Le monde est sens dessus-dessous, un monde hébété, estomaqué, paralysé où hommes, femmes et enfants sont enfermés, bouclés, calfeutrés dans des appartements de poupées, un monde en détresse au bord du gouffre, un monde en guerre contre un coronavorus dévorant voracement des êtres sans défense. Alors une grande peur gluante vous colle à la peau et sème la torpeur sur une planète désenchantée.
La mort est en marche, rôde et fauche.
Les poumons s'époumonent, les cœurs sont écœurés, les muscles se nouent, les cerveaux déboussolés sécrètent des pensées nauséabondes. Tout est en souffrance, en désespérance.
Et pourtant, dans cette sombre atmosphère, poussent un peu partout, des fleurs, celles du partage, de l'amour, du réconfort, du courage. Chacun met tout en œuvre pour sauvegarder la santé de l'autre.
Espérons qu'une nouvelle aurore, aux couleurs prometteuses, va se lever dans les cœurs douloureusement saccagés...
Un poète est mort, une étoile s’est éteinte dans le ciel des beautés immatérielles. C’est aussi un ami parti bien trop tôt, parti bien trop vite. Nous avons eu le temps de l’estime réciproque, mais pas vraiment la durée suffisante pour mieux se connaître.
Louis Delorme était un artiste rare, un touche-à-tout de génie. Mais, ce qui m’a le plus attiré chez lui, c’est son humanisme, son amour de la vie et des humains, de la terre aussi. Vous pouvez relire chacun de ses poèmes sur ce blog pour comprendre ce que je veux dire.
Grâce à Jeanne Champel Grenier si proche de lui qu’ils ont composé et publié plusieurs recueils ensemble, je vais pouvoir continuer à le faire vivre ici. Je laisse la place à Jeanne, elle m’a envoyé plusieurs documents qui seront le premier hommage à notre merveilleux ami Louis. (Jean Dornac)
Jeanne, extrêmement affectée, m’a envoyé ce poème qu’elle a écrit dimanche, jour du décès de Louis…
Dimanche19 avril 2020
Au cœur des fleurs et des pleurs...
Ce matin, à l'heure où s'éveillent les merles,
dans les bras de la glycine et du lilas, enfouis
j'apprends la mort de mon grand frère Louis
Le silence est tout rempli de sa présence...
Je sais qu'il demeure près de ceux qu'il aime
au cœur des fleurs et des pleurs
et que du haut de son échelle
des valeurs
il continue à fustiger ce monde
qui, par moment, s'en va à vau l'eau
noyé de malheurs
Il cherche ses mots les meilleurs
tout en caressant de l'œil
l'éternelle pervenche
dont le regard rieur
se moque
et se penche
avec au cœur
un morceau de ciel
du dimanche
Jeanne Champel Grenier
Autoportrait de Louis Delorme
Autre document très précieux que m’a envoyé Jeanne rédigé par elle-même…
Louis DELORME, ce valeureux poète, peintre et sculpteur qui fut à la fois enseignant, créateur de pièces de théâtre et de chansons ; maintes fois honoré par des prix de littérature,
cet homme originaire de la région du Puy et qui vécut aux Granges - Le - Roi près de Paris ;
cet homme passionné autant par la cause humanitaire que poétique et dont j'ai publié les poèmes maintes fois
nous a hélas quittés ce dimanche 19 avril 2020.
En hommage à sa poésie si riche et variée dont certains textes sont appris dans les classes ( Editions de Retz)
voici ce qu' il écrivait, il y a trois mois à peine, s'interrogeant avec un certain humour, sur notre fin dernière
Texte extrait du tout dernier recueil ( co-écrit avec Jeanne Champel Grenier)
intitulé REBONDS, édité chez Thierry Sajat
L'ETERNEL DILEMME
Le départ sera-t-il vraiment définitif ?
Auquel cas, nous serions tous plus ou moins marron ?
Faudra-t-il traverser le Styx ou l'Achéron ?
