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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 07:09

 

paris.jpg

http://fra.1september.ru/article.php?ID=200802108



A l’angle des filles du Calvaire
passent les cortèges des amantes
et le cri douloureux des souffrantes
retentit de leur chant amer.

Dans la rue des Martyrs
s’élèvent les poteaux noirs
où les vierges en espoir
crient vers Dieu leur délire.

Rue des mauvais Garçons,
les chenapans s’agglutinent,
les vauriens se radinent,
bagarreurs en haillons

A la Brèche aux Loups,
les longues plaintes sinistres
des bêtes égarées des pistes
hurlent la mort qui rend fou.

Dans la Grange au Belles,
les greniers de blé d’or si riches
voient tourner les cerfs autour des biches,
et ce doux mois de Mai affole les damoiselles.

Rue de l’Arbre Sec enfin,
l’épouvantail secoué par le vent
rappelle au léger passant
la sanction des mauvais destins.

Moyen-âge si proche, si lointain,
père de nos pères incertains,
tu t’enfonces fatigué dans le temps
et la Renaissance aspire tes élans.

© Claire Prendkis



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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 07:48

 

complainte.jpg

http://navegaciones.blogspot.fr/2010_10_01_archive.html



QUE reste t'il des feux qui brûlaient dans mon âtre,
SONT-ils à tout jamais éteints dans ma maison ?
MES brins d'amours sont froids et couvrent ma saison ;
AMIS, ce soir, tout seul, la cendre m'est noirâtre...

DEVENUS trop grisants, j'ai songé sans débattre
QUE mes mots soient blessants jusqu'à la déraison :
J'AVAIS peur d'être fou, petit dans la raison,
DE froisser le bon droit, de n'être qu'un bellâtre.

SI loin que je peux voir mon être est désormais
PRES de ses souvenirs parfumés dans la moire,
TENUS en grand secret, et rangés dans l’armoire...

ET dès lors, fatigué, je pleure, réprimé,
TANT pour tout ce gâchis qu'en regret sublimé...
AIME mais trop âgé, je ferme mon grimoire.

© Robert Bonnefoy
22 avril 2012

Ruteboeuf (1230-1285)



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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 07:05

 

Port_au_Prince.jpg

http://www.durable.com/tag/seisme-haiti



Sous d’horribles décombres, de fer renforcés,
Languissent par milliers, ici des corps sans vie,
Ecrabouillés soudain, mutilés et meurtris,
Dans ces affres macabres, encore inespérées.

Là, des visages effarés, à jamais égarés,
Errants, désorientés, attendant l’incertain
D’un secours qu’on ne peut renvoyer à demain.
Pauvres êtres perdus, en lambeaux dépecés

De vrais essaims d’enfants, dans l’abysse plongés,
Chantant et pleins de vie, n’ayant connu le mal,
Rêvaient dans leur refrain, non de ce coup fatal,
Mais d’un avenir fleuri et d’agréments chargé.

Vous voilà tous couchés sous ces blocs de pierres,
Sans le moindre soupçon qu’un tel sort vous suivait,
Quand aux jours succédaient des lendemains parfaits
Et l’ardent soleil vous jetait sa lumière.

L’épouvante a passé, elle a tout englouti ;
Port-au-Prince n’est plus, secouée, agenouillée ;
Par ce monstre insatiable, de sang assoiffé ;
Quand la terre a tremblé, la ville s’accroupit.

Cruelle destinée de tous ces disparus,
Attelés à la vie sans penser à leur fin,
Préoccupés qu’ils sont par les devoirs humains !
Leur triste mémoire, sera-t-elle retenue ?

L’effroi gagnant les coeurs questionne la conscience ;
Comme si ce beau Pays patauge dans le crime
Pour que tous ses enfants en soient les victimes ;
Et descendent dans l’abîme où règne le silence.

