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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:48
CREATION – Michel Duprez
 
 
 
J’ai fait vivre tant de monde et crié si fort ma joie
Que chaque jour qui m’accueille est comme un bel oiseau bleu.
Hommes, femmes, enfants nés dans la lumière d’un songe
Et dont la voix parfumée à la saveur de ma terre
Faisait vibrer l’air du temps aux fenêtres peuplées d’ombres,
J’ai percé  tant de secrets, inventé tant de visages,
De souvenirs, d’amours fous, de gestes étincelants,
Prêté si souvent l’oreille à ces bruits imperceptibles,
Ces silences cristallins jaillis du ventre des choses
Et que personne, à part moi, n’était capable d’entendre,
Que le ciel peut s’effondrer, la nuit répandre son sang,
Je garderai le pouvoir qui m’a été concédé
De rétablir l’harmonie au plus profond des mémoires.
 
©Michel Duprez
(« Rêve-toi et marche », Chez l'auteur, Forchies-la-Marche,  2010)
 
 
 
 
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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:48
CREATION – Michel Duprez
 
 
 
J’ai fait vivre tant de monde et crié si fort ma joie
Que chaque jour qui m’accueille est comme un bel oiseau bleu.
Hommes, femmes, enfants nés dans la lumière d’un songe
Et dont la voix parfumée à la saveur de ma terre
Faisait vibrer l’air du temps aux fenêtres peuplées d’ombres,
J’ai percé  tant de secrets, inventé tant de visages,
De souvenirs, d’amours fous, de gestes étincelants,
Prêté si souvent l’oreille à ces bruits imperceptibles,
Ces silences cristallins jaillis du ventre des choses
Et que personne, à part moi, n’était capable d’entendre,
Que le ciel peut s’effondrer, la nuit répandre son sang,
Je garderai le pouvoir qui m’a été concédé
De rétablir l’harmonie au plus profond des mémoires.
 
©Michel Duprez
(« Rêve-toi et marche », Chez l'auteur, Forchies-la-Marche,  2010)
 
 
 
 
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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 07:15
GILBERT – Michel Duprez
Photo J.Dornac©
 
 
 
Être ange, c'est étrange,
surtout quand celui-ci vous colle à la peau
du premier jusqu'au dernier jour de votre existence.
Le mien s'appelle Gilbert.
Ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir,
il a généralement bonne mine
même s'il rougit dès qu'on l'aperçoit.
Un soir, je l'invite à poser un geste fort,
il chancelle, esquissant un signe indécis,
un peu comme un éléphant qui aurait perdu la mémoire,
un singe aussi, peut-être, excessivement maladroit,
qui ne demanderait pas mieux que de trouver son maître.
Il a l'impression d'avoir été trahi,
un peu comme un aigle aveuglé
par la taupe infiltrée au beau milieu de son aire
afin de voir clair dans son jeu.
Le lendemain, par on ne sait quel tour de passe-passe,
voilà Gilbert aux anges :
son chemin est enfin tout tracé,
le résultat si troublant que je demeure sans voix.
Gilbert m'obéit au doigt et à l’œil
(il est vrai qu'en ma qualité de peseur d'âmes
comme de pourfendeur de dragon,
je suis son supérieur hiérarchique).
Je préfère évidemment le savoir rassuré
plutôt que profondément déçu par une mine de papier mâché.
Aussi ai-je estimé qu'il était de mon devoir de protéger à tout prix
ce dernier survivant d'une espèce en voie d'extinction,
en l'empêchant notamment de se sentir un peu plus diminué
chaque fois qu'il se taille après avoir pris peur.
 
Michel Duprez© 




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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 07:08
AMOUREUSE AFFECTION – Michel Duprez
 
 
 
 
Je n'insinue pas,
je m'insinue.
 
Ici et maintenant,
je me propage dans l'air,
non pas celui que vous respirez,
mais l'autre, accordé aux paroles
accouchant d'une joie indescriptible.
 
On m'attrape et le tour est joué :
la tension monte,
le pouls soudain s'accélère,
on arrive à peine à retenir son souffle.
Il est trop tard,
j'ai déjà pénétré en vous,
mon riche terreau, ma substance active.
 
Je viens de franchir le seuil
où les sentinelles de la raison
montaient la garde,
de recommencer à semer le trouble,
à germer sur le chant dans la plus totale euphorie
pour devenir contagion, fièvre, exaltation.
 
Tout cela en ton nom,
ma main serrant la tienne,
Poésie, Ô maladie d'amour !
 
©Michel DUPREZ 




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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 06:44
Notre Monde – Michel Duprez
©Vladimir KUSH
 
 
 
 
Un quart de siècle à recenser
la joie ensevelie
sous les décombres de l'inquiétude.
Pas une ride qui ne soit
heureuse et fière,
pas un muscle qui ne guette
un appel de l'aventure;
un mouvement de continent
dans les nervures de mes mains
refait l'humanité,
la retourne, la regarde,
femme au parfum si terrestre.
N'allez pas croire que je triche
en risquant chaque jour ma vie
sur les tréteaux de la mémoire.
N'allez pas croire à ce que disent
les affamés quand ils ont faim
de toréros spirituels.
Leurs yeux ne savent que brûler
les prairies de l'enfance,
et ils prétendent conquérir
nos cœurs à coups de torches !
N'ayez souci que de bien dire
ce poème entouré de flammes
au vent des quatre vérités
et rien ne vous résistera autant
que le silence.
 