La vérité sans doute est très loin des poncifs.
Qu'ai-je le plus ? De l'actif ou bien du passif ?
J'aurai bien quelques vers à donner à Charon :
En voudra-t-il ? Ce n'est peut-être qu'un viron
Après quoi l'on revient, personnage fictif ?
Tout cela pour m'interroger puis reconnaître
Qu'on ne sait vraiment pas ce que devient notre être,
Cependant plus précieux que ne l'est l'avoir ;
Pire lorsqu'on en prend mille fois sa part !
Ce n'est pas sûr qu'on finisse par savoir
Si notre avenir est ailleurs ou nulle part.
Louis DELORME
Autoportrait de Louis Delorme
Pour terminer ce premier hommage voici un dessin de Jeanne Champel Grenier avec un texte prémonitoire de Louis Delorme… Ils étaient de merveilleux complices d’arts…
Grand merci à toi, Jeanne pour ces documents si précieux, si importants pour qui aimait Louis…
Mirage, mirage dans le sang des mots, dans les rumeurs poussiéreuses des racines, sur des sentes à enluminer.
Faire l’amour comme des éclairs dans l’orage, comme les feuilles sous le vent, comme deux esquifs en perdition sous le regard de Méduse, comme des fantômes dans le lit du torrent, comme des feux de brousse, comme l’encens qui étouffe le jasmin, comme les cernes bleus autour d’une imploration.
Mirages, mirages, les rêves en échos s’enfuient, les énigmes s’enroulent dans l’insolence du vent, dans des traces sans passé.
À s’en rendre fou à s’en rendre sage, ouvrir l’espace du vivre pour une petite mort.
PHOTO Personnels du Centre hospitalier de Dunkerque
J’ai vu et j’ai lu tant et tant de sottises sur la liberté ces temps derniers, que mon cœur de poète vieillissant a besoin de rappeler à ceux qui l’ont oublié ce qu’est la liberté bien comprise même si beaucoup d’autres le feraient mieux que moi… je vais tenter de l’écrire sous forme de poème libre, plus proche de la prose que de la poésie… Jean Dornac
La liberté, l’un des biens les plus précieux
Dont tout humain devrait bénéficier
Ne va pas sans esprit de responsabilité
Ce dont trop de confinés n’ont que faire
Sous les cieux d’un été précoce…
Ils oublient que « la liberté des uns
S’arrête où commence celle des autres »…
Parmi eux, certains se pensent libres
Ayant le droit de se livrer
A toutes leurs envies
Tous leurs désirs
Et qu’importe le reste du monde !
Oui le virus rôde partout
Mais ces fiers citoyens ignorent
Qu’ils sont volontaires pour le disséminer !
Ils sont libres n’est-ce pas
Alors qu’importe si d’autres vont mourir…
Puisqu’ils sont libres
Ce n’est pas de leur faute
Si des médecins
Et des infirmières n’en peuvent plus !
Ils pensent encore
Que le confinement est une loi
Voulue par le pouvoir
Pour réduire la liberté du peuple
Car eux, « les libres » savent
En gourmands des thèses complotistes !
Ils ne réalisent pas
A quel point, ils sont manipulés
A quel point, ils piétinent
Leur propre liberté
En parfaits ignorants !
On oublie ou on n’a jamais su
Que nous faisons partie
D’un énorme tout ;
Nous sommes responsables
De chaque vie, connue ou inconnue
D’ici comme d’ailleurs !
Et chaque vivant, sur cette terre
Est responsable de notre propre vie !
Le lien de la vie nous unis tous !
Si nous voulons être
Des relais sincères d’amour
Avec ou sans religion
Le confinement et ses légers sacrifices
Ne peuvent être un poids
Puisque nous sauvons des vies !
Cela s’appelle aussi, respect
Et le respect est synonyme d’Amour !
Proclamer que l’on rejette au nom d’une fallacieuse liberté
Le confinement, seule arme aujourd’hui certaine contre le virus
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...