Non, non, la nature a ses moments de rage ;
Nul ne peut l’arrêter dans sa course affreuse ;
Vents, tonnerres, déluge et mare périlleuse
Sont tous des attributs ajoutés à l’orage

Non n’écoutez donc pas l’écho du désespoir
Qui a tout attribué au compte du Bon Dieu,
Quand les décombres abritent même les religieux
Et ceux qui n’ont pu : ce n’est qu’un au revoir.

Heureusement pour nous, l’humanité entière
A compris nos misères et veut nous soulager
Ce qui nous fait rêver de continuer d’aimer
Dans cette calamité qui mimique l’enfer

O peuple infortuné, pourquoi l’adversité
Vous fait-elle toujours son permanent élu,
Résistant à ses coups et sans être abattu,
Pour rebondir plus tard avec sagacité ?

Si vous pleurez maintenant, est-ce sans espoir ?
Le monde vous connaît courage et endurance
Qui enfantaient longtemps déjà l’Independence ;
Ce qui depuis lors cause bien des déboires.

Aussi bien, ces vertus ont franchi les frontières
Aidant les aliénés à écraser leurs chaînes
Et extirper ainsi les prétentions hautaines
Pour vivre en homes libres, verticaux et fiers

Rappelons sans rougir, en ce temps d’affliction,
Que nous n’avions pas seuls savouré la victoire,
Qu’aussi, nous l’avions partagée dans la gloire
Avec ceux du monde vivant dans l’abjection.

S’ils accourent vers nous, n’est-ce pas un grand geste ?
S’ils viennent de partout est-ce donc par pitié ?
Non, d’un Coeur plein d’amour et plein d’humilité
Car notre modèle tient encore manifeste

Le condor a passé et la désolation
Laissée sur son parcours comblera le passé
Disparaîtra un jour dans un plan bien tracé ;
Le Pays connaîtra une nouvelle création.

Témoins de nos revers, nos mânes veillent sur nous
Au rendez-vous du prochain avenir, marchons !
Marchons unis, marchons, élevons haut nos fronts
Aux chantiers du labeur, nous sommes conviés tous.

A ceux qui par amour nous veulent le Bonheur,
Nous tendant humblement main forte et salutaire,
Nous disons grand merci, tout étant tributaires,
De leur grandeur d’âme en face du Malheur.

© Fred Champagne



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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 06:50

 

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http://blog.amicalien.com/Thea/t17135_quelques-gouttes-de-rosee.htm



Il fallait ces deux morceaux de bois

il fallait ces fragments d'un bois qui porta fruits, d'un bois qui avait fleuri jadis et sous l'ombre duquel on s'était aimé
il fallait un bois qui résonne encore de chants et de comptines, un bois sous lequel on avait ri et dansé

il fallait le souvenir des fleurs dans les fibres de l'arbre, dans les fibres de l'Homme

un Homme sur ce bois qui a porté des fleurs
un Homme sur ce bois d'où jaillissaient des fruits
et la force des branches où montaient des générations vives d'enfants !
et l'ombre verte et fraîche des feuilles (le puits désaltérant du feuillage, pour Lui qui donnerait maintenant les dernières heures de son Temps pour un peu d'eau !)

et l'obscur travail des racines occupées à chercher l'eau nourricière, à fouiller la terre magnétique et blême de la nuit minérale
le travail obscur des racines en marche vers Lui, secrètement

des racines aux rameaux les plus tendres, l'arbre s'avance vers Lui, l'arbre prépare la sève à recevoir le sang

(Il n'est pas encore né que l'on abat déjà l'arbre qui le portera)

il fallait que tous les souvenirs de l'arbre se mêlent à la mémoire de l'Homme, il fallait qu'ils vivent chacun leur temps
l'arbre sur la terre
et l'Homme dans Son ciel
il fallait le fer pour les unir, et au milieu d'eux, là où tous deux en s'épousant font une croix, il fallait un peu du sang de l'Homme, un peu de la sève du bois, pour faire cette Fleur Rouge qui s'épuise jusqu'à terre

© Christian Péchot

Ecce Homo

Genève, 1988



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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 07:24

 

Memoires-53.jpg

http://telematin.france2.fr/?page=chronique&id_article=36730



Un couple romain se dispute,
Une même ire les unit,
Dès lors la bête ne suppute,
Impitoyable elle agonit.

