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17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 06:38

 

 

 

 

Pour une raison qui m’échappe encore,

il se permet de répéter sans cesse

« humilité », « modestie », « exigence »

et prétend se faire tout petit

alors qu’après s’être à nouveau emparé

de quelques fragments de lui-même,

et non des moindres,

il n’a rien trouvé de mieux

que de les remettre en scène

en signant son forfait

de sa plus belle plume.

 

Hum… Quoi ? Ciel, est-ce possible ? Oh ça, par exemple !

à mon avis, là, vous y allez un peu fort.

évidemment que je vous reçois cinq sur cinq.

 

Donc, selon vous, l’écriture,

pour lui,

qu’il soit d’humeur ou non à plaisanter,

ne serait pas un but,

mais plutôt une faim en soi,

ou plus exactement une passion dévorante 

à l’origine du mal au ventre

dont sembleraient souffrir certains d’entre nous ?

 

Horreur ! Honte à cet excès d’amour-propre à propos duquel nombreux sont ceux à estimer aujourd’hui

que ce n’est plus de l’humour,

mais de la rage.  

 

©Michel Duprez

 



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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 07:30

 

 

 

 

 

Moi, ton pigeon qui roucoule

à chaque fois que ta chair fond sous ma langue

en me laissant tout, sauf un goût amer, au passage,

comment parviendrais-je à ne plus soupirer

quand je crois avoir décodé tes billets doux

et que l’émotion me prend à la gorge,

après que les mots, sillons du cerveau devenus cerfs-volants,

jadis peu volubiles, à présent si sûrs d’eux-mêmes

-          Enfin, si l’on peut dire    -,

à leur tour, aient volé en éclats.

 

Et toi, ma Beauté, mon Canon, ma Bombe,

aussi intrépide que désarmante,

ange qui passe et qui repasse à travers ma vie,

sans poudre de riz ni habits de cérémonie,

au rythme habituellement indécis des points de suspension,

qui rit dans la plupart des cas plus qu’elle ne pleure.

 

ô Toi qui m’es jeu et joie tout à la fois,

la plus parfaite imperfection

qu’il me soit donnée de rencontrer

en ce jour de grâce où le silence a raté son entrée,

te voilà de retour auprès de celui qui,

ayant mal digéré le fait

d’avoir dû manger de la vache enragée

durant près d’un quart de siècle,

annonce avec fierté qu’il sera d’ores et déjà

la proie de tes prochains sortilèges.  

 

©Michel Duprez

  





 

 

 

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4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 07:30
Œuvre d’André Martins de Barros

 

 

 

 

Il faut l’avoir vu pour le croire.

à l’origine, il s’est contenté de lire en cachette

un tas d’ouvrages plus fins que les bras de Morphée.

Il avait à peine dix ans

quand il commença à ne plus discerner les choses

qu’à travers un brouillard à couper au couteau.

C’est alors qu’un opticien proposa à ses parents

de l’équiper de verres correcteurs.

L’enfant étant devenu adulte,

on remplaça ses lunettes par des lentilles de contact.

Un jour, jouant de malheur

après avoir contracté un zona ophtalmique,

il se retrouva face à un véritable choix cornéen,

dut postposer sans retard le traitement au laser,

pourtant prévu de longue date,

et le remplacer par la pose de cristallins artificiels.

Toujours aussi obstiné, même après un repos bien mérité,

notre jeune retraité bouquina de plus belle

tout en continuant à croire dur comme fer

que lecture allait de pair avec écriture.

 

Ah, écrire, ouvrir son cœur et son âme

à celle ou celui sans qui nous n’aurions pas lieu d’être !

Hélas, voilà qu’une déchirure rétinienne

à nouveau vient compromettre ses projets.

Par bonheur, une intervention rapide

parvient à éviter le pire avant qu’il soit trop tard.

 

Moralité : ceux qui ont le culot de vous dire

« On ne fait pas d’homme de lettres

sans casser des yeux »

devraient surtout d’abord apprendre à lire.  