©Michel DUPREZ  




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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 09:35
PAROLES – Michel Duprez
©Rafal Olbinski
 
 
 
Et si tous ces mots que nous venons de prononcer
perdaient la mémoire au bout d'eux-mêmes ?
En aurons-nous passé des années
À coiffer l'horizon de lumières
Et espérer plus qu'un vague souvenir
D'une prédiction à chaque fois détruite.
En aurons-nous corrigé des épreuves
Avant de paraître à nouveau au monde,
La nuit plantée en nous comme un jet d'eau
Et les paumes fendues par la fatigue.
Le jour imprimait sur notre joue
Les premiers palabres de la terre.
Il n'aurait pas fallu parler trop bas
Ni égarer ses regards dans le ciel,
Mais cueillir, tout au long des chants de pauvreté,
Les fruits d'un avenir pareil à notre enfance.
 
©Michel Duprez
(« Présent ultérieur », La Renaissance du Livre, Bruxelles, 1981)

 


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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 06:38
AHURISSANT – Michel Duprez
 
 
 
 
Quand l'humour ferme une porte,
il peut devenir grinçant.
Quant l'amour ouvre les yeux,
il voit la vie voltiger à perte de vue.
 
Entre leurs deux noms pourtant
un seul son diffère :
le premier.
 
L'un pense au bonheur qu'il a eu
et rêve de posséder jusqu'à la fin des temps,
l'autre à ce fou rire qui le tua
après avoir fait tant de chahut
pour couvrir les cris de l'inexprimable.
 
Bref, le plus ahuri des deux,
face à face avec son vis-à-vis,
si différent bien qu'il fût aussi son semblable,
se rua encore une fois sur lui-même
et s'habitua peu à peu
à se reprendre au sérieux
dans le corps de son prochain,
double enjeu d'un partage équitable
entre l'un et l'autre.
 
©Michel Duprez  




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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 07:03
Mot nu mentalement relooké – Michel Duprez
 
 
 
 
Ces vers sont peut-être à moitié pleins
ou à moitié vides,
mais, si vous tendez bien l'oreille,
il se peut que vous entendiez respirer
un mot dans un mot,
ensuite encore un autre,
et puis encore un autre,
des millions d'autres,
voire des milliards.
 
Remarquez que je n'ai jamais dit « nom »,
sans doute en raison de mon esprit résolument positif,
ni encore moins « terme »,
pourtant si cher à Guillevic,
mais qui pourrait m'inciter à croire
que tout serait fini avant même de commencer.
 
Non, je ne dois probablement pas être le seul
à s'être au moins une fois déjà figuré
réussir un  jour à déchiffrer tout ceci au sens propre
pour une énième remise à neuf.
 
À neuf,
soit à l'image du nombre de Muses
que l'on se serait donné bien du mal
à substantiver avec autant d'élégance,
un tel accent de nouveauté,
même si une de plus n'aurait pas été du luxe,
ainsi que le disent certaines mauvaises langues
soi-disant soucieuses d'arrondir les contours
du mystère entourant ces déesses.
 
En fin de compte,
ce que vous écrirez sera d'abord un choix personne
et quand, demain, plongés dans un bouquin,
vous lirez « vocable »,
libre à vous d'avoir une pensée pour Valéry,
son plus fidèle admirateur,
ainsi que pour toutes ces autres voix
rebaptisées souffles de vie
après avoir conquis le cœur d'autrui
par tant de belles tournures.
Quant à moi, j'avoue éprouver un faible
pour la plus simple expression
quand le mot nu,
mentalement,
se voit vêtu comme un prince,
souverain sujet aux effets secondaires
d'une cour empressée.
J'envie sa surprise autant que son bonheur
tout en ayant l'impression
d'avoir ajouté ma petite pierre
à l'édifice.
 
©Michel Duprez

 


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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 07:02
MEMOIRE DU FEU – Michel Duprez
 
 
 
Autrefois, le feu rongeait l'absurde corde,
Le feu n'avait que faire de nos désirs.
Le feu détruisait, peu à peu, de ses mains
La tour où dormaient tous nos projets d'enfance.
Le feu secouait sa crinière en sautant
Par-dessus les étangs gelés de la terre.
Le feu jouait à l'eau de pluie tous les soirs.
Le feu priait comme un feu, seul, peut prier
Dans l'immobilité blessée de l'aurore.
Le feu s'enfonçait dans l'épaisseur des murs,
À la recherche d'une ombre sans légende.
Le feu galopait dans les rues en riant.
Le feu s'amusait à souder les contraires,
À couper l'espoir en deux parties égales.
Il savait qu'il n'était rien de plus qu'un feu
À diviser l'ennui de nos fulgurances,
Qu'il était seul à faire feu dans la nuit,
De tout son corps ébloui par la lumière.  
 
©Michel Duprez
(« Langagements d'Orphée », Chambelland Editeur, Paris, 1978)
 

 

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 06:44
Mirage – Michel Duprez
 
 
 
 
Une île, encore une île, ô Mer !
Si tu pouvais jamais fixer
à ce coquillage qui chante
mon souci d'évadé,
je t'épargnerais pour toujours
les mots de l'Agonie,
les mots de mes départs.
Miroir, mirage, envol des vagues ;
toujours tourner la grande roue,
la barre ou le disque du ciel
et taire un cri d'enfant gâté
dessous la terre solitaire,
boire le feu de tes entrailles
où se consument les regrets
et lever mon verre d'eau vive
à la santé de l'insatiable !
Amour amer, ah ! Mer mélanc-
ô liquéfiante raison d'être
quand les amarres sont larguées
à la vitesse du sang neuf,
dans les coursives de ton corps,
les mêmes mots toujours s'étranglent
et rêvent d'accéder au jour.  
 
©Michel Duprez

 

 

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