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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 07:46
Cri « Terre » - Michel Duprez
Vladimir Kush
 
 
La mine sombre, l'homme au large est sur ses gardes. Il crie plus fort que les vagues : « J'ai fait tout ce que j'ai pu mais tout se plie ou se brise et coule à pic. Il y a houle et le vent souffle, on est loin, très loin des côtes, seuls en pleine mer, face à la pluie, au feu du ciel, sur des flots de larmes, des larmes de sang, à voir nos corps, la mort dans l'âme, sous leurs draps de chair et d'os ».
 
Quand tout à coup une voix fend l'air : « Terre ! ».
 
Il y a du sable en vue, la vie de plus en plus proche.
 
« Ouf, on est saufs », dit l'homme à ceux qui se tiennent par la main près de lui, les nerfs à fleur de peau.
 
La terre, oui, la terre, celle qui nous laisse à tous le temps de vivre et le choix de l'heure où, presque à bout de souffle, on pense tout haut les trois mots qui nous font si peur : « Je suis prêt ».
 
©Michel Duprez
 
 
 
 
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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 07:44
Sans le savoir – Michel Duprez
 
 
 
 
 
Je me dois de te prévenir avant qu'il ne soit trop tard : c'est une vraie cata, ta strophe.
 
Les vers traînant en longueur ayant tendance à gagner du terrain, je comprends que tu te sentes vite dépassé.
 
Que te conseiller, sinon d'emprunter vivement un raccourci dès que l'occasion sera à ta portée.
 
Une fois sur place, attends cependant encore un peu avant d'allumer la mèche.
 
Crois-en mon expérience : un feu d'artifice a besoin de plus d'étoiles et surtout de temps pour qu'un seul instant privilégié devienne un jour de fête.
 
Apprendre à fusionner ses états d'âme et de grâce est un art qui s'ignore.
 
Mais ce que tu ne sais pas encore et qui pourrait te paraître étrange à juste titre, c'est qu'il te faut d'abord perdre connaissance avant d'imaginer les choses à consigner sur la page au bas de laquelle tu apposeras enfin ta signature.
 
©Michel Duprez
 

 
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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 07:40
Mal entendu – Michel Duprez
 
 
 
 
 
Nous lui faisons observer
qu'il avait mal entendu
dès qu'il a mis le doigt
sur la pensée odorante
dont la saveur de sa langue
tirait presque tout son miel.
 
Ayant bien mal entendu
et l'intention de reconnaître
le fait qu'il s'était planté,
il s'est dit réjoui à l'idée
que des propos si délicats
aient pu germer dans son esprit.
 
Encore un malentendu ?
Peut-être...
Mais si ce qu'attend le poète
n'est pas toujours ce qu'il entend,
pourquoi n'apprécierait-il pas
tous ces moments de délice
survenus à l'improviste
et donc, bien entendu,
tout à fait par hasard ?
 
©Michel Duprez
 
 
 
 
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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 07:46
Hantise – Michel Duprez
 
 
 
C’est le dernier bastion d’un monde que l’on croyait disparu depuis longtemps. Plus personne derrière les meurtrières de ses tours ou de ses remparts. On entend des clameurs d’enfants monter aux créneaux quand la mer, à marée haute, exhale sa douce haleine de fraîchin et que le bruit des canons de l’orage étouffe celui du ressac.
 
Ce château en ruine sans souterrains ni pont-levis et aux douves si profondes qu’il nous a toujours semblé imprenable est-il réel ou seulement une de ces illusions dont on bâtit les légendes ?
 
Peu importe. Les vagues, qui ont la réputation d'être sans pitié, mettront un point final à ce dilemme en emportant tout sur leur passage.
 
©Michel Duprez
 



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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 07:49
Bête de concours – Michel Duprez
 
 
 
 
 
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Membres du Jury, tout concourt à faire de moi le candidat idéal.
Étant d’ores et déjà assuré de tomber dans le bac à lauréats, je bénis cet instant où, par un heureux concours de circonstances, ce que l’on a coutume d’appeler un vent favorable déposa sur ma table votre petite annonce avec tous les prix affichés.
Vivement intéressé par ce que vous proposez actuellement de mieux en la matière, il va de soi que je vise un titre de prestige. Certes, le talent ne s’achète pas,  mais j’ai quand même loué Dieu afin que mon engagement soit honoré de tous lorsqu’il atteindra la plus haute marche.
Sachez néanmoins, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, Chers Membres du Jury, que je ne suis pas une bête de concours et n’ai jamais, au grand jamais, eu l’intention de vous forcer la main de quelque manière que ce soit. Cependant, comme tout travail mérite salaire, votre Prix sera le mien.
Dans l’attente de l’excellente nouvelle que vous êtes censés me faire parvenir incessamment, encore mille fois merci d’avoir prêté votre concours au renom de mes bonnes œuvres, et rendez-vous à la séance académique organisée à l’occasion de la remise des récompenses.
 
©Michel Duprez

 
 
 
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:51
Peu à peu – Michel Duprez
 
 
 
 
Celui qui dit
vise,
celui qui se tait
se terre.
 
Plus envie ?
Donc plus en vie.
 
Car dire ou se taire,
depuis toujours,
est bien le choix qui divise.
 
Celui qui veut
peut.
 
Je sais : ça paraît peu,
mais il se peut qu'un peu,
parfois,
mine de rien,
quinte de tout,
soit déjà beaucoup,
d'autant plus
quand ce peu de tout,
avec le temps,
en fasse tant et tant
qu'il réponde à nos vœux.
 
Celui qui dit
vise
et, quand ses paroles font mouche,
il nous touche en plein cœur.
 