De la femelle elle s’empare,
Lui fait hurler : « Mets donc en croix
Untel esclave » ! Elle s’égare.
L’homme : « Avisons une autre fois …»

Non ! Il lui faut une victime,
Surtout sa colère étancher,
Sans craindre un acte illégitime,
Dont ses lares vont s’entacher.

- Je le connais sans forfaiture…
- Ainsi sera, car je le veux… !
- Il est un homme de droiture…
- Homme… un esclave ? Ah, sots aveux !

- Oublions veux-tu la querelle,
Tiens… j’avais tort et toi raison,
Allons relire Marc-Aurèle *
Dans sa précieuse « Oraison ».

Rien n’y fit ! Lors le domestique
Fut sans détour crucifié,
Et la romaine flegmatique,
Reprit un ton pacifié.

Toi qui me lis, surtout ne pense
Qu’il s’agit d’un ordre passé,
A cours encor semblable offense,
Toi-même crains d’être blessé…

Non seulement d’être victime,
Mais pétri des mêmes terreaux,
De la furie en être mime,
Tellement frère des bourreaux.

© Claude Gauthier

*Empereur humaniste – fait réel relaté dans ses « Pensées ».



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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 07:06

 

franco-2.jpg

© Franco



Effleurer silencieusement l’infini,
Déplacer l’ordre du temps,
Revisiter les livres de pierre.
Du symbole à la lettre
La poésie de l’intime
Prend forme d’une passerelle,
Ses couleurs abhorrent
L’aura d’un miracle.
Sur les brasiers de nuit
Les pénitents avancent pieds nus.
Penseur en liberté, je me surprends
A servir la messe du renoncement,
A oublier le temps des catacombes,
Mais à croire aux résurgences de la vie
Et à découvrir les beautés d’un diamant
Dans une veine d’ambre.

© Michel Bénard.



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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 07:15

 

ode-1.jpg

Création Ode© ( « sreca » de Prudnikoff © )



Si on s'aimait, dis ...
Tu crois que l'amour serait au rendez-vous ?
Tu crois que nos toujours
Ne nous joueraient pas de tour ?

Si on s'aimait, dis ...
Et, pas seulement en mai
Que ça serait merveilleux
D'être d'Éternels Amoureux !

Si on s'aimait, dis ...
Comme nous serions heureux !
À chaque moment
À chaque instant
Que le feu brûle en nous
Que montent les fièvres des âmes
Que nous atteignons des cimes
Jamais atteintes
Par delà les continents
Les mers, les océans !

Si on s'aimait, dis ...
Toi mon amant, mon amour
Ma passion, mes toujours !
Viens, viens près de moi
Te réchauffer le corps et le cœur
Ne compte plus les heures
Chaque seconde vécue
Nous appartient

Viens !

Si on s'aimait, dis ...
Prenons une part d'Éternité
Elle nous est offerte
Dans son écrin de nuit
Toi ma perle des soirs
Ensilençons-nous
Plus un mot
Écoute

Que c'est beau !

Si on s'aimait, dis ...
Que nous déposions aux pieds de nos Amours
Des gerbes de fleurs sauvages
Des odeurs enivrantes
Des parfums nouveaux
À nos âmes désirantes !

Si on s'aimait, dis ...
On se le dirait !

Tel l'oiseau chante
Tel le papillon vole
Telle la fleur s'offre
Si on s'aimait, dis ...

On se le dirait,
Dis ?

