Rien n'est moins aisé
que d'écrire simplement
humblement
écrire comme on respire...
Il faut un art infini
pour se démettre des artifices
pour se défaire de tous les liens
de cause à effet
pour paraître balbutier
de toute éternité
l'évidence nouvelle
et qui le restera
une naissance qui étonne
et que l'on sait perpétuelle
telle l'eau qui murmure
sans faire de vague
juste un éclat de nacre
entre deux courants
l'eau qui chuchote son chemin
abreuvé de ciel et qui y retourne
tandis que brillent çà et là
les carpes d'or du silence...
Rien n'est moins aisé
que d'écrire simplement
il faut une vie
peut-être deux...
né à Mascara en 1950, est un poète français, peintre théoricien de l'art.
Poète-penseur apprécié par son style épuré très personnel animé d'un message profond. Ses poèmes, proses ou chroniques sont édités par Parole &Poésie, Ed. du Panthéon, Le Petit Rameur, La Porte, Écrits du Nord, Flammes Vives... et proposés dans plusieurs revues de poésie :
TRAVERSÉES, VERSO, ROSE DES TEMPS, CABARET, DÉCHARGE, FRICHES, COMME EN POÉSIE et COULEURS POÉSIE 2
Actuellement, Miloud KEDDAR se bat contre la maladie ...et continue à écrire. Ses mots nous vont droit au cœur, et l'esprit s'en trouve anobli.
Jeanne Champel Grenier
* * *
Ton aile blessée – Milloud Keddar
Ton aile blessée, tu détournes le visage du ciel, ton corps alors à la terre demande de panser la blessure. Parfois une aile qui tombe peut ouvrir à une vérité oubliée.
(L’aile blessée, tu accèdes au réveil, la phrase du ciel aura été un détour, ton corps en sommeil !)
Une lampe allumée en plein jour est cette aile dans le vague du ciel, et si la lumière du jour vaut plus, nous rêvons toujours de la lumière d’un jour de désir.
(Je veux d’une lampe, je veux une aile au réveil, je veux une aile les pieds sur terre !)
Chimères, chimères, les sens délirent, les doigts butent sur les marelles de peau. Ni ciel, ni terre.
Les spectres traînent leurs crécelles dans des miettes de brames et de ripailles.
La folie s’esclaffe derrière son masque.
Brume sur la brisure des aubes aux couleurs de couchant.
Un jour de plus, un jour de moins sur la griffe crépusculaire.
Chimères, chimères, fuite sur le pavement des jours.
Mirage, mirage dans le sang des nuits, dans les rumeurs possessives des racines, sur des sentes à enluminer
Faire l’amour comme les éclairs dans l’orage, comme les feuilles sous le vent, comme deux esquifs en perdition sous le regard de Méduse, comme des fantômes dans le lit d’un torrent, comme des feux de brousse, comme l’encens qui étouffe le jasmin, comme les cernes bleus autour d’une imploration.
Mirages, mirages, les rêves, échos s’enfuient, les énigmes s’enroulent dans l’insolence du venin, dans des traces sans passé.
À s’en rendre fou à s’en rendre sage, ouvrir l’espace du vivre pour une petite mort.
Les portes du dire s’entrouvrent sur une évocation discrète, pudique de la vie : Parmi des herbes, des bleuets et des pavots / les caresses de l’été dans la plaine brûlante, hymne panthéiste à la nature : des nénuphars fleurissent dans mes cheveux. Au-delà du silence pulse une présence lointaine, évanescente mais tellement présente, qui se tient au bord des falaises vertigineuses de l’absence : il nous reste la rupture, l’immobilité, la douleur / il nous reste le silence.
Appuyée sur une digue de feu, la Poétesse, Orante d’une liturgie, laisse ses pas s’éloigner : nous sommes les cicatrices. Les mots en fusion, sang du vent, cantiques d’éclairs, tressent des fruits de haute mer, ils s’enroulent, épines et pétales : les paroles cherchent leur chemin jusqu’à nous.