 

©Michel Duprez

  





 

 

 

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19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 09:28
L’école d’Athènes par Raphaël – Cliquez sur l’image pour découvrir l’explication de l’œuvre

 

 

 

 

Vous n’alliez tout de même pas encore vous soustraire,

ainsi, sans retenue, au mépris des règles,

comme par l’opération du Saint-Esprit ?

 

Pendant une fraction de seconde,

eh bien, figurez-vous que j’y ai cru.

C’est dire combien je vous avais sous-estimé.

Ce qui, je vous l’accorde, n’arrange pas vraiment nos affaires,

même si nous possédons en somme au moins tous deux

un dénominateur commun,

celui d’avoir su transformer en produits de substitution

les fruits d’une imagination récoltés à grand-peine :

pour vous l’envie de recueillir quelques signes de vie

impossibles à déchiffrer sans y apporter

votre touche personnelle,

pour moi le besoin de livrer un peu de moi-même

en mettant ma main au feu

que je pourrai toujours compter sur vous

et votre incroyable faculté d’adaptation.  

 

©Michel Duprez

  





 

 

 

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1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 07:22

 

 

 

 

Gilbert ? Encore toi ?

Tu n’étais pas censé m’obéir au doigt et à l’œil ?

Pardon ? Il vaudrait mieux tenir l’affiche

plutôt que la chandelle ?

 

Arrête un peu ton cinéma, s’il-te-plaît…

ça devient ridicule.

 

Eh bien, soit ! Imaginons, puisque tu insistes,

imaginons que l’on navigue entre deux eaux,

tous les deux, côte à côte,

et toi seul, à la dérive, aurait le vent en poupe ?

 

En vogue ?

En vogue, oui, c’est ça.

Il est clair, ici, que tu divagues.

En fait, tu dis n’importe quoi tandis que nous créons,

avec, pour objectif, celui de mener ton maître en bateau

jusqu’à l’embarquer dans je ne sais quelle galère,

à bord d’un frêle esquif qui jouerait la vedette.

 

Un beau coup de crayon, Gilbert.

Félicitations, mon vieux,

mais il ne faut tout de même pas exagérer.

 

Allez, taille-toi

avant qu’une autre personne éprouve au passage

un sentiment de frayeur légitime

en croisant ta mine flottante

de simple figurant 

au tempérament explosif !  

 

©Michel Duprez

 



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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 07:26

 

 

 

 

Prête à tout pour casser les oreilles du silence,

elle a jeté un pavé dans la mare.

 

Flic flac, flic flac…

 

On peut y aller, la voix est libre,

attendant qu’une fois de plus

quelqu’un, parmi nous, la polisse,

elle, tour à tour musicale, agréable au toucher

et visiblement séduisante à l’œil nu.

 

Oui, je sais, moi aussi, j’en perds mon alphabet,

étant d’autre part de moins en moins au courant

depuis que la censure a ordonné des coupures.

Tous les documents enregistrés dans mon dossier

Seraient par contre à son entière disposition.

 

Et maintenant, vous comprenez pourquoi mes majuscules, elles-mêmes,

à côté d’elle, ont l’air si minuscules,

moi qui avais mis ma vie entre parenthèses

afin de rester en liaison permanente avec cette beauté rebelle

dans l’espoir qu’elle m’accorde un jour autre chose

qu’une simple accolade.

 

Ah bon ? Vous êtes ma nouvelle police de caractères.

Écoutez, puisque c’est ainsi,

inutile de tourner autour du pot :

arrêtez-moi si je me trompe

et qu’on en finisse une bonne fois pour toutes !  

 

©Michel Duprez

 



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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 07:34
Illustration de Pinel

 

 

 

 

Eh, oh ! Oui, toi, l’individu que j’aperçois là-bas, une plume à la main et qu’on surnomme aussi, parfois, si je me souviens bien, « le Poète » : arrête un peu de tirer, imbécile !