Ode©



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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 07:17

 

tetedejeunefille.jpg

© Quentin de La Tour



Qui es-tu, femme mystère,
Qui agite mes nuits,
Que dans mes délires, j’espère ?
De ton souffle, je languis…

Tu brilles dans mon cœur,
Toi l’Astre, chant de mon âme,
Tu te caches aux premières heures
Et mon jour devient infâme.

Si ton reflet ne se dessine pas
Au cœur de mon iris,
Chaque seconde est un trépas
Où vivre n’est plus qu’un caprice.

Astre singulier au cœur de ma vie,
Lorsque tu te montres à mon regard ébloui,
Mon âme danse un troublant fado,
Disparaissent tous mes fardeaux.

Alors, au long des jours, tu m’illumines,
Et qu’importe si les jaloux fulminent.
Belle étoile du matin, tu es ma force,
Si je suis arbre, tu es mon écorce.

Resteras-tu encore, demain, dès l’aube,
À me montrer le chemin des fleurs,
Par monts, par vaux, tout autour du globe,
Me mèneras-tu vers l’infini bonheur ?

© Jean Dornac
Paris, le 7 avril 2010



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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 07:26

 

image002-2.jpg

© Alain Percy



La poésie resplendit comme un soleil.
Les images sont les rayons qu’elle trempe
Dans l’encrier du langage.
Seule ombre au tableau :
L’ombre justement,
Cette preuve incertaine
D’une certaine présence
En permanence à nos côtés,
Cette projection d’un être ou d’une chose
Qui n’est peut-être qu’un leurre
Et dont rien ne laisse présager
Ce qui se trame en elle,
Où quelques-uns d’entre nous, pourtant,
Confondant fausse opacité et lieu sûr,
Continuent de se croire à l’abri.
L’ombre,
Celle d’un doute,
Ce reflet à la mine sombre,
Cette silhouette illusoire enfantée par la lumière
Et aussitôt répudiée.
L’ombre,
Parfois fidèle,
Souvent trompeuse,
Dont il me semble avoir déjà été la proie
Et qu’il nous faut traquer, traquer encore et toujours,
Jusqu’à ce qu’elle ne soit plus
Que l’ombre d’elle-même.

© Michel DUPREZ
(inédit)



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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 07:25

 

enfant-geopolitique.jpg

© Salvador Dali - Enfant géopolitique observant la naissance de l'homme nouveau



Et si on allait
S’asseoir un instant
Là-bas aux limites du monde


Où tout n’est que souvenir
Et goutter dans l’interstice
Le silence des univers à venir

Les mondes
Ont déferlés
Comme des vagues rugissantes
Et au travers eux
Nous avons été
Et sommes encore
Rois et princes,
Errants
De ces ombres
Et malotrus des univers…

Et si on allait
Toi et moi,
Là où plus rien ne tremble
Cueillir cette fleur
Qui se découvre à mon soupir

Et si…
Toi et moi
On y était déjà

À regarder les univers fauves
Vagissant comme des enfants naissants
Dilapider leurs incroyables symphonies

Leurs abîmes de larmes
Et d’espoir
D’amour
Et de solitudes
La geste infini des êtres qui s’apprennent
Et s’en vont ainsi que des enfants
Se fondre dans
L’Océan éternité….
Pour renaître…
Au bout de tous les souvenirs…

Et si nous y allions

Pleurer à notre tour

Lever des empires
Des drapeaux des fanions
Taillader dans le juste et l’opprobre
Et insuffler
Souffler du vent intarissable des ombres et des devenirs

Et là s’asseoir
N’ignorant ni l’ombre ni la lumière
Juste être
L’étincelle
Et ne plus revenir…

Et si on allait
Ce soir
Là dans la seconde
Là bas

Aux limites du monde
Distiller le silence
Juste cet instant
Où le rideau
Se baisse sur cette éternité…

Et si on y était
Déjà


Au bout de tous les Souvenirs

Yves Drolet©



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