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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 06:43
Mouillés jusqu’à l’os – Michel Duprez
 
 
 
 
- C’est un peu fort de café, lança tout à coup le nuage de lait !
- En effet, personnellement, je dois vous avouer que je tombe des nues, confia la pluie.
- Laissez-moi rire, pouffa la rigole aux lèvres encore humides !
- Vous avez raison, ce n’est pas normal, la preuve : on n’y voit goutte, reconnut le brouillard…
- Chut, taisez-vous tous ! Si vous croyez que c’est ma tasse de thé, détrompez-vous, je suis tellement las de vous entendre patauger dans la gadoue qu’il me prend l’envie de m’étendre et de me reposer un peu, lâcha l’étang qui pérorait en ondulant du bassin !
- En tout cas, moi, tout ce que je peux vous dire c’est que ce n’est pas mon rayon, fit savoir le soleil !
- Mais, enfin, comment pouvez-vous rester de glace, tempêta la neige !
- On ne va tout de même pas en faire un roman-fleuve et rester planté là en pleurant comme une fontaine, avertit le tuyau d’arrosage ! Faites-moi confiance au moins pour cette fois. Etant quelqu’un de particulièrement bien branché et réputé pour sa bonne conduite, non seulement je sais de quoi je parle mais je peux vous assurer qu’avec moi rien ne filtre.
- Allez, je me jette à l’eau, tonna l’instant d’un éclair ! Mais n’allez surtout pas croire que vous réussirez à me prendre pour une cruche. De toute façon, si je coule, sachez que vous plongerez aussi.
 
Pfffff ! Rien à dire, encore une journée bien arrosée !
 
©Michel Duprez
 
 
 


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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 07:29
Elle comme Liberté – Michel Duprez
©Pawel Kuczynski
 
 
 
Une île en elle,
un toit en moi
d'où la nuit s'envole
quand elle rit aux éclats.
Une île en celle à travers qui l'espoir
revient souvent de loin
quand mon cœur déboussolé,
après avoir sombré dans la Sambre
jusqu'à en perdre la voix,
se met à naviguer à contre-courant.
Une île en toi,
mon ultime traversée,
mon hallucinant brise-larmes
quand les pensées les plus extravagantes
jamais croisées au large,
battues par les tempêtes,
à califourchon sur la crête des vagues,
rejoignent le rivage
pour protéger tous ces châteaux de sable
d'où est venue l'envie de lever l'ancre
à ceux qui n'ont pourtant jamais eu le pied marin.
 
©Michel Duprez
 



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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 07:38
DE MEMOIRE D’OMBRES – Michel Duprez
 
 
 
Ceux qui connaissent leurs noms
ne savent presque rien de leurs visages.
Ceux qui se rappelleront d'eux
un de ces fameux lendemains qui chantent
auront aussi bien du mal à souligner leur présence
sans le poids de tous ces livres égarés
dans les brumes passagères de la mémoire.
Nos yeux, surtout,
leur seront nécessaires pour survivre.
Nos voix,
qu'elles soient plus claires que des ondes transparentes
ou plus silencieuses que les vérités énoncées en nous-mêmes,
sont loin d'avoir dit leur dernier mot.
Le dernier mot,
celui qui s'était fait passer pour un autre,
qu'un fin limier avait pourtant réussi à débusquer
et même cru pouvoir vider de son sang comme de son âme,
mais qui revient sans fin sous un aspect différent,
toujours né trop tôt,
toujours à jour au jour le jour
jusqu'au jour J.
Le dernier mot,
sorti une fois de plus de son sommeil profond,
surpris lui-même
par le renversement de situation si voluptueusement expressif
que ce nouvel éveil des sens aura provoqué.
 