 

Tu n’as donc pas encore compris que, depuis le début, suite à un besoin compulsif de recourir à l’automutilation, c’est sur toi que tu braques ton projecteur en plein cœur de la polémique.

 

Ça procure quoi comme sensation de se sentir seul dans la ligne de mire, abattu par ses propres paroles, celles que l’on vient justement d’exprimer, là, il y a quelques instants seulement ?

 

La prochaine fois que tu montes au créneau pour exiger la tenue de propos plus pertinents, fais-nous plaisir : pense aussi aux autres.

 

©Michel Duprez

 

  




 

 

 

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16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 07:29
René Magritte

 

 

 

 

On lui avait formellement interdit

de répondre aux questions

par d’autres questions…

Et pourtant il l’a fait.

 

Il était convenu que le mot de la fin,

même si celui-ci lui brûlait les lèvres,

devait rester jusqu’au bout top secret…

Et pourtant il l’a dit.

 

Il n’avait pas non plus le droit

de s’exprimer aussi souvent à voix haute…

Et pourtant il l’a pris.

 

On l’a dès lors prié d’effacer de sa mémoire

le souvenir beaucoup trop abstrait

que son travail était près d’aboutir…

Et pourtant il est prêt.

 

Parce qu’il y va de son avenir

et que, quoi que l’on fasse ou décide à sa place,

ce dernier n’appartient qu’à lui.  

 

©Michel Duprez

  




 

 

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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 07:33
Linda Greenberg

 

 

  

 

Si elle est belle ? Et comment donc !

Belle à croquer, sacrebleu !

 

Quant à son image de marque ?

On y viendra, n’ayez crainte.

 

Néanmoins, auparavant, si vous voulez mon avis,

évitez de prononcer le mot « cliché » à son sujet,

y compris sur un ton familier.

Ce serait comme une insulte au bon sens

de tout ce joli monde entré en soi

pour faire en sorte qu’un rêve inaccompli

par la magie d’un cri sourd soudain se réveille

et s’achève en beauté.

 

à présent que j’ai annoncé la couleur,

laissez-les noircir autant de feuilles

qu’ils auront de raisons de revivre,

en d’autres termes calmement, à leur guise,

après s’être grisés à dessein

avec le vin si généreux du Verbe.

 

Et pour que nul d’entre nous n’ait à en rougir,

cachez ce blanc que je ne saurais voir,

ce teint de papier mâché

qui ne correspond en rien à l’idée que l’on se fait

de la chair des choses,

ma soupirante invisible,

amoureuse des sons,

chère et tendre à souhait.  

 

©Michel Duprez

  




 

 

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 07:11

 

 
 
 
 
Poète, ô pauvre pécheur ! Face à tous ces canards remontant tes rivières souterraines en colonnes par deux, te voilà contraint de revivre l’enfer au quotidien.
 
Trop d’effets en cascade et de coups de manchettes ont fini par précipiter ta chute.
 
Oublie ces bains de foule qui remplissaient à ras bord le miroir de tes rêves, n’attends plus rien de personne, car, cette fois, tu auras beau mouiller ta chemise et la remouiller encore et encore, ce sera peine perdue. Nous savons de source sûre que tous tes espoirs sont tombés à l’eau.
 
Depuis ce matin, le Diable est devenu une énorme feuille de chou, une oreille orpheline au tympan transpercé de malentendus.
 
Tout a commencé hier-soir, par une nuit à couper au couteau, sous une pluie de feu et de cendres, une avalanche de pierres et d’insultes.
 
Comme si ça n’avait pas l’air d’être la mer à boire, tu as cru pouvoir échapper au déluge en passant entre les gouttes et en ramant ferme. Hélas, il suffit que l’on soit dans le creux de la vague pour toucher le fond sans plus jamais pouvoir se remettre à flot.
 
Ceux à qui tu donnais l’eau à la bouche avec tes poèmes doivent se faire un sang d’encre, c’est certain. Quant aux autres, on peut dire qu’ils ont de la veine !  
 
©Michel Duprez
  


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