20 septembre 2013
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http://50watts.com/Folon-s-Metamorphosis-2
Je construis. J’ai déjà choisi l’endroit rêvé,
Un terrain vague, un lieu sain où la terre est vierge,
Où l’argile des mots au ras du sol émerge
En balayant le ciel d’un regard étoilé.
Je creuse dans la roche et les os du langage,
Déguisé en fossile, avec, pour seuls outils,
Quelques cristaux d’azur, brisés mais plus précis
Que les scalpels mordant la chair de mon visage.
Je ne veux point de mur qui ne soit transparent,
Mais de l’eau, de l’eau bleue, et juste assez de sable
Pour que le ciment prenne en ce jour mémorable
Où je verrai mon nid s’élever en plein chant.
Tes yeux seront mes seules sources de lumière,
Il n’y aura plus rien qui ne te corresponde.
On sentira partout flotter l’odeur du monde
Mélangée à la tienne à jamais familière
Jusqu’au jour où, parmi les fleurs de mon jardin,
L’âme en paix, étendu dans un grand lit de feuilles,
Abandonné par toi qui pour l’instant m’accueilles,
Je pourrai m’endormir une plume à la main.
© Michel Duprez
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Michel Duprez
6 septembre 2013
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07:15
http://lusile17.centerblog.net/41956-le-regard-un-enfant?ii=1
Et si l’avenir ne se lisait pas dans les mains,
Si tout ce que l’on nous a raconté était faux,
Si la vérité, la seule, avait tout simplement
Choisi de s’imprimer dans les yeux et qu’au fond
Il suffirait de se regarder pour tout savoir ?
S’il suffisait de savoir cela pour être sûrs,
Pour enterrer d’un seul coup toutes nos peurs d’enfants,
Repeindre une ombre au tableau de ce qui n’est qu’un mur,
Un tout petit mur de rien du tout, mais qui prévaut,
Même après avoir passé l’âge dit « de raison »,
Sur nos pensées, nos envies les plus ferventes qui soient.
Ah, si les yeux étaient réellement ce grimoire,
Ce livre grand ouvert où, pour calmer notre faim
De tendresse et de désir jusqu’à la fin des temps,
Nous irions tous nous noyer au comble de la joie !
Non, mais tu rêves là, réfléchis : si c’était vrai,
L’amour serait en fleur dans presque tous les regards,
Il n’y aurait plus qu’à en cueillir un au hasard,
Plus qu’à espérer pour qu’il ne se fane jamais.
Tu t’es trompé, poète, et te tromperas encore
Quand renaîtra en toi l’enfant que tu croyais mort,
L’enfant fou qui s’amuse à semer la zizanie
Dans ce grand laboratoire où s’invente la vie.
© Michel Duprez
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Michel Duprez
23 août 2013
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07:43
© Gao Xingjian.
Même les mots ont une ombre,
Et si on ne la voit pas,
C’est parce qu’il fait trop sombre
En nous à ce moment-là.
Il vaut mieux attendre un peu,
Le temps que l’âme s’éclaire,
Le temps qu’il faut à ce feu
Pour quitter le sanctuaire.
Car tous les mots sont soleils,
Brûlures au bout des doigts
Quand on assiste au réveil
D’un désir plus grand que soi.
Vous seuls pourrez découvrir
Cette ombre ou bien cette empreinte,
Témoin d’un dernier soupir,
Autre vie, déjà enceinte.
Car tous les mots sont des arbres
Que l’on mesure à leurs fruits,
Nul ne peut rester de marbre
Quand leur parfum tue l’ennui,
Quand, vus sous un autre jour,
Ils renvoient la terre entière
A la saison des amours
Entre l’ombre et la lumière.
© Michel Duprez
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Michel Duprez
9 août 2013
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07:28
http://beautifulgirl275.skyrock.com/
Je t’avais simplement perdu de vue,
Tu étais là, dans mon imaginaire,
Mon bel amour dont l’ombre si légère
Revient vers moi telle une main tendue.
J’ai si souvent espéré ta venue,
Pensant un jour ne plus pouvoir me taire,
Et crier, hurler la pauvre prière
Que j’arrachais à la nuit suspendue.
Je te cherchais, passant d’un monde à l’autre,
Chassé parfois, ainsi qu’un faux apôtre,
Hors du temple où la foi est aux abois.
Et tu étais là, à peine endormie,
Jurant n’avoir jamais vu de ta vie
Celui dont les yeux sont au bout des doigts.
© Michel Duprez
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Michel Duprez
28 juin 2013
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07:17
http://reikidoc.blogspot.fr/2012/11/mothers-gambling-tale.html
J’ai fait vivre tant de monde et crié si fort ma joie
Que chaque jour qui m’accueille est comme un bel oiseau bleu.