©Michel Duprez
 
 
 
 
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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 06:37
Nom d’une pipe ! – Michel Duprez
René Magritte
 
 
 
 
                                                             En hommage à Magritte.
 
 
Et si les chefs-d’œuvre sans légende
étaient finalement moins résistants
à l’humeur changeante du futur,
autrement dit plus vite appelés à disparaître en fumée ?
 
Prenons par exemple cette peinture.
La chose qu’elle représente en ne reposant pourtant sur rien,
puisqu’elle semble en effet,
au premier coup d’œil,
flotter dans l’air,
apparaît d’une extrême simplicité.
 
Or il fallait qu’elle soit vraiment culottée
et confiante en sa courbe harmonieuse
pour passer ainsi d’un siècle à l’autre
sans que son image ait perdu son éclat
ni choqué non plus les âmes dites « sensibles ».
 
Supposons à présent que l’auteur de ses jours,
au moment où il fut inspiré,
se soit contenté de concevoir
un de ses tableaux les plus célèbres
sans piper mot.
 
Dans ce nouveau cas de figure,
ce qu’il affirmait alors ne pas être cela
serait peut-être encore ceci.
 
Mais, d’un autre côté,
si nous souhaitons rester réalistes
et donc raison garder,
nous devons bien admettre
qu’il aurait aussi considérablement réduit ses chances
de faire un tabac.
 
©Michel Duprez



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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 06:42

https://trema.revues.org/1901 - Crédits Horst SCHIFFLER et Rolf WINKELER.

La voix de son Maître – Michel Duprez
 
Le Maître élève la voix :
« Tu es non seulement mon sujet,
mon verbe,
mais aussi mon complément.
 
Si je devais établir un point de comparaison
entre toi et le reste du monde,
je choisirais sans hésiter une montre,
surtout quand, ravagé par la rouille
apparue autour de tes engrenages,
tu retardes après avoir d'abord fait mine d'avancer.
 
Et tu t'étonnes d'entendre si souvent tes proches te demander :
Comment va le moral ?
 
Combien de fois ne t'ai-je pas répété :
dès l'instant où tu auras l'impression d'être victime
d'un mauvais réglage,
écris, que diable !
 
La poésie est ton remontoir.
Moi, je dis ça pour ton bien.
 
Il te faut avoir l'esprit aventurier,
viser avec une extrême précision
ce long voyage au bout de l'ennui
qui t'empêche de cueillir les fruits
de ton futur jardin secret.
 
Si tu suis mon conseil,
je t'accorderai peut-être
un supplément d'âme,
car l'âme – on le sait -
restera toujours
le meilleur garde du corps.
 
©Michel Duprez  
 
 


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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 06:49
Cherchez l’erreur – Michel Duprez
 
 
 
 
Tremblez sur vos assises,
théorie tout juste bonne
à faire peur aux enfants que nous sommes
et continuons souvent à demeurer
une fois devenus grands.
 
Les années sont peut-être des balais
destinés à chasser les noms,
mais une chose est sûre : il est des circonstances
où dire non ne sera jamais de refus.
 
Sur ce : vade retro, Satana,
en premier lieu – honneur aux dames -,
entre deux mises en bière,
qu'elle soit brune ou blonde, à votre convenance,
celle qui nous attend un jour à la sortie,
surnommée la fille à la faucille,
et qui clame en vous pointant du doigt,
avec une vraie tête d'enterrement :
« Toi, tu finiras bientôt entre quatre planches ! »
 
Rendez-vous compte : se retrouver fauché à notre âge,
comment voulez-vous que l'on s'y fasse ?
 
Ah, mais attendez un peu, là, attendez...
Vous ne trouvez pas que ça sonne faux ?
Dans cette situation sens dessus dessous,
quelque chose ne tient pas debout :
finir entre quatre planches....
Il ne faut pas être Einstein
pour en déduire que deux manquent à l'appel,
deux issues de secours,
mais aussi de salut.
 
Tenez, en parlant de planches,
j'ai connu un gars qui, après s'être laissé prendre au piège,
a d'abord tremblé d'effroi,
puis fut littéralement cloué sur place,
enfin tellement refroidi,
qu'il en est mort.
 
©Michel DUPREZ

 
 
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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 07:00
Faux-Semblants – Michel Duprez
Jean-Jacques Grandville - http://sandra-barre.tumblr.com
 
 
 
 
« Je suis un faucon », confie l’oiseau.
Le rat passe et crie : « C’est ça, et moi un faux cerf ».
« Faux con, faussaire, la belle affaire ! », constate le dindon de la farce.
 
Ceci dit, ajouterai-je en tant que narrateur, si vous souhaitez malgré tout remonter la filière, ce n’est pas difficile : commencez donc par chercher les fautifs du côté des perruqués.  Mais, un bon conseil, faites vite, sinon leur chef de file risque encore une fois de vous filer entre les doigts en se faufilant dans la foule à toute allure.
Sur ce, à tout à l’heure, car figurez-vous que l’on m’attend pour le repas et que, si ça se trouve, je n’aurai même plus le temps d’enfiler comme d’habitude mon faux-filet bien saignant.
 
Cette histoire a peut-être l’air cousue de fil blanc, je le confesse, mais on s’en fiche, les plus futés étant souvent les plus inventifs, même après dix vers d’affilée, le fait d’avoir tout faux ne signifie pas pour autant que tout ce j’ai dit ou écrit  soit du toc. Et tac !
 
Comment ça, moi toc toc ? Mais, Monsieur, oser comparer mon tic-tac poétique à un quelconque dérèglement des sens est tellement ridicule que je vous conseille illico de changer de tactique !
 
©Michel Duprez



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