Tu m'as dit Pourquoi mourir ?
J'ai pris alors ton masque et
L'ai jeté à la nuit :
Ton sourire illumina la porte
Et nous avons pris possession
De nouvelles clefs.
La ville débonde écumeuse d’un trop plein de décembre. Les néons giclent, bavards, lustres sous la peau des pluies. Aux vitres des cafés le monde s’embue de silhouettes rapides, de visages : flous cocons d’humanité.
Les lumières gouttent dans la chaleur consommée. Englacés aux miroirs, les mots bruissent en reflets de nous-mêmes
Dans un relent de lueur, quelques néons traînent tardifs. Mouvances du soir, les rues s’assourdissent.
Le froid retranche. Reste les ombres : excroissances à la nuit, pouls filant au macadam : un vibrato de talons, écho de leur humanité
J’ai vécu tant de choses depuis. J’ai vu apparaître ce qu’ils appellent les plantes. Oh, bien sur, au début ce n’était pas grand chose, juste des petites poussières vertes et microscopiques qui flottaient sur l’eau. Je crois bien qu’ils appellent cela le « plancton ». Mais les mots, moi, vous savez... Néanmoins, ces petites choses insignifiantes se sont bien débrouillées : comme les bactéries, elles se sont transformées, adaptées. Et c’est ainsi que sont apparues les algues puis les plantes sur la terre. Les fougères, les mousses, les herbes, les fleurs, les arbres... On en trouve de toute sorte maintenant. Et moi, Gotita, je sais comment entrer en elles, car les plantes sont faites avec beaucoup d’eau. Quand j’habite dans une plante, je me sens bien, le vent caresse les feuilles, tout est si calme. Les plantes sont comme moi : elles raffolent de la pluie.
A mesure que la terre s’est refroidie, j’ai redécouvert la sensation d’être un petit glaçon. Dans les nuages les plus froids, il m’arrive de me transformer en flocon de neige, plus beau qu’un diamant taillé. Ils appellent cela cristallisation. Ce n’est qu’un mot. Pour moi, c’est comme vêtir un habit de lumière. Descendre du ciel dans cette somptueuse tenue : quel honneur ! C’est un ballet majestueux. Les prairies, les montagnes, les forêts deviennent blanches, pures et silencieuses.
A ses persiennes tout juste entrouvertes, nos souvenirs de défroqués, une étreinte qui s’effiloche comme un drapeau usé par les vaines révérences du vent, deux-trois mouchoirs pendus sur une corde à l’italienne, une nuisette désormais inutile, quelques orgasmes, quelques serments, ses paradoxes devenus chauves-souris, bien des caresses que les heures ont momifiées, une poignée d’attentes, un encore trop futile, des silences, beaucoup de silences tels des miettes que même les étourneaux dédaignent, un tout dernier espoir évanoui, des ombres, beaucoup d’ombres sécrétées à la va-vite par un soleil en vadrouille, toute une vie : la mienne, la sienne, sur ce rebord de fenêtre à jamais desséché.
Pour t’inviter en terre hospitalière,
A tes yeux d’avance gagnée,
Inconscient, maladroit
Tu ne sais éviter,
Pour ton but atteindre,
Les récifs, défenses acérées,
Sur lesquels la vague
Drosse à jamais les esquifs impudents.
Tu tentes une approche
Par la côte abrupte sondant
Au ponant,
L’Océan, sans limite et ses déferlantes,
Tourmenté sous un ciel colérique
Griffé par le vol planant des oiseaux.
Ne sois pas meurtri
Par l’aridité de l’accueil
Qui au loin te rejette,
Contourne, en une nouvelle approche,
Les aspérités granitiques.
Ecueils menaçants,
Aborde par l’échancrure protectrice,
En te jouant des brisants,
A travers les embruns,
Le havre de sable blond
Aux varechs épars,
Atteins
La plénitude sereine
D’une nature généreuse
Disponible
Restant à découvrir.
Toujours à conquérir…
Je suis une île.
Nous sommes tous,
Des îles.
Une grande ombre noire
traverse le jardin.
A peine apparue,
et sitôt disparue.
Une grande ombre noire
qui lèche le chemin,
mouvante
et fuyante ;
est-ce l’ombre du destin ?
un signal clandestin ?
un inquiétant présage
d’un lendemain sauvage ?
C’est l’ombre d’un oiseau
qui a volé trop haut,
a traversé le ciel
occultant le soleil.
Et te voici, menue
et toute paisible
dans la fraicheur
d’un matin d’avril,
fragile liane, solide lien
entre deux familles unies,
quittant l’eau pour affronter l’air
de ce milieu hostile
où pêcheurs et prêcheurs sévissent,
chacun s’appliquant à t’enjôler
à t’admirer à te séduire
dans ta découverte
de cette drôle de vie.
Là-haut, sur cette , s’envolent feuilles jaunes et feuilles brunes, manuscrits de l’automne
Au coude du chemin, un lièvre bondit, emportant la sérénade de l’aquilon
Le souffle chaud des biches allume les yeux du silence, et le mystère glisse vers demain
Le chagrin des labours s’est vêtu de bure, et le brame du cerf dégrafe la robe des brumes
Le fil garance du roncier coud le gilet de novembre
L’assaut fripon des fins de nuit arrête toute inflorescence, sauf pour un bouton d’églantier qui, à la faveur d’un repli ensoleillé, vient s’épanouir dans la bonté de ce chemin oublié.
Long est le voyage des mots
Nés du sang de l’arbre endeuillé
Dans l’amère lucidité
De la Beauté du Monde
Menacée.
Captifs du puits noir de la vacuité
Refusant son viatique à Charon,
Ils révèlent la lumière voilée,
Avec elle, s’acheminent vers le ciel indigo
Et enveloppés de feuilles d’étoiles,
Espèrent l’embellie des perles de lune
Pétillant sur les friselis d’écume
A la marée haute.
Long est le chemin initiatique
Déclinant la bienveillance
Des signes pacifiés
Allaités de sève renouvelée,
Où depuis l’origine
Le Verbe aspire à sublimer l’Amour
Enfant naturel de notre mère, Eve.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...