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10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 07:44
Victor Hugo, forgeron d’œuvres et de justice !
 
 
 
 
 
Écrire sans faim, sans but, à huis clos, choisir sans goût, sans jamais parvenir à briser le silence, parmi les ombres moribondes qui ont cessé de respirer.
 
Qui a cassé la gangue des mots ? Qui a volé la lumière qui scintillait dans leurs yeux ? Qui nous a rendu tous exsangues ?
 
Écrire avec cette odeur de brûlé sur le bout de la langue, cette chaleur accablante au coin des lèvres et tout ce mal-être enfoncé profondément dans la gorge. Écrire  sans limite, sans toucher au terme, à la parole de l’enfant condamné à errer sans fin dans ton cœur.
 
Il ne nous reste plus aucun espoir de guérison, le monde a besoin d’entendre crier sa douleur dont la voix même est sans issue.
 
Alors, qu’on le laisse cracher en paix ses poumons dans nos chaudrons magiques. Encore trois coups de louche et le breuvage sera prêt : nous pourrons enfin changer la souffrance en bonheur.
 
©Michel Duprez

 
 
 

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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 06:29
Femme écrivant une lettre – Frans van Mieris de Oudere

 

 

 

 
Quand je ne rime pas, je rame.
Leçon numéro un : le son.
Complice ou non de la raison,
Il a la douceur d’une femme
 
Et quand je rime, il fait si calme
Que l’on n’entend plus qu’un frisson,
Signe qu’un cygne a eu raison
De m’effleurer d’un coup de palme.
 
Même si j’aime être un paria,
C’est souvent à ces moments-là,
Que j’entends chanter le silence
 
Et je regrette chaque fois
D’avoir manqué d’obéissance
Au timbre azuré de sa voix.
 
©Michel Duprez


 


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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 06:33
Le baiser de la mer – Octavio Ocampo

 

 

 

1
 
Le papier lyrique ?
Tout ça dépend dans quel sens
on le fait chanter.
 
2
 
Pour celui qui vibre
au contact de l'insolite,
le son devient sien.
 
3
 
L'oiseau de bonheur
se profile à l'horizon
d'un seul trait de plume.
 
4
 
Donnons-lui le la,
il nous rendra crescendo
l'air qu'on y a mis.
 
5
 
Nos regards à peine
engagés dans ses pensées
retrouvent la voix.
 
6
 
Les mots lui échappent,
mais leurs points de fuite annoncent
maintes perspectives.
 
7
 
L'impair est de mise.
Une histoire impersonnelle ?
Non, pas quand on aime.
 
 
©Michel DUPREZ
 
(Haïkus extraits du recueil « En toute co-errance », janvier 2016)
 

 

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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 07:15
Sagittaire de Christian Schloe©

 

 

 

 

 

Si vous cherchez l’étoile, elle est toujours là-bas.
Le ciel, sous ses faux-cils, la couve avec orgueil ;
Mais celui qui l’appelle est certain de ses pas
Et rien ne lui paraît plus clair que les écueils.
 
Comme un pouvoir latent choisit l’instant propice,
L’étourdissant désir nous pousse au-devant d’elle,
Et l’obstacle lui-même a tout l’air d’un complice
Qui ferme ses grands yeux perçants de sentinelle.
 
Me voici, j’apparais sur l’astre de mes nuits,
Ayant tout délaissé d’un monde à l’abandon.
Je ne sais plus très bien si c’est moi qui vous suis
Ou si je tiens le fil ténu de la chanson.
 
Si vous cherchez l’étoile, elle est dans toute chose ;
Heureux qui sait l’atteindre à chaque instant de vie
Et s’y maintenir pur dans la métamorphose,
Architecte sans nom qui cache son génie.
 
Dans les herbes du Temps, j’entends chanter l’histoire,
Chaque plante a son timbre et sa façon de rire,
J’apprends que mon reflet est un aide-mémoire
Et qu’un nouveau détail viendra bientôt s’inscrire.
 
Si vous cherchez l’étoile, elle est toujours là-bas,
Où la pensée entière agit comme un seul homme
Et chercher à savoir comment elle se nomme
Lui ôterait sans doute un peu de son éclat.
 
©Michel DUPREZ
 
 (Extrait de « à condition d’y croire », paru chez Graphing en 1972)

 

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 06:34
Vu sur GraphicAmi.com

 

 
 
 
 
 
Moi, trop terre à terre ?
Mais, mon cher ami, puisque vous m’autorisez à m’expliquer
en y mettant les formes,
la terre,
j’aurais préféré qu’elle soit carrée.
Ç’aurait ainsi été plus facile en effet,
non seulement pour moi,
mais également pour tout le monde,
d’arrondir les angles
en fonction de la tournure des événements.
 