©Michel Duprez


 
 
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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 07:48
LIEU-DIT – Michel Duprez
 
 
 
 
Si mes souvenirs sont bons,
ils ne devaient pas habiter très loin d'ici.
À un jet d'éclair peut-être,
mais pas plus,
entre les lignes d'une main gauche
habituée aux dents de scie
et le bras droit d'un maître-mot
entrecoupé de fausses notes,
ou alors carrément dans la marge,
le crayon hésitant presque toujours
entre deux expressions plus ou moins identiques.
Je me rappelle en effet les avoir déjà vu emprunter
cette artère au sang bleu qui meurt d'envie de savoir
où commence la faim d'écrire et tout finit par s'éclairer.
Je me souviens d'un lieu, d'un abri sûr,
ou du moins supposé tel,
où la femme invisible et seul être au monde,
dans l'immensité des milieux littéraires,
à croire encore en leur innocence,
avait jugé bon de les assigner à résidence,
quelque part, là-bas, dans l'archipel des archives,
debout sous l'aile protectrice d'un rayon sans arrêt à pied d’œuvre
ou rêvant tout haut d'un morceau de ciel bleu,
à plat ventre étendus sur la plage d'un disque,
logés pour ainsi dire à la même enseigne
que les ombres familières d'autres vacanciers fidèles
ayant eux aussi oublié un peu de lie au fond de leurs vers,
juste assez pour ne pas être classés sans suite.  
 
©Michel Duprez



 
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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 07:42
L’état pur – Michel Duprez
©IGOR MORSKI
 
 
 
 
L'homme authentique aurait selon toute vraisemblance
hérité par bonheur d'un pouvoir illimité.
Il serait capable à lui seul de protéger le monde,
de préférence avec les yeux fermés
pour mieux viser au cœur de l'ombre
entrée en nous dans l'intention de nous détruire
et sa vie, si l'on en croit la légende,
ressemblerait plus à un conte de fées
qu'à un véritable parcours de combattant.
 
L'homme authentique, en se rappelant de nous, avouera peut-être un jour :
« C'était au temps où les bêtes ne parlaient pas.
J'ai croisé ces gens qui offraient un visage
à chacune de leurs peurs,
accordant beaucoup trop d'importance
au triste carrousel des jours et des nuits. »
 
L'homme authentique,
ou ce géant déguisé en nain
comme un certain Lagardère autrefois en bossu,
aurait été de taille à chasser hors d'ici
n'importe quel esprit chagrin
et nous permettre enfin de mesurer
la puissance du rêve.
 
Voici bien longtemps,
un timide écolier, debout face à la fenêtre de son miroir,
l'aurait même vu repartir en claquant des ailes
par un matin pluvieux de septembre,
mais ce témoin, à vrai dire,
comme en vérité toute autre personne ayant vécu sur la terre,
était tellement bien élevé
qu'il ne devait pas tarder à se rétracter
avant de perdre à nouveau la mémoire.
 
©Michel Duprez



 
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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 07:57
IMMORTELS – Michel Duprez
 
 
 
 
Comment nous serait-il possible d'oublier ?
Quand nous nous sentions pousser des feuilles
comme un enfant ses premières dents
et qu'il nous arrivait d'assister,
sans jamais vraiment pouvoir intervenir,
à d'interminables jeux de forêt
après avoir longuement pris racine
et presque été supplié quelquefois d'offrir un peu d'ombre
à l'une ou l'autre âme solitaire
accroupie dans l'herbe en pensant y cueillir
la fleur d'un rêve.
 
On avait beau nous dépouiller,
taillader nos pourpoints plus tendres que ces lames,
scribes improvisés de l'amour,
tatoueurs-nés aux cœurs loin de ressembler
à ceux dont ils se servaient
pour signer leurs forfaits.
 
Le ciel avait beau nous foudroyer du regard
lorsqu'il se mettait en colère,
la scie produisant un bruit d'enfer
nous démembrer jusqu'au torse
ou l'extrême froideur de l'arrière-saison
barbouiller nos mains vertes de taches de rousseur,
rien n'aurait pu nous empêcher de renaître
un grand jour de printemps
et de recommencer à porter fruits.  
 
