’aube qui s’accorde.

Mille chants accourus lui forment un halo

Pour la coupe des sons qui tout à coup déborde.

 

7 janvier

 

La coupe résonnante invite à communier,

Intarissable, offert à l’oreille tendue.

Chacun devient alors l’écoutant-nautonier

Qui perçoit, hors les bruits, la voix de l’étendue.  

 

A suivre…   

 

© Luce Péclard
Extrait du recueil de Luce Péclard, « LE GUÉ DES JOURS » aux éditions du Madrier
 

 



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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 06:27

REBONDS

 de Jeanne Champel-Grenier et Louis Delorme, Éditions Thierry Sajat, Paris, mai 2020, 126 p., préface de l'éditeur, tableaux des auteurs, ISBN : 978-2-35157-832-2

 

 

Tous deux respirent en poésie, donnant leurs traits de plume, la trace de leurs crayons ou les couleurs de leurs palettes comme les feuilles donnent leur oxygène. Comme cela, sans prétention, apparemment sans effort, sans effet de manche ni battage médiatique.

Partir d'un même vers n'est pas nécessairement facile. Mais il faut avouer un terreau culturel semblable, une eau lustrale puisant à des sources communes, un soleil de France, les vents d'un partage sans faille. Côte à côte, deux bulbes plantés par une main  encore très verte : tout au bout d'heures saisonnières, l'un donnera la jonquille, l'autre, la tulipe. Sans ombre ni épines, en heureuse fraternité. Grâce à quelque programme d'un druide, un long brin d'ADN artistique et la magie d'une muse qui, décidément, a bien des facéties...

Sans ambages, Jeanne écoute Romain Gary dire Plus on donne, plus il vous reste ou Léo Ferré chanter C'est extra, tandis que Louis, son frère aîné en littérature, murmure : on s'enrichit par ce beau geste / Au bonheur, on peut s'abonner. Tous deux enfants d'un puisatier courant dans la garrigue, frère et sœur sur un bord de Loire ou tous deux, simples à la margelle d'un émerveillement poétique, Jeanne et Louis ne cessent de faire scintiller le rêve.

Éloquence grave des mots, rythmes burinés aux enclumes où se forge la phrase.

Thierry Sajat, poète, éditeur et ami de tous les instants, relève dans sa préface, que ces textes à deux voix ont le même fond, avec la beauté du verbe, l'élégance de la langue française.

Les deux compères respirent, griffonnent de concert, s'échangent ce langage si courtois qu'il vient sans doute de quelque chevalier, si aimable qu'on pourrait le suspecter de féerie. L'une dit andalou, Daudet, Giono, Pagnol ou bien entonne un chant catalan, l'autre prétend avoir, lorsque viendra le moment de la levée d'écrous (...) tout au fond de sa besace, un ou deux vers à donner à Charon.

Que le lecteur en soit averti : ce livre qui tient si bien en mains a son douloureux secret de famille. Son achevé d'imprimer est de mai 2020. Louis s'en est allé sur les sentes d'un cosmos le 19 avril et n'a jamais eu la joie de tenir ces pages en leur forme définitive. L'ultime titre de sa plume résonne de manière emblématique : En route ! avec l'un de ces sous-titres qu'il saupoudrait d'humour : Ne traînez pas les pieds, ça use les savates ! Son tout dernier vers sera : Notre passage ici n'est qu'une étape brève. Trop brève, Louis, malgré moult décennies sur cette terre des hommes : trop brève, surtout avec ce point final !

 

Claude Luezior

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