Ah, décidément, vous en faites des histoires,
vous, les auteurs écrivant sous la dictée
de je ne sais quel besoin d’hésiter si souvent
entre un vers à moitié vide ou un autre à moitié plein.
 
Si ça continue,
je sens que je vais encore me retrouver
au beau milieu d’un tas de trucs sans queue ni tête,
dans la peau d’une symphonie inachevée
en quête d’un simple point d’encrage
et qui s’imaginerait volontiers tirée à quatre épingles
après en avoir vu de toutes les couleurs
au moment d’essuyer la dernière cartouche.
 
Impression ? Mais c’est bien plus qu’une impression !
Le bouquet de fleurs sur le point d’éclore en ce moment
commence d’ailleurs à m’exaspérer
en continuant à répéter sans arrêt
qu’il est blanc comme neige
et compte bien le rester.
 
Enfin, quoi qu’il en soit, ne faites surtout plus aucun bruit.
Eh oui, la discrétion s’impose.
à présent, je crois bien qu’il dort à points fermés.
Mais alors, d’où vient ce curieux pressentiment
qu’il me reste encore tout de même
un poème sur la conscience ?
Attendons la suite et – qui sait ? –
un jour, peut-être…
 
©Michel Duprez

 

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 06:35
Carnaval de Sesimbra

 

 
 
 
Que la vie chante et danse au rythme des Sambas !
Le temps s’est arrêté mais son cœur continue
De battre la chamade à chaque coin de rue
Et l’été fait rougir les toits des haciendas !
 
Cette fureur qui luit dans tes yeux, ô Bahia,
Est l’amour incarné vivant sans retenue
Nos rêves les plus fous mais aussi sans issue
Quand la joie d’enseigner devient apostolat.
 
Mille épées d’or s’en vont, sous ton soleil brûlant,
S’occuper de nos corps si sensuellement
Que le jour qui s’annonce aura goût de framboise !
 
Ô Bahia, c’est le rêve, il faut boire à la vie,
Se soûler de musique et bénir la folie !
La raison a sombré dans tes eaux bleu turquoise.
 
©Michel DUPREZ
 
 
(Ce sonnet est le premier texte interprété en voix off à l’occasion de « Brasil, souffle d’espoir », spectacle poétique présenté en 2005 au Festival de la Rochelle par « L’Envers des Rimes », présidé par Pierre Brandao, et où s’associent également le mouvement, la musique et la danse).

 


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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 06:34
La Pensée qui voit – René Magritte

 

 

 
Chapeau ! Ah oui, alors là, chapeau bas ! Celui qui portait un melon et pointait son feutre vers moi vous a tous coiffé au poteau !
Vous l’aviez mal jugé, dans l’ombre où il poireautait depuis si longtemps  que tout le monde l’avait pris au départ pour un légume.
Voilà ce que c’est que d’avoir une double casquette, celle d’un homme et celle d’un poète. On ne se méfie pas de quelqu’un soupçonné d’avoir élu domicile dans un quartier de lune, qui plus est un beau quartier.
L’homme au melon n’a pourtant jamais été le fruit de mon imagination. Il existe, c’est même une forte tête. La preuve : demandez-lui n’importe quoi sur n’importe quel sujet, il démarre au quart de tour sur des chapeaux de roue et si, par hasard, il entend crier au complot, il ne pourra s’empêcher d’annoncer, le cou monté sous son faux col blanc: « Je prends la tête du mouvement ! ». Mais, rassurez-vous, comme il a toujours eu l’esprit de corps, il s’empressera aussitôt de déclarer, bon prince : « Evidemment, le reste est à vous ! ».
L’heure est venue aujourd’hui d’en finir une bonne fois pour toutes avec ce secret de Polichinelle.
Celui qui se prenait pour moi est bien réel, puisque chacune de ses apparitions donne matière à réflexion.
Maintenant que mes yeux se sont ouverts à la lumière, il est de mon devoir de regarder les choses en face et de remettre les pendules à l’heure : je suis, j’ai toujours été ce sombre héros.
 
©Michel Duprez




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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 06:35
mamzellemirabelle.blogspot.fr/2010/09/ca-se-dispute

 

 

 
Pas toujours facile
d’aiguiser un trait tout en pesant ses mots,
d’exclure une pensée a priori sympathique
mais laissant malgré tout planer un doute
autour d’elle.
 
