L’annonce du décès de ce grand poète fut une véritable douleur pour beaucoup de monde, celui de la poésie, mais aussi de la peinture, de la sculpture et de la littérature…
Pour ma part, je n’ai eu la chance de le fréquenter que quelques mois. Une belle amitié naissait, mais trop vite rendue silencieuse par la maladie qui allait emporter Louis.
Alors, ô combien j’ai été heureux de l’initiative de Jeanne Champel Grenier, très grande amie du poète lorsqu’elle m’a parlé du livre hommage qu’elle préparait pour Louis, m’invitant moi aussi, à y participer.
C’est l’univers des poètes amis de Louis Delorme qui défile page après page, chacun lui rendant hommage par un écrit et par la présence ici !
Aux amis et admirateurs de Louis Delorme je ne peux que recommander ce livre hommage !
Au-dessus de l'océan, le volcan rageur brasse l'incendie des profondeurs, une coulée pourpre éperonne le flan de la montagne.
Le feu originel roule, palpite dans le ressac.
La roche réveillée crache les cicatrices d'avanies retenues.
Langage du secret outragé.
Complices, les grandes marées dévident l'écheveau des clameurs, lacèrent des paupières de sel.
Les ondes sont désaccordées.
Rétiaire, le magma serpente, délire dans la nasse des marées.
Baveuses morsures.
Les cendres assassines étouffent le tatouage des derniers gréements. Les fonds marins revendiquent leur butin
Les oiseaux morts gisent dans l'acier d'une légende.
Un livre, une page,
Un numéro, une ligne,
Un livre est un message,
Une histoire que l’on signe...
Un livre s’écrit avec le sang,
En rouge, en noir et blanc,
Avec le sel de ses larmes,
Et le charme innocent
D’un regard si troublant...
Un livre n’est féminin
Que dans la légèreté,
L’érotisme effleuré,
Désinvolte, et dévoré !
Mais il n’est masculin
Qu’en sujets bien musclés,
La rime masculine
Jamais ne le décline !
Ni ambigène, ni arc en ciel
Le livre n’a de pareil...
Simplement : « il est »...
Décembre brame impatient. Dans ses bois un bouquet vert, d’aiguilles et de braises, brûle la saison. De bleu et de gris son regard pers lisse le ciel. Vêtu des forêts de l’hiver, il avance vers le terme. Sa main gauche porte le gui, sa main droite le houx. Sa ceinture pèse de l’or d’une serpe. Il avance et chaque pas, chaque enjambée, lui ôte son poids d’homme, le poids du temps.
Décembre adolescent marche vers l’enfance de son histoire, à ses lèvres demain balbutie.
Tropiques suivi de Miserere/ Tropice urmat de Miserere. Traduction en roumain et Postface de Sonia Elvireanu. Préface de Jean-Noël Chrisment, Ars Longa, 2020, 133 p., 10 euro
Prix Naji Naaman 2020, Liban
Un souffle de mélancolie s’exhale des poèmes de Michel Herland du recueil bilingue Tropiques suivi de Miserere/ Tropice urmat de Miserere, inspirés par le paysage tropical, en même temps que la nostalgie d’une époque surannée à laquelle il emprunte fréquemment la forme du sonnet, comme une musiqued’un temps révolu.
L’exotique et l’érotique se conjuguent en une sorte de duo provocateur, comme nous aiguillonne la beauté sauvage de visions rappelant certains poèmes de Baudelaire. Le paysage tropical, ses couleurs fascinantes et ses senteurs enivrantes excitent la sensualité du poète qui s’abandonne à une passion troublante pour sa noire déesse. La douceur de l’air, quand ce n’est pas la torpeur torride ou la moiteur humide des forêts, fait s’épanouir en la mystérieuse femme d’ébène un archétype qui hante les mythes et les littératures du monde.