©Michel Duprez

 


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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 07:35
TOUT UN PROGRAMME - Michel DUPREZ
 
 
 
 
Mon point de vue à ce sujet ?
Grave, et pourtant, pas question de céder.
Le but n'est pas de gagner,
mais de sortir à tout prix du système
pour savoir si l'on est encore soi-même.
 
Si tu veux en avoir le cœur net,
rame.
Ta mémoire vive,
c'était hier.
Rame
et tu comprendras.
 
Je préconise au préalable un sérieux nettoyage.
 
Pour que tout ce que tu perds soit de retour demain,
que tu puisses à nouveau te remettre à niveau,
enregistre bien ce qui t'arrive
en vue de pouvoir restaurer en toi
les ressources encore exploitables
sans jamais dévoiler tes sources.
 
Sachant que tout poème défaillant
ne résiste pas à l'analyse,
rame, applique-toi sans arrêt à ramer,
pour que mémoire vive et pensée vagabonde,
suite à leur dernier entretien,
ensemble aujourd'hui survivent
en toute co-errance
et, s'il-te-plaît, accorde-moi cette faveur
de crever l'écran de fumée
qui voudrait nous faire croire
que ta flamme, essoufflée,
aurait pu s'éteindre.  
 
©Michel Duprez

 


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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 07:45
TRACE – Michel Duprez
 
 
 
Dans la poussière du silence,
les feux poussent comme des fleurs,
mais on les coupe sans répit.
Le corps n'a qu'un temps pour brûler
et même pas l'entièreté
d'une page pour amortir
sa chute en piqué presque aveugle?
Les mots deviennent menaçants
et l'envol serré des syllabes
s'abat tout à coup sur le monde.
 
©Michel Duprez

 


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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 08:05
TOUT – Michel Duprez
http://ici.radio-canada.ca/emissions/par_4_chemins/2011-2012/chronique.asp?idChronique=205617


 
Tous ces décors de plâtre,
Toute cette eau de source,
Tout ce feu d’artifice
Pour croire à  l’incroyable.
 
Tous ces chants d’opéra,
Toute cette encre vive,
Tout ce spectacle en soi
Pour qu’une voix survive.
 
Tout ceci, tout cela,

TOUT – Michel Duprez

Signaux ensoleillés,
Déchirantes étoiles
Au ciel de nos mémoires.
 
Tout est là, dans ce tout,
Jeu de lumière et d’ombre
Qu’aucune force au monde
Ne peut réduire à rien.
 
©Michel Duprez
(« Livre de bord », Chez l'auteur, Forchies-la-Marche, 2010)   
 
 
 
 
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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 08:38
FIN DE MOI DIFFICILE – Michel Duprez
 
 
 
Aujourd'hui,
après toutes ces années passées à miser en vain
sur l'éventualité qu'un jour
le cours du temps soit revu à la baisse,
que reste-t-il encore de lui ?
 
L’ego,
ce jeu d'enfant
dont « Je » serait le sujet ?
Son « Je »,
le mien,
le vôtre,
celui de n'importe qui d'autre.
 
Et pourquoi pas, tant qu'on y est, l'alter ego,
son double invisible,
beaucoup plus musclé,
donc au moins deux fois plus fort ?
 
Ou alors, pour simplifier,
sans chercher midi à quatorze heures,
rien d'autre que le moi ?
Celui qui a la vie dure,
l'âme chevillée au corps
laissé en usufruit.
 
Le moi qui ne demandait pas grand chose,
un peu de personnalité tout au plus,
un minimum de dignité,
pour pouvoir continuer à vivre
accroché à ses rêves jusqu'au bout.
Le moi, longtemps après son retour d'âge,
et qui, bien que sentant ses forces le quitter,
s'efforce encore de n'avoir pas l'air trop vieux jeu,
mais que le temps désagrège pourtant peu à peu
sans l'ombre d'un émoi.
 
©Michel DUPREZ  



 
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