Pas toujours aussi simple
de gommer tous ces petits travers,
ces milliers de vers imparfaits
fréquemment présents aux mauvais endroits,
de considérer ces quelques vagues réminiscences,
finalement balancées par-dessus bord,
comme autant de coups d’épée dans l’eau.
 
Pas toujours évident
de tomber par hasard  sur une subtilité
impossible à décoder sans l’oreille musicale
associée aux yeux du cœur
ou de devoir trancher entre deux formules
après avoir achevé d’éplucher l’ensemble,
écarté toute explication un peu trop prévisible.
 
Et pourtant…
Pourtant, la voix silencieuse
n’est pas encore prête à rendre l’âme.
Oh non, point de suspension, que du contraire :
la voix, fût-elle aussi fragile qu’un murmure,
aussitôt évadée hors de nous,
en vous déjà se réincarne
et continue à témoigner,
l’ivresse de vivre au coin des lèvres.
 
©Michel Duprez




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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 06:35
http://www.mysteredelavie.fr/archives/2014/11/15/30962329.html

 

 

 
 
Vite, envoyez-moi dès que possible
votre meilleur élément,
supplia l’univers face à votre humble serviteur
évidemment surpris par cette requête.
 
Enfin, c’est vrai, quoi,
la prière a beau m’avoir été adressée à brûle-pourpoint,
il n’y a pas le feu.
 
Non vraiment, là, le monde entier ne manque pas d’air.
 
Pendant que j’y pense, à propos de l’air,
on peut compter sur ses filles,
de belles hôtesses,
et puis, encore, ce qui n’est pas non plus négligeable,
ses tas de colonnes ainsi que de coussins
destinés sans doute à faire bonne impression.
Il paraîtrait même que le ciel
serait devenu son lieu de résidence préféré.
 
Ensuite, il y a également l’eau, si fière de ses châteaux,
de ses piscines et de ses aquariums,
ses jets privés de pierres et de vitres
ou toutes ces croisières aux escales paradisiaques.
L’eau qui pourrait s’imaginer qu’elle est bénite.
 
Ah, devant pareille énigme,
la terre et moi avons la tête qui tourne.
 
Bon sang, mais c’est bien sûr !
Ne garde-t-on pas toujours le meilleur pour la fin ?
éléments, éléments…
D’après vous, lequel des quatre est le plus cultivé ?
Dès le départ, la réponse était là,
sous mes yeux comme à mes pieds.
 
élémentaire, mon cher Watson !
 
©Michel Duprez




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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 06:21
Le chat - Geluck©
 
 
Du courrier est arrivé ce matin et, parmi celui-ci, cette lettre,
la première écrite à la main que je reçois
depuis qu'un ange a eu l'excellente idée de remettre quelques bûches
dans l'âtre où les mots couvaient encore sous la cendre.
Étant donné la relation qui nous unit, j'aimerais l'ouvrir devant vous
afin que vous profitiez également de son contenu.
Ah, voilà :
« Cher Poète,
Pour commencer, un bon conseil : soyez bref. »
 
Alors là, il y a un pépin,
et pas un petit !
J'avoue avoir été pris de court.
 
« Trois vers tout au plus suffiront désormais amplement
pour affirmer votre talent. »
 
Du même coup, vous pensez bien, plus de moments d'ivresse !
 
« Autant que possible, observez le jeûne... »
 
On va voir ce qu'on va voir ! à commencer par de quel bois se chauffe
l'éternel jeune premier que vous traitez d'antiquité,
mais qui a pourtant encore bon pied bon œil !
 
« ... et, s'il le faut, jusqu'à la grève de la fin
en refusant jusqu'au bout de ponctuer vos écrits ».
 
Après ça, bonjour à ceux qui ont la manie de mettre les points sur les i
ou, parfois, leur carrière entre parenthèses !
 
« J'en déduis que vous avez d'ores et déjà saisi l'importance de ce message, »
 
Ben voyons ! Je vais vous dire, moi, ce que j'en pense :
C'est justement en procédant ainsi, de déductions en déductions,
que l'on finira bientôt par réduire la parole à sa plus simple expression.
 
J'avais raison, puisqu'on ajoute :
« ...car l'art sera minimal ou ne sera pas ».
 
Bah, au fond, si ça devient minimal, ça ne devrait pas encore être trop grave.
 
 ©Michel Duprez
 
 
 

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