Mots équinoxes, secrets, mordants, traces, les ombres au goût de sel se mêlent, s’entrecroisent dans les levers d’aube silencieux et les frimas de la nuit alors que le sang flagelle encore le corps : je flâne sans cesse égarée / sur le chemin d’hier.
Les élans silencieux de Sonia Elvireanu , il faut les humer, caresser leurs encolures. Ils tissent l’absence : Je t’ai cherché, tu n’étais nulle part. La mélancolie va l’amble avec son cortège de houles et de retraits, de regrets et de tempêtes : je suis une ronce dans la plaine. Interstices dans le silence : le lever et le coucher du soleil / se brisent dans mes mains vides.
Les mots–larmes, derrière les paupières, partent sur les rives de la solitude, présence du dire, force du manque, il faut toujours se baisser pour passer les écluses qui se déversent dans les estuaires nocturnes : cette nuit, je cherche un abri.
Malgré la grisaille du silence, de l’absence, ce recueil est un verre de lumière à boire à petites gorgées, ce sont des images sur la peau des plantes, des ébauches de roulis et d’écume qui viennent mourir sur l’aube, ce sont des vagues intérieures. Torrentueuses, elles ont le parfum de l’aimé si lointain et pourtant si proche : et par-dessus le monde / Ton sourire.
La Poétesse, grande véneuse, lâche ses chiens, la vie est aux abois. Le grand cerf ne meurt qu’une fois dans la forêt des souvenirs : saignement du vivant.
Oratorio de fugues pour des lèvres en bréviaire qui psalmodient de secrètes oraisons : une croix allumée dans la main.
Les phrases passent entre les ronces pour ne retenir que le pollen déposé par l’abeille qui a butiné. Le désir est toujours là, pudique, il tenaille les mots pour se perdre dans le souffle du ciel, la vie se nourrit d’interrogations, d’attende.
L’auteur, à l’image de Jean Orizet, est pèlerin de l’indicible, témoin de l’ineffable.
Avec ardeur les pulpes sont fécondées, les sucs du regret se transmuent. Germent les élans, subtile et discrète prière, nuages vers l’au-delà, vers la Transcendance. En effet, ce recueil pourrait-être un livre d’heures que l’on tient avec recueillement, c’est une prière intime celle que l’on murmure dans les fentes et les cicatrices du cɶur, dans les pulsations d’aubes noires. Ce sont parfois des psaumes que retiennent les nuages, avant de se mêler à la musique des sphères dont l’auteur conserve les accords au plus profond de son âme : Dieu donne de la sérénité / à ma pensée / pour que sa limpidité / ne tombe / nulle part en chemin.
Sonia Elvireanu nous livre discrètement sa respiration. En la partageant, le lecteur chevauche l’océan, mange les étoiles, les vagues, les fleurs, se brûle aux éclats d’un soleil noir, s’éclaire aux ténèbres, retient le début et la fin du cri de l’oiselle.
Dans le précaire équilibre du crépuscule, entre sève, braises et songes les ombres sanguinaires descendent l’escalier des impatiences, offrandes pour les âmes perdues.
C’est l’heure où la lumière est à deux pas de l’Invisible. Comme Bonnefoy, l’auteur charge ses rêves dans la barque. Pour quel voyage ?
C’est un feu de brousse, une flamme vêtue de bure, une braise dans la cendre, la brûlure du soir sur la sinuosité des souvenirs. Les ombres ne repartent jamais seules et Sonia Elvireanu le sait. Lorsque le manque érode l’écho gémissant, l’auteur le ramène au gîte dans une brûlante et discrète andante qui enserre l’espace balayé par le lin de tous les vents.
Mais que sont les souvenirs devenus ? Ils caressent et mordent : rencontrent-ils leurs corps ?
Dualité du manque, à travers les branches d’olivier : la seule voie vers toi : l’amour.
Superbe recueil, à lire comme un livre d’heures, prière à réciter pour que nous soyons vivants tels le pain et les poissons / offerts par Jésus aux Siens, alors, demain, peut-être / mon heure fleurira / au bord de la vie assoiffée de toi.
L’auteur, paumes offertes à l’Invisible, recueille un souffle de ciel, un souffle d’amour.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...