La femme qui envoûte Michel Herland prend cependant de multiples visages : ceux d’Ève, d’Aphrodite, incarnation de la beauté et de la sensualité, de Laure de Pétrarque, d’une jeune fille diaphane et innocente, d’une femme frivole et sensuelle, habituée des fêtes galantes, objet du désir et des plaisirs, d’une touchante femme-enfant, d’une beauté noire, sauvage et mystérieuse, d’une femme raffinée et inaccessible, d’une fille du désert. Quelle que soit la forme sous laquelle elle s’incarne, la muse de Michel Herland est toujours une sorte de déesse qui ensorcelle par sa beauté.
Rêve ou passion, accomplissement ou déception, admiration ou dédain, innocence ou dépravation, sensualité délicate ou obscène, toutes les variantes de l’amour et des sentiments se manifestent dans ces poèmes.
Il y a chez Michel Herland de la désinvolture, voire du plaisir, à évoquer la séduction et le désir, ce qui nous renvoie à l’hédonisme du XVIIIe siècle, si ce n’est à l’amour courtois. Est-ce la nostalgie du libertinage savant de ces temps jadis, d’un art de séduire oublié que le poète aimerait ressusciter ? Ou est-ce la beauté sauvage et troublante des paysages exotiques découverts par les romantiques ? Les deux certainement. Le choix du sonnet, la musique des vers renvoient d’emblée à l’atmosphère des fêtes galantes d’autrefois.
Si les vers rappellent parfois Verlaine, les paysages et les personnages de Michel Herland, malgré leur charme mystérieux, ont une troublante réalité grâce à la précision des détails. Ainsi dans certains poèmes, les toponymes permettent-ils de situer précisément le décor des Caraïbes où le poète est désormais installé.
L’art de rimer et d’évoquer la passion sont remarquables chez Michel Herland, poète marqué par l’harmonie classique comme en témoigne sa prédilection pour le sonnet. Le lecteur découvre avec surprise en lui un poète raffiné, qui s’assume à l’écart du postmodernisme dont se réclame la poésie du XXIe siècle. Comme s’il voulait prouver que rien n’est jamais démodé en art, que l’on peut faire renaître d’anciennes formes, les mettre au service d’une sensibilité actuelle.
L’exotisme et l’érotisme de Tropiques s’opposent au triste et au sordide qui dominent dans Miserere, intégré dans le même recueil. Les misères de la vie (pauvreté, souffrance, chagrins, dégradation, perversion, vieillesse, solitude) sont évoquées par une mosaïque d’images souvent hideuses, voire abjectes de la ville. Ainsi, au charme envoûtant du paysage tropical s’oppose brutalement un espace repoussant, ses maux et ses vices. Les plaies du monde contemporain sont peintes sans fard dans des poèmes comme Migrations ou La fureur est tombée sur la ville écarlate. Là éclate la révolte du poète contre la condition humaine et les injustices ; sa plume se fait aigre et la poésie tourne à la satire sociale.
Conclure le recueil par la figure du poète est éminemment symbolique. Le poète est plus que quiconque sensible à toutes les beautés, toutes les laideurs du monde. C’est donc à lui qu’il revient de les raconter.
2 février
Mais nous déambulons au milieu de colonnes :
Celles des amis chers, sans parti ni tabou,
et les arbres dressés, de printemps en automnes,
sous la voûte du ciel solidement debout.
3 février
Voûte est mon horizon si je lève les yeux,
Telle est sa profondeur que j’en ai le vertige !
Les bienveillants, les purs, des êtres merveilleux
S’y trouvent rassemblés, surprenante voltige.
4 février
C’est bien haute voltige et danse révélée
D’observer les ébats de mes anges gardiens.
Il y en a plusieurs, je reconnais d’emblée
Ceux qui servent d’escorte à mes pas quotidiens.
Détail de l’oeuvre « libre interprétation » reçue de Serge Lascar
J’ai rencontré, évadée de vos yeux
Une larme.
Je l’ai suivie, au fil de votre nez
Sans me faire remarquer.
Elle contourna la commissure sacrée de vos lèvres
Et je m’en approchai.
Laissant à son passage un reflet d’eau salée
Je la vis se glisser le long de votre cou.
Gourmand, je me précipitai
Affamé à l’idée de m’en désaltérer.
Et puis : je l’ai perdue.
Heureuse perle de vent
Cette larme un moment
Frôla votre visage
Sage
Et en mourut.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...