Hommes, femmes, enfants nés dans la lumière d’un songe
Et dont la voix parfumée à la saveur de ma terre
Faisait vibrer l’air du temps aux fenêtres peuplées d’ombres,
J’ai percé tant de secrets, inventé tant de visages,
De souvenirs, d’amours fous, de gestes étincelants,
Prêté si souvent l’oreille à ces bruits imperceptibles,
Ces silences cristallins jaillis du ventre des choses
Et que personne, à part moi, n’était capable d’entendre,
Que le ciel peut s’effondrer, la nuit répandre son sang,
Je garderai le pouvoir qui m’a été concédé
De rétablir l’harmonie au plus profond des mémoires.
© Michel Duprez
(« Rêve-toi et marche », Chez l'auteur, Forchies-la-Marche, 2010)
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Michel Duprez
14 juin 2013
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07:26
© Michel Saint-Jean - http://www2.cnrs.fr/presse/communique/752.htm
Et si tous ces mots que nous venons de prononcer
perdaient la mémoire au bout d'eux-mêmes ?
En aurons-nous passé des années
À coiffer l'horizon de lumières
Et espérer plus qu'un vague souvenir
D'une prédiction à chaque fois détruite.
En aurons-nous corrigé des épreuves
Avant de paraître à nouveau au monde,
La nuit plantée en nous comme un jet d'eau
Et les paumes fendues par la fatigue.
Le jour imprimait sur notre joue
Les premiers palabres de la terre.
Il n'aurait pas fallu parler trop bas
Ni égarer ses regards dans le ciel,
Mais cueillir, tout au long des chants de pauvreté,
Les fruits d'un avenir pareil à notre enfance.
© Michel Duprez
(« Présent ultérieur », La Renaissance du Livre, Bruxelles,
1981)
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Michel Duprez
31 mai 2013
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07:06
http://voirdit.blog.lemonde.fr/2008/01/28/ombres-et-lumieres/
Tous ces décors de plâtre,
Toute cette eau de source,
Tout ce feu d’artifice
Pour croire à l’incroyable.
Tous ces chants d’opéra,
Toute cette encre vive,
Tout ce spectacle en soi
Pour qu’une voix survive.
Tout ceci, tout cela,
Signaux ensoleillés,
Déchirantes étoiles
Au ciel de nos mémoires.
Tout est là, dans ce tout,
Jeu de lumière et d’ombre
Qu’aucune force au monde
Ne peut réduire à rien.
© Michel Duprez
(« Livre de bord », Chez l'auteur, Forchies-la-Marche,
2010)
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Michel Duprez
17 mai 2013
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07:17
© Christophe Bouquin http://www.francophonie.org/Le-feu-d-artifice-du-14-juillet.html
Autrefois, le feu rongeait l'absurde corde,
Le feu n'avait que faire de nos désirs.
Le feu détruisait, peu à peu, de ses mains
La tour où dormaient tous nos projets d'enfance.
Le feu secouait sa crinière en sautant
Par-dessus les étangs gelés de la terre.
Le feu jouait à l'eau de pluie tous les soirs.
Le feu priait comme un feu, seul, peut prier
Dans l'immobilité blessée de l'aurore.
Le feu s'enfonçait dans l'épaisseur des murs,
À la recherche d'une ombre sans légende.
Le feu galopait dans les rues en riant.
Le feu s'amusait à souder les contraires,
À couper l'espoir en deux parties égales.
Il savait qu'il n'était rien de plus qu'un feu
À diviser l'ennui de nos fulgurances,
Qu'il était seul à faire feu dans la nuit,
De tout son corps ébloui par la lumière.
© Michel Duprez
(« Langagements d'Orphée », Chambelland Editeur, Paris, 1978)
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Michel Duprez
3 mai 2013
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07:47
http://sante-medecine.commentcamarche.net/faq/3364-vertiges-symptomes
Comment traduire ce qui doit d'abord être interprété ?
Comment interpréter ce qui est avant tout sensé traduire
À la fois nos pensées les plus secrètes
Et nos espoirs tellement démesurés
Qu'ils proviennent forcément d'une autre dimension ?
Comment réussir à adapter tout cela mot à mot
Sans trahir ce petit rien,
Cette vague idée plantée dans le décor,
Qui a poussé à contresens
Et donné vie à ceci.
Traduction, trahison :
Simple question de fidélité
Comme de respect
Par rapport à une version
Qualifiée d'originale.
© Michel DUPREZ
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Michel Duprez
19 avril 2013
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07:18
© Roméo et Juliette - Théodore CHASSERIAU
Roméo rêve au delta de ses reins,
Les yeux ouverts sur la mer qui l’emporte.
Lasse d’errer et de faire la morte,
Son âme éclate en grappes de raisins.
Juliette est l’île au soleil de ses mains,
La plage où chante une vague si forte
Qu’elle devient la voix qui réconforte
Ce feu tremblant sur la pointe des seins.
Se pourrait-il que ce ne soit qu’un songe,
Ce réveil du désir qui se prolonge
Et ne veut plus mourir toutes les nuits ?
Roméo rêve et comble cette absence
Par un grand cri dans le cœur du silence
Avec l’espoir d’en savourer les fruits.
© Michel Duprez
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Michel Duprez